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Full text of "La très joyeuse, plaisante et récréative histoire du gentil seigneur de Bayart"

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LA TRÈS JOYEUSE, PLAISANTE ET RÉCRÉATIVE 

HISTOIRE 



DU 



GENTIL SEIGNEUR DE BAYART 



IMPRIMERIE GOUVERNEUR, G. DAUPELEY 
A NOGENT-LE-ROTROU. 



 



rHF-3. 



TRÈS JOYEUSE, PLAISANTE ET RÉCRÉATIVE 

HISTOIRE 

DU 

GENTIL SEIGNEUR 

DE BAYART 

COMPOSÉE PAR LE LOYAL SERVITEUR, 
PUBLIÉE POUR LA SOCIÉTÉ DE l'hiSTOIRE DE FRANCE 

Par mN. roman 



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A PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD 

HENRI LOONES, SUCCESSEUR 

libraire de la société de l'histoire de frange 

RUE de tournon, n« 6 

M DCCC LXXVIII 



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EXTRAIT DU REGLEMENT. 

Art. -14. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et 
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en 
suivre la publication. 

Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire 
responsable, chargé d'en surveiller l'exécution. 

Le nom de l'éditeur sera placé à la tête de chaque volume. 

Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société 
sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une 
déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail 
lui a paru mériter d'être publié. 



Le Commissaire responsable soussigné déclare que l'édition 

de LA TRÈS JOYEUSE, PLAISANTE ET RÉCRE'ATIVE HISTOIRE DU GENTIL 

SEIGNEUR DE Batart, préparée par M. Roman, lui a paru 
digne d'être publiée par la Société de l'Histoire de France. 

Fait à Paris ^ /« ^5 octobre ^878. 

Signé Ludovic LALANNE. 



Certifié, 
Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, 
J. DESNOYERS. 



A 



PREFACE 



Pierre Terrail S seigneur de Bayart^, surnommé le che- 
valier sans peur et sans reproche, naquit au château de 
Bayart, dans la vallée du Graisivaudan, entre les années 
1473 et 1475^, d'une famille assez ancienne, mais qui doit à 
lui seul sa véritable illustration. Entré comme page à la 
cour du duc de Savoie, grâce à la reconamandation de son 
oncle Laurent Alleman, évêque de Grenoble, il passa ensuite 
à celle de Charles VIII. D'un courage à toute épreuve, d'une 
surprenante habileté à manœuvrer le cheval et à manier les 
armes, il ne tarda pas à figurer au premier rang parmi les 

1. Et non du Terrail comme on l'a souvent écrit à tort. 

2. La vraie orthographe de ce nom devrait être Bayard; c'est 
ainsi qu'il se trouve écrit dans les titres les plus anciens (locus 
dictus de Bayardo 1404 et 1413) qui font mention du château 
d'où la branche aînée de la famille Terrail tirait son nom ; et depuis 
lors jusqu'à nos jours cette orthographe n'a pas varié. Les contem- 
porains du bon chevalier l'écrivaient tantôt Bayard comme Sym- 
phorien Champier, tantôt Bayart comme le Loyal Serviteur. Si nous 
avons adopté l'orthographe de Bayart c'est pour nous conformer à 
celle que notre héros a consacrée lui-même en signant toujours 
ainsi. 

3. Le Loyal Serviteur dit en termes exprès que Bayart était sur 
la dix-huitième année de son aage lorsqu'il accompagna Charles VIII 
à Lyon et prit part au pas d'armes du sire de Vauldray. Cet évé- 
nement eut lieu en 1490. Champier écrit de son côté : « Annos 
quadraginta octo natus hoc flebili indignoque vulnere diem 
obiit » [Compendiosa illustrissimi Bayardi vita, fol. 2). Ces rensei- 
gnements rendent la date de sa naissance à peu près certaine à 
un an ou deux près. 

a 



ij PRÉFACE. 

chevaliers de l'entourage du roi , où l'on comptait cepen- 
dant tant d'illustre noblesse et de vaillants capitaines. Il 
prit part à toutes les guerres d'Italie, combattit tour à tour 
les Espagnols, les Allemands, les Italiens, les Anglais, et 
préserva la France d'une invasion germanique par son 
illustre défense de Mézières. Il servit sous trois rois, 
et fut distingué de chacun d'eux; mais, comme il était 
trop fier pour s'abaisser au métier de courtisan, il vit ses 
plus belles actions rester sans récompense et c'est à peine 
si, après trente ans d'une vie héroïque, il put devenir lieu- 
tenant du gouverneur delà province deDauphiné, chevalier 
de Saint-Michel et capitaine de cent hommes d'armes S bien 
faibles honneurs si on les compare aux services rendus. Enfin 
il fut mortellement frappé dans la retraite de Biagrassa 
(30 avril 1524), en cherchant à sauver les débris de l'armée 
de Bonnivet ; il était âgé de cinquante ans environ. Sa mort 
est une page d'histoire admirable qu'on ne peut relire sans 
être attendri. 

L'héroïque simplicité de cette belle vie ne suffirait pas à 
expliquer seule l'immense renommée dont le nom de Bayart 
est entouré depuis trois cents ans ; eUe est due aux qualités 
mêmes de l'homme, bien plus qu'aux événements auxquels 
il se trouva mêlé. 

Le courage, la libéralité, le désintéressement, l'indépen- 
dance, la loyauté sont des vertus estimées en tout pays, 
mais peut-être plus particulièrement dans le nôtre , et c'est 
parce que Bayart les possédait à un degré érainent, qu'il 
a dû d'être bien vite connu et apprécié et de devenir, à 
juste titre, le type le plus populaire de l'honneur et de la 
chevalerie. 

1. Bayart fut promu à la lieutenance du Dauphiné le 20 jan- 
vier 1515, il fut fait chevalier de Saint-Michel en 1521 et reçut en 
1522 le commandement de cent lances fournies. 



PRÉFACE. iij 

Brantôme , qui , sans être son contemporain , avait 
connu plusieurs de ses compagnons d'armes, nous a laissé 
de lui un portrait pris sur le vif; il nous le fera connaître 
en quelques lignes aussi bien et mieux peut-être que ne 
pourrait le faire une longue étude. Après avoir constaté que 
Bayart n'exerça jamais de grandes charges et eut peu de 
part aux largesses royales, il ajoute : « Aucuns ont dict 
qu'il n'avoit esté jamais ambitieux de telles charges et que 
de son naturel il aimoit mieux estre capitaine et soldat d'ad- 
venture et aller à toutes hurtes et adventures de la guerre 
ou il lui plairoit et s'enfoncer aux dangers, que d'estre con- 
trainct par une si grande charge et gêné en sa liberté à ne 

combatre et mener les mains quand il vouloit Bien 

avoit-il cet heur qu'oncques général d'armée de son temps 
ne fit voyages, entreprinses ou conquestes qu'il ne fallust 
toujours avoir M"^ de Bayard avec lui, car sans lui la partie 
estoit manquée, et tousjours ses advis et conseils en guerre 
estoient suivis plus tost qpie les autres ; par ainsy l'honneur 
lui estoit très-grand, voire plus, si on le veut quasi bien 
prendre, pour ne commander pas une armée, mais pour 
commander au général, c'est à dire que le général se gou- 
vernoit totalement par son advis... A ceux qui l'ont veu 
j'ay ouy dire que c'estoit l'homme du monde qui disoit et 
rencontroit le mieux, toujours joyeux à la guerre, causoit 
avec ses compaignons de si bonne grâce qu'ils en oublioient 
toute fatigue, tout mal et tout danger. Il estoit de moyenne 
taille, mais très belle et fort droicte et fort dispote, bon 
homme de cheval, bon homme de pied. Que luy restoit-il ? 
Il estoit un peu bizarre et haut à la main quand il falloit et 
aUoit du sien ^ » 

Brantôme effleure à peine le portrait physique de Bayart, 

1. Brantôme. Edition de la Soc. de l'hist. de France. Vol. Il, 
p. 382. 



m PRÉFACE. 

mais Symphorien Champier, son historien et son allié, nous 
le représente ainsi : « Bayardus statura erat excelsa, colore 

candido, corpore macileto, oculis nigris vegetisque 

Blandus, hilaris, non elatus sed modestus^ » La plupart des 
portraits de Bayart sont apocryphes ; trois seulement parais- 
sent contemporains de leur modèle et présentent un carac- 
tère suffisant d'authenticité ; ce sont : 1° le buste en marbre 
qui orne son cénotaphe dans l'église de Saint-André à Gre- 
noble, œuvre d'un rare mérite due au ciseau d'un sculpteur 
habile de l'école française ; 2° un dessin au crayon acquis il 
y a peu d'années à Paris par M. H. Gariel, bibliothécaire 
de Grenoble, et placé aujourd'hui dans la galerie de por- 
traits dauphinois créée par ses soins dans le musée de cette 
ville ; 3° une peinture sur bois d'une exécution médiocre, 
mais paraissant ancienne, conservée au château d'Uriage, 
aujourd'hui propriété de M. le comte de Saint-Ferréol , 
jadis possédé par la famille Alleman, étroitement alliée à 
celle de Terrail. Dans tous ces portraits, Bayart a le visage 
doux, imberbe et allongé ; ses cheveux, coupés carrément 
sur le front, retombent de chaque' côté jusqu'au-dessous des 
oreUles ; il porte au cou le collier de l'ordre de Saint-Michel. 
Le portrait du château d'Uriage est signé des initiales 
J. D. M. 

La vie de Bayart a été écrite par trois de ses contem- 
porains dont l'un était son serviteur, l'autre son allié; 
le troisième, conseiller au parlement de Grenoble, l'avait 
intimement connu. Ces trois ouvrages, qui se complètent et 
se contrôlent mutuellement, sont également dignes de 
créance. Parlons d'abord des deux derniers. Celui de Sym- 

1. S. Champier, Gompendiosa illustrissimi Bayardi vita, fol. 2. 
Cet opuscule de quatre feuillets se trouve en général joint à 
l'ouvrage de Champier : les Gestes de Bayard, dont nous parlerons 
ci-après, et sur le titre on voit Bayart représenté à cheval. 



PREFACE. V 

phorien Champier, que l'on a crujusqu'ici le premier en date, 
est intitulé : Les gestes, ensemble la vie du preulœ che- 
valier Bayard, avec sa généalogie, comparaisons aulx 
anciens preulœ chevaliers, etc. *. Champier avait épousé 
Marguerite Terrail de Bernin, cousine de Bayart, et cette 
alliance lui avait permis de voir de près à plusieurs reprises 
le bon chevalier et de le recevoir même à sa table, comme il 
ne manque pas d'en tirer vanité. Mais il n'était pas homme 
de guerre ; il était médecin érudit et écrivain disert, c'est 
dire que son histoire pèche par la pauvreté des renseignements 
en ce qui concerne les exploits militaires de Bayart ; aussi, 
pour allonger son mince volume, n'a-t-il pas manqué, en 
exagérant encore les défauts de son époque, d'y joindre des 
comparaisons avec les héros de l'antiquité et les preux du 
moyen âge, la biographie des compagnons d'armes de son 
héros, des pièces de vers latins et français, autant de hors- 
d'œuvre inutiles , qui ne nous apprennent rien de nouveau. 
Là même où il raconte les hauts faits de Bayart, on sent 
qu'il parle seulement par ouï-dire et sa phrase emphatique 
et de mauvais goût est très-éloignée de la simplicité du vrai 
style historique. 

Aymar du Rivail (ou plutôt Aymar Rival), conseiller au 
parlement de Grenoble, a introduit dans son histoire des 
AUobroges un résumé très-exact et très-circonstancié de la 
vie de Bayart^. L'auteur, né vers 1490, mort en 1557, 
avait habité l'Italie pendant plusieurs années, précisément 
au moment où Bayart y acquit le plus de gloire ; sans doute 
il l'y avait connu et avait été admis dans son intimité en 

1. A Lyon, par Gilbert de Villiers. 1525, pet. in-4% 88 ff. Cet 
ouvrage a eu plusieurs éditions au xvi* siècle. 

2. Son ouvrage intitulé : Aymari Rivallii, Delphinatis, De Allô*' 
brogibus, libri novem, conservé en manuscrit à la Biblioth. nation., 
a été imprimé seulement en 1844 par les soins de M. A. de Terre- 
basse (Vienne, in-8°). 



vj PREFACE. 

qualité de compatriote , car nous le voyons , après son 
retour en Dauphiné, lorsqu'il eut été nommé conseiller au 
parlement de Grenoble (1^"^ septembre 1521), paraître comme 
témoin dans l'acte de l'acquisition faite par Bayart des 
terres de Grignon et de Saint-Maximin * et dans le contrat 
de mariage de sa fille naturelle^. Bien placé par ses rela- 
tions et sa haute position dans la magistrature pour con- 
naître l'histoire de son temps, il doit faire autorité en ce qui 
concerne les faits contemporains, de plusieurs desquels il 
avait été témoin oculaire. C'est ainsi qu'il nous donne sur le 
séjour de Bayart en Dauphiné (1521-1523) ; sur la destruc- 
tion qu'il y fit d'une troupe de bandits qui, sous les ordres 
d'un chef nommé Mocton, désolait la province ; sur ses rela- 
tions avec le connétable de Bourbon et sur la disgrâce qui 
en fut la conséquence, des détails très-circonstanciés, évi- 
demment véridiques, et que l'on chercherait vainement ail- 
leurs. Aussi avons-nous souvent cité cet ouvrage qui s'arrête 
à l'année 1535. 

L'histoire de Bayart par le Loyal serviteur, que nous 
rééditons aujourd'hui^, est une lecture des plus attrayantes; 



1. 1521, 31 octobre. 

2. 1525, 24 août. Bayart avait eu cette fille nommée Jeanne, 
d'une Italienne de noble race, Barbe de Tresca : on ignore quelles 
circonstances l'empêchèrent d'épouser cette femme. Il la fit éle- 
ver en Dauphiné, la dota, et ce furent les frères du bon chevalier 
qui la marièrent après la mort de son père. 

3. L'édition originale est d'une extrême rareté; elle contient 
102 ff. in-4°, est intitulée : La très-joyeuse, plaisante et récréative 
histoire composée par le Loyal Serviteur, des faiz, gestes, triumphes 
et prouesses du bon chevalier sans paour et sa7is reprouche le gentil 
seigneur de Bayart, dont humaines louenges sont espandues par 
toute la chrestienté : de plusieurs autres bons, vaillans et vertueux 
capitaines qui ont esté de son temps. Ensemble les guerres, batailles, 
rencontres et assaulx qui de son vivant so?it survenues tant en 
France, Espaigne que Ytalie, et porte à la dernière page la mention 



PREFACE. Vlj 

elle joint tout l'intérêt d'un roman de cape etd'épée à l'exac- 
titude de l'histoire : il se dégage de ces pages pleines à la 
fois de finesse et de naïveté, comme des meilleures œuvres 
littéraires du xvi^ siècle, un charme exquis ; on croit y sentir 
palpiter le cœur lui-même du bon chevalier. Le style est simple, 
le récit attachant ; on n'y sent nulle part la recherche ni le 
travail, et l'historien a atteint sans peine, et pour ainsi dire 
en se jouant, le comble de l'art qui consiste à nous faire vivre 
dans l'intimité de son héros, à nous le faire connaître et 
aimer, plutôt qu'à suivre avec une précision académique le 
rigoureux enchaînement des faits. On ne trouve dans ce 
livre ni parallèles ambitieux, ni remplissage inutile, et l'au- 
teur ne s'assujettit même pas à tout raconter*. On a depuis 
tenté bien des fois d'écrire la vie de Bayart, mais les mo- 
dernes sont toujours restés bien au-dessous du vieux chroni- 
queur qu'ils prétendaient remplacer '. 

suivante : Nouvellement imprimé à Paris par Nicolas Couteau pour 
Galliot du Pré, marchant libraire juré de l'Université dudit lieu. Et 
fut achevé d'imprimer le XVIII^jour de septembre l'an mil cinq cens 
vingt et sept. Brunet signale l'existence d'un splendide exemplaire 
sur vélin de cette édition, exemplaire décoré de peintures, parmi 
lesquelles devait se trouver probablement le portrait de Bayart. 
Ce précieux volume était en 1820 dans la bibliothèque d'un 
amateur allemand. 

1 . Le mérite de l'histoire de Bayart avait été reconnu dès le 
xvi» siècle : voici ce qu'en dit Brantôme : « Qui en voudra plus 
scavoir lise son roman qui est un aussi beau livre qu'on sçauroit 
voir et que la noblesse et jeunesse devroient autant lire... Qui en 
voudra voir la preuve lise le vieux roman, mais tout roman qu'il 
est ne parle point mal et en aussi bons mots et termes qu'il est 
possible. Il y en a deux, ajoute-t-il en faisant allusion au livre de 
Ghampier dont nous avons parlé plus haut, mais le plus grand est 
le plus beau. » (Vol. H, p. 385-386.) 

2. On peut voir dans le tome IX (p. 285-287) du Catalogue des 
imprimés de la Bibliothèque nationale, et dans la Biographie 
du Dauphiné, par A. Rochas (Paris, 1856. T. II, p. 448), la Uste 
des ouvrages consacrés à la vie de Bayart. 



VUJ PREFACE. 

L'auteur compatriote de Bayart, son compagnon d'armes 
dans ses guerres delà les monts, peut-être son secrétaire, et 
certainement attaché à sa famille, l'avait intimement connu. 
Sa bonne foi est entière, et si on le voit s'étendre parfois avec 
trop de complaisance sur les événements dont il fut témoin 
oculaire, il passe souvent sous silence ceux auxquels il 
n'assistait pas, ou du moins il les raconte brièvement et 
sans insistera II tenait certainement de Bayart lui-même 
le récit de ses premières années et les a résumées en 
quelques chapitres charmants. Dans la longue série des 
guerres qui suivent, il passe rapidement d'un sujet à un 
autre, racontant ce qu'il trouve de plus digne de remarque 
et ce qu'il croit de plus capable d'intéresser son lecteur ; 
une anecdote, le récit d'une aventure lui fournissent sou- 
vent la matière d'un chapitre, tandis qu'il omet des sièges, 
des batailles et consacre à peine quelques pages à l'his- 
toire générale. L'intérêt du récit est tel que le lecteur n'est 
pas choqué de ce manque de proportions entre les diverses 
parties de l'ouvrage. J'ai eu l'occasion de constater plus 
d'une fois, au cours des recherches que j'ai dû faire pour 
préparer cette nouvelle édition, combien on doit peu suspec- 

1. On ne saurait douter que le Loyal Serviteur ait été acteur 
dans la plupart des événements qu'il raconte ; il suffit de lire les 
descriptions très-exactes des environs de Padoue et de Vérone 
(chap. XXX et suiv.), du bizarre habillement des cavaliers croates 
(ch. XL), etc., pour être convaincu que Fauteur a vu ce dont il 
parle. A la page 144, après avoir raconté le supplice infligé à deux 
nobles Vénitiens, il ajoute : « Cela me sembla une grande cruauté », 
réflexion qui ne peut venir que d'un témoin oculaire. Pendant la 
dernière année de la vie de son maître, il dut au contraire rester 
en Dauphiné; le récit de la dernière campagne de Bayart est 
écourté et celui de sa mort n'est pas digne de la plume qui traça 
les belles pages qui précèdent; c'est peut-être le seul passage où le 
style du Loyal Serviteur devienne emphatique et déclamatoire. 
C'est dans les Décades de G. du Bellay qu'il faut lire le récit de 
la mort du chevalier sans peur et sans reproche. 



PREFACE. IX 

ter la véracité du Loyal Serviteur : certains faits qui me 
paraissaient douteux se sont trouvés confirmés par la 
découverte de documents nouveaux ^ ; les personnages mis 
en scène par l'historien ne sont pas destinés à servir d'orne- 
ment à son récit et à le rendre plus dramatique; tous, même 
les plus obscurs, ont existé et étaient bien en effet là où il 
les place au moment où il nous les présente 2; enfin, on ne 
s'aperçoit pas qu'il ait cherché à altérer la vérité pour 
complaire à quelque puissant personnage, comme l'ont fait 
tant de chroniqueurs de son temps. 

Nous devons maintenant aborder un problème qui a été 
plusieurs fois posé et n'est pas encore résolu ; quel est l'écri- 
vain qui se cache sous le pseudonyme de Loyal Serviteur? 

Le P. Lelong a certainement recueilli une tradition 
ancienne lorsqu'il écrit : « L'auteur contemporain qui s'ap- 
pelle le Loyal Serviteur, était son secrétaire. D aurait pu se 
nommer, si l'on ne considère que son histoire qui est assez 
agréable et bien narrée, mais il paraît qu'il n'a pas osé le 
faire à cause qu'il parle avec liberté des grands de son 
temps ^. » L'abbé Ladvocat, auteur d'un Dictionnaire his- 
toHque qui a joui d'une grande vogue au siècle dernier, est 
plus explicite : « Sympborien Champier, dit-il, en a écrit la 
vie aussi bien que Jacques de Mailles, mais cette dernière 
est plus curieuse et plus intéressante^. » M. A. de Terre- 

1. Entre autres, je citerai le récit du siège de Mézières qui con- 
corde parfaitement avec les lettres inédites et contemporaines que 
l'on trouvera à l'appendice. 

2. C'est en compulsant les volumes de quittances originales con- 
servés à la Bibl. nation, que j'ai retrouvé la plupart des person- 
nages cités par le Loyal Serviteur : ces documents m'ont été d'un 
grand secours pour rédiger les notes biographiques dont j'ai accom- 
pagné le texte. 

3. Bibliothèque historique de la France, tome III, n* 31864. 

4. 2e édition, Paris, 1760, a» mot Bayard. La phrase que nous 
avons citée ne figure pas dans la première édition de ce diction- 



X PREFACE. 

basse, auteur d'une estimable vie de Bayart qui a eu plu- 
sieurs éditions S se contente d'écrire dans son introduction : 
« Si l'on s'en rapporte aune note d'une vieille écriture appo- 
sée sur le titre d'un exemplaire de l'édition originale de 
l'histoire de Bayart, le Loyal Serviteur serait un gentil- 
homme du Graisivaudan nommé Jacques de Mailles, qui 
aurait exercé plus tard la profession de notaire et reçu en 
cette qualité le contrat de mariage de la fille de Bayart avec 
le sire de Bocsozel le 24 août 1525, un an après la mort de 
Bayart. » Où se trouvait cet exemplaire si précieux? M. de 
Terrebasse néglige de nous l'apprendre, et malgré mes 
recherches en France et à l'étranger, je n'ai pu le retrouver. 
Au reste j'ai tout lieu de penser que M. de Terrebasse 
n'avait pas eu entre les mains le volume dont il parle, mais 
qu'il en avait pris l'indication dans le catalogue alphabé- 
tique de l'ancien fonds de la Bibliothèque Mazarine. Il avait 
signalé en effet, il y a bien des années, à M. Ludovic 
Lalanne, duquel je tiens ce renseignement, l'existence de la 
mention suivante répétée deux fois dans ce catalogue aux 
articles Bayard et Mailles : « Histoire du chevalier 
Bayard, par Jacques de Mailles. Paris, in-4°, parche- 
min. » Cette indication, déjà fort précieuse, est confirmée 
et complétée dans le catalogue méthodique, demeuré inconnu 

naire (1752) ; et dans la troisième, qui est de 1777, on a remplacé le 
nom de Jacques de Mailles par la vague appellation de un de 
ses secrétaires. Gorrozet (d'après un dire de M. de Terrebasse 
dans la première édition de son Histoire de Bayart)^ aurait nommé 
l'auteur Jacques de Meun ; comme cette note de M. de Terrebasse 
n'est pas suivie de l'indication du volume de Gorrozet d'où il a 
extrait cette citation, j'ai dû renoncer à feuilleter, inutilement 
peut-être, les 35 ouvrages de cet auteur pour rechercher ce passage 
où évidemment Meun n'est qu'une faute d'impression, pour 
Mailles. 

1. La première est de Ladvocat. Paris, 1828. La dernière . de Sa- 
vigné. Vienne, 1870, in-8°. 



PRÉFACE. XJ 

à M. de Terrebasse ; on y lit sous le numéro 17515 A : 
« L'Histoire récréative du chevalier Bayard, par 
Jacques de Mailles, gentilhomme. Paris, 1514, m-4», 
parchemin. » La date de 1514 est certainement une faute 
de copie ; Bayart mourut en 1524 seulement, et il est impro- 
bable qu'on ait songé de son vivant à écrire son histoire , 
surtout en 1514, où il n'avait pas accompli ses hauts faits 
les plus éclatants. Le volume ayant disparu de la biblio- 
thèque, il subsistera toujours une grande incertitude relati- 
vement à sa date véritable, toutefois je pense qu'au lieu de 
1514 c'est 1524 qu'il faut lire. 

S'agit- il d'une histoire de Bayart demeurée jusqu'à 
présent inconnue aux bibliographes et différente de celle 
qui porte le nom du Loyal Serviteur ? Je ne le crois pas : 
le rédacteur du catalogue n'a certainement pas reproduit 
intégralement le titre du livre qu'il avait sous les yeux, 
et suivant son habitude il s'est contenté d'en donner un 
extrait sommaire : mais, on le remarquera, les mots sail- 
lants : Histoire récréative se retrouvent à la fois sur le 
catalogue et sur le titre de l'édition de 1527. 

Cette édition de 1527 est-elle la première et la seule 
ancienne? La date de 1524 donnée par le catalogue de la 
Mazarine est -elle une erreur? Le nom de Jacques de 
MaiUes qui se lit dans ce catalogue est-il dû à quelque 
annotation manuscrite? Doit-on penser au contraire qu'il a 
existé de V Histoire de Bayart une première édition de 
1524 aujourd'hui perdue, sur le titre de laquelle se trouvait 
le nom de l'auteur? Autant que l'on peut se prononcer sur 
une question aussi délicate, je crois qu'il a dû y avoir en 
1524 une première édition de Y Histoire de Bayart portant 
le nom de l'auteur retranché dans l'édition suivante. 

En effet le rédacteur du catalogue de la Bibliothèque 
Mazarine n'eût pas fait deux articles distincts aux noms 



xij PRÉFACE. 

Bayard et Mailles si ce dernier lui eût été fourni seulement 
par une annotation manuscrite, et il n'aurait pas fait suivre 
le nom de Jacques de Mailles de la mention de gentilhomme 
(mention incomplète, il devait y avoir gentilhomme dau- 
phinois), s'il ne l'avait pas lue imprimée sur le titre de 
l'ouvrage. 

Il est évident du reste pour qui a lu les Gestes de Bayard 
par Champier et Y Histoire de Bayart par le Loyal Servi- 
teur, que l'un de ces deux ouvrages a servi de modèle à 
l'autre. Or il me paraît infiniment plus probable que l'imi- 
tateur soit celui qui raconte des événements auxquels il 
n'assista pas, et non le témoin oculaire narrant simplement 
ce qu'il a vu : s'il y a eu un plagiat, c'est Champier que je 
n'hésiterais pas à en croire l'auteur. La première édition des 
Gestes de Bayard par Champier étant de 1525, il y a 
donc eu une édition de l'Histoire du Loyal Serviteur impri- 
mée antérieurement, c'est-à-dire en 1524, année même de la 
mort de Bayart. Nous sommes ainsi nécessairement ramenés 
à cette date de 1524 que nous proposons de lire au lieu de 
celle de 1514 sur le catalogue de la Bibliothèque Mazarine. 

Tous les bibliophiles savent du reste que la disparition 
totale et sans cause apparente d'une édition dont l'existence 
est absolument certaine, n'est pas un fait aussi rare qu'on 
pourrait le croire. Plusieurs livres bien connus ont été ainsi 
détruits sans laisser d'autre trace qu'une simple mention 
dans un bibliographe ou dans un catalogue ; d'autres exis- 
tent seulement à l'état d'exemplaires uniques*. 

1. C'est ainsi par exemple que les premières éditions des 
Œuvres de Mellin de Saint-Gellais (Lyon, 1547), et du Cymbalum 
mundi, de Bonaventure Desperiers (Paris, 1537), ne sont plus 
connues que par un seul exemplaire. C'est ainsi encore que 
la traduction de la Thébaïde, par Pierre Corneille, imprimée en 
1672, a totalement disparu. Saint-Gellais, Desperiers et Corneille 
étaient cependant des personnages autrement considérables que 



PRÉFACE. xiij 

Nous pouvons donc afl&rmer qu'une ancienne tradition 
désigne Jacques de Mailles comme l'auteur anonyme de 
Y Histoire de Bayart : il est en outre permis de conjecturer 
que l'édition de 1527, considérée jusqu'ici comme la pre- 
mière, a été précédée trois ans auparavant par une édition 
portant le nom de l'auteur, de ce même Jacques de Mailles. 

Mais il n'est pas suffisant de connaître le nom de Jacques 
de Mailles, il importe de retrouver des traces certaines de 
ce personnage et de sa famille, de savoir s'il a été contem- 
porain de Bayart, attaché à sa personne, en un mot s'il a 
pu écrire l'ouvrage qui lui est attribué. 

Dans cette recherche j'ai été plus heureux que je ne l'es- 
pérais tout d'abord ; j'ai rencontré en effet le nom de Jacques 
de Mailles dans la montre de la compagnie de Bayart faite 
à Cassano en 1523. Deux ans plus tard, c'est-à-dire un an 
environ après la mort de Bayart, le même Jacques de 
Mailles, qui avait quitté les champs de bataille pour le ca- 
binet de tabellion, nous apparaît rédigeant le contrat de 
mariage de Jeanne Terrail, fille naturelle du bon chevalier, 
avec François de Bocsozel, s"" du Châtelart, en présence et 
avec l'assentiment des frères du capitaine défunt*. Il est 
donc acquis désormais que Jacques de Mailles a existé, a été 
attaché à la personne de Bayart et, après sa mort, a été 
l'honune d'affaires de sa famille. Dès lors, les affirmations 

Jacques de Mailles, et leurs ouvrages, bien plus répandus que le 
sien, devaient être plus difficilement détruits. On pourrait mul- 
tiplier ces exemples. 

1. On trouvera ces deux documents dans l'appendice. M. de Ter- 
rebasse, qui a publié un extrait de la montre de compagnie de Bayart, 
ne s'est point aperçu de l'existence du nom de Jacques de Mailles 
au milieu de ceux des archers de cette compagnie et ne l'a pas si- 
gnalé. De même M. Morin-Pons, en publiant le contrat de ma- 
riage de Jeanne Terrail, ne paraît pas avoir entrevu l'intérêt que 
présentait le nom du notaire qui Ta rédigé. 



XIV PRÉFACE. 

du P. Lelong et de l'abbé Ladvocat, aussi bien que les men- 
tions des catalogues delà Bibliothèque Mazarine, paraissent 
non-seulement possibles, mais vraisemblables. Personne 
n'ignore en effet que jusqu'au siècle dernier les capitaines 
ne se faisaient aucun scrupule de faire inscrire à l'effectif 
de leur compagnie leurs secrétaires et même leurs valets 
pour les faire participer à la distribution de la solde. Il est 
permis de supposer que Jacques de Mailles resta attaché à la 
famiUe de Bayart et que ce fut à l'instigation des frères et 
de la fille du chevalier sans peur et sans reproche qu'il 
entreprit de composer l'histoire de leur illustre parent*. 

J'ai pu me procurer des renseignements assez nombreux 
sur la famille de MaiUes et retrouver le nom de plusieurs' de 
ses membres. Cette famille avait donné son nom à une mai- 
son forte située dans le mandement de Morestel ; eUe était 
ancienne, puisque nous trouvons un Richard de Mailles {de 
Malles ei de Malins) dès 1219. Plusieurs de ses membres 
versèrent leur sang sur les champs de bataille, d'autres 
furent châtelains et baillis delphinaux. Au xve siècle, ils 
étaient tombés dans l'indigence et cherchaient néanmoins à se 
faire maintenir dans leur noblesse. Au xvi® siècle ils embras- 
sèrent le protestantisme et la famiUe s'éteignit en la personne 
de Claude de Mailles, maintenu dans la noblesse en 1581 ^. 



1. J'ai dit plus haut que le portrait de Bayart conservé au châ- 
teau d'Uriage portait les initiales J. D. M. : ce sont précisément 
celles de Jacques de Mailles. Le Loyal Serviteur était-il à la fois 
écrivain, soldat, peintre et notaire? Ce portrait de Bayart est-il, 
soit de sa main, soit de celle d'un des membres de sa famille, ou 
bien n'y a-t-il dans ces initiales qu'une simple coïncidence ? 

2. Voici la liste des membres de la famille de Mailles que j'ai 
pu retrouver; elle est tirée des archives de l'Isère, de celles de la 
Drôme, de Guy AUard et de l'Inventaire des archives des dauphins, 
publié par l'abbé Chevalier. 

Richard fait hommage au dauphin, 1219. 



PREFACE. XV 

L'édition de 1527 de l'Histoire de Bayart est, ainsi que je 
l'ai dit, d'une extrême rareté et elle n'a jamais été exacte- 
ment reproduite. Théodore Godefroy en a donné au com- 
mencement du XVII® siècle* une réimpression, expurgée et 
habiUée à la moderne, dans laquelle il a supprimé de nom- 
breux passages, et ajouté quelques notes d'un médiocre inté- 
rêt. Elle a servi de guide et de modèle à toutes ceUes qui 
l'ont suivie; la première en date est due à Louis Videl, 
qui l'a augmentée des commentaires du président Expilly 
et de quelques notes de sa façon 2. Les commentaires ont 
une certaine valeur : on y trouve imprimée pour la première 
fois la belle lettre de Bayart à l'évêque de Grenoble, dans 
laquelle il raconte la bataille de Ravenne et la mort de 
Gaston de Foix^. Les annotations de Videl paraissent avoir 
eu pour but principal de publier quelques pièces fabriquées 
à plaisir par le président Salvaing de Boissieu pour rehausser 
la douteuse illustration de sa maison. 

Hugues, châtelain de Briançon, puis d'Avalon (1230-1259), fait 
hom., 1266. 

Guillaume fait hom., 1286. 

Oberjon, tué à la bataille de Varey, 1325. 

Richard, mari d'Ambroisine de Morestel, fait hom., 1345. 

Guigonne Barrai, veuve de Henri de Mailles, fait hom. au nom 
de ses fils, 1365. 

Jean habite Allevard vers 1400. 

Berjon, Jean, Richard et Pierre, ses fils, se livraient à des actes 
mercenaires et rustiques en 1458. 

Aymon, habitant Eybens, était dans le même cas en 1448. 

Jacques, archer et secrétaire de Bayart, puis notaire, 1523- 
1527. 

Jean, en son nom et en celui de 200 habitants de l'Albenc, signe 
entre les mains d'un notaire de Grenoble une profession de foi 
protestante, 1561. 

Claude est maintenu dans sa noblesse, 1581. 

1. Paris, 1616 et 1619, in-4«. 

2. Grenoble, Jean Nicolas, 1650, in-S». Autre édition de 1659. 

3. On trouvera cette lettre à l'appendice. 



XVJ PRÉFACE. 

Depuis un siècle V Histoire de Bayart a été réimprimée 
dans les grandes collections de mémoires, d'abord dans la 
Collection universelle des Mémoires particuliers rela- 
tifs à l'histoire de France (Londres et Paris, 1786 et 
suiv., in-8o), où elle figure au tome XIV, puis dans les 
collections Petitot-Montmerqué et Michaud-Poujoulat, dans 
la Bibliothèque choisie de M. Laurentie (1829, in-12), et 
enfin dans le Panthéon littéraire. Mais là, pas plus que 
dans les éditions du xvii® siècle , le texte primitif n'a été 
fidèlement reproduit, et il y, est peu ou point accompagné de 
notes. 

J'ai essayé de faire mieux que mes devanciers : tout en 
m'attachant à reproduire avec une scrupuleuse exactitude 
le texte original, j'ai cherché à éclaircir les passages qui 
demandaient une explication et à compléter le récit du 
Loyal Serviteur par des extraits de divers auteurs français 
et étrangers du xvf siècle qui ont parlé de Bayart. De 
plus, j'ai réuni dans un appendice tout ce que l'on con- 
naît de la correspondance de Bayart, un certain nombre 
de lettres, la plupart inédites, de ses contemporains, dans 
lesquelles il est question de sa personne, et enfin quel- 
ques documents relatife à lui ou à sa famille. On trouvera 
également à la fin du volume un index et un glossaire. Je 
termiijerai en disant que ma tâche m'a été rendue facile par 
la bienveillance que j'ai rencontrée partout autour de moi 
et par les conseils de M. Ludovic Lalanne, que la Société 
m'avait donné pour mon commissaire responsable. 

J. Roman. 



LA TRÈS JOYEUSE ET TRÈS PLAISANTE 

HISTOIRE 



DU 



GENTIL SEIGNEUR DE BAYART 



PROLOGUE DE L'ACTEUR. 



Pour ce qu'il est moult difficille, sans la grâce de 
Dieu, en ce mortel estre, complaire à tout le monde, 
et que les hommes coustumiers d'escripre hystoires et 
cronicques font voulentiers leur adresse à aucun 
notable personnage, je, qui, sans autrement me nom- 
mer, ay empris de mettre en avant les faicts et gestes 
du bon chevalier sans paour et sans reprouche le sei- 
gneur de Bayart, et parmy ses excellentes œuvres y 
comprendre plusieurs autres vertueux personnages, 
me suis advisé, à ce qu'il ne feust murmuré cy-après 
contre moy n'avoir bien et justement fait mon devoir 
particuher en laissant l'ung pour prendre l'autre, 

1 



SI HISTOIRE DE BAYART 

attribuer ceste mienne rudde hystoire aux trois estatz 
du très excellent, très puissant et très renommé 
royaulme de France ; car, pour au vray amplifier les 
perfections d'ung homme, ne l'ay peu faire autre- 
ment, considéré que sans grâce infuse du Sainct- 
Esperit, depuis l'incarnation de nostre sauveur et 
rédempteur Jésuchrist, ne s'est trouvé en cronicque 
ou hystoire, prince, gentilhomme ne autre, de quel- 
que condition qu'il ait esté, qui plus furieusement 
entre les cruelz, plus doulcement entre les humbles, 
ne plus humainement entre les petis ait vescu, que le 
bon chevalier dont la présente hystoire est commen- 
cée. Et combien que de tout temps en ceste douce 
contrée de France la grâce de Nostre Seigneur s'est si 
grandement espandue que peu de deffault y survient 
quant aux nécessitez du corps, qui est une manne 
quant à ceste vie mondaine, ung autre inconvénient à 
ceste occasion y survient, c'est que la grande ayse 
que grans, moyens et petis y soustiennent, les mect 
en telle oysiveté qu'ilz ne se peuvent contenir du péché 
d'envye, en blasmant aucunes fois à tort et sans cause 
les innocens, et en détenant caché les mérites, 
prouesses et honneurs des vertueux. Si s'en trou- 
verra-il peu qui sceussent ou ayent voulu dire 
chose contre l'honneur d'icelluy bon chevalier, s'ilz 
ne l'ont dit à l'emblée ; car en iceulx trois estatz s'est 
si vertueusement gouverné qu'il en aura, quant à 
Dieu, sa grâce, et quant au monde, verdoyante et 
immortelle couronne de laurier, pour ce que touchant 
l'église ne s'en est jamais trouvé ung plus obéissant, 
quant à Testât de noblesse ung plus deffensible, et à 
Testât de labour ung plus piteux ne secourable. 



PAR LE LOYAli SERVITEUR. 



CHAPITRE PREMIER. 

Comment le seigneur de Bayart, père du bon cheva- 
lier sans paour et sans reproche, eut vouloir de 
sçavoir de ses enfans de quel estât Hz vouloient 
estre. 

Au pays de Daulphiné que possède présentement le 
roy de France, et ont fait ses prédécesseurs, depuis 
sept ou huyt vingtz ans que ung Daulphin YmbertS 
qui fut le derrenier, leur en fîst don, y a plusieurs 
bonnes et grosses maisons de gentilzhommes, et dont 
il est sorty tant de vertueux et nobles chevaliers que le 
bruyt en court par toute la chrestienté ; en sorte que 
tout ainsi que l'escarlate passe en couleur toutes 
autres tainctures de draps, sans blasmer la noblesse 
d'autre région, les Daulphinois sont appeliez par tous 
ceulx qui en ont congnoissance, l'escarlate des gentilz- 
hommes de France^. Entre lesquelles maisons est celle 
de Bayart, de ancienne et noble extraction, et bien 

1. Humbert II, dernier dauphin de la famille de la Tour du 
Pin, céda la province de Dauphiné au roi de France le 16 juillet 
1349; il fut nommé peu après par le pape patriarche d'Alexandrie, 
puis archevêque de Paris. Son sceau comme patriarche d'Alexan- 
drie porte la légende s. segretvm. hymberti. patriarche, alexan- 
DRmi. DALFiNi. viENENSis. ANTiQviORis. Scs sccaux autéricurs por- 
tent tous son nom écrit hvmberti. 

2. Notre auteur est le premier qui, à notre connaissance, se 
soit servi de cette comparaison entre l'écarlate et les autres cou- 
leurs pour qualifier la noblesse du Dauphiné. Depuis lors elle a 
été souvent employée. _ .U 



4 HISTOIRE DE BAYART 

l'ont, ceulx qui en sont saillis, monstre; car à la jour- 
née de Poictiers , le terayeul du bon chevalier sans 
paour et sans reprouche mourut aux piedz du roy de 
France Jehan; à la journée de Grécy, son bysayeul; à 
la journée de Montlehery demoura sur le champ son 
ayeul avecques six plaies mortelles, sans les autres; 
et à la journée de Guignegaste fut son père si fort 
blessé que oncques puis ne peut guères partir sa mai- 
son, où il mourut aagé de bien quatre vingts ans ^ Et 
peu de jours avant son trespas, considérant, par 
nature qui ja luy deffailloit, ne pouvoir pas faire grant 
séjour en ce mortel estre, appella quatre enfans qu'il 
avoit, en la présence de sa femme, dame très dévote et 
toute à Dieu, laquelle estoit seur de l'évesque de Gre- 
noble, de la maison des Alemans. Ainsi, ses enfans 
venuz devant luy, à l'aisné demanda, qui estoit en 
l'aage de dix huyt à vingt ans, qu'il vouloit devenir ; 
lequel respondit qu'il ne vouloit jamais partir de la 
maison, et qu'il le vouloit servir sur la fin de ses jours. 
<r Et bien ! dist le père, Georges, puisque tu aymes la 
maison, tu demoureras icy à combatre les ours. » Au 
second, qui a esté le bon chevaher sans paour et sans 
reproche, fut demandé de quel estât il vouloit estre ; 
lequel, en l'aage de treize ans ou peu plus, esveillé 
comme ung esmérillon, d'ung visage riant respondit 

i. L'énumération du Loyal Serviteur, en ce qui concerne les 
membres de la famille Terrail morts sur les champs de bataille, 
n'est ni exacte ni complète. Philippe Terrail, trisaïeul de Bayart, 
fut tué à la bataille de Poitiers en 1356; ses deux fils, Jean et 
Pierre, périrent, le premier à Verneuil en 1424, le second à Azin- 
court en 1415; Pierre, aïeul de Bayart, mourut à la bataille de 
Montlhéry en 1465; enfin Aymon, son père, fut dangereusement 
blessé à GuinegaSe en 1479. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 5 

comme s'il eust eu cinquante ans : « Monseigneur mon 
père, combien que amour paternelle me tiengne si 
grandement obligé que je deusse oublier toutes choses 
pour vous servir sur la fin de vostre vie, ce néant- 
moins, ayant enraciné dedans mon cueur les bons 
propos que chascun jour vous récitez des nobles 
hommes du temps passé, mesmement de ceulx de 
nostre maison, je seray, s'il vous plaist, de Testât dont 
vous et voz prédécesseurs ont esté, qui est de suyvre 
les armes, car c'est la chose en ce monde dont j'ay le 
plus grant désir, et j'espère, aydant la grâce de Dieu, 
ne vous faire point de déshonneur. » Alors respondit 
le bon vieillart en larmoyant : « Mon enfant. Dieu t'en 
doint la grâce ! jà ressembles-tu de visage et corsage 
à ton grant père, qui fut en son temps ung des acom- 
plis chevaliers qui fust en chrestienté : si mettray 
peine de te bailler le train pour parvenir à ton désir. » 
Au tiers demanda quel moyen il vouloit tenir; il 
respondit qu'il vouloit estre de Testât de son oncle, 
monseigneur d'Esnay*, ung abbaye près Lyon. Son 
père le luy accorda, et l'envoya par ung sien parent à 
son dit oncle qui le feit moyne ; et depuis a esté, par le 
moyen du bon chevalier son frère, abbé de Jozaphat, 
aux faulxbourgz de Chartres. Le dernier respondit de 
mesme sorte, et dist qu'il vouloit estre comme son 
oncle monseigneur de Grenoble, à qui il fut pareille- 
ment donné, et peu après le fist charioyne de l'église 

1 . Ainay, abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, fondée à Lyon sur 
les bords de la Saône : elle existait déjà au vi» siècle. L'abbé 
d' Ainay était Théodore Terrail, fils de Pierre Terrail, s' de Ber- 
nin; il gouverna cette abbaye de 1457 à 1505. Il n'était pas oncle 
de Bayart, mais son cousin assez éloigné. 



6 HISTOIRE DE BAYART 

Nostre-Dame ; et depuis, par le mesme moyen que son 
frère le moyne fut abbé, il fut évesque de Glandesves 
en Provence ^ Or, laissons les autres trois frères là, et 
revenons à l'histoire du bon chevalier sans paour et 
sans reprouche, et comment son père entendit à son 
affaire. 



CHAPITRE II. 

Comment le père du bon chevalier sans paour et sans 
reprouche envoya quérir son beaur-frère V évesque de 
Grenoble pour parler à luy, parce qu'il ne pouvoit 
^plus partir de la maison. 

Après le propos tenu par le père du bon chevalier à 
ses quatre enfans, et parce qu'il ne pouvoit plus che- 
vaucher, envoya ung de ses serviteurs le lendemain à 
Grenoble, devers l'évesque son beau-frère ^, à ce que 
son plaisir feust, pour aucunes choses qu'il avoit à luy 
dire, se vouloir transporter jusques à sa maison de 



1. Les deux frères de Bayart qui embrassèrent l'état ecclésias- 
tique furent successivement évoques de Glandèves : Philippe, de 
152... à 1532, et Jacques, de 1532 à 1535. 

2. Laurent I Alleman, fils d'Henri Alleman, s'' de Laval, frère 
d'Hélène Alleman, mère de Bayart. Il fut élu évêque de Grenoble 
en 1478, transféré au siège d'Orange, puis revint à Grenoble en 
1484 et y mourut en 1518. « Ledict noble Pierre Terrail, dit 
« Ghampier {Les gestes du preux chevalier Bayard, 1525, fol. xni), 
« dès son enfance fut nourri par son père en toutes vertus et 
« tenu aux escolles à Grenoble par sondit oncle, seigneur et évêque 
« dudit lieu. » Cette affirmation de Ghampier est sujette à cau- 
tion ; il est douteux en effet que Bayart sût autre chose que signer 
son nom, car il n'existe de lui aucun autographe authentique. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 7 

BayartS distant dudit Grenoble cinq ou six lieues; à 
quoy le bon évesque, qui oneques en sa vie ne fut las 
de faire plaisir à ung chascun, obtempéra de très bon 
cueur. Si partit, incontinent la lettre receue, et s'en 
vint au giste en la maison de Bayart, où il trouva son 
beau-frère en une chaire auprès du feu, comme gens 
de son aage font voulentiers. Si se saluèrent l'ung 
l'autre et firent le soir la meilleur chère qu'ilz peurent 
ensemble, et en leur compaignie plusieurs autres 
gentilzhommes du Daulphiné qui estoient là assem- 
blez ; puis, quant il fut heure, chascun se retira en sa 
chambre, où ilz reposèrent à leur aise jusques à len- 
demain matin qu'ilz se levèrent, ouyrent la messe 
que ledit évesque de Grenoble chanta ; car voulen- 
tiers disoit tous les jours messe, s'il n'estoit mal de sa 
personne, et pleust à Nostre Seigneur que les prélatz 
de présent feussent aussi bons serviteurs de Dieu et 
aussi charitables aux povres qu'il a esté en son temps ! 
La messe ouye, convint laver les mains et se mettre à 
table, où de rechief chascun fist très bonne chière, et 
y servoit le bon chevalier tant sagement et honneste- 
ment que tout homme en disoit bien. Sur la fin du 
disner, et après grâces dictes, le bon vieillart sei- 
gneur de Bayart conmiencea ainsi ces parolles à 
toute la compaignie : « Monseigneur et messeigneurs, 
l'occasion pourquoy vous ay mandez est temps d'estre 
déclairée, car tous estes mes parens et amys ; et jà 

1. Les ruines du château de Bayart se voient encore aujour- 
d'hui au sommet d'une colline aux environs du village de Pont- 
charra, dans le Graisivaudan. Il avait été construit par le bisaïeul 
du bon chevalier auquel le gouverneur du Dauphiné en avait 
donné l'autorisation en 1404 (Arch. de l'Isère). 



O HISTOIRE DE BAYART 

voyez-vous que je suis par vieillesse si oppressé qu'il 
est quasi impossible que sceusse^ vivre deux ans. Dieu 
m'a donné quatre fîlz, desquelz de chascun ay bien 
voulu enquérir quel train ilz veulent tenir; et entre 
autres m'a dit mon fils Pierre qu'il veult suyvre les 
armes, dont il m'a fait ung singulier plaisir, car il 
ressemble entièrement de toutes façons à mon feu sei- 
gneur de père, vostre parent, et si de conditions il 
luy veult aussi bien ressembler, il est impossible qu'il 
ne soit en son vivant ung grant homme de bien, dont 
je croy que ung chascun de vous, comme mes bons 
parens et amys, seriez bien aises. Il m'est besoing, 
pour son commencement, le mettre en la maison de 
quelque prince ou seigneur, afin qu'il appreigne à se 
contenir honnestement, et quant il sera ung peu plus 
grant, apprendra le train des armes. Si vous prie, 
tant que je puis, que chascun me conseille en son 
endroit le lieu où je le pourray mieulx loger. » Alors 
dist l'ung des plus anciens gentilzhommes : « Il fault 
qu'il soit envoyé au roy de France. » Ung autre dist 
qu'il seroit fort bien en la maison de Bourbon ; et 
ainsi d'ung en autre n'y eut celluy qui n'en dist son 
advis. Mais l'évesque de Grenoble parla et dist : « Mon 
frère, vous sçavez que nous sommes en grosse amytié 
avecques le duc Charles de Savoy e, et nous tient du 
nombre de ses bons serviteurs ; je croy qu'il le prendra 
voulentiers pour ung de ses paiges. Il est à Cham- 
béry, c'est près d'icy : si bon vous semble, et à la 
compaignie, je le luy mèneray demain au matin, après 
l'avoir très bien mis en ordre et garny d'ung bas et 

1. Il y a par erreur scensse dans le texte. 



PAR LE LOYAL SERVITELH. 9 

bon petit roussin quej'ay depuis trois ou quatre jours 
en çà recouvert du seigneur d'Uriage^ » Si fut le 
propos de Tévesque de Grenoble tenu à bon de toute 
la compaignie, et mesmement du dit seigneur de 
Bayart, qui luy livra son filz en luy disant : « Tenez, 
monseigneur, je prie à Nostre Seigneur, que si bon 
présent en puissez faire, qu'il vous face honneur en 
sa vie. » Alors tout incontinent envoya le dit évesque 
à la ville quérir son tailleur, auquel il manda apporter 
veloux, satin, et autres choses nécessaires pour habil- 
ler le bon chevalier. Il vint et besongna toute la nuyt, 
de sorte que le lendemain matin fut tout prest, et 
après avoir desjeuné, monta sur son roussin, et se pré- 
senta à toute la compaignie, qui estoit en la basse 
court du chasteau, tout ainsi que si on l'eust voulu 
présenter dès l'heure au duc de Savoye. Quant le che- 
val sentit si petit fès^ sur luy, joinct aussi que le jeune 
enfant avoit ses espérons dont il le picquoit, commen- 
cea à faire trois ou quatre saulx, de quoy la compai- 
gnie eut paour qu'il affollast le garson ; mais en lieu de 
ce qu'on cuydoit qu'il deust crier à l'ayde, quant il 
sentit le cheval si fort remuer soubz luy, d'ung gentil 
cueur asseuré, comme ung lyon, luy donna trois ou 
quatre coups d'esperon et une carrière dedans ladicte 
basse court, en sorte qu'il mena le cheval à la raison 
comme s'il eust eu trente ans. Il ne fault pas demander 
si le bon vieillart fut ayse; et soubzriant de joie, 
demanda à son filz s'il avoit point de paour, car pas 

1 . L'édition originale porte par erreur du Riage : il s'agit ici de 
Guigue Alleman, s' d'Uriage, époux de Marie Grinde, père du 
capitaine Molart, dont il sera si souvent question dans ce volume. 

2. Fès, faix, fardeau. 



10 HISTOIRE DE BAYART 

n'avoit quinze jours qu'il estoit sorty de l'escoUe : 
lequel respondit d'un g visage assuré : « Monseigneur, 
j'espère, à l'ayde de Dieu, devant qu'il soit six ans, le 
remuer, luy ou autre, en plus dangereux lieu ; car je 
suis icy parmy mes amys, et je pourray estre parmy 
les ennemys du maistre que je serviray . — Or sus ! sus ! 
dist le bon évesque de Grenoble qui estoit prest à 
partir ; mon nepveu, mon amy, ne descendez point, et 
de toute la compaignie prenez congé. » Lors le jeune 
enfant, d'une joyeuse contenance, s'adressa à son père, 
auquel il dist : « Monseigneur mon père, je prie à 
Nostre Seigneur qu'il vous doint bonne et longue vie, 
et à moy, grâce, avant qu'il vous oste de ce monde, 
que puissiez avoir bonnes nouvelles de moy. — Mon 
amy, dist le père, je l'en supplie. » Et puis luy donna 
sa bénédiction. Et après alla prendre congé de tous les 
gentilzhommes qui estoientlà, l'ung après l'autre, qui 
avoient à grant plaisir sa bonne contenance. La povre 
dame de mère estoit en une tour duchasteau, qui ten- 
drement ploroit; car combien qu'elle feust joyeuse 
dont son filz estoit en voye de parvenir, amour de 
mère l'admonnestoit de larmoyer. Toutesfois, après 
qu'on luy fust venu dire : « Madame, si voulez 
venir veoir vostre filz, il est tout à cheval prest à 
partir >, la bonne gentil femme sortit par le derrière 
de la tour et fist venir son fils vers elle, auquel elle 
dist ces paroUes : « Pierre, mon amy, vous allez au 
service d'ung gentil prince. D'autant que mère peult 
commander à son enfant, je vous commande trois 
choses tant que je puis, et si vous les faictes, soyez 
asseuré que vous vivrez triumphamment en ce monde. 
La première, c'est que, devant toutes choses, vous 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 11 

aymez, craignez et servez Dieu, sans aucunement 
l'offenser, s'il vous est possible, car c'est celluy qui 
tous nous a créez, c'est luy qui nous fait vivre, c'est 
celluy qui nous saulvera, et sans luy et sa grâce ne 
scaurions faire une seuUe bonne œuvre en ce monde ; 
tous les matins et tous les soirs, recommandez-vous à 
luy, et il vous aydera. La seconde, c'est que vous 
soyez doulx et courtois à tous gentilzhonmies, en 
ostant de vous tout orgueil. Soyez humble et serviable 
à toutes gens ; ne soyez maldisant ne menteur ; main- 
tenez-vous sobrement quant au boire et au manger ; 
fuyez envye, car c'est ung vilain vice. Ne soyez flateur 
ne raporteur , car telles manières de gens ne vienent 
pas voulentiers à grande perfection. Soyez loyal en 
faictz et dictz, tenez vostre parolle. Soyez secourable 
à povres veufves et aux orphelins, et Dieu vous le 
guerdonnera. La tierce, que des biens que Dieu vous 
donnera vous soyez charitable aux povres nécessiteux , 
car donner pour l'honneur de luy n'apovrit oncques 
homme; et tenez tant de moy, mon enfant, que 
telle aulmosne pourrez-vous faire qui grandement 
vous prouflfitera au corps et à l'âme. Velà tout ce que 
je vous encharge. Je crois bien que vostre père et 
moy ne vivrons plus guères ; Dieu nous face la grâce, à 
tout le moins tant que serons en vie, que tousjours 
puissions avoir bon rapport de vous. » 

Alors le bon chevalier, quelque jeune aage qu'il 
eust, luy respondit : « Madame ma mère, de vostre 
bon enseignement, tant humblement qu'il m'est pos- 
sible, vous remercie, et espère si bien l'ensuyvre que, 
moyennant la grâce de celluy en la garde duquel me 
recommandez, en aurez contentement. Et au demou- 



\% fflSTOIRE DE BAYART 

rant, après m'estre très humblement recommandé à 
vostre bonne grâce, je voys prendre congé de vous. > 
Alors la bonne dame tira hors de sa manche une 
petite bourcette, en laquelle avoit seulement six escus 
en or et ung en monnoye qu'elle donna à son filz ; et 
appella ung des serviteurs de l'évesque de Grenoble, 
son frère, auquel elle bailla une petite malette en 
laquelle avoit quelque hnge pour la nécessité de son 
filz, le priant que, quant il seroit présenté à monsei- 
gneur de Savoye, il voulsist prier le serviteur de l'es- 
cuyer, soubz la charge duquel il seroit, qu'il s'en 
voulsist ung peu donner de garde jusques à ce qu'il 
feust en plus grant aage, et luy bailla deux escus pour 
luy donner. Sur ce propos print l'évesque de Grenoble 
congé de la compaignie, et appella son nepveu, qui 
pour se trouver dessus son gentil roussin, pensoit estre 
en ung paradis. Si commencèrent à marcher le che- 
min droit à Ghambéry, où pour lors estoit le duc 
Charles de Savoye *. 



CHAPITRE m. 

Comment Vévesque de Grenoble présenta son nepveu, le 
bon chevalier sans paour et sans reprouehe, au duc 
Charles de Savoye , qui le reçut joyeusement. 

Au départir du chasteau de Bayart, qui fut par ung 
samedy après le desjeuner, chevaucha ledit évesque de 

1. Charles I, duc de Savoie (1482-1490), fils d'Ame IX et de 
lolande de France, mari de Blanche Paléologue, duchesse de 
Montferrat. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 13 

Grenoble de sorte qu'il arriva au soir dans la ville de 
Chambéry, où le clergié alla au devant de luy ; car 
ladicte ville est de toute ancienneté de l'évesché de 
Grenoble, et y a son officiai et sa courte II se logea 
sur ung notable bourgeois. Le duc estoit logé en sa 
maison avecques bon nombre de seigneurs et gentilz- 
hommes, tant de Savoy e que de Pyémont. Le soir 
demoura ledit évesque de Grenoble à son logis, sans 
se monstrer à la court, combien que le duc fust assez 
informé qu'il estoit à la ville , dont il fust très joyeux, 
parce que icelluy évesque estoit (si ainsi on les peult 
appeller en ce monde) ung des plus sainctz et dévotz 
personnages que l'on sceust. Le lendemain, qui fut 
dimenche, bien matin se leva et s'en alla pour faire la 
révérence au duc de Savoye, qui le receut d'ung riant 
visage, luy donnant bien à congnoistre que sa venue luy 
plaisoit très fort. Si devisa avecques luy tout au long 
du chemin, depuis son logis jusques à l'église où il alla 
ouyr messe, à laquelle il servit ledit duc, conmie à telz 
princes appartient, à luy bailler à baiser l'évangille et 
la paix. Après la messe dicte, le duc le mena par la 
main disner avecques luy, où, durant icelluy, estoit 
son nepveu le bon chevalier, qui le servoit de boire 
très bien en ordre, et très mignon nement se conte- 
noit ; ce que regarda le duc, pour la jeunesse qu'il 
voyoit en l'enfant, de sorte qu'il demanda à l'éves- 
que : « Monseigneur de Grenoble, qui est ce jeune 
enfant qui vous donne à boire? — Monseigneur, res- 
pondit-il, c'est ung homme d'armes que je vous suis 

1. L'évêché de Chambéry fut créé par une bulle du 18 août 
1779. Jusqu'à cette époque cette ville faisait partie du diocèse de 
Grenoble. 



14 HISTOIRE DE BAYART 

venu présenter pour vous servir se il vous plaist, mais 
il n'est pas en Testât que je le vous veulx donner. 
Après disner, si c'est vostre plaisir, le verrez. — 
Vrayement, ce dist le duc qui desjà l'eut pris en 
amour, il seroit bien estrange qui tel présent refuse- 
roit. j> Or le bon chevalier, qui desjà avoit l'ordon- 
nance de son oncle en l'entendement, ne s'amusa 
guères aulx morceaulx après le disner, ains s'en va au 
logis faire sceller son roussin, sur lequel, après l'avoir 
bien mis en ordre, monta, et s'en vint le beau petit 
pas en la court de la maison dudit duc de Savoye, qui 
desjà estoit sorty de sa salle, appuyé sur une gallerie. 
Si veit entrer le jeune enfant qui faisoit bondir son 
cheval, de sorte qu'il sembloit homme de trente ans, et 
qui toute sa vie eust veu de la guerre. Lors s'adressa à 
l'évesque de Grenoble, auquel il dist : « Monseigneur 
de Grenoble, je croy que c'est vostre petit mignon 
qui si bien chevauche se cheval? — Qui respondit : 
Monseigneur, c'est mon S il est mon nepveu, et de 
bonne rasse où il y a eu de gentilz chevaliers. Son 
père, qui, par les coups qu'il a receuz es gueres et 
batailles où il s'est trouvé, est tant myné de foiblesse 
et de vieillesse qu'il n'est peu venir devers vous, se 
recommande très humblement à vostre bonne grâce, 
et vous en fait ung présent. — En bonne foy, respon- 
dit le duc, je l'accepte voulentiers ; le présent est beau 
et honneste. Dieu le face preudhomme ! » Lors com- 
manda à ung sien escuyer d'escuyrie, en qui plus se 
fioit, qu'il print en sa garde le jeune Bayart et que à 
son oppinion, seroit une fois homme de bien. 

1. C'est mon, vraiment. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 15 

Ne tarda guères après ce propos que l'évesque de 
Grenoble, qui remercié eut très humblement le duc de 
Savoye, ne prist congé de luy pour s'en retourner à 
sa maison ; et ledit duc demoura à Ghambéry jusques 
à quelque temps après qui se délibéra d'aller veoir le 
roy de France, Gharles huytiesme, qui estoit en la ville 
de Lyon, où il se donnoit du bon temps à faire joustes, 
tournois et tous autres passe temps. 



GHAPITRE IV. 

Comment le duc de Savoye se partit de Chambéry pour 
aller veoir le roy de France Charles huytiesme, en 
sa ville de Lyon, et mena avecques luy le bon cheva- 
lier sanspaour et sans reprouche, lors son paige. 

Le bon chevalier demoura page avecques le duc 
Gharles de Savoye bien l'espace de demy an, où il se 
fist tant aymer de grans, moyens et petis qu'oncques 
jeune enfant ne le fut plus. Il estoit serviable aux sei- 
gneurs et dames tant que c'estoit merveilles. En toutes 
choses n'y avoit jeune page ne seigneur qui feust à com- 
parer à luy; car il saultoit, luytoit, gectoit la barre 
selon sa grandeur et entre autres choses chevauchoit 
ung cheval le possible, de sorte que son bon mais- 
tre le print en aussi grande amour que s'il eust esté 
son filz. Ung jour, estant le duc de Savoye à Gham- 
béry, faisant grosse chère, se déhbéra d'aller veoir le 
roy de France à Lyon, où pour lors estoit parmy ses 
princes et gentilzhommes, menant joyeuse vie à faire 
joustes et tournoys chascun jour, et au soir dancer et 



16 HISTOIRE DE BAYART 

baller avecques les dames du lieu, qui sont voulentiers 
belles et de bonne grâce. Et à vérité dire, ce jeune 
roy Charles estoit ung des bons princes, des courtois, 
libéraulx et charitables qu'on ait jamais veu ne leu. Il 
aymoit et craignoit Dieu, ne ne juroit jamais que par la 
foy de mon corps! ou autre petit serment. Etfutgrant 
dommage dont mort le print si tost comme en Taage 
de xxvm ans ; car, si longuement eust vescu, achevé 
eust de grans choses. Ledit roy Charles sceut com- 
ment le duc de Savoye le venoit veoir, et que jà 
estoit à la Verpillière% et s'en venoit coucher à Lyon. 
Si envoya au devant de luy ung gentil prince de la 
maison de Luxembourg, qu'on appelloit le seigneur de 
Ligny^, avecques plusieurs autres gentilzhommes et 
archiers de sa garde, qui le trouvèrent à deux lieues 
ou environ dudit Lyon. Si se firent grant chère lesditz 
duc et seigneur de Ligny, car tous deux estoient 
assez remplis d'honneur. Hz vindrent longuement 
parlans ensemble, et tellement que le seigneur de 
Ligny gecta son œil sur le jeune Bayart, lequel estoit 
sur son roussin qui trotoit fort mignonement, et le 
faisoit merveilleusement bon veoir. Si dist le seigneur 
de Ligny au duc de Savoye : « Monseigneur, vous 
avez là ung page qui chevauche ung gailiart cheval, 
et davantage il le scet manyer gentement. — Sur ma 
foy, dist le duc, il n'y a pas demy an que l'évesque de 
Grenoble m'en fist ung présent, et ne faisoit que sortir 

1. La Verpillère, chef-lieu de canton, département de l'Isère. 

2. Louis de Luxembourg, comte de Ligny, prince d'Altamura, 
grand chambellan de Louis XII, cousin germain du duc de Savoie 
par Marie de Savoie sa mère. Il était fils de Louis de Luxembourg, 
comte de Saint-Pol, connétable de France. Il mourut en 1505. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 17 

de l'escolle ; mais je ne veiz jamais jeune garson qui 
plus hardiement de son aage se maintint, ny à cheval 
ny à pied, et y a fort bonne grâce. Bien vous 
ad vise, monseigneur mon cousin, qu'il est d'une rasse 
où il y a de gaillars et hardiz gentilzhommes ; je croy 
qu'il les ensuyvra. » Si dist au bon chevalier : 
a Bayart, picquez ! donnez une carrière à vostre che- 
val! » Ce que le jeune enfant, qui pas mieulx ne 
demandoit, fist incontinent, et très bien le sceut faire ; 
et si, au bout de la course, fist bondir le cheval, qui 
estoit fort gaillard, trois ou quatre merveilleux saulx, 
dont il résjouyt toute la compaignie. « Sur ma foy. 
Monseigneur, dist le seigneur de Ligny, velà ung 
jeune gentilhomme qui sera à mon oppinion gentil 
galant, s'il veit, et m'est advis que ferez bien du page 
et du cheval faire présent au roy, car il en sera bien 
aise , pour ce que le cheval est fort bel et bon , et le 
page, à mon advis, encores meilleur. — Sur mon âme, 
dist le duc, puisque le me conseillez, je le feray. Le 
jeune enfant pour parvenir ne sçauroit apprendre en 
meilleur escoUe que la maison de France, où de tout 
temps honneur fait son séjour plus longuement qu'en 
toutes autres maisons de prince. » 

Ainsi en propos cheminèrent si avant qu'ilz entrè- 
rent dedans Lyon, où les rues estoient pleines de 
gens, et force dames aux fenestres pour les veoir 
passer ; car, sans mentir, ce duc de Savoye estoit fort 
beau et bon prince, très bien acompaigné; et à veoir 
sa contenance, sentoit bien son prince de grosse mai- 
son. Si s'en alla pour le soir, qui fut ung mercredy 
descendre à son logis où il retint le seigneur de 

% 



18 HISTOIRE DE BAYART 

Ligny et ung autre appelé monseigneur d' Avenes * fîlz 
du sire d'Albret, et frère du roy de Navarre, qui estoit 
alors ung fort honneste et acomply seigneur, à soup- 
per avecques luy, et plusieurs autres seigneurs et 
gentilzhommes, ou, durant icelluy, y eut force mé- 
nestriers et chantres du roy qui vindrent resjouyr la 
compaignie. Le soir ne partit point le duc de Savoye 
de son logis, ains il fut joué à plusieurs jeux et passe- 
temps, et tant qu'on apporta vin et espices; lesquelles 
prises, chascun se retira à son logis jusques à lende- 
main au matin. 



CHAPITRE V. 

Comment le duc de Savoye alla faire la révérence au 
roy de France à son logis, et du grant et honneste 
recueil qui luy fut faict. 

Le jeudy matin se leva le duc de Savoye, et, après 
soy estre mis en ordre, voulut aller trouver le roy ; 
mais ainçois^ son partement arrivèrent à son logis 
lesditz seigneurs de Ligny et d'Avesnes avecques le 
mareschal de Gié^, qui pour lors avoit gros crédit en 

1. Gabriel d'Albret, s' d'Avennes, frère de Jean d'Albret, roi 
de Navarre : ils étaient fils d'Alain d'Albret, comte de Dreux, 
S"" d'Avennes, surnommé le Grand, et de Françoise de Bretagne. 

2. Ainçois, avant. 

3. Pierre de Rohan, maréchal de Gié, comte de Marie, mort en 
1513. Il était fils de Louis de Rohan, s' de Guéméné, et de Marie 
de Montauban. Il épousa Françoise de Penhoët, puis Marie d'Ar-' 
magnac. 



PAR LE LOYAL SERVITELTl. 46 

France, ausquelz il donna le bon jour ; et après mar- 
chèrent jusques au logis du roy, qui desjà estoit prest 
pour aller à la messe en ung couvent de cordeliers 
qu'il avoit fait construire à la requeste d'ung dévot 
religieux appelé frère Jehan Bourgeois, au bout d'ung 
faulxbourg de Lyon appelle Veize. Et y avoit ledit sei- 
gneur beaucoup donné du sien , aussi avoit fait sa 
bonne et loyalle espouse Anne, duchesse de Bretaigne. 
Si trouva le duc de Savoye le roy, ainsi qu'il vouloit, 
sortir de sa chambre, auquel il fist la révérence, telle 
et si haulte que à si grant et noble prince appartenoit. 
Mais le bon roy, qui filz estoit d'humilité, le print et 
l'embrassa en luy disant : « Mon cousin, mon amy, 
vous soyez le très bien venu ! Je suis joyeulx de vous 
veoir , et sur mon âme, vous avez bien fait, car si ne 
feussiez venu, j'estois délibéré vous aller veoir en voz 
pays, où je vous eusse porté beaucoup plus de dom- 
mage. B A quoy respondit le bon duc : « Monseigneur, 
il est difficile que à ma voulenté sceussiez porter dom- 
mage. Tout le regret que j'auroye à vostre arrivée en 
voz pays et miens seroit seulement que ne pourriez 
estre receu comme appartient à si hault ne magna- 
nime prince que vous estes ; mais bien vous advise 
que le cueur, le corps, l'avoir et le sçavoir, si Dieu y 
en a aucun mis, sont en vostre disposition autant que 
le moindre de voz subjects. » Dont le roy, en rougissant 
ung peu, le remercia. Si montèrent sur leurs mulles, 
et allèrent ensemble devisans le long de la ville jusques 
audit couvent des cordeliers, où ilz ouyrent dévote- 
ment la messe; et quant vint à l'offrande, fut baillé 
par le duc de Savoye au roy l'escu pour offrir à Nostre 



SIO HISTOIRE DE BAYÂRT 

Seigneur, ainsi que chascun jour ont acoustumé 
faire les roys de France, comme au prince à qui on 
vouloit plus faire d'honneur. Après la messe ouye, 
remontèrent sur leurs mulles pour retourner au logis, 
où le roy retint le duc de Savoye à disner avecques 
luy, et pareillement lesditz seigneurs de Ligny et 
d'Avesnes. Durant le disner y eut plusieurs propos 
tenuz, tantdechiens, d'oyseaulx, d'armes que d'amours. 
Et entre autres, le seigneur de Ligny dist au roy : 
« Sire, je vous jure ma foy que monseigneur de Savoye 
a vouloir de vous donner ung paige qui chevauche 
ung bas roussin fort gaillard aussi bien que jeune 
garson que je veiz jamais ; et si ne pense point qu'il 
ait plus de quatorze ans , mais il mène son cheval à la 
raison comme ung homme de trente. S'il vous plaist 
aller ouyr vespres à Esnay, en aurez votre passe- 
temps. — Par la foy de mon corps ! dist le roy, je le 
vueil. » Et puis regarda le duc de Savoye en luy 
disant : « Mon cousin, qui vous a donné ce gentil paige 
que dit le cousin de Ligny? » A quoy respondit ledit 
duc : « Monseigneur, il est de voz subjectz et d'une 
maison en vostre pays du Daulphiné, dont il est sorty 
de gaillars gentilzhommes ; son oncle, l'évesque de 
Grenoble, puis demy an m'en a fait ung présent; 
monseigneur mon cousin l'a veu, il en dit du bien 
tant qu'il luy plaist , vous verrez à vostre plaisir le 
paige et le cheval en la prayrie d'Esnay. » Alors n'es- 
toit pas le bon chevalier en présence; mais tantost 
luy fut racompté, et comment le roy le vouloit veoir 
sur son cheval, et croy que, s'il eust gaigné la ville de 
Lyon, n'eust pas esté si aise. Il s'en alla incontinent au 



\ 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 21 

maistre palefrenier du duc de Savoye, nommé Pizou 
de Ghenas, auquel il dist : « Maistre, mon amy, j'en- 
tendz que le roy a dit à monseigneur qu'il veult veoir 
mon roussin après disner, et moy dessus. Je vous 
prie tant que je puis que le vueillez faire mettre en 
ordre, et je vous donneray ma courte dacgue de bon 
cueur. 5 Le maistre palefrenier, qui veit la bonne vou- 
Jenté du jeune garson, luy dist : « Bayart, mon amy, 
gardez vostre baston , je n'en veulx point, et vous 
mercye ; allez vous seulement peigner et nectoyer, car 
vostre cheval sera bien en ordre, et Dieu vous face 
cest heur, mon amy, que le roy de France vous 
preingne en grâce, car il vous en peult advenir beau- 
coup de biens , et quelquefois, avec l'ayde de Dieu, 
pourrez estre si grant seigneur que je m'en sentiray. 
— Sur ma foy ! maistre, dist le bon chevalier, jamais 
je n'oublieray les courtoysies que m'avez faictes 
depuis que je suis en la maison de monseigneur, et si 
Dieu me donne jamais des biens, vous en apperce- 
vrez. » Incontinent monta en la chambre de son 
escuyer, où il nectoya ses habillemens, se peigna et 
acoustra au plus joliement qu'il peut, en attendant 
qu'il eust quelques nouvelles, qui ne tardèrent guères ; 
car, sur les deux ou trois heures, vint l'escuyer d'es- 
cuyrie de monseigneur de Savoye, lequel gouvernoit 
Bayart, qui le vint demander, et tout prest le trouva. 
Si luy dist tout fasché : « Bayart, mon amy, je voy 
bien que je ne vous garderay guères, car j'entendz 
que monseigneur a desjà fait ung présent de vous au 
roy, qui vous veult veoir sur vostre roussin en la 
prairie d'Esnay. Je ne suis pas marry de vostre avan- 



221 HISTOIRE DE BAYART 

cément, mais, sur ma foy ! j'ay grant regret de vous 
laisser. » A quoy respondit le jeune Bayart : « Mon- 
seigneur l'escuyer, Dieu me doint grâce de continuer 
es vertus que m'avez monstrées depuis l'heure que 
monseigneur vous bailla charge de moy! si je puis, 
moyennant son ayde, n'aurez jamais reprouche de 
chose que je face ; et si je parviens en lieu pour vous 
faire service, cognoistrez par effect de combien je me 
sens vostre obligé. » Après ces parolles dictes, n'y eut 
plus de dilation\ car l'heure s'approchoit. Si monta 
l'escuyer sur ung cheval et fist monter le bon cheva- 
lier sur son roussin, lequel estoit si bien peigné et 
acoustré que riens n'y deffailloit , et s'en allèrent 
attendre le roy et sa compaignie en la prairie d'Esnay; 
car le prince s'estoit mis par eaue sur la Sosne. Incon- 
tinent qu'il fut hors du bateau, va veoir sur la prée 
le jeune Bayart sur son roussin avecques son escuyer. 
Si lu y commencea à crier : « Page mon amy, donnez 
de l'esperon à vostre cheval! » ce qu'il fist inconti- 
nent. Et sembloit, à le veoir départir, que toute la vie 
eust fait ce mestier. Au bout de la course, le fist 
bondir deux ou trois saulx, puis sans riens dire s'en 
retourna à bride abatue pareillement devers le roy, et 
s'arresta tout court devant luy en faisant remuer son 
cheval, de sorte que non-seulement le roy, mais toute 
la compagnie, y print ung singuher plaisir. Si com- 
mencea le roy à dire à monseigneur de Savoye : « Mon 
cousin, il est impossible de mieulx picquer ung che- 
val. » Et puis s'adressant au page, lui dist : « Picque, 

1. Dilation, retard. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 23 

picque encores ung coup. » Après lesparolles du roy, 
les pages lui crièrent : « Picquez ! picquez ! » de 
façon que depuis par quelque temps fut surnommé 
Picquet. « Vrayement, dist encores le roy au duc, je voy 
devant mes yeulx ce que le cousin de Ligny m'a dit à 
disner ; je ne veulx pas attendre que me donniez 
vostre page ne vostre cheval, mais je le vous demande. 
— Monseigneur, respondit le duc de Sa voy e, le maistre 
est vostre, le reste y peult bien estre. Dieu luy doint 
grâce de vous faire quelque service agréable ! — Par 
la foy de mon corps ! dist le roy, il est impossible 
qu'il ne soit homme de bien. Cousin de Ligny, je vous 
baille le page en garde ; mais je ne veulx pas qu'il 
perde son cheval , il demourera tousjours dans vostre 
escuyrie. » Dont ledit seigneur de Ligny remercia 
très humblement le roy, se sentant très bien satisfait 
d'avoir ce présent ; car il estimoit bien qu'il en feroit 
ung homme dont il auroit une fois gros honneur, ce 
qui fut acomply depuis en maintz heux. Trois ans seu- 
lement fut page le bon chevalier en la maison du sei- 
gneur de Ligny, lequel l'en mit hors sur l'aage de dix 
sept ans, et l'appoincta en sa compaignie ; toutesfois 
tousjours fut -il retenu des gentilzhommes de sa 
maison. 



CHAPITRE VL 

Comment ung gentilhomme de Bourgongne^ nommé 
messire Claude de Vauldray, vint à Lyon par le 
vouloir du roy de France faire faictz d'armes tant à 
cheval comme à pied, et pendit ses escuz pour par 



24 HISTOIRE DE BAYART 

ceulx qui y toucheroient estre par lui receuz au com- 
bat ; et comment le bon chevalier, trois jours après 
qu'il fut mis hors de page, toucha à tous les escus. 

Quelque temps demoura le duc de Savoye à Lyon, 
où il fist fort bonne chère, tant avecques le roy que les 
princes et seigneurs de France. Si advisa qu'il estoit 
saison de retourner en ses pays, parquoy il demanda 
congé, qui luy fut donné bien envis* ; toutesfois il n'est 
si bonne compaignie qu'il ne conviengne départir. Le 
roy lui fist de beaulx et honorables présens, car de 
libéralité estoit assez remply. Ainsi s'en retourna le 
bon duc Charles de Savoye en ses pays. Le roy de 
France alla visitant son royaulme; et deux ou trois 
ans après se retrouva audit Lyon *, où il arriva ung 
gentilhomme de Bourgongne, qu'on nommoit messire 
Claude de Vauldray^ appert homme d'armes, et qui 
désiroit à merveilles de les suyvre. Si fist suppHer au 
roy que, pour garder d'oisiveté tous jeunes gentilz- 
hommes, luy voulsist permettre de dresser ung pas, 
tant à cheval comme à pied, à course de lance et 
coups de hache , ce qui luy fut accordé, car le bon roy 
ne demandoit, après le service de Dieu dont il estoit 
assez songneux, que joyeulx passe-temps. Si dressa son 
affaire icelluy messire Claude de Vauldray le mieulx 

1. Envis, à regret; invité. 

2. Le deuxième séjour de Charles VIII à Lyon et le pas d'armes 
de "Vaudray eurent lieu au mois d'avril 1491. 

3. Claude de Vaudray, s"- de l'Aigle et Chilli, chambellan du 
duc de Bourgogne, bailli de Mortagne, fils d'Antoine de Vau- 
dray et de Marguerite de Chauffourg, épousa Marie de Challant et 
mourut sans enfants en 1515. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 25 

qu'il peut, et fist pendre ses escuz, où tous gentilz- 
hommes qui avoient désir d'eulx monstrer venoient 
toucher, et se faisoient inscripre au roy d'armes qui en 
avoit la charge, llng jour, passoit par devant les escuz 
le bon chevalier, qui desjà, par le nom que le roy luy 
donna à Esnay, estoit de chascun appelle Picquet, si 
va penser en soy mesme : « Hélas, mon Dieu ! si je 
sçavoye comment me mettre en ordre, tant voulen- 
tiers je toucheroye à ses escuz, pour sçavoir et appren- 
dre des armes ! » Et sur cela s'arresta tout coy et 
demoura pensif. Avecques luy estoit ung sien com- 
paignon, de la nourriture du seigneur de Ligny, 
appelle BellabreS qui luy dist : « En quoy songez- 
vous, compaignon , vous me semblez tout estonné? — 
Sur ma foy ! respondit-il, mon amy, aussi suis-je, et 
je vous en diray présentement la raison. Il a pieu à 
monseigneur me mettre hors de paige, et de sa grâce 
m'a accoustré et mis en ordre de gentilhomme. Vou- 
loir me semond de toucher aux escuz de messire 
Claude, mais je ne say, quant je l'auroye fait, qui me 
fourniroit après de harnoys et de chevaulx. » Alors 
respondit Bellabre, qui plus estoit aagé que luy et fort 
hardy gentilhomme (car d'une chose veulx advertir 
tous lysans ceste hystoire, que de la nourriture de ce 
gentil seigneur de Ligny sont sortiz cinquante gentilz- 
hommes, dont trente ont esté tous vaillans et vertueux 
cappitaines en leur vie) : « Mon compaignon, mon 
amy, vous souciez-vous de cela? N'avez-vous pas 



1. Pierre de Pocquières, s' de Bellabre et de la Marche, un des 
plus chers compagnons de Bayart, qu'il accompagna dans la plu- 
part de ses expéditions. 



26 HISTOIRE DE BAYART 

vostre oncle, ce gros abbé d'Esnay? Je faiz veu à 
Dieu que nous yrons à luy, et s'il ne veult fournir 
deniers, nous prendrons crosse et mictre ; mais je croy 
que, quant il cognoistra vostre bon vouloir, il le fera 
voulentiers. » Et sur ces paroles il va toucher aux 
escuz. Montjoye, roy d'armes, qui estoit là pour 
escripre les noms, luy commencea à dire : « Comment, 
Picquet, mon amy, vous n'aurez barbe de trois ans, 
et entreprenez-vous à combatre contre messire Claude, 
qui est ung des plus rudes chevaliers qu'on sache? » 
Lequel luy respondit : « Montjoye, mon amy, ce que 
j'en faiz n'est pas orgueil ne oultrecuydance, mais seul- 
lement désir d'aprendre les armes peu à peu avecques 
ceulx qui me les peuvent monstrer, et Dieu, si luy 
plaist, me fera la grâce que je pourray faire quelque 
chose qui plaira aux dames. » De quoy Montjoye se 
prist à rire et s'en contenta très fort. 

Si courut incontinent par tout Lyon le bruit que 
Picquet avoit touché aux escuz de messire Claude , et 
vint jusques aux oreilles dudit seigneur de Ligny, qui 
n'en eust pas voulu tenir dix mille escuz. Si s'en alla le 
dire au roy incontinent, qui en fut très joyeulx, et luy 
dist : « Par la foy de mon corps ! cousin de Ligny, 
votre nourriture vous fera une fois de l'honneur, car le 
cueur le me juge. — Nous verrons que ce sera, res- 
pondit le seigneur de Ligny, il est encores bien jeune 
pour endurer les coups de messire Claude. » Or ne fut- 
ce pas le plus fort pour le bon chevalier d'avoir touché 
aux escuz, mais de trouver argent pour avoir chevaulx 
et acoustremens. Si vint à son compaignon Bellabre 
auquel il dist : « Mon compaignon, mon amy, je vous 
prie estre mon moyen envers monseigneur d'Esnay, 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 27 

mon oncle, qu'il me donne de l'argent ; je scay bien 
que si mon don^ oncle monseigneur de Grenoble estoit 
icy, il ne me laisseroit pour riens, mais il est en son 
abbaye de Sainct-Surnyn à Thoulouze^ C'est bien 
loing ; jamais ung homme n*y seroit allé et venu à 
temps. — Ne vous chaille^, dist Bellabre, nous yrons 
vous et moy demain matin parler à luy, et j'espère 
que nous ferons bien nostre cas. » Gela resjouyt quelque 
peu le bon chevalier, toutesfois il ne reposa guères la 
nuyt. Bellabre et luy couchoient ensemble, levèrent 
matin, et puis se misrent en ung de ses petis bateaux 
de Lyon, et se firent mener à Esnay. Eulx descenduz, 
le premier homme qu'ilz trouvèrent dedans le pré, ce 
fut l'abbé qui disoit ses heures avecques ung de ses 
religieux. Si l'allèrent saluer les deux gentilzhommes , 
mais luy, qui desjà avoit ouy parler conmient son 
nepveu avoit touché aux escuz de messire Glande, et 
se doubtoit bien qu'il fauldroit foncer^, ne leur fist pas 
grand recueil % mais s'adressa à son nepveu et luy 
dist : « Hé! maistre breneux, qui vous a donné 
ceste hardiesse de toucher aux escuz de messire 
Claude de Vauldray? Il n'y a que trois jours 
qu'estiez paige, et n'avez pas dix-sept ou dix-huit ans. 
On vous deust encores donner des verges, qui montez 



1. Don, seigneur. 

2. Laurent AUeman, évêque de Grenoble, était également abbé 
de Saint-Sernin. On trouvera à l'appendice une lettre de Bayart 
où il est question de lui en cette qualité. 

3. Ne vous chaille, qu'il ne vous importe. 

4. Foncer, financer. 

5. Recueil^ accueil. 



218 HISTOIRE DE BAYART 

en si grant orgueil. » A quoy respondit le bon cheva- 
lier : « Monseigneur, je vous asseure ma foy qu'onc- 
ques orgueil ne me le fist faire , mais désir et vouloir 
de parvenir par faictz vertueux à l'honneur que voz 
prédécesseurs et les myens ont fait, m'en ont donné la 
hardiesse. Si vous supplie, monseigneur, tant que je 
puis, veu que je n'ay parent ny amy à qui je peusse 
présentement avoir recours, sinon à vous, que vostre 
bon plaisir soit m^ayder de quelques deniers pour 
recouvrer ce qu'il m'est nécessaire. — Sur ma foy, 
respondit l'abbé, vous yrez chercher ailleurs qui vous 
prestera argent ; les biens donnez par les fondateurs 
de ceste abbaye a esté pour y servir Dieu et non pas 
pour dépendre en joustes et tournoiz. » Laquelle 
parolle dicte par l'abbé, le seigneur de Bellabre reprint 
et luy dist : « Monseigneur, n'eust esté les vertuz et 
les prouesses de voz prédécesseurs, vous ne feussiez 
pas abbé d'Esnay, car par leur moyen et non par 
autre y estes parvenu. Il fault avoir congnoissance des 
biens qu'on a receuz par le passé, et espérance d'avoir 
quelque rémunération de ceulx qu'on fait. Vostre 
nepveu, mon compaignon, est de bonne rasse, bien 
aymé du roy et de monseigneur nostre maistre , il a 
vouloir de parvenir, dont deussiez estre bien joyeulx. 
Si est besoing que luy aydez , car il ne vous sçauroit 
couster deux cens escus pour le mettre en bon ordre, 
et il vous pourra faire de l'honneur pour plus de dix 
mille. » Si y eut réplicquepar l'abbé et plusieurs autres 
propos tenuz, mais enfin condescendit qu'il ayderoit 
audit bon chevalier. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 



29 



CHAPITRE VII. 

Comment Vabbé d'Esnay bailla cent escus au bon che- 
valier 'pour avoir deux chevaulx, et escripvit unes 
lettre à ung marchant de Lyon pour luy délivrer ce 
qui luy seroit nécessaire. 

Il y eut plusieurs propos entre l'abbé et les deux 
gentilzhommes , mais à la fin il les mena à son logis, 
et fist ouvrir une petite fenestre, où d'une bourse qui 
dedans estoit, tira cent escuz, lesquelz il bailla à 
Bellabre, et lui dist : « Mon gentilhomme, velà cent 
escus que je vous baille pour achapter deux chevaulx 
à ce vaillant gendarme, car il a encores la barbe trop 
jeune pour manyer deniers. Je m'en vois escripre ung 
mot à Laurencin * pour luy bailler les habillemens qui 
luy seront nécessaires. — C'est très bien fait, monsei- 
gneur, dist Bellabre; et je vous asseure que, quant 
chascun le sçaura, vous n'y aurez sinon honneur. » Si 
fut demandé incontinent ancre et papier pour escripre 
à Laurencin, auquel il manda bailler à son nepveu ce 
qui luy seroit nécessaire pour s'acoustrer à ce tour- 
noy, ymaginant en soy-mesmes qu'il ne sçauroit avoir 
à besongner pour cent francs de marchandise , mais il 



1. La famille Laurencin comptait au commencement du 
xvie siècle parmi les plus considérables du commerce lyonnais : 
ce fut par son intermédiaire que Fabrice Garette, grand maître 
de Rhodes, se procura en 1513 les canons qui servirent si utile- 
ment dans le siège soutenu par son successeur contre Soliman. 
(Vertot, Histoire des chevaliers de Malte. 1722, vol. II, p. 1412.) 



30 HISTOIRE DE BAYART 

alla bien autrement, comme vous orrez cy-après. 
Incontinent que les gentilzhommes eurent leur lettre, 
après avoir pris congé de l'abbé, et par le bon cheva- 
lier l'avoir très humblement remercié de la courtoysie 
qu'il luy faisoit, s'en retournèrent dedans leur petit 
bateau, pour revenir à Lyon, fortjoyeulx de ce qu'ilz 
avoient si bien besongné. Si commença à parler 
Bellabre et à dire : « Sçavez-vous qu'il y a, compai- 
gnon ? Quant Dieu envoyé de bonnes fortunes aux gens, 
il les fault bien et sagement conduyre. Ce qu'on des- 
robe à moynes est pain beneist. Nous avons une lettre 
à Laurencin pour prendre ce qu'il vous fauldra, allons 
vistement à son logis avant que vostre abbé ait pensé 
à ce qu'il a fait , car il n'a point limité en sadicte lettre 
jusques à combien d'argent il vous baille d'acoustre- 
mens. Par la foy de mon corps ! vous serez acoustré 
pour le tournoy, et pour d'icy à ung an, car aussi bien 
n'en aurez-vous jamais autre chose. » Le bon cheva- 
lier, qui ne demandoit pas mieulx, se print à rire et 
luy dist : « Par ma foy ! mon compaignon, la chose 
va bien ainsy, mais je vous prie, hastons-nous, car 
j'ai grant paour que, s'il s'apperçoit de ce qu'il a fait, 
incontinent n'envoyé ung de ses gens déclairer pour 
combien d'argent il entend qu'on me baille d'habille- 
mens. » Très bonne fut leur conception, comme vous 
entendrez. Si firent diligenter la pontonnière qui les 
rendit jusques auprès des Changes où ilz se misrent à 
bort, et incontinent marchèrent droit au logis de Lau- 
rencin, qui estoit en sa boutique, lequel saluèrent, et 
il, qui estoit fort honneste et bon marchant, leur rendit 
le semblable. Bellabre commença la paroUe et dist : 
« Par mon âme! sire Laurencin, mon compaignon et 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 31 

moy venons de veoir ung honneste abbé ; c'est mon- 
seigneur d'Esnay. — Je vous prometz, c'est mon, dist 
Laurencin; c'est ung grant honmie de bien, et me 
tiens du nombre de ses bons serviteurs. J'ai eu en ma 
vie afaire à luy de vingt mille francs, mais jamais ne 
trouvay ung plus rond homme. — Mais ne savez-vous 
l'honnesteté qu'il a faicte à son nepveu, mon compai- 
gnon que vecy, dit Bellabre? 11 a sceu qu'il avoit tou- 
ché aux escus de messire Claude de Vauldray, et qu'il 
se vouloit esprouver, pour honneur acquérir, comme 
ont fait ses ancestres, et sachant que nous couchions 
ensemble, tous deux nous a envoyez quérir ce matin, 
et estre arrivez, après nous avoir fait très bien desjeu- 
ner, a donné trois cens beaulx escuz à son nepveu 
pour avoir des chevaulx , et davantage pour s'acous- 
trer, de sorte qu'il n'y ait homme en la compaignie 
mieulx en ordre que luy, nous a baillé une lettre à 
vous adressant, pour lui bailler ce qu'il luy sera néces- 
saire. » Si luy monstra la lettre : il congneut inconti- 
nent le seing de monseigneur l'abbé. « Je vous assure, 
messeigneurs, dist Laurencin, qu'il n'y a riens céans 
qui ne soit à vostre commandement et de monseigneur 
qui m'escript. Regardez seulement qu'il vous fault. » 
Si firent incontinent desployer draps d'or, d'argent, 
satins brochez, veloux et autres soyes, dont ilz prin- 
drent pour le bon chevalier jusques à la valleur de sept 
ou huyt cens francs, et puis prindrent congié de luy 
pour s'en aller à leur logis, et incontinent envoyèrent 
quérir tailleurs pour faire leur cas. 

Or retournons ung petit à l'abbé, qui fut bien aise 
quant il se veit despesché^ de son nepveu. Si com- 

i. Despesché, débarrassé. 



32 HISTOIRE DE BAYART 

manda qu'on apportast à disner où il eut de la com- 
paignie; et entre autres propos commencea à dire 
tout hault : « J'ay eu une terrible estrayne à ce matin : 
ce garson mon nepveu de Bayart a esté si fol que 
d'aller toucher aux escuz de messire Claude , et pour 
s'acoustrer est venu à ce matin demander de l'argent : 
j'en ai esté pour cent escus. Et encores n'esse pas tout, 
car j'ay escript à Laurencin luy bailler ce qu'il luy 
demandera pour s'acoustrer sur le harnois. » A quoy 
respondit le secretain de léans ^ : « Sur ma foy ! 
monseigneur, vous avez bien fait. Il veult suyvre les 
prouesses de monseigneur vostre grant père, qui fut 
si vaillant homme, et tous ses parens. Je ne voy mal 
encecy que ung : il est jeune et voluntaire , vous avez 
escript à Laurencin qu'il luy baille ce qu'il luy deman- 
dera, je suis seur qu'il le fera quant il seroit question 
de deux mil escus. J'ay peur qu'il n'en preigne plus 
que vous n'entendez. » L'abbé va incontinent penser 
là dessus et respondit : « Par saint Jacques! secretain, 
vous dictes vray, car je n'ay point escript jusques à 
combien. » Si dist : « Qu'on m'appelle le maistre 
d'hostel, » qui vint sur l'heure. 

« Acoup2, Nicolas, dist l'abbé, ung autre servira bien 
pour vous. Allez à la ville chez Laurencin, et luy 
dictes que je luy ay escript à ce matin bailler quelques 
habillemens à mon nepveu de Bayart pour le tournoy 
de messire Claude , qu'il luy en baille pour cent ou six 
vingtz francz, et non pour plus ; et ne faictes que aller 
et venir. » Ledit maistre d'hostel alla bientost, mais 
il partit bien tard. Quant il fut chez Laurencin, il estoit 

1 . Secretain de léans, sacristain de céans. 

2. A coup, à coup sûr, pour cette fois. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 33 

à table , mais pour ce qu'il estoit assez privé de 
léans, monta en hault et salua la compaignie qui luy 
rendit le semblable. « Monseigneur le maistre, dist 
Laurencin, vous venez à bonne heure ; lavez la main 
et venez faire comme nous. — Je vous mercye, res- 
pondit-il, ce n'est pas ce qui me meine. Monseigneur 
m'envoie icy parce qu'il vous a escript aujourd'huy 
bailler à son nepveu de Bayart quelques acoustre- 
mens. » Laurencin n'attendit pas qu'il eust achevé, et 
dist : « Monseigneur le maistre, j'ay desjà fait tout 
cela, je vous asseure que je l'ay bien mis en ordre. 
C'est ung très honneste jeune gentilhomme ; monsei- 
gneur fait bien de luy ayder. — Et pour combien luy 
en avez-vous baillé? dist le maistre d'hostel. — Je ne 
scay, sur ma foy ! luy dist-il, si je ne veoye mon papier 
et son récépissé au dos de la lettre de monseigneur, 
mais il m'est advis qu'il en y a pour environ huyt cens 
francz. — Hà, par Nostre-Dame! vous avez toutgasté! 
— Pourquoy? dist Laurencin. — Pour ce, respondit 
le maistre d'hostel, que monseigneur vous mandoit 
par moy ne luy en bailler que pour cent ou six vingtz 
francz. — Sa lettre ne dit pas cela, dist Laurencin, et 
quant il en eust demandé plus largement, plus en eust 
eu, car ainsi me le mandoit monseigneur. — Or, il 
n'y a remède, fist le maistre d'hostel. A Dieu vous 
command. » 

Si s'en retourna à Esnay, et trouva encores la com- 
paignie où il l'avoit laissée. Quant l'abbé veit son 
maistre d'hostel, luy dist : « Et puis, Nicolas, avez- 
vous dit cela à Laurencin? — Ouy bien, monseigneur, 
mais je suis allé trop tard , vostre nepveu avoit desjà 

3 



34 HISTOIRE DE BAYART 

fait sa foyre, et en a seulement pris pour huyt cens 
francz. — Pour huyt cens francz! saincte Marie ! dist 
l'abbé, velà ung mauvais paillardeau. A coup vous 
sçavez bien son logis, allez le trouver, et luy dictes 
que, s'il ne va vistement rendre sur Laurencin ce 
qu'il a pris, que jamais de moy n'amendera d'ung 
denier. » Le maistre d'hostel fist le commandement de 
monseigneur, et s'en vint à Lyon , cuydant trouver 
son homme, qui paravant c'estoit bien doubté de 
l'encloueure et avoit dit à ses serviteurs : « Si personne 
des gens de monseigneur d'Esnay me viennent de- 
mander, qu'on face force excuses, en sorte que je ne 
parle point à eulx. » Et pareillement en fit advertir 
tous ceulx du logis. 

Quant le maistre d'hostel le vint demander, on luy 
fist response qu'il estoit chez monseigneur de Ligny ; 
il y va et ne le trouva pas. Si retourna au logis, on 
luy dist qu'il estoit allé essayer des chevaulx delà le 
Rosne. Bref, il y fut plus de dix fois, mais jamais ne le 
peut trouver. Si s'en retourna, car il veit bien que 
c'estoit une mocquerie. Quant il fut à Esnay, il dist à 
monseigneur que c'estoit temps perdu de chercher 
son nepveu, car plus de dix fois avoit esté à son logis ; 
mais possible n'estoit de le trouver, car il se faisoit 
celer. Si dist l'abbé : « Par mon serment! c'est ung 
mauvais garson, mais il s'en repentira. » Son cour- 
roux se passa quant il voulut, mais il n'en eut autre 
chose. Si laisserons à parler de luy, et retournerons 
au bon chevalier et à son compaignon, et comment ilz 
exploictèrent en leurs affaires. 



t 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 35 



CHAPITRE VIII. 

Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
et son compaignon se montèrent de chevaulx et gar- 
nirent (T acoustremens ; et comment ledit bon che- 
valier se porta gentement, selon sa puissance, contre 
messire Claude de Vaudray. 

Vous pouvez assez entendre que, incontinent que 
le bon chevalier et son compaignon eurent de Lau- 
rencin ce qu'ilz demandoient , ne firent pas grant 
séjour en sa maison, doubtant ce qui advint 
depuis , ains si bonne diligence mirent en leur affaire 
qu'ilz furent pourveuz de ce qu'il leur falloit. Hz se 
retirèrent en leur logis, où soubdainement envoyèrent 
quérir tailleurs, pour faire à chascun trois acoustre- 
mens sur le harnoys , car le bon chevalier vouloit que 
son compaignon feust de sa livrée ; aussi n'avoient-ilz 
riens party^ ensemble. Après ce qu'ilz eurent donné 
ordre quant aux habillemens, Bellabre dist : « Com- 
paignon, il fault que nous allions veoir des chevaulx. 
Je say ung gentilhomme de Pyémont logé en la Gre- 
nète*, qui a ung bas roussin bien relevé et bien 
remuant, ce sera bien vostre cas; et il me semble 
aussi qu'il a ung petit courserot^ bay qui est fort 
adroit. L'on m'a dit qu'il les veult vendre, parce que, 
puis huyt jours, en les chevauchant s'est rompu une 

1. Parti, divisé. 

2. Grenète, marché aux grains. 

3. Gourserot, jeune cheval de bataille. 



36 HISTOIRE DE BAYART 

jambe. Allons veoir que c'est. — C'est bien advisé, » 
respondit le bon chevalier. Si s'en allèrent passer 
l'eaue vers Nostre-Dame de Confort, puis se tirèrent 
au logis de ce gentilhomme piémontoys qu'ilz trou- 
vèrent en sa chambre fort mal acoustré de sa jambe. 
Hz le saluèrent, et il leur rendit le semblable, comme 
courtois chevalier. Bellabre prist la parolle et dist : 
« Mon gentilhomme, vecy mon compaignon qui a 
désir de recouvrer une couple de chevaulx que vous 
avez, parce qu'on nous a rapporté que les voulez 
vendre, au moyen de l'inconvénient qui vous est 
advenu, dont il nous déplaist. — Sur ma foy! mes- 
seigneurs, respondit le gentilhomme, il est vray, et 
m'en fait grand mal, car les chevaulx sont beaulx et 
bons. Mais, puisqu'il plaist à Dieu, je voy bien que 
de trois moys ne sçaurois partir ceste ville. Les 
vivres y sont chers, mes chevaulx se mangeroient en 
l'estable. Vous me semblez honnestes et gaillars gen- 
tilzhommes, j'aime beaucoup mieulx que mes che- 
vaulx tumbent entre voz mains que ailleurs ; montez 
dessus et les allez veoir hors la ville avecques ung de 
mes gens, et au retour, s'ilz vous plaisent, nous en 
ferons marché. » Hz trouvèrent le propos honneste, 
et incontinent furent les chevaulx seelez, sur lesquelz 
le bon chevalier et son compaignon montèrent , et les 
menèrent jusques à la prairie près la Guillotière^ où ilz 
les coururent et trotèrent de sorte qu'ilz s'en tindrent 
pour contens. Si retournèrent au logis du gentil- 
homme pour faire le marché et luy demandèrent le 



1. Situé sur la rive gauche du Rhône, ce faubourg de Lyon 
faisait partie de la province de Dauphiné. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 



37 



pris qu'il les vouldroit vendre. « Par ma foy ! dist-il, 
si j'estois sain, il n'y a homme sur la terre, si je ne 
luy en vouloye faire présent, qui les eust pour deux 
cens escus, mais, pour l'amour de vous, je suis con- 
tent de les vous laisser, le roussin pour soixante escus, 
et le courserot pour cinquante; ce sont cent dix 
escus, et n'en auray pas moins. » Ilz virent bien 
qu'il estoit raisonnable, et ne dirent autre parolle 
sinon : a Mon gentilhomme, vous les aurez, et toute 
nostre vie deux gentilzhommes à vostre commande- 
ment, » dont il les remercia. Hz mirent la main à la 
bourse et luv baillèrent ses cent dix escus, et deux 
pour le vin des serviteurs. Les chevaulx furent menez 
par leurs gens à leur logis, lesquelz firent très-bien 
penser et acoustrer, car plus n'y avoit que trois 
jours à commencer l'emprise qu'avoit faicte messire 
Claude de Vaudray, parquoy tout homme s'appa- 
reilloit selon sa puissance. Si ouvrit icelluy messire 
Claude son pas, selon l'ordonnance qu'il avoit, par le 
congé du roi de France , fait publier, et par ung 
lundy se mist sur les rencs, où contre luy s'essayèrent 
plusieurs bons et gaillards gentilzhommes de la 
maison du bon roy Charles, telz que le séneschal 
Galyot^ pour lors fort gaillart et appert homme 
d'armes, le jeune Bonneval, Saudricourt, Chastillon, 
Bourdillon^, qui estoient des plus privez de la per- 

1. Jacques de Genouillac de Galiot, s' d'Acier, sénéchal d'Ar- 
magnac et de Quercy, depuis grand écuyer, maître de l'artillerie 
de France et chambellan du roi. 

2. Germain de Bonneval, s' dudit lieu. 

Louis de Hedouville, seigneur de Sandricourt, célèbre par le 
tournoi qu'il donna en 1493, qui garda le nom de Pas de Sandri- 
court et le ruina. Voy. Bibl. nation, ms. Brienne, vol. 272. 



38 HISTOIRE DE BAYART 

sonne du roy, et plusieurs autres, où chascun, comme 
povez penser, fist le mieulx qu'il peut. Or, estoit 
telle l'ordonnance que, quant chascun avoit fait ce 
en quoy il estoit tenu, convenoit que le long de la 
lice feust mené veue découverte, aflfin que l'on con- 
gneust lequel c'estoit qui avoit bien ou mal fait. Par- 
quoy à ceste raison povez penser qu'il n'y avoit 
celluy qui ne se mist en son effort de bien faire. Le 
bon chevalier, sur le dix-huitiesme an de son âge (qui 
estoit fort grande jeunesse, car il commenceoit 
encores à croistre, et de sa nature estoit meigre et 
blesme), se mist sur les rencs pour essayer à faire 
comme les autres; et là faisoit son jeu d'essay, qui 
estoit assez rudement commencé , car il avoit afaire 
à ung des plus appers et duytz^ chevaliers de guerre 
qui feust au monde. Toutesfois, je ne scay comment ce 
fut ou si Dieu luy en vouloit donner louenge, ou si 
messire Claude de Vaudray prist plaisir avecques luy, 
mais il ne se trouva homme en tout le combat, tant à 
cheval comme à pied, qui fist mieulx ne si bien que 
luy ; et de ce, les dames de Lyon luy en donnèrent le 
los; car, comme desjà a esté dit dessus, il falloit, 
après avoir fait son debvoir, aller le long de la lice 
veue descouverte; parquoy, quant il convint que le 
bon chevalier le fist, assez honteux, les dames en leur 



Jacques de Goligny, s' de Ghâtillon, chambellan du roi, prévôt 
de Paris, fils de Jean de Goligny et d'Éléonore de Gourcelles; il 
épousa Anne de Ghabannes et Blanche de Bourbon, et mourut en 
1512 d'une blessure reçue à Ravenne. 

Philibert de la Platière, s"" de Bordes et Bourdillon, fils d'Im- 
bert de la Platière, épousa Marie de Fontenay. 

1. Duyt, habile, instruit. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 39 

langaige lyonnois luy donnèrent l'honneur en disant : 
« Vey-vo cestou malotru ! il a mieulx fay que tous los 
autres. » Et de tout le reste de la compaignie acquist 
si bonne grâce que le bon roy Charles dist à son 
soupper, pour plus l'honnorer : « Par la foy de mon 
corps! Picquet a ung commencement dont à mon 
oppinion fera saillie à bonne fin. » Et dist alors au 
seigneur de Ligny : « Mon cousin, je ne vous feiz de 
ma vie si bon présent que quant je le vous donnay. » 
A quoy respondit ledit seigneur : « Sire, s'il est 
homme de bien, y aurez plus grant honneur que moy, 
car le bon los que luy avez donné l'a fait entre- 
prendre tout cecy. Dieu vueille qu'il puisse conti- 
nuer ! mais son oncle, l'abbé d'Esnay, n'y prent pas 
grant plaisir, car il a eu ses escus et ses acoustre- 
mens à son crédit; » dont desjà estoit le roy assez 
informé. Si se prent à rire, et toute la compaignie. 



CHAPITRE IX. 

Comment le seigneur de Ligny envoya le bon chevalier 
en garnison en Picardie où, estoit sa compaignie, et 
fut logé en une jolye petite ville appellée Ayre, et 
comment, à son arrivée, ses compaignons allèrent au 
devant de luy. 

Après le tournoy finy, le seigneur de Ligny ung 
matin appella le bon chevalier sans paour et sans 
reprouche, auquel il dist : « Picquet, mon amy, pour 
vostre commencement avez assez eu belle et bonne 
fortune ; les armes se veulent continuer, et encores 



40 HISTOIRE DE BAYART 

que je vous retiengne de ma maison à trois cens 
francs par an et trois chevaulx à livrée, je vous ay 
mis de ma compaignie. Si vueil que vous aillez à la 
garnison veoir voz compaignons, vous advisant que 
vous y trouverrez d'aussi gaillards hommes d'armes 
qu'il y en ait point en la chrestienté, et qui souvent 
exercent les armes en faisant joustes et tournoys pour 
l'amour des dames et pour honneur acquerre. Si me 
semble, attendant quelque bruyt de guerre, que ne 
pourriez mieulx estre. » Le bon chevalier, qui autre 
chose ne demandoit , respondit : « Monseigneur, 
de tous les biens et honneurs que m'avez faitz et 
faictes chascun jour, ne sçauriez pour le présent tirer 
de moy que très humbles remerciemens, et prier 
Nostre Seigneur qu'il le vous vueille rendre; mais 
c'est aujourd'huy le plus grant désir que j'aye d'aller 
veoir la compaignie que dictes , car je ne sçauroye si 
peu demourer, aux biens que j'en ay ouy dire, que 
je n'en vaille mieulx toute ma vie ; et si c'est vostre 
bon plaisir, je partiray demain. » Le seigneur de 
Ligny dist : « Je le vueil bien, mais premier veulx 
que preniez congé du roy, et je vous y mèneray après 
disner. » Ce qui fut fait, et trouvèrent le roy comme 
il se vouloit lever de table; auquel le seigneur de 
Ligny dist en telle manière : « Sire, vecy vostre Pic- 
quet qui s'en va veoir ses compaignons en Picardie, 
il vient prendre congé de vous. » Si se mist d'ung 
asseuré visaige le bon chevalier à genoulx, que le 
roy voulentiers regarda, et en soubzriant luy dist : 
« Picquet, mon amy, Dieu vueille continuer en vous 
ce que je y ay veu de commencement, et vous serez 
preudhomme ; vous allez en ung pays où il y a de 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 



41 



belles dames, faictes tant que vous acquérez leur 
grâce. Et adieu, mon amy. — Grant mercy, Sire, > 
dist le bon chevalier. Si fut incontinent embrassé de 
tous les princes et seigneurs au dire adieu, avecques 
plusieurs gentilzhommes qui avoient grant regret de 
quoy il laissoit la court ; mais non avoit pas luy, ains 
luy tardoit trop à son advis qu'il n'estoit desjà au 
lieu où il de voit aller. Le roy fist appeller ung de ses 
varletz de chambre qui avoit quelques deniers en ses 
coffres, auquel commanda bailler au bon chevalier 
trois cens escuz, et pareillement luy fist délivrer ung 
des beaulx coursiers qui fust en son escuyrie. Il donna 
au varlet de chambre trente escuz, et dix à celluy 
qui luy mena le coursier, dont tous ceulx qui le 
sceurent louèrent sa libérahté à merveilles. Le sei- 
gneur de Ligny le ramena à son logis, et le soir le 
prescha comme s'il eust esté son enfant, lui recom- 
mandant sur toutes choses avoir toujours l'honneur 
devant les yeulx; mais il a toujours bien gardé ce 
conmiandement jusques à la mort. Enfin, quand il fut 
temps d'aller coucher, ledit seigneur de Ligny luy 
dist : « Picquet, mon amy, je croy que vous partirez 
demain plus matin que ne seray levé. A Dieu vous 
command. » Si l'embrassa les larmes aux yeulx, et 
le bon chevalier, le genoil en terre, prist congé de luy 
et s'en alla à son logis, où il fut convoyé^ de tous ses 
compaignons, desquelz le congé ne fut pas pris sans 
grans embrassemens. Il monta en sa chambre où il 
trouva le tailleur dudit seigneur de Ligny, qui avoit 



1. Convoyé, accompagné. 



42 HISTOIRE DE BAYART 

deux habillemens completz que son bon maistre luy 
envoyoit; si luy dist : « Mon frère, mon amy, si 
j'eusse sceu ce beau présent, j'en eusse remercié 
monseigneur qui m'a tant fait d'autres biens que 
jamais vers luy ne le sçauroye mériter. Vous ferez 
s'il vous plaist cela pour moy. » Si tira à sa bourse et 
luy donna vingt escus. Ung des serviteurs d'icelluy bon 
chevalier luy dist : « Monseigneur, Guillaume le pale- 
frenier a amené en vostre estable le bon roussin de 
monseigneur, et m'a dit que mondit seigneur le vous 
donnoit, mais il s'en retourne parce qu'on le deman- 
doit et dit qu'il viendra demain matin parler à vous. 
— Il ne me trouverra pas, dist-il, car je veulx estre 
à cheval à la pointe du jour. » Si regarda le tailleur, 
auquel il bailla dix escus et luy dist : « Mon amy, je 
vous prie, baillez cela à Guillaume le palefrenier, et 
au demourant, s'il vous plaist, me saluerez toute la 
belle et noble compaignie de la maison de monsei- 
gneur de par moy; » ce que promist faire le tailleur. 
Lequel party de sa chambre, le bon chevalier fist 
faire ses coffres et acoustrer son cas pour partir de 
bon matin, et puis se mist dedans le hct où peu 
reposa, car il estoit près de minuyt quand il s'i mist. 
Levé qu'il fut, premier fist partir ses grants che- 
vaulx, dont il avoit six par excellence, avecques son 
cariage^ Luy, avecques cinq ou six beaux et trium- 
phans courtaulx, se mect après, quant il eut prins 
congé de son hoste et de son hostesse, et très bien 
contentez de ce qu'il avoit esté en leur maison. 

1. Cariage, bagage. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 43 

Son compaignon Bellabre fut aussitost prest que luy, 
lequel le fut acompaigner jusques à la Breesle * où fut 
leur disnée , et là prindrent congé l'ung de l'autre ; 
mais il n'y eut pas grant mistère, car dedans trois ou 
quatre jours après faisoit son compte ledit Bellabre 
de suyvre son compaignon, et n'attendoit seuUement 
que une couple de grans chevaulx qui luy venoient 
d'Espaigne. Le bon chevalier s'en alla tousjours à 
petites journées, parce qu'il faisoit mener grans che- 
vaulx ^, toutesfois il fit tant qu'il arriva à trois petites 
lieues de la ville d'Ayre^, où de là envoya ung de ses 
gens pour avoir logis. Quant les gentilzhommes 
de la compaignie sceurent que Picquet estoit si près, 
montèrent tous ou la pluspart à cheval pour luy aller 
au devant, tant grant désir avoient de le veoir, car 
chascun estoit desjà abreuvé de ses vertus. Si estoient 
plus de six vingtz, tous jeunes gentilzhommes, qui 
trouvèrent leur compaignon à demye lieue de la ville. 
Il ne fault pas demander s'ilz se firent grant chère, 
et le menèrent, joyeusement devisans de plusieurs 
choses, jusques dedans la ville, où aux fenestres 
estoient les dames, lesquelles avoient desjà entendu 
la noblesse du cueur du bon chevalier Picquet ; chas- 
cune désiroit à le congnoistre. Hz le virent, mais non 
pas si à leur ayse qu'elles firent depuis. Icelluy bon 
chevalier fut mené par ses compaignons à son logis, 
où le soupper estoit desjà prest, car ainsi l'avoit 

1. L'Arbresle, chef-lieu de canton du département du Rhône. 

2. Les voyages se faisaient généralement sur des courtauds ou 
chevaux de moindre valeur, tandis que les grands chevaux ou 
chevaux de bataille étaient conduits en main. 

3. Aire-sur- la- Lys (Pas-de-Calais). 



44 HISTOIRE DE BAYART 

ordonné à son homme qu'il avoit envoyé devant. Si 
demourèrent une partie de sesditz compaignons 
avecques luy, qui menèrent joyeuse vie, luy deman- 
dant de son estât et comment il estoit bien heureux à 
son commencement d'avoir si bien fait contre mes- 
sire Claude de Vaudray, et le louoient à merveilles. 
Mais oncques le bon chevalier ne monstra semblant 
d'en avoir joye, ains respondoit courtoysement à 
leurs parolles, et disqit : « Messeigneurs mes compai- 
gnons, le los qu'on me donne est à grant tort, il n'y 
a pas encores tant de bien en moy que je sceusse 
monter à grant pris; mais s'il plaist à Nostre Sei- 
gneur, moyennant vostre bonne ayde, je parviendray 
à estre ou nombre des gens de bien. » Or fut ce 
propos laissé, et parla on d'autres matières. Si cora- 
mencea à dire l'ung des gentilzhommes de la compai- 
gnie, appelle Tardieu*, homme joyeulx et facécieux, 
adressant ses parolles au bon chevaher : « Gompai- 
gnon, mon amy, je vous advise qu'en toute la Picar- 
die n'y a point de plus belles dames qu'en ceste ville, 
dont vostre hostesse, que n'avez encores veue, en est 
l'une. Elle est allée aux nopces d'une sienne niepce, 
demain retournera, si la verrez à vostre ayse. Il est 
impossible que soyez venu tenir garnison sans escuz, 
il fault, à vostre arrivée, faire parler de vous, et par 
bien faire puissez aquérir la grâce des dames de ceste 
contrée. Il y a longtemps qu'il n'y eut pris donné en 
ceste ville ; je vous prie tant que je puis qu'en vueillez 

1. Jean Tardieu, gentilhomme du Rouergue, qui suivit Bayart 
dans les guerres d'Italie. Le lieutenant criminel Tardieu dont a 
parlé Boileau dans sa x« satire, et qui fut assassiné ainsi que sa 
femme par des voleurs en 1666, était un de ses descendants. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 



45 



donner ung entre cy et huyt jours , et ne me reffusez 
pas, s'il vous plaist, pour la première requeste que je 
vous ay jamais faicte. » A quoy respondit le bon che- 
valier : « Sur ma foy ! monseigneur de Tardieu, quant 
me demanderiez une beaucoup plus grosse chose, 
croyez que n'en seriez pas esconduyt; comment le 
seriez-vous de ceste cy, qui me plaist autant ou plus 
que à vous? et s'il vous vient à plaisir de m'envoyer 
demain matin la trompette, et que nous ayons congé 
de nostre cappitaine, je feray en sorte que serez con- 
tent. » Tardieu lui dist : « Ne vous souciez de congé , 
le cappitaine Loys d'Ars* le nous a donné pour tous- 
jours, car ce n'est point pour mal faire. Il n'est pas à 
présent icy, mais il y sera dedans quatre jours; si 
mal y a, j'en prens la charge sur moi. — Et bien ! 
doncques, respondit le bon chevalier, demain sera 
exécuté vostre vouloir. » Longuement demeura en 
propos la compaignie tant qu'ilz ouyrent sonner 
mynuyt. Si prindrent congé les ungs des autres 
jusques à lendemain matin, que ledit Tardieu n'oublia 
pas à venir au logis du bon chevalier, son nouveau 
compaignon, et luy amena une trompette de la com- 
paignie , et le premier bonjour qu'il lui donna ce fut : 
« Compaignon, ne vous excusez plus, vecy vostre 
homme. » 



1. Louis d'Ars, seigneur d'Ars, de Vouves et de Plaisance, 
capitaine de cent dix lances, d'une vieille famille du Berry. Une 
quittance de lui datée d'octobre 1520 et conservée dans le vol. 
26117 des mss. fr. de la Bibl. Nat. (n» 498), est munie de son 
grand sceau, sur lequel on lit : loys. d'ars. d. dere. segr. de. 
vvovEs. d'ars. autour de son écusson. Plusieurs autres quittances, 
également avec sceaux, se trouvent au vol. 106 des pièces origi- 
nales du cabinet des titres. 



46 HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE X. 

Comment le bon chevalier fist crier dedans Ayre ung 
tournoy pour V amour des dames, où, il y avoit pour 
le mieulx faisant ung bracelet d'or et ung bel dya- 
ment pour donner à sa dame. 

Combien que grant besoing eust de repos le bon 
chevalier sans paour et sans reprouche à cause du 
long travail, pour le propos que luy avoit tenu son 
compaignon Tardieu ne dormit pas trop la nuyt, ains 
pensa comment seroit fondé son tournoy, ce qu'il mist 
en son entendement et délibéra en soy-mesme de 
l'exécuter comme vous orrez. Car, quant Tardieu 
le vint veoir le matin et luy amena la trompette, 
trouva desjà par escript l'ordonnance comment deb- 
voit estre ledit tournoy qui estoit telle : c'est que 
Pierre de Bayart, jeune gentilhomme et apprentif des 
armes, natif du Daulphiné, des ordonnances du roy 
de France, soubz la charge et conduicte de hault et 
puissant seigneur monseigneur de Ligny, faisoit crier 
et publier ung tournoy au dehors de la ville d'Ayre, 
et joignant les murailles, à tous venans, au vingtiesme 
jour de juillet, de trois coups de lance sans lice, à fer 
esmolu et en harnoys de guerre, et douze coups 
d'espée, le tout à cheval ; et au mieulx faisant don- 
noit ung brasselet d'or esmaillé de sa livrée et du poix 
de trente escuz. Le lendemain seroit combatu à pied à 
poux^ de lance, à une barrière de la hauteur du 

4. Je n'ai trouvé ce mot dans aucun glossaire. D'après le 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 47 

nombril, et après la lance rompue, à coups de hache 
jusques à la discrétion des juges et de ceulx qui garde- 
roient le camp; et au mieulx faisant donnoit ung 
dyament du pris de quarante escus. Quant Tardieu 
eut veu l'ordonnance, il dist : « Pardieu ! compaignon, 
jamais Lancelot, Tristan ne Gauvain^ ne firent mieulx. 
Trompette, allez crier cela en ceste ville, et puis yrez 
de garnison en garnison d'icy à trois jours pour en 
advertir tous noz amys. » Il fault entendre qu'en la 
Picardie y avoit pour lors sept ou huyt cens hommes 
d'armes, comme la compaignie du mareschal des 
Cordes^, celles des Escossoys, du seigneur de la 
Palisse^, vertueux et triumphant cappitaine, et de 
plusieurs autres, qui par ladicte trompette furent 
informez du tournoy. Si se misrent en ordre ceulx qui 
s'i voulurent trouver, car le terme n'estoit que de 
huyt ou dix jours ; toutesfois il ne s'en trouva pas si 
peu qu'ilz ne feussent quarante ou cinquante hommes 
d'armes sur les rencs. En ces entrefaictes et en atten- 
dant le désiré jour, arriva ce gentil chevalier, le cap- 
pitaine Loys d'Ars, lequel fut très joyeulx d'estre 
venu d'heure pour en avoir son passe-temps. Sa 

sens de cette phrase et d'autres encore où il est employé, il doit 
signifier à longueur ou à portée de lance. 

1. Lancelot du Lac, Tristan et Gauvain, chevaliers de la Table- 
Ronde. 

2. Philippe de Grèvecœur, s' de Querdes , maréchal de France, 
mort en 1494. 11 était fils de Jacques de Grèvecœur et de Jeanne 
de Gréqui. 

3. Jacques de Ghabannes, s' de la Palisse, grand-maître de 
l'artillerie, maréchal de France, fils de Geoffroy de Ghabannes, 
sénéchal du Rouergue, et de Gharlotte de Prie. Il fut tué en 
1525 à la bataille de Pavie. Il avait épousé en premières noces 
Jeanne de Montberon et en secondes Marie de Melun. 



48 HISTOIRE DE BAYART 

venue sceue par le bon chevalier, luy alla faire la 
révérence, et se firent grant chère l'ung à l'autre. 
Encores pour mieulx renforcer la feste, le lendemain 
arriva son compaignon Bellabre, qui donna grant 
esjouyssement à toute la compaignie. Si se délectoient 
tous les jours à essayer leurs chevaulx et faire banc- 
quetz aux dames, où entre autres le bon chevalier fîst 
très bien son debvoir; de sorte que les dames de la 
ville et plusieurs autres de alentour, qui estoient 
venues pour estre au tournoy, luy donnoient le los 
sur tous les autres, dont toutesfois ne se mettoit en 
orgueil. Or, vint le jour ordonné pour commencer 
ledit tournoy que chascun se mist sur les rencs. L'ung 
des juges estoit le bon cappitaine Loys d'Ars, et le 
seigneur de Sainct-Quentin, Escossoys, l'autre. Si se 
trouvèrent les gentilzhommes sur les rencs qui furent 
nombrez à quarante-six, et par sort, sans tromperie , 
furent partis vingt et trois d'un costé et vingt et trois 
d'ung autre. Et eulx estans pretz pour commencer à 
bien faire, la trompette va sonner, et après déclaira 
de point en point l'ordre du tournoy. Si convint au 
bon chevalier se présenter le premier sur les rencz, 
et contre luy vint ung sien voisin du Daulphiné, 
nommé Tartarin*, qui estoit fort rude homme 
d'armes. Si laissèrent courre l'ung à l'autre, de sorte 
que ledit Tartarin rompit sa lance à demy pied du 
fer, et le bon chevalier l'asséna au hault du grand 
garde-bras et mist sa lance en cinq ou six pièces; 



1. Thierry d'Eurre, s'' de Portes, surnommé Tartarin, gentil- 
homme du Valentinois. Il fut un des compagnons de Bayart 
dans les guerres d'Italie. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 49 

dont trompettes sonnèrent impétueusement, car la 
jouste fut belle à merveilles. Et après avoir parfourny 
leur poindre S retournèrent pour la seconde, et fut 
telle l'adventure de Tartarin que de sa lance faulsa le 
garde-bras du bon chevalier à l'endroit du canon ; et 
cuydoient tous ceulx de la compaignie qu'il eust le bras 
percé. Ledit bon chevalier luy donna au dessus de la 
veue* et lui emporta ung petit chapelet plein de 
plumes^. La tierce lance fut aussi bien ou mieulx 
rompue que les deux autres. Leurs courses faictes, 
vint Bellabre, et contre luy se prépara ung homme 
d'armes escossoys, qu'on nommoit le cappitaine 
David de Fougas, qui pareillement firent de leurs trois 
lances ce qu'il estoit possible à gentilzhommes de faire. 
Et ainsi deux contre deux joustèrent jusques à ce que 
chascun eust parfourny ses courses. Après convint 
combatre à l'espée. Et commencea selon la première 
ordonnance le bon chevalier, qui du troisiesme coup 
qu'il donna, rompit son espée en deux pièces; et du 
reste fist si bien son debvoir, jusques au nombre des 
coups ordonnez, que mieulx n'eust sceu faire. Après 
vindrent les autres selon leur ordre; et pour ung 
jour, au rapport de tous les voyans, mesmes ainsi 
que dirent les deux juges, ne fut jamais mieux couru 
de lance ne combatu à l'espée. Et combien que chas- 
cun le fist fort bien, les mieulx faisans furent le bon 
chevalier, Bellabre, Tartarin, le cappitaine David, 

1. Parfourny leur poindre, fourni leur course. 

2. Vue, visière treillissée du casque. 

3. Chapelet, petit chapeau orné de plumes : c'était probable- 
ment un chaperon emplumé servant de cimier au heaume de 
Tartarin. '•"' 

4 



50 HISTOIRE DE BAYART 

ung de la compaignie de monseigneur des Cordes, 
nommé le bastard de GhimayS et Tardieu. Quant vint 
sur le soir, que chascun eut fait son debvoir, se reti- 
rèrent tous au logis du bon chevalier qui avoit fait 
dresser le soupper triumphamment, où il y eut force 
dames ; car de dix lieues à l'entour, toutes celles de 
Picardie, ou la pluspart, estoient venuz veoir ce beau 
tournoy; et y fut fait grande et triumphante chère. 
Après le soupper y eut dances et plusieurs autres 
esbatemens, tant qu'il fut si tard, avant que personne 
se voulsist ennuyer, que une heure après minuyt 
sonna. Alors s'en allèrent les ungs après les autres à 
leurs logis, menans les dames jusques au lieu où ilz 
dévoient reposer. Si fust assez tard le lendemain avant 
qu'elles feussent bien esveillées. Et croyez qu'il n'y 
en avoit nulles qui se lassassent de donner merveil- 
leuse louenge audit bon chevalier, tant des armes que 
de l'honnesteté qui estoit en luy; car nul plus gra- 
cieux ne courtois gentilhomme n'eust-on sceu trouver 
en ce monde. Or, pour parfaire ce qui estoit com- 
mencé, le lendemain, les souldars tous ensemble se 
trouvèrent au logis de leur cappitaine Loys d'Ars, où 
estoit desjà le bon chevalier, qui l'estoit venu prier 
de disner en son logis avecques le seigneur de 
Sainct-Quentin, en la compaignie des dames du soir 
précédent, qui luy fut accordé. Il convint aller ouyr 
messe, laquelle chantée, eussiez veu les jeunes gen- 
tilzhommes prendre les dames par dessoubz les bras, 
et icelles mener, parlans d'amours et autres joyeulx 



1 . Probablement fils naturel de Gbarles de Groy, fait prince de 
Ghimay par l'empereur Maximilien en 1486. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 51 

devis, jusques au logis dudit bon chevalier, où, s'ilz 
avoient fait bonne chère le soir devant, à disner la 
firent encores meilleur. Guères ne demourèrent sei- 
gneurs ne dames au logis depuis le disner, car 
environ les deux heures, chascun qui estoit du 
tournoy se tira sur les rencs pour achever l'ordon- 
nance du second jour, où celluy qui. à son penser, 
n'estoit pas pour avoir le pris de la première jour- 
née, espéroit avoir la seconde. Les juges, seigneurs et 
dames arrivez sur le lieu, commencea le bon cheva- 
lier sans paour et sans reprouche le pas ^ en la manière 
acoustumée; et contre luy vint ung gentilhomme de 
Haynault, fort estimé, qui s'appelloit Hanotin de 
Sucre ^, qui par-dessus la barrière, à poux de lances, 
se ruèrent de grans coups, et jusques à ce qu'ilz 
feussent par pièces; après prindrent leurs haches 
qu'ilz avoient chascun de leur costé et se ruèrent de 
grans et rudes horions, tellement qu'il sembloit la 
bataille estre mortelle ; toutesfois enfin le bon cheva- 
lier donna ung coup sur son adversaire à l'endroit de 
l'oreille, de sorte qu'il le fist tout chanceler, et qui pis 
est, agenouiller des deux genoulx, et en rechargeant^ 
par-dessus la barrière, luy fist baiser la terre, voulsist 
ou non. Quoy voyant par les juges cryèrent : « Holà ! 
holà! c'est assez; qu'on se retire, » Après ses^ deux 
vindrent Bellabre et Arnaulton de Pierre-Forade, ung 
gentilhomme de Gascongne, lesquelz firent merveilles 

i. Pas, joute, tournois. 

2. Hannotin de Sucker, capitaine de lansquenets, qui fit avec 
Bayart la plupart des campagnes d'Italie. 

3. Rechargeant, revenant à la charge. 

4. Ses, ces. 



52i HISTOIRE DE BAYART 

aux lances, qui furent incontinent rompues; puis 
vindrent aux haches et se donnèrent de grans coups ; 
mais Bellabre rompit la sienne, par quoy les juges les 
départirent ^ Après ces deux vindrent sur les rencs 
Tardieu et David l'Escossoys, qui firent très-bien leur 
devoir. Si fist chascun en son endroit, de sorte qu'il 
estoit sept heures devant que chascun eust achevé, et, 
pour ung petit tournoy, ceulx qui y estoient veirent 
aussi bien faire qu'ilz avoient veu de leur vie. Quant 
tout fut achevé, chascun se retira à son logis pour soy 
désarmer ; puis après vindrent tous à celluy du bon 
chevalier, où estoit le bancquet appresté, et jà y 
estoient les deux juges, les seigneurs d'Ars et de 
Sainct-Quentin, et toutes les dames. S'il y eut devise ^ 
des deux journées ne fault pas demander ; chascun en 
disoit ce qu'il luy sembloit. Toutesfois, après le soupper 
convint en donner résolution^, et par les juges déclairer 
qui devoit avoir les pris. Si en demandèrent à plu- 
sieurs gentilzhommes expérimentez aux armes en 
leur foy, et puis après aux dames en leur conscience 
et sans favoriser l'ung plus que l'autre. Enfin, tant 
par les gentilzhommes que par les dames fut dit que, 
combien que chascun eust fait si bien son devoir que 
mieulx ne pourroit, ce néantmoins, à leur jugement, 
de toutes les deux journées le bon chevalier avoit esté 
le mieulx faisant; par quoy remectoient à luy-mesme, 
comme celluy qui avoit gaigné les pris, de donner ses 
présens où bon luy sembloit. Si y eut grande alterca- 
tion entre les deux juges à qui prononceroit la sen- 

1. Départirent, séparèrent. 

2. Devise, devis, entretien. 

3. Résolution, solution. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 53 

tence; mais le bon cappitaine Loys d'Ars pria tant 
le seigneur de Sainct-Quentin qu'enfin promist de 
le faire. Si sonna la trompette pour faire silence, qui 
fut faicte. Si dist ledit seigneur de Saint-Quentin : 
« Messeigneurs qui estes icy tous assemblez, et mes- 
mement ceulx qui ont esté du tournoy dont messire 
Pierre de Bayart a donné le pris par deux journées, 
Monseigneur d'Ars et moy, juges déléguez par vous 
tous à donner sentence raisonnable où seront lesditz 
pris mieulx employez, vous faisons assavoir : que 
après nous estre bien et deuement enquis à tous les 
vertueux et honnestes gentilzhommes qui ont esté 
présens à veoir faire voz armes, et semblable- 
ment aux nobles dames que voyez cy en présence, 
avons trouvé que chascun a très bien et très honnes- 
tement fait son devoir; mais sur tous la commune 
voix est que le seigneur de Bayart, sans blasmer les 
autres, a esté de toutes les deux journées le mieulx 
faisant ; parquoy les seigneurs et dames luy remettent 
l'honneur à donner le pris où bon luy semblera. » Et, 
s'adressant au bon chevalier, luy dist : « Seigneur de 
Bayart, advisez où vous les délivrerez. » Il en fut tout 
honteux, et demoura ung peu pensif; puis après dist : 
« Monseigneur, je ne sçay par quelle faveur cest hon- 
neur m'est fait. Il me semble qu'il en y a qui l'ont 
trop mieulx mérité que moy; mais puisqu'il plaist 
aux seigneurs et dames que j'en soyes juge, suppliant 
à tous messeigneurs mes compaignons, et qui ont 
mieulx fait que moy, n'en estre desplaisans, je donne 
le pris de la première journée à monseigneur de 
Bellabre, et de la seconde au cappitaine David l'Escos- 
soys. » Si leur fist incontinent délivrer les présens, 



54 HISTOIRE DE BAYART 

ny depuis homme ne femme n'en murmura, ains 
commencèrent les dances et passetemps. Et ne se 
pouvoient saouller les dames de bien dire du bon 
chevalier, qui tant fut aymé en la Picardie qu'oncques 
hommes ne le fut plus. Il y fut deux ans, durant 
lequel temps se fist plusieurs tournois et esbatemens 
où en la pluspart emporta tousjours le bruyt. Et la 
plus grande occasion pourquoy tout le monde l'ay- 
moit, c'estoit pour ce que de plus libéral ne gracieuse 
personne n'eust-on sceu trouver sur la terre; car 
jamais nul de ses compaignons n'estoit desmonté qu'il 
ne remontast; s'il avoit ung escu, chascun y partis- 
soit^ Quelque jeunesse qu'il eust, la première chose 
qu'il faisoit quand il estoit levé, c'estoit de servir 
Dieu. Il estoit grant aulmosnier, et ne se trouva 
durant sa vie homme qui sceust dire avoir esté ref- 
fusé de lui en chose dont il ait esté requis, s'il a esté 
en son possible. Au bout des deux ans, le jeune roy 
de France Charles entreprint son voyage de Naples, 
où le seigneur de Ligny alla : parquoy envoya de 
bonne heure quérir le bon chevalier, car congnois- 
sant ses vertus et les honnestes propos qu'on tenoit 
de luy, ne le vouloit pas laisser derrière. 



CHAPITRE XI. 

Comment le roy de France Charles huytiesme fist son 
appareil pour aller à la conqueste du royaulme de 

\. Partissoit, avait sa part. '. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 55 

Naples, lequel il gaigna par sa prouesse et vaillance^ 
sans grande effusion de sang. 

Deux ans après * ou environ, délibéra le bon roy 
Charles d'aller conquester le royaulme de Naples. Les 
occasions et moyens pourquoy il entreprint le voyage 
sont assez contenuz en autres histoires et cronicques , 
parquoy d'en faire icy long récit ne seroit que ennuyer 
les escoutans et gaster papier. Ce néantmoins, comme 
chascun peult avoir clèrement leu et entendu, ledit 
bon roy Charles fist sondit voyage tant honnorable- 
ment que impossible seroit de plus; planta ses jus- 
tices dedans Rome, fist venir le pape à raison, et 
entièrement gaigna le royaulme de Naples, et y laissa 
pour son lieutenant général et vis-roy le seigneur de 
Monpensier^, puis se mist au retour pour venir en 
France et n'eut nul empeschement jusques en ung 
lieu appelle Fournoue^, où il trouva bien soixante mille 
combatans tous Italiens, et de plusieurs potentatz, 
comme du pape, des Vénitiens, du duc de Milan et 

1. A la fin de 1494. 

2. Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier, surnommé le 
comte Dauphin, \ice-roi de Naples, duc de Sessa, fils de Louis 
de Bourbon, comte de Montpensier, et de Gabrielle de la Tour, 
épousa Glaire de Gonzague et mourut à Pouzzoles le 5 octobre 
1496. 

3. La bataille de Fomoue eut lieu le 6 juillet 1495. Jean-Fran- 
çois de Gonzague, marquis de Mantoue, qui commandait à qua- 
rante mille Italiens, y fut battu par quinze mille Français et dut 
à la vitesse de son cheval de n'être pas pris ou tué. Il n'en per- 
sista pas moins à se proclamer victorieux et commanda à Mantegna, 
en mémoire de son prétendu triomphe, le célèbre tableau connu 
sous le nom de Vierge de la Victoire, qui fait actuellement partie 
de la galerie du Louvre (n* 251. École italienne). 



56 HISTOIRE DE BAYART 

plusieurs autres seigneurs, lesquelz estoient délibérez 
deffaire le bon roy à son retour et le prendre prison- 
nier, parce qu'ilz estoient asseurez qu'il avoit laissé 
une partie de sa puissance au royaulme qu'il venoit de 
conquérir, et n'avoit avecques luy point plus de dix 
mille hommes. Ce néantmoins le bon et gentil prince 
qui avoit cueur de lyon, comme certain d'estre bien 
servy de sy peu qu'il avoit de gens, se délibéra les 
attendre et les combatre, ce qu'il fist avecques l'ayde 
de Nostre- Seigneur. Et y eurent sesditz ennemys 
lourde honte et grosse perte, et luy gloire inesti- 
mable, car il ne perdit point sept cens de ses gens. 
Les ennemys en perdirent huyt ou dix mille et des 
plus apparens ; mesmement les plus grans cappitaines 
de la seigneurie de Venise y demourèrent et plusieurs 
de la maison de Gonzague, dont est chief le marquis 
de Mantoue, qui pareillement y estoit ; mais ses espé- 
rons luy aidèrent bien, et le bon cheval sur quoy il 
estoit monté, et n'eust esté que une petite rivière creut 
merveilleusement, il y eust eu plus gros eschec. A la 
première charge le bon chevalier sans paour et sans 
reprouche se porta triumphamment par dessus tous 
en la compaignie du gentil seigneur de Ligny, son bon 
maistre, et luy fut tué deux chevaulx soubz luy le 
jour. Le roy en fut adverty qui luy fist donner cinq 
cens escuz , mais en récompense le bon chevalier luy 
présenta une enseigne de gens de cheval qu'il avoit 
gaignée à la chasse. De là le roy s'en vint par ses 
journées jusques à Verseil, où il trouva une belle 
troppe de Suysses qui estoient descenduz pour le 
secourir s'il en avoit besoing. Il demoura là quelques 
jours avecques son camp, car il vouloit secourir le 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 57 

duc d'Orléans ^ son beau-frère, que le duc de Milan, 
Ludovic Sforce^, et les Véniciens tenoient assiégé 
dedans Novarre. Il y eut plusieurs allées et venues 
par gens qui se mesloient de faire la paix, de façon 
qu'enfin se traicta quelque appoinctement, par quoy 
le roy s'en retourna par ses journées à Lyon, où il 
trouva la bonne roy ne sa loyalle espouse, et en sa 
compaignie la duchesse de Bourbon^ sa seur. Il y eut 
plusieurs gentilzhommes qui n'apportèrent pas de 
grans biens de ce voyage de Naples. Aucuns aussi 
en apportèrent quelque chose dont ilz se sentirent 
toute leur vie, ce fut une manière de maladie qui eut 
plusieurs noms; d'aucuns fut nommée le mal de 
Naples, la grosse vérolle, les autres l'ont appellée le 
mal François et plusieurs autres noms a eu ladite ma- 
ladie, mais de moy je l'appelle le mal de celluy qui 
l'a. Le bon roy de France partit de Lyon pour s'en 
aller à Sainct-Denys en France visiter le bon patron 
où ses prédécesseurs sont ensépulturez, et fut deux 
ans ou trois visitant son royaulme de çà et de là, 
menant très bonne et saincte vie, et maintenant jus- 
tice tant que tous ses subjectz en avoient contente- 
ment ; car luy-mesmes séoit en chaire de justice deux 

1. Plus tard Louis XII. Assiégé après la bataille de Fornoue 
dans Novare par Ludovic le More, il en sortit en octobre de la 
même année, grâce à un traité conclu entre Charles VIII et le 
duc de Milan. 

2. Ludovic Sforce surnommé le More : d'abord tuteur de Jean 
Galeas, duc de Milan, son neveu, il finit par s'emparer du duché 
après en avoir fait empoisonner le légitime possesseur (1494). 

3. Anne de France, duchesse de Bourbon, dame de Beaujeu, 
fille de Louis XI, femme de Pierre II duc de Bourbon : elle 
mourut le 14 novembre 1522. 



58 HISTOIRE DE BAYART 

fois la sepmaine pour ouyr les plainctes et doléances 
d'ung chascun, et les plus povres expédioit. Il eut 
nouvelles comment les Néapolitains c'estoient révoltez 
pour Ferrand, filz du roy Alphonse ^ et aussi de la 
mort de son lieutenant général le conte de Monpen- 
sier, et que tous ses cappitaines s'en retournoient en 
France. Si proposa y retourner luy-mesmes en per- 
sonne, mais ^ qu'il veist le temps oportun. Cependant 
vesquit en son royaulme très vertueusement, et de sa 
femme eut trois enfans, mais ilz moururent. Ou mois 
de septembre mil quatre cens quatre-vingtz dix-sept, 
le bon prince partit de Tours pour tirer à Lyon, cuy- 
dant faire son voyage de Naples, mais il se rompit, 
ne scay à quelle occasion. Il s'en retourna à Amboise, 
et le septiesme jour d'avril oudit an, en une gallerie 
où il regardoit jouer à la paulme, lui print une foi- 
blesse dont il mourut tantost après, qui fut ung 
dommage irréparable pour le royaulme de France; 
car depuis qu'il y a eu roy, ne s'en est point trouvé 
de meilleur nature, plus doulx, plus gracieux, plus 
clément, ne plus pitoyable. Je croy que Dieu l'a retiré 
avec les bienheureuz, car le bon prince n'estoit 
taché d'ung tout seul villain vice. Je n'ay pas fait 
grant discours de sa vie, car elle est assez escripte 
ailleurs. 

1. Alphonse d'Aragon, roi de Naples, qui avait succédé en 1494 
à Ferdinand I^. A l'approche des Français il se réfugia en Sicile 
et abdiqua (27 janvier 1495) en faveur de son fils Ferdinand II. 
Après la bataille de Fornoue celui-ci se présenta devant Naples 
avec dix-huit vaisseaux et força les Français de capituler. Il mou- 
rut peu après, en 1496, ayant reconquis sur les Français la plus 
grande partie de son royaume. 

2. Mais que, pourvu que. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 59 



CHAPITRE XII. 

Comment Loys, duc d'Orléans, vint à la couronne 
comme le plus prochain hoir, et fut appelé Loys 
douziesme. 

Par le trespas du bon roy Charles et au moyen 
de ce qu'il n'avoit point d'hoir masle, Loys, duc 
d'Orléans, plus prochain de la couronne, succéda au 
royaulme, et fut sacré à Reims le xxviP jour de mai 
mil GCCC im" xvm, et print sa couronne à Sainct- 
Denys en France, le premier jour de juillet ensuyvant. 
Il avoit espousé madame Jehanne de France, seur de 
son prédécesseur; mais au moyen de ce qu'on tenoit 
que d'elle ne pourroit sortir lignée, et que par force 
l'avoit espousée, craignant la fureur du roy Loys 
unziesme son père , la fist appeller en justice , et à 
ceste occasion le pape délégua juges qui firent et par- 
firent le procès, et enfin adjugèrent qu'elle n'estoit 
point sa femme. Parquoy, après luy avoir laissé le 
duché de Berry pour son estât, espousa la royne du- 
chesse de Bretaigne, veufve du feu roy Charles. Si ce 
fut bien ou mal fait. Dieu est tout seul qui le congnoist. 
La bonne duchesse de Berry, Jehanne de France, a 
toute sa vie vescu en saincteté; et a l'on voulu dire 
depuis son trespas que Dieu fait des miracles pour 
l'amour d'elle*. 



i . Louis, encore duc d'Orléans, contraint d'épouser Jeanne, fille 
de Louis XI, eut soin de faire une protestation secrète devant 
deux prélats et deux notaires. Arrivé au trône, il obtint son divorce 



6(> HISTOIRE DE BAYART 

A l'advénement du roy Loys XIP, voulut vendre 
tous les offices royaulx qui n'estoient point de judi- 
cature, et en retira plusieurs deniers, car il crai- 
gnoit à merveilles de fouUer son peuple par tailles ne 
autres subsides. Il avoit tousjours son vouloir, sur 
toutes choses, de recouvrer sa duché de Milan, qui luy 
appartenoit à cause de madame Valentine, sa grant- 
mèreS que pour lors luy détenoit Ludovic Sforce et 
paravant son père ; mais ceulx de la maison d'Orléans, 
au moyen des guerres qui si longuement ont duré en 
France contre les Anglois, et aussi la querelle de la 
mort tant du duc d'Orléans que du duc de Bour- 
gongne, n'y avoient jamais peu entendre. Or à présent 
se voyoit-il en estât d'avoir la raison de son ennemy. 
Il alla faire entrée à Lyon le dixiesme jour de juillet 
mil cccc iiii'^^ XIX, puis iSst passer son armée en 
l'Astizanne^, soubz la conduite du seigneur Jehan 
Jacques de Trevolz et du seigneur d'Aubigny^, qui 

du pape. Jeanne se retira en Berry, y fonda l'ordre de l'Annon- 
ciade et y mourut six ans après sa répudiation (4 février 1505), 
dans la pratique de toutes les vertus. Son corps, enseveli à Bourges, 
fut brûlé en 1562 par les protestants. 

1. Valentine Visconti, femme de Louis duc d'Orléans, fille de 
Jean Galeas Visconti, duc de Milan, morte en 1408. 

2. Astesan, province d'Asti. 

3. Jean- Jacques Trivulce, seigneur de Vigevano, maréchal de 
France, gouverneur du Milanais, mort le 5 décembre 1518 à 74 ans. 
Il était fils de Jean Trivulce et de Françoise Visconti. En récom- 
pense de sa fidélité à la cause de la France, il reçut de Louis XII 
le droit de battre monnaie dans son marquisat de Vigevano, où il 
frappa des écus d'or. 

Robert Stuart, dit Beraut, seigneur d'Aubigny, capitaine de 
cent lances écossaises, conseiller et chambellan du roi. Dans le 
manuscrit français de la Bibliothèque nationale n» 26116, sous 
le n» 348, et 26117, n°s 481 et 499, on trouve des quittances de 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 61 

estoient deux sages et vaillans chevaliers, lesquelz 
d'entrée prindrent et misrent à sac deux petites 
places appelées Non et la Rocque*. De là tirèrent à 
Alexandrie et assiégèrent ceulx qui estoient dedans 
pour le seigneur Ludovic, qui fort bien se deffendirent ; 
mais enfin elle fut prinse^. Ceulx de Pavye de ce ad- 
vertis se misrent en l'obéyssance du roy de France. 
Ledit seigneur Ludovic, se voyant en ce party ainsi 
délaissé de ses subjectz, habandonna Milan et se retira 
en Almaigne devers le roy des Romains Maximilian, 
qui le receut joyeusement, car de tout temps avoient 
eu grandes aliances ensemble. Incontinent après son 
partement, ceulx de Milan se rendirent aux François, 
dont nouvelles allèrent au roy de France, qui à dili- 
gence y alla faire son entrée. Et peu de jours après 
fut trouvé expédient par force de deniers et autres 
promesses d'avoir le chasteau, de celluy qui l'avoit en 
garde du seigneur Ludovic, qui fist ung lasche et 
meschant tour à son maistre, car par là espéroit tous- 
jours ledit seigneur recouvrer la duché ^. Quant les 



lui encore munies de son sceau avec la légende sceel de 
ROBERT STVART CHEVALIER, entourant son écu. 

1. Annona^ petite ville sur la route d'Asti, et Rocca d'Arrezo, 
place forte sur les rives du Tanaro, furent prises en deux jours. 

2. Galeas de San-Severino, gendre de Ludovic le More, avait 
une garnison de six mille hommes pour défendre Alexandrie : 
au bout de quelques jours de siège il s'enfuit, lui trentième, à 
Milan, en descendant des remparts par le moyen d'une corde. Le 
lendemain la ville se rendit et fut pillée. Galeas entra au service 
du roi de France. 

3. Bernard Gorte vendit le château de Milan aux Français 
pour mille écus d'or; quelques jours après il se tua, voyant que sa 
trahison avait encouru le mépris de ceux-là mêmes auxquels elle 
profitait. 



62 HISTOIRE DE BAYART 

autres places entendirent le chasteau de Milan estre 
rendu, n'eurent plus d'espoir et se misrent toutes en 
l'obéyssance du roy de France, mesmement ceulx de 
Gennes, ausquelz il bailla pour gouverneur le seigneur 
de Ravastain^, son prochain parent du costé maternel. 
En l'année mesme et le quatorziesme jour d'octobre 
acoucha la royne de France d'une belle fille qui fut 
nommée Claude^. Guères ne séjourna le roy en la 
duché de Milan , mais après y avoir laissé gouverneur 
le seigneur Jehan Jacques, la garde du chasteau au 
seigneur d'Espy^, et la Rocquete à ung gentilhomme 
escossoys, prochain parent du seigneur d'Aubigny, 
s'en retourna à Lyon. Si bien fist-il en la duché avant 
son partement qu'il amoindrit les daxes* et impositions 
de la tierce partie, dont tout le peuple le loua mer- 
veilleusement et en attira beaucoup le cueur d'aucuns. 
Guères ne séjourna ledit seigneur à Lyon, mais marcha 
plus avant en son royaulme, vint jusques à Orléans, 
où il appoincta certain différend entre les ducz de 
Gueldres et de Julliers pour le blason de leurs armes 
et les fist amys. 

4. Philippe de Glèves, seigneur de Ravenstein, fils d'Adolphe 
de Glèves, neveu de Jean I duc de Glèves. 

2. La reine accoucha à Romorantin le 14 octobre 1499 de Claude 
qui devint femme de François d'Angoulême, plus tard François I^*", 
et qui mourut le 20 juillet 1524. 

3. Paul de Beusserade, seigneur d'Espy, fils de Jean de Beus- 
serade et de Jeanne de Ligny. Il était Flamand : créé grand 
maître de l'artillerie de France en 1495, il mourut à la bataille de 
Ravenne (1512). 

4. Daxes, taxes. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 63 



CHAPITRE XIII. 

Comment^ après la conqueste de la duché de Milan, le 
bon chevalier demoura en Ytalie, et comment il dressa 
ung tournoy en la ville de Carignan en Pyémont, dont 
il emporta le pris. 

Au retour d'Ytalie, que fist le roy de France, 
Loys XIP, en joye et lyesse, pour avoir conqueste 
sa duché de Milan et rendu son ennemy, Ludovic 
Sforce, fuytif* dedans les Almaignes, cherchans secours 
vers le roy des Romains, demourèrent les garnisons 
des François en la Lombardie en tout plaisir, à faire 
joustes, tournoys et tous autres passetemps. Le bon 
chevalier qui, en son jeune aage, avoit esté nourry en la 
maison de Savoye, alla visiter une vaillant dame qui 
avoit espousé son premier maistre, le duc Charles de 
Savoye. Blanche ^ s'appelloit la dame, et se tenoit ou 
Piémont en une ville de son douaire, dicte Carignan. 
Elle, qui de toute courtoysie estoit remplie, le receut 
joyeusement et le fist traicter comme s'il eust esté pa- 
rent de la maison. Or, fault-il entendre que pour lors 
n'y avoit maison de prince ne princesse en France, 
Ytalieny ailleurs, où tousgentilzhommes feussentmieulx 
receuz ne oîi il y eust plus de passetemps. Léans avoit 
une fort honneste dame qui l'avoit gouvernée de jeu- 

1. Fuytif, fugitif. 

2. Blanche Paléologue, fille de Guillaume VI Paléologue, mar- 
quis de Montferrat, et d'Elisabeth Sforce, femme de Charles I»' duc 
de Savoie. 



64 HISTOIRE DE BAYART 

nesse, et faisoit encores, laquelle se nommoit madame 
de Fluxas^ ; elle y avoit aussi son mary, honneste gen- 
tilhomme, soubz lequel se manyoit toute la maison. Il 
fault sçavoir que quant le bon chevalier fut donné 
paige au duc Charles de Savoy e, ceste dame de Fluxas 
estoit jeune damoyselle en la maison avecques sa 
femme ; et ainsi comme jeunes gens fréquentent vou- 
lentiers ensemble, se prisrent en amour l'ung l'autre, 
voire si grande, gardant toute honnesteté, que s'ilz 
eussent esté en leur simple vouloir, ayant peu de re- 
gard à ce qui s'en fust peu ensuyvre, se feussent pris 
par nom de mariage. Mais vous avez entendu par cy- 
devant comment le duc Charles alla à Lyon veoir le roy 
de France Charles VHP, et luy donna icelluy bon cheva- 
lier pour son paige, qui fut occasion dont les deux 
jeunes amans se perdirent de veue pour long-temps, 
car cependant le voyage de Naples se fist et plusieurs 
autres choses se desmeslèrent, qui durèrent trois ou 
quatre ans sans eulx veoir sinon par lettre. Durant ce 
temps fut mariée ceste damoyselle à ce seigneur de 
Fluxas qui avoit beaucoup de biens, et il la prist pour 
sa bonne grâce, car des biens de fortune n'en eut pas 
grandement ; mais comme femme vertueuse, voulant 
donner à congnoistre au bon chevalier que l'amour 
honneste qu'elle luy avoit porté de jeunesse duroit 
encores, à son arrivée à Carignan luy fist toutes les 
gracieusetez et courtoysies que possible eust esté faire 
à gentilhomme, et devisèrent longuement de leur jeu- 

1. De Frussasco. Bayart se chargea d'initier au métier des 
armes le fils de son amie. Dans la montre de sa compagnie (voy. 
Y Appendice) ^ on trouvera parmi les noms de ses hommes d'armes 
celui de Gaspard de Frussas. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 65 

nesse et plusieurs autres choses. Geste gente dame de 
Fluxas estoit autant acomplie en beaulté, doulx et gra- 
cieux parler, que femme qu'on eust sceu trouver. En 
son langaige louoit si très fort le bon chevalier que 
possible n'eust esté de plus. Elle luy ramentevoit son 
bien faire, quand il s'essaya à messire Claude de 
Vaudray, le tournoy qu'il gaigna à Ayre en Picardie, 
et l'honneur qu'il receut à la journée de Fournoue , 
dont de tout ce estoit si grant bruyt en France et Ytahe, 
et tellement le louoit et blasonnoit^ que le povre gen- 
tilhonmie en rougissoit de honte ; puis en après luy 
disoit : « Monseigneur de Bayart, mon amy, vecy la 
première maison où vous avez esté nourry, ce vous 
seroit grant honte si ne vous y faisiez congnoistre aussi 
bien qu'avez fait ailleurs. » Le bon chevalier respondit : 
« Madame, vous sçavez bien que dès ma jeunesse vous 
ay aymée, prisée et honnorée, et si vous tiens à si sage 
et bien enseignée que ne voulez mal à personne, et 
encores à moy moins que à ung autre : dictes-moy, 
s'il vous plaist, que voulez que je face pour donner 
plaisir à madame ma bonne maistresse, à vous sur 
toutes, et au reste de la bonne et belle compaignie qui 
est céans. » La dame de Fluxas luy dist alors : « Il 
me semble, monseigneur de Bayart, mais que je ne 
vous ennuyé point, que ferez fort bien de faire quelque 
tournoy en ceste ville pour l'honneur de madame, qui 
vous en sçaura très bon gré ; vous avez icy à l'entour 
force de voz çompaignons gentilzhommes françois, et 
autres gentilzhommes de ce pays, lesquelz s'i trou- 
verront de bon cueur, et j'en suis asseurée. — Vray- 

4. Blasonnoit, louait. 



66 HISTOIRE DE BAYART 

ment, dist le bon chevalier, puisque vous le voulez, il 
sera fait. Vous estes la dame en ce monde qui a pre- 
mièrement conquis mon cueur à son service par le 
moyen de vostre bonne grâce , je suis tout asseuré que 
je n'en auray jamais que la bouche et les mains, car de 
vous requérir d'autre chose, je perdrois ma peine; 
aussi, sur mon ame, j'aymerois mieulx mourir que 
vous presser de déshonneur. Bien vous prie que vous 
me veuillez donner ung de voz manchons \ car j'en ay 
à besongner. » La dame, qui ne sçavoit qu'il en vouloit 
faire, le luy bailla, et il le mist en la manche de son 
pourpoint sans en faire autre bruit. Le soupper fut 
prest, où chascun fist bonne chère, puis après com- 
mencèrent les dances, où tout homme s'acquita le 
mieulx qu'il peut. Madame Blanche devisa longuement 
avecques sa nourriture ~ le bon chevalier, tant que la 
minuyt sonna qui fut temps de se retirer. Mais il fault 
penser qu'il ne dormit pas toute la nuyt; car il songea 
à ce qu'il avoit à faire, et fut résolu du tout en son 
entendement, car le matin envoya une trompette, à 
toutes les villes de là à l'entour où il y avoit garnisons, 
signifier aux gentilzhommes que, s'ilz se vouloient 
trouver dedans quatre jours après, qui estoit ung 
dimenche, en la ville de Carignan, et en habillement 
d'homme d'armes, il donnoit ung pris, qui estoit ung 
menchon de sa dame où il pendoit ung ruby de l'esti- 
mation de cent ducatz, à celluy qui seroit trouvé le 
mieulx faisant à trois courses de lance sans lice ^ et à 
douze coups d'espée. La trompette fist son devoir, et 

1. Manchon, manchette. 

2. Sa nourriture, celui qui avait été élevé dans sa maison. 

3. Lice, barrière. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. ^ 

rapporta par escript quinze gentilzhommes qui avoient 
promis eulx y trouver. Gela vint à la congnoissance de 
madame Blanche, qui en fut très joyeuse, et fist 
acoustrer son eschauffault sur la place où se dévoient 
faire les courses et le combat. Le jour assigné, environ 
une heure après midy, se trouva sur les rencs le bon 
chevalier armé de toutes armes, et trois ou quatre de 
ses compaignons, comme le seigneur de Bon vent, le 
seigneur de Mondragon^ et autres, où guères ne furent 
que tous ceulx qui dévoient courir ne se présentassent. 
Premier commença le bon chevalier, et contre luy vint 
le seigneur de Rovastre, ung gaillart gentilhomme qui 
portoit l'enseigne du duc Philbert de Savoye-, fort 
hardy et adroit chevalier, qui donna ung beau coup 
de lance, car il en fist trois ou quatre pièces; mais le 
bon chevalier luy bailla si grant coup sur le hault de 
sa grant buffe^ qu'il l'en désarma, la perça à jour, et 
fist voiler sa lance en cinq ou six pièces. Ledit seigneur 
de Rovastre reprist sa grant buffe et courut la seconde 
lance dont il fist très bien son devoir, car il la rompit 
aussi bien ou mieulx que la première ; mais le bon 
chevalier luy donna dedans la veue, et luy emporta 
de ce coup son panache et le fist tout chanceler; 
toutesfois il demoura à cheval. A la tierce lance croysa* 
le seigneur de Rovastre, et le bon chevalier rompist la 

1. Janus de Bouvans, seigneur de Giriés. Jacques de Montdra- 
gon, co-seigneur des Eycottières, d'une famille de Savoie. 

2. Philibert le Beau, duc de Savoie, fils de Philippe, comte de 
Baugé, puis duc de Savoie, et de Marguerite de Bourbon, épousa 
Yolande de Savoie et mourut sans postérité en 1504, âgé de 24 ans. 

3. Grande buffleterie servant à garantir le bras qui tenait la 
lance. 

4. Croysa, manqua son but. 



68 HISTOIRE DE BAYART 

sienne, qui s'en alla par esclatz. Après eux vindrent 
Mondragon et le seigneur de Chevron, qui tant bien 
firent leurs courses que tout le monde les loua. Deux 
autres les suyvirent ; et finablement tous se portèrent 
si bien que la compaignie s'en contenta. Les lances 
rompues, convint venir aux espées ; mais le bon che- 
valier ne frappa que deux coups qu'il ne rompist la 
sienne, et qu'il ne fist voiler hors des poings celle que 
tenoit celluy qui combatoit contre luy. Puis les ungs 
après les autres vindrent sur les rencs , et si bien firent 
tous que possible n'eust esté de l'amender ; et fut fort 
tard quant chascun eut achevé. Madame fist, par le 
seigneur de Fluxas, convoyer^ tous les gentilzhommes 
pour aller soupper au chasteau, qui ne reffusèrent pas 
la prière; et croyez qu'ilz furent bien traictez, car 
léans en savoit-on bien la manière. Après soupper 
commencèrent à sonner les haulxboys et ménestriers, 
où avant que l'en se mist en train de dancer, convint 
donner le pris à celluy qui par raison l'avoit gaigné. 
Les seigneurs de Grantmont^ et de Fluxas, qui juges 
en estoient, demandèrent à tous les assistans, tant gen- 
tilzhommes, dames, que aux combatans mesmes, mais 
tous furent d'oppinion que le bon chevalier avoit, par 
le droit des armes, gaigné le pris ; parquoy lesditz juges 
le luy vindrent présenter; mais, tout rougissant de 
honte le reffusa, en disant que à tort et sans cause luy 
estoit attribué cest honneur, mais que s'il avoit aucune 
chose bien faicte, madame de Fluxas en estoit cause, 
qui luy avoit preste son menchon, et que à elle, pour 

i. Convoyer, convier. 

2. Pierre Barthélémy, seigneur de Grammont en Rouergue, 
bailli de Carladès. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 69 

luy, remectoit de donner le pris où bon luy sembleroit. 
Le seigneur de FJuxas, qui congnoissoit la grande hon- 
nesteté du bon chevalier, n'en entra aucunement en 
jalousie, et vint droit à sa femme avecques le seigneur 
de Grantmont, qui luy dist : « Madame, présent votre 
mary que vecy, monseigneur de Bayart, à qui on donne 
le pris du tournoy, a dit que c'est vous qui l'avez gai- 
gné au moyen de vostre menchon que luy donnastes ; 
parquoy il le vous envoyé pour en faire ce qu'il vous 
plaira. » Elle qui tant sçavoit d'honneur que merveilles, 
ne s'en effraya aucunement, ains très humblement 
remercia le bon chevalier de l'honneur qu'il luy faisoit, 
et dist ces motz : « Puis qu'ainsi est que monseigneur 
de Bayart me fait ce bien, de dire que mon menchon 
luy a fait gaigner le pris, je le garderai toute ma vie 
pour l'amour de luy; mais du ruby, puisque pour le 
mieulx faisant ne le veult accepter, je suis d'advis qu'il 
soit donné à monseigneur de Mondragon ; car on tient 
que c'est celluy qui a mieulx fait après luy. » Ainsi qu'elle 
ordonna fut acomply, sans ce qu'on en ouyst aucun 
murmurer. Si fut madame Blanche bien joyeuse d'avoir 
fait telle nourriture que du bon chevalier, dont tout le 
monde disoit bien. Le pris donné, les dances commen- 
cèrent et durèrent jusques après mynuyt que chascun 
se retira. Les gentilzhommes françois furent encores 
cinq ou six jours à Garignan en joye et desduyt*, faisans 
grant chère, puis s'en retournèrent en leurs garnisons. 
Le bon chevalier print aussi congé de madame sa 
bonne maistresse, à laquelle il dist qu'il n'y avoit 
prince ne princesse en ce monde, après son souverain 

1. Desduyt, passe-temps. 



70 HISTOIRE DE BAYART 

seigneur, qui eust plus de commandement sur luy 
qu'elle y en avoit, dont il fut remercié grandement. 
Ce fait, convint aller prendre congé de ses premières 
amours, la dame de Fluxas, qui ne fut pas sans tumber 
larmes de la part d'elle, et de son costé estoit le cueur 
bien serré. L'amour honneste a duré entre eulx deux 
jusques à la mort, et n'estoit année qu'ilz ne s'en- 
voyassent présens l'ung à l'autre. En la ville de Cari- 
gnan ne au chasteau durant ung mois ne fut autre 
propos tenuz que de la prouesse, honneur, doulceur 
et courtoisie du bon chevalier, et estoit autant prisé et 
aymé léans que s'il en eust deu estre héritier ^ Il y 
trouva, luy y estant, servant en quelque office, Pizou 
de Ghenas^, qui avoit esté maistre palefrenier du duc 
Charles de Savoye son maistre, et duquel il avoit eu 
autresfois du plaisir, ce qu'il vouloit alors recon- 
gnoistre ; car après l'avoir mené à son logis et fait bien 
traicter, luy donna ung cheval qui valloit bien cin- 
quante escus, dont le bonhomme de bon cueur le 
remercia. Il luy demanda qu'estoit devenu son escuyer 
du temps qu'il estoit en la maison de monseigneur de 
Savoye. Pizou de Chenas luy dist qu'il se tenoit à 
Moncallier^ où il estoit maryé et retiré, et qu'il estoit 
devenu fort goûteux. Le bon chevalier, non ingrat de 
gracieusetez que par le passé lui avoit faictes, par ledit 



1. Etienne Pasquier dans ses Recherches de la France (1. VI, 
ch. 19) a reproduit cet épisode de la vie de Bayart sous le titre 
de : L'honneste amour du capitaine Bayar envers une dame. 

2. On a vu au chapitre V des détails sur le service que ce 
maître palefrenier avait rendu à Bayart quand il était encore à la 
cour de Savoie. 

3. Moncalieri, à deux lieues au S. de Turin. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 71 

Pizou mesmes luy envoya une fort bonne et belle mulle ; 
et monstroit bien en ce faisant, qu'il n'avoit pas mis en 
oubly les biens qu'on luy avoit faits en jeunesse. 



CHAPITRE XIV. 

Comment le seigneur Ludovic Sforce retourna (TAl- 
maigne avecques bon nombre de lansquenetz, et 
reprint la ville de Milan sur les François. 

Vous avez entendu comment le seigneur Ludovic se 
retira en Almaigne devers le roy des Romains. Et 
fault entendre qu'il n'y alla pas sans porter deniers, 
car au faict qu'il vouloit entreprendre en avoit bien à 
besongner, et le monstra par effect ; car, peu de temps 
après son chassement, retourna en Lombardie avecques 
bon nombre de lansquenetz et quelques Suysses, au- 
cuns honmies d'armes Bourgongnons, et force che- 
vaulx d' Almaigne. Et, le troisiesme jour de janvier, 
par quelque intelligence, reprint la ville de Milan, dont 
furent les François chassez, combien que le chasteau 
demoura tousjours entre les mains du roy ^ . A l'exemple 
de Milan, se révoltèrent plusieurs villes en la duché, 
entre les autres toutes celles du chemin de Gennes, 
conmie Tortonne, Vaugayre^ et plusieurs chasteaulx. 

1 . Ludovic le More rentra dans Milan deux mois après en avoir 
été chassé par les Français (février 1500). 

2. Tortona, à neuf lieues S.-O. de Pavie. — Voghera^ à quatre 
lieues N.-E. de Tortona. 



721 HISTOIRE DE BAYART 

Quant le roy de France eut entendu le trouble de sa 
duché, comme prince magnanime et vertueux, dressa 
une grosse armée pour y envoyer, dont il fist chiefz le 
seigneur de Ligny et le seigneur Jehan-Jacques, qui 
assemblèrent leur armée en l'Astizanne, et commen- 
cèrent à marchera 

Or, durant que le seigneur Ludovic fut dedans 
Milan, et peu après qu'il l'eut repris, fault que 
je vous face ung compte du bon chevalier sans 
paour et sans reprouche. Il estoit demouré, par le 
congé de son maistre, en Ytalie quant le roy de France 
s'en retourna pour ce qu'il desiroit sur toutes choses 
les armes et ymaginoit bien qu'il ne pouvoit demourer 
longuement que le seigneur Ludovic qui estoit allé 
chercher secours en Allemaigne ne retournast avecques 
puissance, et par ce moyen y auroit combatu, car à la 
première conqueste de la duché ne s'estoit pas fait 
grans armes. Il estoit en garnison à vingt mille de Milan 
avecques d'autres jeunes gentilzhommes, et faisoient 
chascun jour courses les ungs sur les autres, belles à 
merveilles. Ung jour fut ledit bon chevalier adverty 
que dedans Binaz^ y avoit trois cens chevaulx qui 
seroient bien aysez à deffaire, si pria ses compaignons 
que leur plaisir feust luy tenir compaignie à les aller 
visiter. Il estoit tant aymé de tous que facillement luy 
fut sa requeste accordée. Si s'apprestèrent de bon ma- 

1. Louis XII envoya au duché de Milan Louis de la Trémouille, 
avec 6000 hommes de pied et 600 lances ; il fit en outre revenir 
de Romagne Yves d'Alègre qui y avait mené quelques troupes à 
César Borgia. 

2. Binasco^ à quatre lieues S.-O. de Milan. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 73 

tin, et s'en allèrent jusques au nombre de quarante ou 
cinquante hommes d'armes pour essayer s'ilz feroient 
quelque bonne chose. Le cappitaine qui estoit dedans 
Binaz estoit très gentil chevalier, sage et advisé à la 
guerre, et s'appelloit messire Jehan Bernardin Cazache. 
Il avoit bonnes espies par lesquelz il entendit comment 
les François chevauchoient pour le venir trouver. Il ne 
voulut pas attendre d'estre pris au nyt , si se mist de 
sa part en ordre, et se tira hors des barrières, la por- 
tée de deux ou trois getz d'arc. Si va adviser ses 
ennemys, qui luy donnèrent grant joye, car, selon son 
jugement, au peu de nombre qu'ilz estoient, pensoit 
bien qu'ilz ne luy feroient point de déshonneur. Ilz 
commencèrent à approcher les ungs contre les autres 
crians : France! France! More! More! et à l'abor- 
der y eut grosse et périlleuse charge, car de tous les 
deux costez en fut porté par terre qui remontèrent à 
grant peine. Qui eust veu le bon chevaHer faire faictz 
d'armes, entamer testes, coupper bras et jambes, eust 
plustost esté pris pour lyon furieux que pour damoisel 
amoureux. Brief, ce combat dura une heure qu'on 
n'eust sceu dire qui avoit du meilleur, qui faschoit fort 
à icelluy bon chevalier, lequel parla à ses compaignons, 
disant : « Hé ! messeigneurs, nous tiendrons tout au- 
jourd'huy ce petit nombre de gens ! Si ceulx qui sont 
dedans Milan en estoient advertiz, jamais nul de nous 
ne se sauveroit; à coup, prenons courage, je vous 
supplie, et poussons cecy par terre. » Aux parolles du 
bon chevalier s'esvertuèrent ses compaignons ; et, en 
cryant tous d'une voix : France! France! livrèrent 
ung aspre et merveilleux assault aux Lombars, les- 



74 HISTOIRE DE BAYART 

quelz commencèrent à perdre place et à eulx reculler 
tousjours eulx defïendans très bien ; mais en ce recul- 
lement firent plus de quatre ou cinq mille, tirant vers 
Milan, où quant ilz se veirent si près, tournèrent bride, 
et à course de cheval, à qui mieulx mieulx, prindrent 
la fuyte vers la ville. Les François chassèrent tant 
qu'ilz en furent bien près. Alors fut cryé par quelc'un 
des plus anciens, et qui fort bien entendoit la guerre : 
« Tourne, homme d'armes, tourne ! » à quoy chascun 
entendit, excepté le bon chevalier qui, tout eschaufFé, 
tousjours chassoit et poursuyvit ses ennemys, de sorte 
que pesle-mesle parmy eulx entra dedans Milan, et les 
suyvit jusques devant le palais où estoit logé le sei- 
gneur Ludovic, et pour ce qu'il avoit les croix blan- 
ches, tout le monde cryoit après luy : Pille, pille. Il 
fut environné de toutes pars et prins prisonnier du 
seigneur Jehan-Bernardin Gazache, qui le mena à son 
logis et le fist désarmer. Si le trouva fort jeune gentil- 
homme, comme de l'aage de vingt et deux à vingt et 
trois ans, dont il s'esmerveilla, et mesmement comment 
en tel aage pouvoit avoir en luy tant de prouesse qu'il 
en avoit congneue. Le seigneur Ludovic, qui avoit ouy 
le bruyt, demanda que c'estoit. Aucuns qui avoient 
entendu l'affaire le luy comptèrent, et comment le 
seigneur Jehan Bernardin, estant à Bynas, avoit esté 
chargé des François, qui enfin l'avoient repoussé jus- 
ques dedans Milan ; et parmy eulx, à la chasse, estoit 
entré pesle-mesle ung desditz François, qu'on tenoit à 
merveilles vaillant et hardy gentilhomme, et n'estoit 
riens si jeune. Alors commanda qu'on l'allast quérir et 
qu'il luy feust amené, ce qui fut fait incontinent. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 75 



CHAPITRE XV. 

Comment le seigneur Ludovic voulut veoir le bon cheva- 
lier sans paour et sans reprouche, et comment, après 
avoir devisé avecques luy, le renvoya, et luy fist 
rendre son cheval et ses armes. 

On alla incontinent au logis du seigneur Jehan Ber- 
nardin chercher son prisonnier pour l'amener au sei- 
gneur Ludovic qui le demandoit. Il eut paour que en 
la fureur icelluy seigneur Ludovic luy fist faire quelque 
desplaisir. Il estoit courtois et gracieulx gentilhomme, 
si le voulut mener luy-mesmes après l'avoir vestu d'une 
de ses robes et mis en estât de gentilhomme. Si le vint 
présenter au seigneur, qui s'esmerveilla quant il le 
veit si jeune, et on luy donnoit si grant los : toutesfois 
lui adressa son parler en disant : « Venez ça, mon 
gentilhomme , qui vous a amené en ceste ville? » Le 
bon chevalier, qui ne fut de riens esbahy, luy respon- 
dit : « Par ma foy ! monseigneur, je n'y pensois pas 
entrer tout seul, et cuydois bien estre suyvy de mes 
compaignons, lesquelz ont mieulx entendu la guerre 
que moy; car s'ilz eussent fait ainsi que j'ay, ilz 
feussent comme moy prisonniers. Toutesfois, après 
mon inconvénient, je me loue de fortune de m'avoir 
fait tumber entre les mains d'ung si bon maistre que 
celluy qui me tient , car c'est ung très vaillant et advisé 
chevalier. » Après luy demanda le seigneur Ludovic, 



76 HISTOIRE DE BAYART 

par sa foy, de combien estoit l'armée du roy de 
France. « Sur mon âme! monseigneur, à ce que je 
puis entendre, il y a quatorze ou quinze cens hommes 
d'armes et seize ou dix-huyt mille hommes de pied ; 
mais ce sont tous gens d'eslite qui sont délibérez si 
bien besongner à ceste fois qu'ilz asseureront Testât 
de Milan au roy nostre maistre. Et me semble, mon- 
seigneur, que seriez bien en aussi grande seureté en 
Almaigne que vous estes icy, car voz gens ne sont pas 
pour nous combatre. » Tant assuréement parloit le 
bon chevalier que le seigneur Ludovic y prenoit grant 
plaisir, ce néantmoins que son dire feust assez pour l'es- 
tonner; mais pour monstrer qu'il ne se soucioit pas 
grandement du retour des François, luy dist comme 
par risée : « Sur ma foy! mon gentilhomme, j'ai belle 
envie que l'armée du roy de France et la mienne se 
trouvent ensemble, à celle fin que par la bataille se 
puisse congnoistre à qui de droit appartient cest héri- 
tage, car je n'y voy point d'autre moyen. — Par mon 
serment ! monseigneur, dist le bon chevalier, je voul- 
drois que ce feust dès demain, pourveu que je feusse 
hors de prison. — Vrayment à cela ne tiendra pas, 
respondit le seigneur, car je vous en metz dehors pré- 
sentement et feray à vostre maistre ^ ; mais davantage 
demandez-moy ce que vous vouldrez et je le vous don- 
neray. » Le bon chevalier, qui le genoil en terre 
remercia le seigneur des offres qu'il luy fàisoit, comme 
estoit bien raison, luy dist : « Monseigneur, je ne vous 

1. Je feray, il faut probablement lire : « Je feray recompense à 
vostre maistre. » C'est-à-dire : Je dédommagerai celui qui vous a 
pris. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 77 

demande autre chose sinon que, si vostre courtoisie 
se vouloit tant estendre que de me faire rendre mon 
cheval et mes armes que j'ay apportées dedans ceste 
ville, et m'en envoyer ainsi devers ma garnison, qui 
est à vingt mille d'icy, me feriez ung très grant bien, 
dont toute ma vie me sentiroys obligé à vous, et hors 
le service du roy mon maistre, et mon honneur saufve, 
le vouldroys recongnoistre en ce qu'il vous plairoit me 
commander. — En bonne foy ! dist le seigneur Ludo- 
vic, vous aurez présentement ce que demandez. » Si 
dist au seigneur Jehan Bernardin : « A coup, cappi- 
taine, qu'on luy trouve cheval, armes et tout son cas. 
— Monseigneur, dist le cappitaine, il est bien aisé à 
trouver, tout est à mon logis. » Si y envoya inconti- 
nent deux ou trois serviteurs, qui apportèrent ses 
armes et amenèrent son cheval , et le fist armer le 
seigneur Ludovic devant luy. Quant il fut acoustré 
monta sur son cheval sans mettre pied à l'estrief ; puis 
demanda une lance qui luy fut baillée, et levant sa 
veue, dist au seigneur : « Monseigneur, je vous remer- 
cie de la courtoysie que m'avez faicte ; Dieu le vous 
vueille rendre ! » Il estoit en une belle grande court. 
Si commença à donner de l'esperon au cheval, lequel 
fist quatre ou cinq saulx tant gaillardement que impos- 
sible seroit de mieulx , et puis luy donna une petite 
course en laquelle contre terre rompit sa lance en cinq 
ou six pièces, dont le seigneur Ludovic ne s'esjouyt 
pas trop, et dist tout hault ses parolles : « Si tous les 
hommes d'armes de France estoient pareilz à cestuy-cy, 
j'aurois mauvais party. » Ce néantmoins luy fist bailler 
une trompette pour le conduyre jusques à sa garnison, 



78 HISTOIRE DE BAYART 

mais il ne fut pas si avant, car jà estoit l'armée des 
François à dix ou douze mille de Milan, qui estoit 
toute abreuvée^ de ce que le bon chevalier estoit 
pris par sa hardiesse, toutesfois il y avoit eu de la 
jeunesse meslée parmy^. Quant il fut arrivé au camp, 
s'en alla incontinent devers son bon maistre le seigneur 
de Ligny, qui en riant luy dist : « Hé! comment, 
Picquet, qui vous a mis hors de prison? Avez-vous 
payé votre rançon ? Vrayement je voulois envoyer ung 
de mes trompettes pour vous chercher et la payer. — 
Monseigneur, dist le bon chevalier, je vous remercie 
très humblement de vostre bon vouloir ; le seigneur 
Ludovic m'a délivré par sa grande courtoysie. » Si 
leur compta de point en point comme tout estoit allé 
de sa prinse et de sa délivrance. Tous ses compaignons 
le vindrent veoir, qui luy firent grant chère. Le sei- 
gneur Jehan-Jacques luy demanda s'il espéroit, à veoir 
la contenance du seigneur Ludovic et à l'ouyr parler, 
s'il donneroit la bataille ; à quoy il respondit : « Mon- 
seigneur, il ne m'a pas tant déclairé de ses affaires ne 
si avant ; toutesfois, à le veoir, il est homme qui pour 
peu de chose n'est pas aysé à estonner : vous verrez 
que ce pourra estre en peu de jours. De luy ne me 
scauroye plaindre, car il m'a fait très bon et hon- 
neste party ; la pluspart de ses gens sont dedans 
Novarre, il a délibéré les faire venir à Milan ou aller 
à eulx. » 

1. Abreuvée, triste, désolée. 

2. Le Loyal serviteur veut dire qu'il y eut de la hardiesse, il est 
vrai, mais aussi de l'inexpérience et de la jeunesse dans la con- 
duite de Bayart en cette occasion. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 79 



CHAPITRE XVI. 

Comment le seigneur Ludovic se retira dedans Novarre^ 
doubtant que les François entrassent dedans Milan 
par le chasteau, et comment il fut prins. 

Quant le seigneur Ludovic congneut l'armée du roy 
de France si près de Milan, et que le chasteau estoit 
hors de ses mains, il se doubta d'estre surpris dedans 
la ville, si se desroba de nuyt avecques ce qu'il avoit 
de gens dedans Milan; au moins peu y en laissa 
avecques son frère le cardinal d'Escaigne, et s'en 
alla veoir son armée qui estoit dedans Novarre. Où 
quant il fut sceu au camp du roy de France, ses lieux- 
tenans, où peu de jours avoit que le seigneur de la Tri- 
moille^ y estoit arrivé, délibérèrent l'aller assaillir audit 
lieu de Novarre. Le seigneur Ludovic avoit beaucoup 
de gens, mais ilz estoient de nations fort différentes, 
comme Bourgongnons-, lansquenetz et Suysses, et par 
ce, trop plus mal aysez à gouverner; car en quelque 
sorte que les choses allassent, peu de jours après fut 
rendue la ville de Novarre es mains des lieux-tenans 
dudit roy de France. Et pour ce qu'on faisoit courir 



1. Louis de la Trémouille, amiral de Guienne et Bretagne, cham- 
bellan de Charles VIII et de Louis XII, gouverneur de Bourgogne 
et du Milanais, dit le Chevalier sans reproche, mari de Gabrielle 
de Bourbon-Montpensier. Tué en 1525 à la bataille de Pavie. 

2. La cavalerie bourguignonne était commandée par le même 
Claude de Vaudrey, qui fut l'occasion du premier fait d'armes du 
bon chevalier (voir plus haut chap. VI, Vil et VIII). 



80 HISTOIRE DE BAYART 

le bruyt que le seigneur Ludovic n'estoit pas dedans 
la ville et qu'il s'estoit retiré en Almaigne pour la 
seconde fois, fut ordonné que les gens de pied passe- 
roient par dessoubz la picque, ce qu'ilz firent; et 
parmy eulx fut congneu le povre seigneur Ludovic, 
qui se rendit, quant il veit que force lui estoit, au sei- 
gneur de Ligny. Je ne say qui fist l'afFaire, mais il fut 
plus que mal servy ; ce fut le vendre dy devant Pasques 
flories, oudit an mil cinq cens^ Le reste de son armée 
s'en alla bagues^ saufves. Je croy bien qu'ilz eurent 
quelque payement , car on disoit que les Suysses que le 
seigneur Ludovic avoit avecques luy s'estoient mutinez 
à faulte de payement ; mais depuis j'ay entendu du con- 
traire, et que le bailly de Dyjon^^, qui avoit gros crédit 
avecques eulx, les avoit gaignez, joinct aussi qu'en 
l'armée du roy y en avoit beaucoup plus gros nombre 
qu'ilz n'estoient dedans Novarre et s'excusoient de ne 
combatre point les ungs contre les autres. J'ay veu 
advenir plusieurs fois cela, qui a porté beaucoup de 
dommage en France. Or, quoyque ce feust, le seigneur 
Ludovic demoura prisonnier, fut mené en France droit 
à Lyon, depuis au Liz Sainct-George, et enfin au chas- 
teau de Loches ouquel il a fine ses jours*. Ce fut une 

1. Ludovic le More avait obtenu à force de prières de pouvoir 
se glisser au milieu des Suisses, habillé comme eux; mais un de 
ces mercenaires ayant trahi sa présence, le duc fut saisi par les 
soldats français (10 avril 1500). Voy. Jean d'Anton, Chronique de 
Louis XII. 

2. Bagues, bagages. 

3. Antoine de Bessey, baron de Trichote, bailli de Dijon, fils de 
Jean de Bessey et de Jeanne de Saulx : il épousa Jeanne de 
Lenoncourt. 

4. Ludovic le More fut d'abord enfermé au château du Lys-Saint- 
Georges (Indre), puis à la tour de Bourges et enfin au château de 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 81 

grosse pitié, car iJ avoit esté triomphant prince en sa 
vie , mais fortune luy mon stra au derrenier son rigoureux 
visage. Le cardinal d'Escaigne, son frère, lequel estoit 
demouré dedans Milan, quand il sceut l'inconvénient, 
feist saulver en Almaigne ses deux nepveux, enfans 
dudit seigneur Ludovic, devers le roy des Romains, et 
de luy se mist en fuyte bien et grossement acompaigné, 
comme de quatre à cinq cens chevaulx vers Boulongne ; 
mais en chemin par ung cappitaine vénicien, nommé 
Soussin de Gonzago^ fut pris prisonnier, et depuis le 
mist entre les mains des François; mais il ne rendit 
pas les meubles et son cariage qu'on estimoit valloir 
deux cens mille ducatz. Ne demoura guères de temps 
après quant ceulx de la duché de Milan sceurent la 
prinse de leur seigneur, j'entendz ceulx lesquelz à son 
retour s'estoient révoltez, ne se retournassent Fran- 
çois , en grant crainte d'estre pillez et sacayez ; mais 
ilz y trouvèrent toute doulçeur et amytié, car ilzavoient 
affaire à bon prince et à vertueulx cappitaines. 



CHAPITRE XVII. 

Comment le seigneur de Ligny alla visiter Vaugayre, 
Tortonne, et autres places en la duché de Milan, 

Loches où il vécut dix ans très-étroitement resserré. Il y mourut 
en 1510, âgé de 57 ans. 

1. Ce personnage, parent des Sforce, s'empara de leur personne 
sur le territoire de Rivolta (duché de Plaisance), dont il était 
seigneur. Le cardinal Ascanio, plus heureux que son frère, obtint 
la liberté peu après la mort du pape Alexandre YI. 11 mourut de 
la peste à Rome en 1505. 

6 



8Sl HISTOIRE DE BAYART 

que le roy luy avait données; et d'ung gentil tour 
que fist le bon chevalier. 

Il fault entendre que quant le roy de France eut fait 
sa première conqueste de la duché de Milan, il voulut 
récompenser ses bons serviteurs en leur donnant terres 
et seigneuries oudit duché, mesmement au seigneur de 
Ligny, Tortone, Vaugayre et quelques autres places où 
ilz s'estoient révoltez quant le seigneur Ludovic revint 
d'Almaigne, qui avoit fort fasché audit seigneur de 
Ligny. Si se délibéra de les aller veoir, et mena en 
sa compaignie le vertueux cappitaine Loys d'Ars, son 
lieutenant, le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche qui portoit son guydon alors, et plusieurs 
autres gentilzhommes. Si vint jusques à Alexandrie, 
et faisoit courir le bruyt qu'il mettroit Tortonne et 
Vaugayre au sac, combien qu'il n'en avoit nulle vou- 
lenté, car il estoit de trop bonne nature. Quant ses 
subgectz sceurent sa venue et le bruyt qui couroit de 
leur destruction, furent, et non sans cause, bien eston- 
nez. Si eurent conseil ensemble qu'ilz envoy croient au 
devant de leur seigneur le plus humblement qu'ilz 
pourroient, pour impétrer miséricorde, ce qu'ilz 
firent, et jusques au nombre de vingt des plus appa- 
rens le vindrent trouver à deux mille de Vaugayre, 
pour luy cuyder faire la révérence et eulx excuser ; 
mais combien qu'on les monstrast audit seigneur de 
Ligny et qu'il les congneust assez, ne fist pas semblant 
de les veoir, et tira oultre jusques dedans la ville au 
logis qui estoit pris pour luy. Les povres gens qui 
estoient allez au devant furent bien estonnez de si 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 83 

estrange recueil. Si se retirèrent en leur ville le plus 
doulcement qu'ilz peurent et cherchèrent moyen de 
parler au cappitaine Loys d'Ars, pour faire leur 
appoinctement^ envers le seigneur; ce qu'il promist 
à son possible faire, car jamais ne fut gentilhomme de 
meilleur nature. Si leur assigna jour à lendemain ; cepen- 
dant alla faire ses remonstrances au seigneur de Ligny, 
luy suppliant qu'en sa faveur il les voulsist escouter, 
qui luy fut accordé. Et le lendemain, après le disner, 
cinquante des plus apparens de la ville vindrent à son 
logis, et testes nues se gectèrent à genoulx devant luy 
en criant miséricorde. Puis commencea à parler l'ung 
d'entre eulx, homme fort éloquent, et en langage yta- 
lien proféra telles ou semblables parolles : « Monsei- 
gneur, voz très humbles et très obéyssans subjectz et 
serviteurs de ceste povre ville vostre, de tout leur 
cueur se recommandent très humblement à vostre 
bonne grâce, vous suppliant par vostre gentillesse leur 
vouloir pardonner l'offense qu'ilz ont faicte, tant envers 
le roy de France leur srouverain que vous, pour eulx 
estre révoltez. Et ayez à considérer en vostre cueur 
que la ville n'est pas pour tenir contre une puissance, 
et que quelque chose qu'ilz ayent faicte, leur cueur 
n'est jamais mué qu'il ne soit demouré bon françois ; 
et si par leur povreté d'esperit ilz ont fait une lourde 
faulte, par vostre grant bonté leur vueille estre appai- 
sée, vous asseurant, monseigneur, que jamais plus ne 
les y trouverrez, et ou, comme de Dieu habandonnez, 
une autre fois ilz retourn croient, se mectent eulx, 
leurs enfans et femmes avecques tous leurs biens, pour 

1. Appoinctement, accommodement. 



84 HISTOIRE DE BAYART 

en disposer ainsi qu'il vous plaira. Et en signe qu'ilz 
veuUent demourer envers vous telz que je vous dis, 
vous font en toute humilité ung petit présent selon leur 
puissance, qui est de trois cens marcs de vaisselle 
d'argent, lequel il vous plaira prendre, en démons- 
trant que vostre yre est cessée sur eulx. » Alors se 
teut et fist apparoistre sur deux tables, bassins, tasses, 
gobeletz et autre manière de vaisselle d'argent que 
ledit seigneur de Ligny ne daigna regarder, mais en 
homme courroucé fièrement respondit : « Comment, 
meschans, lasches et infâmes, estes-vous si hardis 
d'entrer en ma présence, qui comme failliz de 
cueur, sans cause ny moyen, vous estes révoltez! 
Quelle foy désormais pourra y-je avoir en vous? Si on 
feust venu mettre le siège devant vostre ville, icelle 
canonner et assaillir, sc'eust esté autre chose; mais 
ennemy ne s'est jamais monstre , qui fait assez appa- 
roistre que de vostre propre voulenté estes retournez 
à l'usurpateur de ceste duché. Si je faisois mon devoir, 
ne vous ferois-je pendre et estrangler comme traystres 
et desloyaulx aux croysées de voz fenestres? Allez, 
fuyez de devant moy, que jamais ne vous voye. » En 
disant lesquelles parolles, les povres citoyens estoient 
tousjours à genoulx. Alors le vaillant et prudent cap- 
pitaine Loys d'Ars mist le bonnet hors de la teste, et 
ung genoil en terre dist : « Monseigneur, pour l'hon- 
neur de Dieu et de sa Passion, faictes-moy ceste grâce 
que à ma requeste leur vueillez pardonner vostre mal- 
talent^, car je leur ay promis, et jamais n'auroient 



1. Pardonner vostre maltalent, leur pardonner d'avoir excité 
votre colère. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 86 

fiance en moy si m'aviez reffiisé. J'espère, monsei- 
gneur, que toute vostre vie vous les trouverrez bons et 
vrais subjectz. » Et les povres gens, sans attendre 
qu'on replicquast, commencèrent tous d'une voix à 
crier : « Monseigneur, il sera ainsi que le dit le cap- 
pitaine, au plaisir de monseigneur. y> Le bon seigneur 
de Ligny, ouye leur clameur, meu de pitié et quasi 
larmoyant, les fist lever et leur déclaira deux propos, 
l'ung d'amytié, et l'autre de rudesse, pour monstrer 
qu'ilz avoient grandement failly. Quant à l'ung dist : 
« Allez ! pour l'amour du cappitaine Loys d'Ars, qui 
tant m'a fait de services que pour beaucoup plus grosse 
chose ne le vouldrois refïuser, je vous pardonne , et 
n'y retournez plus ; mais au regard de vostre présent, 
je ne le daignerois prendre, car vous ne le valiez^ pas. » 
Si regarda autour de luy et advisa le bon chevalier 
auquel il dist : « Picquet, prenez toute ceste vaisselle , 
je la vous donne pour vostre cuysine. » A quoy soub- 
dainement respondist : « Monseigneur, du bien que 
me faictes très humblement vous remercie, mais à 
Dieu ne plaise que biens qui viennent de si meschans 
gens que ceubc-cy entrent en ma maison ; ilz me por- 
ter oient malheur. » Si prent pièce à pièce toute ceste 
vaisselle, et à chascun qui estoit là en fist présent sans 
que pour luy en retiensist la valleur d'ung denier, qui 
fist esbahir toute la compaignie, car alors il n'eust sceu 
finer^ de dix escus. Quant il eut tout donné, partit 
hors de la chambre ; aussi firent les habitans. Si com- 
mença à dire le seigneur de Ligny à ceulx qui estoient 



1. Valiez, méritez. 

2. Finer, financer. 



86 HISTOIRE DE BAYART 

demeurez : « Que voulez-vous dire, messeigneurs ; 
avez-vous veu le cueur de Picquet et sa libéralité? Ne 
luy fist pas Dieu grant tort qu'il ne le fist roy de quel- 
que puissant royaulme? Il eust acquis tout le monde 
à luy par sa grâce. Groyez-moy que ce sera une fois 
ung des plus parfaictz hommes du monde. » Brief toute 
la compaignie donna grande louenge au bon chevalier. 
Quant le seigneur de Ligny eut ung peu pensé pour ce 
jour et considéré que ne luy estoit riens demouré 
du présent qu'il luy avoit fait, le lendemain, à son 
lever, luy envoya une belle robbe de veloux cramoisy 
doublée de satin broché, ung fort excellent coursier, 
et trois cens escus en une bourse qui ne luy durèrent 
guères, car ses compaignons y eurent part comme 
luy. Peu de jours demoura le seigneur de Ligny qu'il 
ne retournast à Milan, où estoit venu le cardinal d'Am- 
boyseS lieutenant général pour le roy, et de là s'en 
vint en France. 

CHAPITRE XVIII. 

Comment le roy de France envoya grosse armée à 
Naples, où il fist son lieutenant général le sei- 
gneur d'Aubigny. 

Vous avez entendu par cy-devant comment, après 
la mort de monseigneur de Montpensier-, les Néapo- 

1. Georges d'Amboise, cardinal, légat du pape, archevêque de 
Rouen, principal ministre de Louis XII, mort à Lyon en 1510 à 
l'âge de 50 ans. Il était fils de Pierre d'Amboise et d'Anne de 
Bueil. 

2. Gilbert de Montpensier mourut, comme nous l'avons dit plus 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 8f 

litains se révoltèrent, et s'en vindrent tous les François 
en France, dont le roy Charles huytiesme fut fort des- 
plaisant, et s'en feust vengé s'il eust vescu , mais mort 
le prévint. Incontinent que le roy Loys XIP vint au 
règne, il voulut entendre à la conqueste de sa duché 
de Milan, parquoy les affaires dudit royaulme de 
Naples demeurèrent longtemps en suspens , et estoit 
desjà mort Ferrand, filz d'Alphonce, et régnoit oudit 
royaulme son oncle Fédéric^ Entendre devez une 
chose : c'est que quant le feu roy Charles conquesta le 
royaulme, il maria son cousin, le seigneur de Ligny, 
à une grant dame du pays, appellée la princesse d'Alte- 
more^; mais guères ne vesquit, car quant ledit roy 
voulut retourner en France, amena avecques luy ledit 
seigneur de Ligny, dont bientost après, ainsi que le 
bruit fut, ladicte dame mourut de dueil. Par le trespas 
d'elle, et aussi par don que icelluy roy Charles en 
avoit fait, estoient demeurées oudit royaulme plu- 
sieurs terres audit seigneur de Ligny, mesmement en 
la Fouille, conmie Venoze, Canoze, Monervyne, Be- 
zeille^, et plusieurs autres. Si print voulenté au roy 

haut, en 1496, à Pouzzoles, après avoir conclu avec le roi de Naples 
le désastreux traité d'Atella. Quelques années plus tard (1501), 
Louis, son fils aîné, mourut en trois jours dans la même ville d'une 
fièvre maligne qu'il avait contractée en assistant à l'exhumation 
du cadavre de son père. 

1. Frédéric d'Aragon, fils de Ferdinand, succéda en 1496 à son 
neveu Ferdinand II ; il fut créé duc d'Anjou par Louis XII en 1501 
et mourut à Tours en 1504. 

2. Aliénor de Baux, de l'illustre famille provençale de ce nom, 
établie à Naples avec les princes de la maison d'Anjou; elle était 
duchesse d'Altamura, et fit son mari héritier des nombreuses 
terres qu'elle possédait en Fouille. 

3. Venosa, ville de la Basilicate. Canosa de Puglia, Minervino 



88 HISTOIRE DE BAYART 

Loys XIP d'envoyer reconquester sondit royaulme de 
Naples , et y cuydoit bien aller ledit seigneur de Ligny, 
mais par deux fois luy fut le voyage rompu, dont au- 
cuns voulurent dire que de dueil il en mourut. Si y fut 
envoyé pour lieutenant général le seigneur d'Aubigny, 
ung très gentil et vertueux cappitaine, très bien accom- 
paigné de gens de cheval et de pied, entre lesquelles* 
estoit celle du seigneur de Ligny, que mena et conduyt 
son bon lieutenant, le cappitaine Loys d'Ars. Or n'avoit 
garde de demourer le bon chevalier derrière, ains 
demanda congé à son bon seigneur de maistre, qui à 
grant regret le luy donna, car desjà l'avoit pris en 
grant amour, et depuis ne se veirent l'ung l'autre. 
Ainsi marcha ce vaillant cappitaine le seigneur d'Au- 
bigny droit audit royaulme, où il fist si bonne dili- 
gence, et trouva domp Fédéric si peu de secours et 
d'amytié parmy ses hommes, qu'il fut contrainct ha- 
bandonner le royaulme, et fist quelque composition 
avecques icelluy seigneur d'Aubigny, qui l'envoya, 
avecques sa femme et enfans, en France, où il fut 
receu très bien du roy, et luy fut baillé la duché 
d'Anjou et d'autres terres, suyvant la composition 
faicte, et dont il a jouy jusques à sa mort. Depuis sa 
femme ne fut pas trop bien traictée, dont il me semble 
que ce fut mal fait , et pour une femme de roy a esté 
depuis veue en grande nécessité^. Le royaulme de 



Murge, villes de la Terre de Bari. Bisegna, ville de l'Abruzze Ulté- 
rieure. 

1. Entre lesquelles compagnies. 

2. Isabelle-Éléonore de Baux, femme de Frédéric, était fille de 
Pierre de Baux, prince d'Altamura, et de Marie de Baux. Après 
la mort de son mari elle se retira à la cour de Ferrare. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 89 

Naples pris par ce seigneur d'Aubigny, assist ses gar- 
nisons par compaignies, et fut celle du seigneur de 
Ligny mise sur ses terres, dont le cappitaine Loys 
d'Ars bailla le gouvernement d'aucunes au bon che- 
valier, qui en fist très bien son devoir. Et furent 
quelque temps en paix le roy d'Arragon qui y préten- 
doit quelque droit et le roy de France qui luy en avoit 
laissé quelque porcion , et fut icelle paix criée l'année 
mesmes à Lyon entre France, Espaigne et le roy des 
Romains, par le moyen de l'archeduc d'Autriche, qui 
avoit à femme l'aisnée fille d'Espaigne\ et avecques 
elle en retournoit ; passa par Lyon et alla veoir sa seur, 
alors duchesse de Savoye. Mais ce fut une paix four- 
rée, car en ce mesme instant le roy d'Aragon envoya 
grosse puissance à Gonssalle Ferrande^, estant audit 
royaulme, par l'intelligence du pape Alexandre, qui 
reprist la ville de Naples ; et la pluspart dudit royaulme 
fut révolté. Ledit seigneur d'Aubigny y fist ce qu'il 
peut, mais enfin fut contrainct de se retirer en la 
Fouille. Je ne suis pas délibéré de traicter autrement 
de ce qui advint oudit royaulme de Naples durant deux 
ou trois ans, ne des batailles de la Sezignolle^, de Joye, 

1. Philippe, archiduc d'Autriche, fils de l'empereur Maximilien, 
mari de Jeanne la Folie, reine de Gastille, père de Charles- 
Quint. Marguerite d'Autriche sa sœur avait épousé Philibert II le 
Beau, duc de Savoie. 

2. Fernandes Gonsales de Gordova, duc de Terra-Nova, prince 
de Vernosa, surnommé le Grand Capitaine, mort à Grenade en 
1515, à l'âge de 74 ans ; il était fils de Pierre Fernandez de Cor- 
dova, seigneur d'Aguilar, et d'Elvire de Herrera. 

3. Le premier combat de Gerignole eut lieu au mois de juillet 
1502, et précéda le siège et la prise de Canosa. Une seconde 
bataille, dont l'issue fut fatale aux Français, s'y livra encore le 
28 avril 1503. 



HISTOIRE DE BAYART 



du Garillan^ et plusieurs autres, dont en aucunes 
gaignèrent les François et en autres perdirent, car il 
est assez escript ailleurs; combien que au derrenier^, 
ne sçay si ce fut par faulte d'ordre ou de bien com- 
batre, les François en furent chassez de tous pointz 
l'an mil cinq cens et quatre ^ et depuis n'y retour- 
nèrent. Je ne sçay si tel estoit le vouloir de Dieu, mais 
sans difficulté celluy qui les en chassa ne celluy qui 
le tient à présent n'y ont aucun droit sinon par la force, 
qui est le poinct où tous princes taschent enfin de 
venir. Je veulx seullement parler des fortunes qui 
advindrent au bon chevaher sans paour et sans re- 
prouche durant la guerre guerroyable* que eurent 
ensemble François et Espaignolz. Et premier vous 
diray d'une fortune qui luy advint. 



CHAPITRE XIX. 

Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
sortit de sa garnison de Monervyne; comment il 
trouva Espaignolz sur les champs, et ce qu'il en 
advint. 

Estant le bon chevalier en une garnison où le vail- 

1. Gioi, ville de la Terre de Bari; un combat y eut lieu le 
21 avril 1503. La bataille de Garigliano, si désastreuse pour les 
Français, fut livrée le 27 décembre 1503. 

2. Au derrenier, enfin, à la fin. 

3. Il y a dans l'édition originale : 1524; c'est évidemment une 
erreur, car ce fut en 1504 que les Français perdirent définitive- 
ment le royaume de Naples. 

4. Guerre guerroyable, grande guerre. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 91 

lant cappitaine Loys d'Ars l'avoit logé, qui s'appelloit 
Monervyne, avecques aucuns de ses compaignons, 
ennuyé d'estre si longuement en caige sans aller 
veoir les champs, leur dist ung soir : « Messei- 
gneurs, il me semble que nous cropissons trop en ce 
lieu sans aller veoir noz ennemys ; il en pourroit, de 
trop demourer, advenir deux inconvéniens ; l'ung que, 
par faulte d'exercer les armes souvent , deviendrions 
tous efféminez , l'autre que à noz ennemys le cueur 
pourroit croistre, pensant entre eulx que pour la 
crainte qu'en avons n'osons partir de nostre fort. 
Parquoy je suis délibéré d'aller demain faire une 
course entre cy et André ou Barlete*. Peult-estre 
aussi que nous trou verrons de leur costé coureurs, ce 
que je désireroys à merveilles, car nous nous pourrons 
mesler ensemble, et à qui Dieu en donnera l'honneur 
si l'emporte. » A ces parolles n'y eut celluy qui res- 
pondit autrement que à sa voulenté. Si firent le soir 
ceulx qui dévoient estre de la course regarder si riens 
ne failloit à leurs chevaulx, et se misrent en ordre 
comme pour achever ce qu'ilz a voient entrepris. Si se 
levèrent assez matin, et se misrent aux champs environ 
trente chevaulx, tous jeunes gentilzhommes , et bien 
déhbérez chevauchèrent vers les garnisons de leurs 
ennemys , espérans d'avoir quelque bonne ren- 
contre. 

Le jour mesmes, estoit sorty de la ville d'André, pour 
pareillement courir sur les François, ung gentilhomme 
espaignol, parent prochain du grant cappitaine Gons- 
salle Ferrande, qui s'appelloit domp Alonce de Soto- 

1. Andria et Barletta^ villes de la Terre de Bari. 



99t HISTOIRE DE BAYART 

Maiore ^ ung fort gentil chevalier et expert aux armes, 
qui en sa compaignie avoit quarante ou cinquante che- 
vaulx d'Espaigne, sur lesquelz estoient gentilzhommes 
tous esleuz^ aux armes. Et telle fut la fortune des deux 
cappitaines, que au descendre d'ung tertre se vont 
veoir les ungs les autres environ la portée d'ung 
canon. Je ne vous scauroye dire lequel fut le plus 
joyeux , mesmement quant ilz apperceurent que leur 
puissance estoit pareille. Si commença le bon cheva- 
lier, après ce qu'il eut au vrayapperceu les croix rouges, 
parler à ses gens, ausquelz il dist : « Mes amys, au 
combat sommes venuz ; je vous prie que chascun ait 
son honneur pour recommandé, et si vous ne me 
voyez faire aujourd'huy mon debvoir, réputez-moy 
lasche et meschant toute ma vie. » Tous respondirent : 
« Allons, cappitaine, donnons dedans, n'attendons 
pas qu'ilz ayent l'honneur de commencer 3. » Alors 

1 . La renommée de Bayart date véritablement de l'aventure 
qui va suivre et de son duel avec Soto-Mayor, qui en fut la con- 
séquence. La plupart des historiens du xvi* siècle ont parlé de ce 
duel célèbre, nous citerons parmi eux Aymar du Rivail (Histoire 
des Allobroges, p. 543), PaulJove {Vie de Gonzales de Gordoue, t. II, 
p. 215), Arnaud Ferron (De rébus gestis Francorum, 1. III, p. 46), 
S, Ghampier [Les gestes du preux chevalier Bayard, fol. xv à xx), etc. 
Alonzo de Soto-Mayor, S' de Soto-Mayor, était fils de Pedro 
Alvarez de Soto-Mayor et de Thérèse de Tabora. 

2. Esleuz, gens d'élite. 

3. « Or advint une foys que le noble seigneur de Bayard, qui 
estoit alors capitaine d'une forte place, en faisant la guerre guer- 
royable sortit du chasteau bien accompaigné de ses gens, si ran- 
contra une moult belle compaignie d'Espaignolz bien armés et 
acoustrés et en plus grant nombre beaucopt que ledict seigneur 
de Bayard, dont les Francoys furent moult esbahys. Mays le sei- 
gneur de Bayard qui estoit jeune et grant en cœur, en couraige, 
eslevé en l'honneur et qui eust mieulx aymé mourir que de faire 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 93 

baissèrent la veue, et en criant : France ! France ! 
se mettent au grant galop pour charger leurs ennemys , 
lesquelz d'une asseurée et fière contenance, à course 
de cheval, criant : Espaigne ! Sant-Yago ! à la pointe 
de leur lances gaillardement les receurent. Et en cette 
première rencontre en furent portez par terre de tous 
les deux costez, qui furent relevez par leurs compai- 
gnons à bien grant peine. Le combat dura une bonne 
demye heure qu'on n'eust sceu juger qui avoit du meil- 
leur, et comme chascun en désiroit l'yssue à sa gloire, 
se livrèrent les ungs aux autres, comme s'ilz feussent 
tous fraiz, un très périlleux assault. Mais, comme chas- 
cun peult assez entendre, en telles choses est de néces- 
sité que l'ung ou l'autre demoure vaincqueur ; si advint 
si bien au bon chevalier, avecques la grant peine qu'il 
y mist et le courage qu'il donnoit à ces gens, qu'en ce 
derrenier assault rompit les Espaignolz, et y demoura 
sur le champ, de mors, jusque au nombre de sept et 
bien autant de prisonniers ; le reste se mist à la fuyte, 
desquelz estoit ledit cappitaine domp Alonce, mais de 
près poursuivy par le bon chevalier, qui souvent luy 
escrioit : « Tourne, homme d'armes ! grant honte te 
sera mourir en fuyant. » Voulut plustosteslirehonneste 

aulcune chose dont déshonneur luy fust advenu ny de fouyr, 
accompaigné seulement de ses gens, fist tant qu'il s'aproucha des 
Espaignolz et au premier qu'il rancontre demanda qui estoit le 
capitaine qui les menoit. Alors respondit ung -. « Nostre capitaine 
c'est le seigneur don Alonce de Soto-Maiore, seigneur moult 
extimé en Espaigne et d'une noble maison après les .princes plus 
extimé, homme de grant cueur et faconde, hardy et preulx aulx 
armes qui ne treuve guières hommes à qui il ne combate, s'ilz sont 
nobles et de maison à luy semblable. » Alors respondit le seigneur 
de Bayard : « Certes j'ay trouvé ce que je queroye. » (Ghampier, 

f. XV.) 



94 HISTOIRE DE BAYART 

mort que honteuse fuyte et comme ung lyon eschaufifé, 
se retourna contre le dit bon chevalier auquel il livra 
aspre assault , car, sans eulx reposer, se donnèrent 
cinquante coups d'espée. Cependant fuyoient tousjours 
les autres Espaignolz, qui avoient habandonné leur 
cappitaine et laissé seul ; ce néantmoins gaillardement 
se combattoit, et si tous les siens eussent fait comme 
lui, je ne sçay qui enfin eust eu du meilleur. Bref, 
après avoir longuement combatu par les deux cappi- 
taines, le cheval de domp Alonce se recreut^ et ne 
vouloit tirer avant. Quoy voyant par icelluy bon che- 
valier, dist ces paroUes : « Rendz-toy, homme d'armes, 
ou tu es mort. — A qui, respondit-il, me rendray-je? 
— Au cappitaine Bayart, dist le bon chevalier 2. » 
Alors domp Alonce, qui desjà avoit ouy parler de ses 
faictz vertueux, aussi qu'il cognoissoit bien ne pouvoir 
eschapper, pour estre de toutes pars enclos, se rendit 
et luy bailla son espée qui fut receue à grant joye. 
Puis ce misrent les compaignons au retour vers leur 
garnison, joyeulx de la bonne fortune que Dieu leur 
avoit ce jour donnée , car ilz n'y perdirent ung seul 

1. Se recreiit, fut fourbu, harassé. 

2. « A l'heure que le soleil retiroit ses raiz et tournoit en son 
occident Bayard voulut expédier le combat. Les gens de tous 
coustez (fors les capitaines qui estoient tous deux hardis et 
chevalereulx) ce lassèrent de férir, car longuement ilz avoient 
combatu. Alors le noble Bayart s'esvertua en telle façon que 
en frappant sur l'ung et sur l'aultre il effundra aulx ungs les 
haulmes et la teste aux aultres, et il donna mainctz grans couptz 
sur leurs corps ; tinablement il les abatist et fouldroya tous réservé 
don Alonce le capitaine, qui voyant la descontiture de ses gens, 
car si ses gens eussent combatu comme luy le combat eust esté 
merveilleux d'ung cousté et d'aultre, commençast à cryer : 
« Capitaine Bayard, je veulx parlementer. » (Ghampier, f. xvj.) 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 9© 

homme. Bien y en fut blessé cinq ou six et deux che- 
vaulx tuez , mais ilz avoient des prisonniers pour les 
récompensera Eulx arrivez à la garnison, le bon che- 
valier, filz adoptif de dame Courtoisie, qui desjà par 
le chemin avoit entendu de quelle maison estoit le sei- 
gneur domp Alonce, le fist loger en une des belles 
chambres du chasteau, et luy donna une de ses robes, 
en lui disant ces parolles : « Seigneur domp Alonce, 
je suis informé par les autres prisonniers qui sont 
céans qui vous estes de bonne et grosse maison, et 
qui mieulx vault, de vostre personne grandement 
renommé en prouesse, parquoy ne suis pas délibéré 
vous traicter en prisonnier, et si vous me voulez pro- 
mettre vostre foy de ne partir de ce chasteau sans mon 
congé, je le vous bailleray pour toute prison. Il est 
grant ; vous vous y esbatrez parmi nous autres jusques 
à ce que vous ayez composé de vostre raençon et icelle 
payée en quoy me trouverrez tout gracieux 2. — Cap- 
pitaine, respondit domp Alonce, je vous remercie de 
vostre courtoisie, vous asseurant sur ma foy ne partir 
jamais de céans sans vostre congé. » Mais il ne tint 
pas bien sa promesse, dont mal luy en print à la fin, 
comme vous orrez ci-après ; toutefois un jour comme 
ils devisoient ensemble, composa domp Alonse de 
sa raençon à mil escus. 



1. Récompenser, dédommager. 

2. Id accedit ut Petrus Baiardus tumaltuaria in pugna vulnerato 
Alphonso, quem alii Aloasum vocant, alii Aldonsum Soto-Maio- 
rem, caplum abduceret, neque aliter quam galios commilitones 
apud se haberet, ea que adhiberet fovendis vulneribus quae 
adhiberi in ea rerum penuria possent... (A.rn. Ferron, 1. III, 
p. 45.) 



96 HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE XX. 



Comment domp Alonce de Soto-Maiore se voulut desro- 
ber par le moyen d'ung Albanoys qui le garnit d'ung 
cheval ; mais il fut repris sur le chemin et reserré 
en plus forte prison. 

Quinze ou vingt jours fut domp Alonce avecques le cap- 
pitaine Bayart, dit le bon chevalier, et ses compaignons, 
faisant grant chère, allant et venant par tout le chasteau 
sans ce que personne luy dist riens, car il estoit sur 
sa foy qu'on estimoit qu'il ne romproit jamais. Il en 
alla autrement, combien que de luy, ainsi qu'il dist 
après, n'y avoit aucune faulte , ains s'excusoit que, 
pour ce qu'il ne venoit nulz de ses gens devers luy, 
alloit quérir sa raençon luy-mèmes pour icelle envoyer 
au bon chevalier, qui estoit de mil escus. Toutesfois 
le cas fut tel. Domp Alonce, allant et venant par le chas- 
teau, se fascha, et ung jour, devisant avecques ung 
Albanoys qui estoit de la garnison du chasteau, luy 
dist : « Vien-çà, Théode! situ me veulx faire ung bon 
tour, tu me le feras bien , et je te prometz ma foy, 
que tant que je vivray n'auras faulte de biens. Il 
m'ennuye d'estre icy, et encores plus que je n'ay nou- 
velles de mes gens ; si tu veulx faire provision d'ung 
cheval pour moy, considère que je ne suis en ceste 
place aucunement gardé, je me sauvera y bien demain 
matin. Il n'y a que quinze ou vingt mille jusque à la 
garnison de mes gens , j'auray fait cela en quatre heu- 
res, et tu viendras avecques moy ; je te feray fort 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 97 

bien appoincter, et si te donneray cinquante ducatz. » 
L'Albanoys, qui fut avaricieux, le promist, combien 
qu'il luy dist devant : « Seigneur, j'ai entendu que 
vous estes sur vostre foy par ce chasteau, nostre cap- 
pitaine vous en feroit querelle. — Je ne veulz pas 
rompre ma foy, dist domp Alonce; il m'a mis à mil 
ducatz de rançon, je les luy envoyeray; je ne suis 
obligé à autre chose. — Bien doncques, dist Théode 
l'Albanoys, il n'y aura point de faulte que demain, au 
point du jour, je ne soye à cheval à la porte du chas- 
teau quand elle ouvrera ; faictes semblant de venir à 
l'esbat, et vous trouverrez le vostre. » Cela fut accordé 
entre eulx et exécuté le lendemain ; car ainsi qu'il fut 
proposé, se trouvèrent si bien à point que, sans ce que 
le portier s'en donnast autrement garde, pour ce que 
desjà estoit adverty qu'il estoit sur sa foy, parquoy le 
laissoit aller et venir, domp Alonce monta à cheval et 
s'en alla tant qu'il peut. Ne demoura guères que le 
bon chevalier, qui estoit vigillant, vint en la basse 
court du chasteau et demanda où estoit son prisonnier, 
car tous les matins se desduysoit avecques luy ; mais 
personne ne luy peut enseigner. Si fut esbahy, et 
vint au portier, auquel il demanda s'il l'avoit point 
veu. Il dist que ouy, dès le point du jour et près de 
la porte. La guète sonna pour sçavoir où il estoit, mais 
il ne fut point trouvé, ne aussi ledit Théode, albanoys. 
Qui fut bien marry? ce fut le bon chevalier. Si com- 
manda à ung de ses souldars nommé le Basco ^ et luy 
dist : « A coup, montez à diligence à cheval, vous 
dixiesme, et picquez droit vers André, veoir si 

1. Pierre de Tardes, surnommé le Basque. 



98 HISTOIRE DE BÂYART 

trouverez nostre prisonnier, et si le trouvez, faictes 
qu'il soit ramené mort ou vif. Et si ce meschant Alba- 
noys est empoigné, qu'il soit ramené aussi, car il sera 
pendu aux créneaulx de céans, pour exemple de ceulx 
qui vouldroient ung autre fois faire le lasche tour qu'il 
a fait. » Le Basque ne fist autre délay, mais incontinent 
monta à cheval, et à pointe d'esperon, sans regarder 
qui alloit après luy , combien qu'il fut très bien suyvy, 
prist son chemin vers André, où à environ deux milles 
trouva domp Alonce descendu, qui habilloit les san- 
gles de son cheval, qui estoient rompues; lequel, 
quand il apperceut qu'il estoit poursuivy, cuyda 
remonter, mais il ne peut. Si fut actainct, repris et 
remonté. Théode ne fut pas si fol de se laisser prendre, 
car il sçavoit bien qu'il y alloit de la vie, si se sauva 
dedans André, et domp Alonce ramené à Monervyne, 
où quant le seigneur bon chevalier le veit, luy dist : 
« Hé ! comment, seigneur domp Alonce , vous m'avez 
promis vostre foy ne partir de céans sans mon congé, 
et vous avez fait le contraire? Je ne me fieray plus en 
vous, car ce n'est pas honnestement fait en gentil- 
homme de se desrober d'une place quant on y est sur 
sa foy. » Domp Alonce respondit : « Je n'estois pas 
délibéré en riens vous faire tort. Vous m'avez mis à 
mil escus de rançon, dedans deux jours les vous eusse 
envoyez , et ce qui m'en a fait partir a esté de desplai- 
sir que j'ay pris pour n'avoir aucunes nouvelles de 
mes gens. » Le bon chevalier, qui estoit encores tout 
courroucé, ne prist pas ses excuses en payement, ainsle 
fist mener en une tour et en icelle le tint quinzejours, sans 
toutesfois le mettre en fers ne faire autre injure, ains 
de son boire et manger estoit si bien traicté que par 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 99 

raison s'en povoit bien contenter. Au bout de quinze 
jours vint une trompette demander sauf-conduyt pour 
ung de ses gens, qui luy vouloit apporter l'argent de 
sa rançon. Il fut baillé, et par ainsi l'argent apporté 
deux jours après, parquoy le seigneur domp Alonce 
fut de tout pointz délivré. Si print congé du bon che- 
valier et de toute la compaignie assez honnestement, 
puis s'en retourna à André ; mais devant son parte- 
ment il veit comment icelluy bon chevalier donna 
entièrement l'argent de sa rançon à ses souldars, sans 
pour luy en retenir ung seul denier. 



CHAPITRE XXI. 

Comment le seigneur domp Alonce de Soto-Maiore se 
plaignit à tort du traictement que luy avoit fait le 
bon chevalier, dont Hz vindrent au combat. 

Quand le seigneur domp Alonce fut arrivé à André, 
de tous ses compaignons et amys eut recueil merveil- 
leux ; car à dire la vérité, il n'y avoit homme en toute 
l'armée des Espaignolz plus estimé que luy ne qui 
plus désirast les armes. Si le confortèrent le mieulx 
qu'ilz peurent, luy remonstrant qu'il ne se devoit point 
fascher d'avoir esté prisonnier, que c'estoient fortunes 
de guerre perdre une fois et gaigner l'autre, et qu'il 
suflfisoit que Dieu l'eust rendu sain et sauf parmy ses 
amys. Après plusieurs propos, luy fut demandé de la 
façon et la manière de vivre du bon chevalier, quel 
homme c'estoit, et comment durant sa prison il avoit esté 
traicté avecques luy. A quoy respondit domp Alonce : 



100 HISTOIRE DE BAYART 

« Je VOUS prometz ma foy, messeigneurs, que, quant à 
la personne du seigneur de Bayart, je ne cuyde point 
que ou monde il y ait ung plus hardy gentilhomme ne 
qui moins soit oyseux ^ ; car s'il ne va à la guerre, 
sans cesse fait quelque chose en sa place avecques 
ses souldars, soit à luyter^, saulter, gecterla barre, et 
tous autres honnestes passe-temps, que sçavent faire 
gentilzhommes pour eulx exercer. De libéralité, il 
n'est point son pareil, car cela ay-je veu en plusieurs 
manières , mesmement quant il receut les mil ducatz 
de ma rançon, devant moy les départit à ses souldars, 
et n'en retint ung seul ducat. Brief à vray dire, s'il 
vit longuement, il est pour parvenir à haultes choses. 
Mais quant à ce que me demandez du traictement 
qu'il m'a fait, je ne m'en sçauroye trop louer. Je ne 
sçay si ce a esté de son commandement, mais ses 
gens ne m'ont pas traicté en gentilhomme, ains trop 
plus rudement qu'ilz ne dévoient , et ne m'en conten- 
teray de ma vie^. » Lesungs s'esbahissoient de ses pa- 
rolles, considéré l'honnesteté que l'on disoit estre au 
bon chevalier ; les autres disoient qu'on ne trouve 
jamais belle prison ; aucuns luy en donnoient blasme. 

r, 

1. Oyseux, oisif. 

2. Luyter, lutter. 

3. Is (Soto-Maior) redditus pristinae valetudini palam Terralium 
uti inhumanum et vilem habere, dicta factaque ejus elevare ut 
plane videretur illius existimationi et dignitati illudere. (Arn. 
Ferron, 1. III, p. 45.) 

Per eos dies Baiardus gallus, hispanum equitem ex nobili 
Sotomaiore familia, ad singulare certamen provocarat, quum se 
Gallus ab Hispano gravi affectum contumelia quereretur quo 
durius ac illiberalius quam deceret fuisset custoditus. (Paul Jov., 
1. II, f. 215.) 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 101 

Et furent tant avant ces parolles que, par ung prison- 
nier de la garnison de Monervyne qui retourna, fut 
amplement informé le bon chevalier comment domp 
Alonce se plaignoit oultrageusement du mauvais 
traictement qu'il disoit luy avoir esté fait, et en 
gectoit grosses parolles peu honnestes, dont il s'esmer- 
veilla grandement ; et sur l'heure fîst appeller tous ses 
gens, ausquelz il dist : « Messeigneurs , velà domp 
Alonce qui se plainct parmy les Espaignolz que je l'ay 
si raeschamment traicté que plus n'eusse peu. Vous 
sçavez tous comment il en va ; il m'est advis qu'on 
n'eust sceu mieulx traicter prisonnier qu'on a fait luy, 
devant qu'il s'efforçast d'eschapper ; ne depuis, com- 
bien qu'il ait esté plus reserré, ne luy a l'on fait chose 
dont il se doive plaindre. Et sur ma foy ! si je pensois 
qu'on luy eust fait tort, je le vouldrois amender envers 
luy. Parquoy, je vous prie, dictes-moy si vous en avez 
apperceu quelque chose que je n'aye point entendu. » 
A quoy tous respondirent : « Cappitaine, quant se' eust 
esté le plus grant prince d'Espaigne, vous ne l'eussiez 
sceu mieulx traicter, et fait mal et péché de s'en 
plaindre ; mais les Espaignolz font tant les braves et 
sont si plains de gloire que c'est une dyablerie. — Par 
ma foy ! dist le bon chevalier, je luy veulx bien escripre 
et l'advertir, combien que j'aye la fiebvre quarte, que, 
s'il veult dire que jel'aye mal traicté, je luy prouveray 
le contraire par le combat de sa personne à la mienne, 
à pied ou à cheval, ainsi qu'il luy plaira. » Si demanda 
incontinent ung clerc et escripvit unes lettres en ceste 
substance : « Seigneur Alonce, j'ay entendu que, après 
vostre retour de ma prison, vous estes plainct de moy, 
et avez semé parmy voz gens que je ne vous ay pas 



102 HISTOIRE DE BAYART 

traicté en gentilhomme. Vous sçavezbien le contraire; 
mais pour ce que, si cela estoit vray, me seroit gros 
déshonneur, je vous ay bien voulu escripre ceste lettre, 
par laquelle vous prie rabiller autrement voz parolles 
devant ceulx qui les ont ouyes, en confessant, comme 
la raison veult, le bon et honneste traictement que je 
vous ay fait ; et ce faisant, ferez vostre honneur et 
rabillerez le mien, lequel contre raison avez soullé^ 
Et où seriez refïusant de le faire, je vous déclaire que 
je suis délibéré le vous faire desdire par combat mortel 
de vostre personne à la mienne, soit à pied ou à che- 
val, ainsi que mieulx vous plairont les armes. Et, 
adieu. De Monervyne, ce x^ juillet. » 

Par une trompette qui estoit au vaillant et noble sei- 
gneur de la Palisse, qu'on appelloit la Lune, fut envoyée 
ceste lettre à ce seigneur domp Alonce dans la ville 
d'André; laquelle, quant il l'eut leue sans en demander 
conseil à personne, luy fist responce par la mesme trom- 
pette, et escripvit unes lettres contenant ces motz : « Sei- 
gneur de Bayart, j'ay veu vostre lettre que ce porteur 
m'a baillée, et entre autres choses dictes dedans icelle 
avoir esté par moy semé parolles devant ceulx de ma 
nation que ne m'avez pas traicté en gentilhomme, moy 
estant vostre prisonnier, et que, ce~ ne m'en desdiz, 
estes délibéré de me combatre. Je vous déclaire 
qu'oncques ne me desdiz de chose que j'aye dicte, et 
n'estes pas homme pour m'en faire desdire ; parquoy 
du combat que me présentez de vous à moy je l'ac- 
cepte, entre cy et douze ou quinze jours, à deux milles 



1. Soullé^ souillé. 

2. Ce, si. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 103 

de ceste ville d'André, ou ailleurs que bon vous sem- 
blera. » La Lune donna ceste responce au bon cheva- 
lier, qui n'en eust pas voulu tenir dix mille escus, 
quelque maladie qu'il eust. Si luy remanda incontinent 
qu'il acceptoit le combat, sans se trouver en faulte au 
jour de l'assignation*. La chose ainsi promise et accor- 
dée, le bon chevalier en advertit incontinent le seigneur 
de la Palisse, qui estoit honmie fort expérimenté en 
telles choses ; et le prist après Dieu pour son guidon, 
et son ancien compaignon Bellabre. Si commencea à 
approcher le jour du combat qui fut tel que vous 
orrez ^. 

1. Champier a reproduit au fol. xviij de son ouvrage une 
lettre de Soto-Mayor à Bayart dont il prétend avoir trouvé lui- 
même l'original dans l'aumônière de la mère du bon chevalier. 
Cette lettre, datée du 26 novembre 1503, est écrite en très-mauvais 
espagnol mêlé d'italien, et à peu près incompréhensible, soit 
qu'elle ait été mal déchiffrée par Champier, soit que Pierre de 
Gordoue, qui la signa en qualité de secrétaire de Soto-Mayor, n'ait 
pas su mieux faire. Elle paraît destinée à régler les conditions du 
combat. Bayart y répondit par la lettre suivante également repro- 
duite par Champier : « Seigneur Alonce, j'ay veu ce que m'avez 
escript et suis contant que s'il y a aulcun François ny aultre qui 
donne empesche à vous, que je soye vostre prisonnier ; aussi en 
semblable, si les vostres me donnent empesche, serez mon pri- 
sonnier, car ne veulx que défendre mon honneur de ce que dictes 
et avez publié que ne vous ay pas bien traicté quant estiez mon 
prisonnier, ny en gentilhomme. » (Champier, fol. xix.) 

2. « Cognita namque causa Gonsalvius severe hominem increpavit 
jussitque certaminis aleam subire ut animi subagresti ignominiam 
Marte judice dilueret. » Ces paroles de Paul Jove (1. Il, p, 215) 
semblent indiquer que Soto-Mayor avait hésité à accepter de 
vider sa querelle avec Bayart en champ clos. Ferron prétend 
que si Soto-Mayor ne refusa pas le combat, c'est qu'il espérait que 
Bayart, atteint d'un violent accès de fièvre, ne pourrait y prendre 
part, c Denique cum acuta febre laborare Baiardum nosset ad 
certamen singulare hominem provocavit. » (L. III, p. 45.) 



104 HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE XXII. 

Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
combatit domp Alonce de Soto-Maiore et le vaincquit. 

Quant se vint au jour assigné du combat, le seigneur 
de la Palisse acompaigné de deux cens hommes d'ar- 
mes, car desjà avoient les deux combatans cest accord 
l'ung à l'autre, amena son champion sur le camp, 
monté sur ung fort bel et bon coursier , et vestu tout 
de blanc par humilité ; encores n'estoit point venu le 
seigneur Alonce. Si alla la Lune le haster, auquel il 
demanda en quel estât estoit le seigneur de Bayart. Il 
respondit qu'il estoit à cheval en habillement d'homme 
d'armes. « Gomment! dist-il, c'est à moy à eslire les 
armes et à luy le camp. Trompette, va luy dire que je 
veulx combatre à pied ^ . » Or, quelque hardiesse que 
monstrast le seigneur Alonce, il eust bien voulu n'en 
estre pas venu si avant, car jamais n'eust pensé, veu 
la maladie qu'avoit alors le bon chevalier, il eust jamais 
voulu combatre à pied; mais quant il veit que desjà 
estoient les choses prestes à vuyder, s'advisa d'y 
combatre pour beaucoup de raisons : l'une, que à 

1. Alphonsus qui equitatu validum Baiardum sciret pedestrem 
pugnam maluerat. (Ferron, loc. cit.) 

Ledict Espaignol sçachant celuy François estre à cheval l'ung 
des plus adroits qu'on sceust, ne le voulut combatre autrement 
que à pied, armé de toutes pièces, réservé d'armet et de banière, 
à visaige descouvert avec l'estoc et le poignart, dont luy envoya 
deux estocs et deux poignarts pour choisir et prendre le meilleur. 
(Jean d'Anton, Hist. du roi Louis XII, 1620. T. II, p. 150.) 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 105 

cheval en tout le monde on n*eust sceu trouver ung 
plus adroit gentilhomme que le bon chevalier; l'autre, 
que, pour la maladie qu'il avoit, en seroit beaucoup 
plus foible; et cela le mettoit en grant espoir de 
demourer vaincqueur. La Lune vint vers le bon che- 
valier, auquel il dist : « Cappitaine, il y a bien des 
nouvelles ; vostre homme dit à ceste heure qu'il veult 
combatre à pied et qu'il doit eslire les armes. » Aussi 
estoit-il vray; mais toutesfois avoit desjà esté aupa- 
ravant conclud que le combat se feroit à cheval, en 
acoustrement d'homme d'armes ; mais par là sembloit 
advis que le seigneur domp Alonce voulsist fuyr la 
lice. Quant icelluy bon chevalier eut escousté la trom- 
pette, demoura pensif ung bien peu, carlejourmesmes 
avoit eu sa fiebvre ; néantmoins d'ung courage lyonic- 
que^ respondit: « La Lune, mon amy, allez le haster; 
et luy dictes qu'il ne demourera pas pour cela que 
aujourd'huy ne répare mon honneur, aydant Dieu ; et 
si le combat ne luy plaist à pied, je le feray tout ainsi 
qu'il advisera. » Si fist cependant le bon chevalier 
dresser son camp, qui ne fut que de pierres grosses 
mises l'une près de l'autre , et s'en vint mettre à l'ung 
des boutz, acompaigné de plusieurs bons, hardis et 
vaillans cappitaines, comme les seigneurs de la Palisse, 
d'Oroze, d'Ymbercourt, de Fontrailles, le baron de 
Béarn^ et plusieurs autres, lesquelz tous pryoient 

1. Lyonicque, de lion. 

2. François d'Urfé, s' d'Orose, fils de Jean d'Urfé, s«" de Roche- 
pot, et d'Isabeau de Langeac. 

Adrien de Brimeu, s"" d'Humbercourt. 

Michel d'Astarac, baron de Fontrailles. 

François de Béarn, baron de Miossens, sénéchal de Marsan, fils 
de Pierre de Béarn et de Madeleine de France. Il épousa Cathe- 
rine de Béarn. 



106 HISTOIRE DE BAYART 

Nostre- Seigneur qu'il voulsist estre en ayde à leur 
champion. Quant La Lune fut retourné devers le sei- 
gneur Alonce et qu'il congneut que plus n'y avoit de 
remède que pour son honneur ne viensist au combat, 
s'en vint très bien acompaigné, comme du marquis de 
Licite, de domp Diège de Quynones^ lieutenant du 
grant cappitaine Gonssalle Ferrande , domp Pedro de 
Haldes, domp Francesque d'Altemeze, et plusieurs 
autres qui l'acompaignèrent jusque sur camp, où, luy 
arrivé, envoya les armes au bon chevalier pour en 
avoir le choix , qui estoient d'ung estoc et d'ung poi- 
gnart, eulx armez de gorgerin et secrète^ : il ne 
s'amusa point à choisir, mais quant il eut ce qui luy 
falloit, ne fist autre dilation , ains par ung des boutz 
fut mis dedans le camp par son compaignon Bellabre 
qu'il print pour son parrain, et le seigneur de la Pahsse 
pour la garde du camp de son costé. Le seigneur domp 
Alonce entra par l'autre bout , où le mist son parrain 
domp Diego de Quynones, et pour la garde du camp 
de sa part fut domp Francesque d'Altemeze. Quant 
tous deux furent entrez, le bon chevalier se mist à 
deux genoulx et fist son oraison à Dieu, puis se cou- 
cha de son long et baisa la terre, et en se relevant fist 
le signe de la croix , marchant droit à son ennemy , 
aussi asseuré que s'il eust esté en ung palais à dancer 
parmy les dames. Domp Alonce ne monstroit pas aussi 
qu'il feust de riens espoventé : ains venant de droit 
fil au bon chevalier luy dist ces parolles : « Seignor 



1 . Diego de Quinones, fils d'Antoine de Quinones et de Cathe- 
rine Azevedo; d'abord lieutenant de César Borgia, il le devint 
ensuite de Gonsalve de Cordoue. 

2. Secrète^ casque sans visière ou calotte de fer. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. i 07 

de Bayardo, que me quérez? * » Lequel en son langaige 
respondit : « Je veulx deffendre mon honneur. > Et 
sans plus de parolles se vont approcher. Et de venue 
se ruèrent chascun ung merveilleux coup d'estoc, dont 
de celluy du bon chevalier fut ung peu blessé le 
seigneur Alonce au visaige en coulant. Croyez que tous 
deux avoient bon pied et bon œil, et ne vouloient ruer 
coup qui feust perdu. Si jamais feurent veuz en camp 
deux champions mieulx semblans preudhommes, 
croyez que non. Plusieurs coups se ruèrent l'ung sur 
l'autre sans eulx attaindre. Le bon chevalier, qui 
congneut incontinent la ruze de son ennemy qui , in- 
continent ses coups ruez , se couvroit du visaige , de 
sorte qu'il ne luy povoit porter dommage, s'advisa 
d'une finesse; c'est que, ainsi que domp Alonce leva 
le bras pour ruer ung coup, le bon chevaher leva aussi 
le sien, mais il tint l'estoc en l'air sans gecter son 
coup; et comme homme asseuré, quant celluy de son 
ennemy fut passé , et il le peut choisir à descouvert , 
luy va donner ung si merveilleux coup dedans la gorge 
que , nonobstant la bonté du gorgerin , l'estoc entra 
dedans la gorge quatre bons doys, de sorte qu'il ne le 
povoit retirer. Domp Alonce se sentant frappé à mort 
laissa son estoc, et va saisir au corps le bon chevalier, 
qui le prist aussi comme par manière de luyte^; et se 
promenèrent si bien que tous deux tumbèrent à terre 
l'ung près de l'autre. Le bon chevalier diligent et 
soubdain prent son poignart et le mect dedans les 
nazeaulx de son ennemy, en luy escriant : « Rendez- 



4 . Pour : « Senor de Bayardo, que me quereis ? » 
2. Luy te, lutte. 



108 fflSTOIRE DE BAYART 

VOUS, seigneur Alonce, ou vous estes mort. » Mais il 
n'avoit garde de parler, car desjà estoit passé * . Alors 

1. In eo itaque certamine fortuna jus dixit eo eventu ut Hispa- 
num Gallus, non obscuro pudore confusum neque se promptissime 
ad inferendos ictus explicantem, gladii mucrone per summam ju- 
guli loricam conjecto celerrime confecerit, Hispanis jure cadentem 
omni contumeliarum génère onerantibus. (PaulJove, liv. Il, 
p. 215.) 

Gongressi ambo cum essent, primo ictu vane in cassidem im- 
pacto ab Hispano, cum id vitasset Baiardus, ipsein coUum hostis 
gladio adacto quum armato hoste longius aberrasset, tertio de- 
mum per jugulum, vitata lorica, adacto necavitHispanum. (Ferron, 
liv. III, p. 45.) 

Lors que le seigneur Alonce fust rué jus par terre, Bayard, ce 
noble chevalier, dict à Alonce en ceste manière : « Or, sire Alonce, 
recognoissez vostre faulte et criez mercy à Dieu... » Mais Alonce 
ne respondit riens. Alors le noble chevalier Bayard tout aleigre et 
joyeulx de la victoire luy esta son armet et sa visière et le trouva 
qu'il ne respiroyt poinct et qu'il estoit desja mort. (Ghampier, 

fol. XX.) 

Processerunt utrique armis undique protecti et lato ense quo 
équités uti soient, pugioneque rem gesserunt. In faciem punctim 
qua galea oculis functionem suam exercentibus patebat, Sotomaio- 
rem pugione vulnerat Baiardus, unde plurimus sanguis effluxit et 
conduplicatis pluribus utrimque ictibus, tandem intérim, dum Soto- 
maior qua in hostem ensem dirigeret inspecturus caput déclinât, 
ensem Baiardus inter galeam loricamque illi in guttur adigit 
hominemque prosternit. (Belcarii Commentaria, p. 264.) 

Ghacun d'eulx costoioit son ennemy et approchoit de la lon- 
gueur du glaive pour le cuider trouver en descouvert et donner 
dedans; et à une fois Pierre de Bayard, au rabatre l'un des coups 
de l'Espaignol, l'approcha de tant que en luy cuidant donner de 
toute puissance de l'estoc au travers du visaige, comme celuy 
Espaignol fleschist la teste en arrière, le coup feut assené en sa 
gorgerète de telle force que au travers des mailles luy entra en la 
gorge plus de quatre doigts, tant que au tirer d'estoc grande abon- 
dance de sang commença à ruisseller par dessus le harnois jusques 
à terre ; dont cetuy Espaignol, comme forcené de cest outraige, à 
toute force se voulut revenger et pour ce faire s'approcha tant de 
son homme que chascun pensoit qu'il le voulust saisir au collet. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 109 

son parrain, domp Diego de Quynones commença à 
dire : ^SegnorBayardo, iàesmoerto; vincido aveiz^. » 
Ce qui feut trouvé incontinent ; car plus ne remua pied 
ne main. Qui fut bien desplaisant? ce fiit le bon che- 
valier, car s'il eust eu cent mil escus il les eust voulu 
avoir donnez et il l'eustpeu vaincre vif. Ce néantmoins, 
en congnoissant la grâce que Dieu luy avoit faicte, se 
mist à genoulx, le remerciant très humblement, puis 
baisa par trois fois la terre; après tira son ennemy 
hors du camp et dist à son parrain : « Seigneur domp 
Diego, en ay-je assez fait? > lequel respondit piteuse- 
ment^ : « Tropo, seignor Bayardo, per Vondre d'Es- 
paigne. — Vous sçavez, dist le bon chevalier, qu'il est 
à moy de faire du corps à ma voulenté; toutesfois je 
le vous rends, et vrayment je vouldrois, mon honneur 
saufve, qu'il feust autrement^. > Brief, les Espaignolz 

Et là s'essaya souvent et menu de luy rendre autant qu'il luy avoit 
baillé, mais tant perdoit son sang que la terre oii ils estoient en 
estoit toute enrougie et de moult s'afFoiblissoit. Toutesfois pour ce 
ne démarchoit un seul pas, mais plus que devant se serroit contre 
le François et tant que à la parfin se joignit à luy. Et ainsi à belle 
poincte d'estoc se tasterent longuement l'an l'autre, et comme si 
près l'un de l'autre feussent que de la main au visaige se peussent 
toucher, Pierre de Bayard, françois, advisant son coup luy rua 
soubdainement le poignard qu'il tenoit à senestre main de toute 
sa force contre le visaige et entre l'œil senestre et le bout du nez 
luy mist jusques a la poignée, tant que dedans le cerveau luy 
entra. Dont par l'angoisse de la mort, dont estoit celuy Espaignol 
attainct, tomba à la renverse et ledict Pierre de Bayard dessus sans 
luy tirer le glaive de la teste ; et voyant que assez en avoit ne luy 
voulut donner autre coup, mais meit les genouils bas et alla baiser 
la terre en louant Dieu de la victoire que par son ayde avoit obte- 
nue. (Jean d'Anton, Hist. de Louis XII, t. II, p. 154.) 

1. Pour : « Senor Bayardo, ja es muerto; vencido habeis. » 

2. Pour : « Tropo, senor Bayardo^ par la honra de Espana. » 

3. Gaeso arma Baiardus non ademit, Hispanis sepeliendum dédit; 



110 HISTOIRE DE BAYART 

emportèrent leur champion en lamentables plains*, et 
les François emmenèrent le leur avecques trompettes 
et clérons jusques en la garnison du bon seigneur de 
la Palisse, où, avant que faire autre chose, le bon che- 
vaher alla à l'église remercier Nostre-Seigneur ; et 
puis après firent la plus grant joye du monde. Et ne se 
pouvoient tous les gentilzhommes françois saouller de 
donner louenge au bon chevalier, tellement que par 
tout le royaulme, non-seulement entre les François, 
mais aussi entre les Espaignolz, estoit tenu pour ung 
des accompliz gentilzhommes qu'on sceust trouver ^. 



CHAPITRE XXIII. 

D'ung combat qui fut au royaulme de Naples de treize 
Espaignolz contre treize François, où, le bon chevalier 
fist tant d'armes qu'il emporta le pris sur tous. 

On scet assez qu'entre toutes autres nations Espai- 
gnolz sont gens qui d'eulx-mesmes ne se veullent pas 
abaisser et ont tousjours l'honneur à la bouche; et 
combien que la nation soit hardie, s'ilz avoient autant 
de prouesse que de bonne myne, il n'y auroit gens en 
ce monde qui durassent^ à eulx. Jà avez entendu com- 

aut si hi impendium sepulturae recusarent ultro sepulturus. Hi 
cum victus esset illustri familia, laudato Baiardo, gratias egere, 
abducto in sepulturam corpore. (Ferron, liv. III, p. 45.) 

1. Plains, plaintes. 

2. Brantôme, dans son Discours sur les duels, a reproduit, sou- 
vent textuellement, le récit précédent. (Paris, 1873. Vol. VI, 
p. 263.) 

3. Durer, résister. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 114 

ment le bon chevalier deffist le seigneur domp Alonce 
de Soto-Maiore, dont les Espaignolz avoient grant 
dueil au cueur et cherchoient chascun jour le moyen 
pour eulx venger. Il y eut entre les François et eulx, 
peu de jours après le trespas du seigneur Alonce, une 
trefve de deux moys ; la raison pourquoy, je ne la sçay 
pas. Tant y a que, durant icelle trefve, les Espaignolz 
s'alloient esbatre près des garnisons françoises, où 
hors des places trouvoientaucunesfois des François qui 
pareillement s'esbatoient ; et avoient souvent paroUes 
ensemble, mais tousjours lesdicts Espaignolz ne de- 
mandoient que riote^. llng jour entre les autres, une 
bende de gentilzhonmies espaignolz, hommes d'armes et 
tous bien montez, se va embatre^ jusque près de la garni- 
son du bon chevalier, où l'estoit venu veoir le seigneur 
d'Oroze, de la maison d'Urfé, ung très gentil cappi- 
taine, qui eulx deux de compaignie estoient saillis de 
la place pour prendre l'air jusques à une demye-lieue, 
où ilz vont rencontrer lesditz Espaignolz qu'ilz saluè- 
rent, et les autres leur rendirent le semblable. Ilz 
entrèrent en propos de plusieurs choses, et entre 
autres paroUes, ung Espaignol hardy et courageux, 
qui se nommoit Diego de Bisaigne, lequel avoit esté de 
la compaignie du feu seigneur domp Alonce de Soto- 
Maiore et luy souvenoit encores de sa mort, dist : 
« Messeigneurs les François, je ne sçay si ceste trefve 
vous fasche point; il n'y a que huyt jours qu'elle est 
commencée, mais elle nous ennuyé merveilleusement. 
Si, cependant qu'elle durera, il y avoit point une bende 



1. Riote, querelle. 

2. Embatre, ébattre. 



112 HISTOIRE DE BAYART 

de VOUS autres, dix contre dix, vingt contre vingt, ou 
plus ou moins, qui se voulsissent combatre sur la 
querelle de noz maistres, me ferois bien fort les 
trouver de mon costé; et ceulx qui seront vaincuz 
demoureront prisonniers des autres. » Sur ces paroUes 
se regardèrent le seigneur d'Oroze et le bon chevalier, 
qui dist : « Monseigneur d'Oroze, que vous semble de 
ces paroUes? — Autre chose, dit-il, sinon que ce 
gentilhomme parle très honnestement ; je sçaurois bien 
que luy respondre, mais je vous prie, tant que je puis, 
que luy respondez selon vostre oppinion. — Puisqu'il 
vous plaist, dist le bon chevalier, je luy en diray mon 
advis. Seigneur, mon compaignon et moy avons très 
bien entendu voz parolles, et à vous ouyr désirez^ 
merveilleusement les armes nombre contre nombre. 
Vous estes icy treize hommes d'armes; si vous avez 
vouloir, d'aujourd'huy en huyt jours, vous trouver à 
deux mille d'icy, montez et armez, mon compaignon 
et moy vous en amènerons treize autres et qui aura 
bon cueur si le monstre. » Alors, tous les Espaignolz, 
en leur langage, respondirent : « Nous le voulons. » 
Ilz s'en retournèrent, et le seigneur d'Oroze et le bon 
chevaHer aussi dedans Monervyne; lesquelz assem- 
blèrent leur compaignon s, et au jour assigné se trou- 
vèrent sur le lieu promis aux Espaignolz qui pareil- 
lement s'i rendirent. De toutes les deux nations y en 
avoit plusieurs autres qui les estoient venuz veoir. Hz 
limitèrent leur camp , soubz condition que celluy qui 
passeroit oultre demoureroit pour prisonnier et ne 
combatroit plus du jour ; pareillement celluy qui seroit 

1. Désirez les armes, désirez combattre. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 113 

mis à pied ne pourroit plus combatre ; et ou cas que 
jusques à la nuyt l'une bende n'eust peu vaincre 
l'autre, et n'en demourast-il que l'ung à cheval, le 
camp seroit finy ; et pourroit remmener tous ses com- 
paignons francz et quictes, lesquelz sortiroient en pareil 
honneur que les autres hors dudit camp. Pour faire 
fin, les François se misrent d'ung costé et les Espai- 
gnolz d'ung autre : tous avoient lance en l'arrest. Si 
picquèrent leurs chevaulx ; mais lesditz Espaignolz ne 
taschèrent* pas aux hommes, ains à tuer les chevaulx, 
ce qu'ilz firent jusques au nombre de unze , et ne resta 
à cheval que le seigneur d'Oroze et le bon chevalier. 
Mais ceste tromperie ne servit de guères aux Espai- 
gnolz, car oncques puis leurs chevaulx ne voulurent 
passer oultre, quelque coup d'espron qu'ilz sceussent 
bailler; et lesditz seigneur d'Oroze et bon chevalier 
menu et souvent leur livroient aspres assaulx ; puis, 
quant la grosse troppe les vouloit charger, se reti- 
roient derrière les chevaulx mors de leurs compai- 
gnons, où ilz estoient comme contre ung rampart. 
Pour conclusion, les Espaignolz furent bien frotez ; et 
combien qu'ilz fussent treize à cheval contre deux, ne 
sceurent obtenir le camp jusques à ce que la nuyt 
feust survenue sans riens avoir gaigné , parquoy con- 
vint à chascun sortir suyvant ce qu'ilz avoient accordé 
ensemble , et demoura l'honneur du combat aux Fran- 
I çois ; car ce fut très bien combatu durant quatre heures 

deux contre treize sans estre vaincuz. Le bon chevalier 
sur tous y fist d'armes tant que son bruyt et renommée 
en augmentèrent assez-. 

1. Taschèrent, visèrent. 

2. Ce combat de treize contre treize (ou de onze contre onze, 

8 



114 HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE XXIV. 

Comment le bon chevalier print ung trésorier et son 
homme , qui portoient quinze mille ducatz au grant 
cappitaine Gonssalles Ferrande, et ce quil en fist. 

Environ ung moys après ce combat que les trefves 
furent faillies, fut le bon chevalier adverty par ses 

car les historiens contemporains ne sont pas d'accord là-dessus), 
sur lequel le Loyal serviteur insiste si peu, fut très-célèbre et plu- 
sieurs auteurs en ont rapporté les péripéties. 

Placuit utrinque undecim deligi, dit Ferron (liv. III, p. 45). 
Tranii locus delectus quem Veneti ex fœdere occuparant. Itali 
scriptores narrant sex horis continue pugnatum : inclinante 
Victoria in Hispanos a Torsio, Mondraco, Petro Baiardo, Arturo, 
Oliverio Gabanaco, elusos Hispanos; hos enim septos alio- 
rum equorum corporibus Hispanorum impetus sustinuisse cum 
Hispanorum equi olfactu necatorum aliorum equorum commoti, 
Hispanos équités excuterent. Venetos judices consultos utris vic- 
toriam addicerent judicium arapliasse ita veluti comperendinato 
judicio utrosque sibi victoriam arrogasse. 

Addunt (Itali scriptores), écrit Beaucaire (Commentaire, p. 264), 
et aliud, Gallorum undecim cum sex Hispanis, quinque Italis, qui 
totas sex horas in agro Traniensi acriter pugnarint. Inclinante ad 
Hispanos Victoria Petrum Terralium Baiardum, Torsium, Mun- 
dracum, Arturum, Olivarium Gabanacum caesorum equorum cada- 
veribus quasi vallo quodam objectis, hostium impetum elusisse 
quum Hispani, Italicique equi cadaverum olfactu aspectuque ter- 
riti sessores excusserint, Venetos arbitros de Victoria non liquere 
pronuntiasse. 

Voici' d'après Jean d'Anton comment se termina le combat : 
« Finablement les Espaignols ennuyés de la longue attente de leur 
desadvantageux combat demandèrent aux François s'ils s'en vou- 
loient sortir ne vaincus ne vainqueurs, et que ainsi feroient de leur 
part. Dont les François, voyant le party humain et non à leur perte 
et déhonneur, feurent de ce contents, mais à l'aller devant faut la 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 415 

espies que à Naples avoit ung trésorier qui changeoit 
monnoye à or pour l'apporter là part où estoit le 
grant cappitaine Gonssalles Ferrande, et ne pouvoit 
bonnement passer que ce ne feust à trois ou quatre 
mille près de sa garnison. 11 ne dormit pas depuis 
qu'il le sceut, sans y faire faire si bon guet que l'on 
le vint avertir qu'il estoit arrivé en une place que 
tenoient les Espaignolz, laquelle estoit seulement à 
quinze mille de Monervyne , et que le matin , acom- 
paigné de quelques genetaires ^ pour sa seureté, estoit 
délibéré se retirer devers le grant cappitaine. Le bon 
chevalier, qui grant désir avoit d'empoigner cest 
argent, non pas pour luy, mais pour en départir à ses 
souldars, se leva deux heures devant jour, et s'en alla 
embuscher entre deux petites montaignetes, acom- 
paigné de vingt chevaulx et non plus. Et envoya 
d'ung autre costé son compaignon Tardieu avecques 
vingt-cinq Albanoys, affin que s'il eschappoit par ung 
costé ne peust eschapper de l'autre. Or le cas advint 

question et la se cuiderent batre. Toutesfois d'un commun accord 
les uns quand et les autres marchèrent jusques au milieu du camp 
et là se feirent bonne chère et s'entrebrassèrent l'un l'autre et un 
pied quand et l'autre sortirent hors, et les pris et vaincus feurent 
remis à leur party. Et ainsi s'en allèrent a leurs garnisons » (Jean 
d'Auton, t. II, p. 148). 

Les historiens ne sont d'accord ni sur le nombre, ni sur les 
noms des compagnons de Bayart : il est à peu près certain cepen- 
dant que François d'Urfé s"" d'Orose, Pierre de Pocquières s' de 
Bellabre, Pierre de Guiffrey s' de Boutières, Olivier de Gha- 
bannes, Antoine de Glermont, vicomte de Tallard, Jacques de 
Montdragon, La Ghesnaye, Janus de Bouvans s' de Giriés, Jean 
de Blosset s"" de Torcy, Louis de Saint-Bonnet, Hector de la 
Rivière et Noël du Fahy prirent part avec lui à ce combat. 

1. Genetaires, cavaliers montés sur des genêts ou chevaux de 
petite taille, et légèrement armés. 



116 HISTOIRE DE BA.YART 

tel : c'est que environ les sept heures au matin, les 
escoutes ^ dudit bon chevalier vont ouyr bruyt de che- 
vaulx, qui lui vindrent dire. Il estoit si à couvert 
entre ses deux roches qu'on feust aiséement passé sans 
l'appercevoir ; ce que firent les Espaignolz, qui au 
millieu d'entre eulx avoient leur trésorier et son 
homme, lesqueiz en bouges^ derrière leurs chevaulx 
avoient leur argent. Quant ilz furent oultre passez, ne 
fut fait autre demeure ^, sinon par le bon chevalier et 
ses gens donner dedans en criant : « France ! France ! 
à mort ! à mort ! » Quant lesditz Espaignolz se veirent 
ainsi chargez et pris en désarroy, cuydant qu'il y eust 
beaucoup plus grant nombre de gens qu'il n'y avoit, 
se mirent en fuyte vers Barlète. Hz furent ung peu 
chassez et non pas loing, car on n'en vouloit que au 
povre trésorier, lequel fut prins avecques son homme 
et menez à Monervyne. Eulx arrivez, furent des- 
ployées leurs bouges, où on trouva de beaulx ducatz. 
Le bon chevalier les vouloit faire compter, mais ledit 
trésorier en son langage espaignol luy dist : « Non 
contaeiz, Seignor; sono quinze milia ducados^. » 
Sur ces entrefaictes va arriver Tardieu, qui, quant 
il veit ceste belle monnoye, fut bien desplaisant 
qu'il n' avoit fait la prise; toutesfois il dist au bon 
chevalier : « Mon compaignon, je y ay ma part 
comme vous, car j'ay esté de l'entreprise. — Il 
est vray, respondit le bon chevalier en soubzriant, 
mais vous n'avez pas esté de la prise. » Et pour le 

1. Escoutes, guetteurs. 

2. Bouges, valises. 

3. Demeure, délai. 

4. Pour : « No comteis, sehor : son quinze mil ducados. » 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 117 

faire débatre dist encores : « Et quant bien vous en 
eussiez esté, vous estes soubz ma charge ; je ne vous 
donneray que ce qu'il me plaira, » Sur cela se cour- 
roucea ledit Tardieu, et en jurant le nom de Dieu dist 
qu'il en auroit la raison. Si s'en alla plaindre au 
lieutenant général du roy de France, qui manda le bon 
chevalier, lequel vint incontinent. Luy arrivé, chascun 
dist sa raison, lesquelles ouyes, ledit lieutenant géné- 
ral demanda les oppinions à tous les cappitaines ; 
mais enfin fut par luy, suyvant ce qu'il avoit trouvé, 
dit que Tardieu n'y avoit riens, dont il fut bien 
marry. Toutesfois il estoit joyeulx et fort plaisant 
homme, si se print à dire : « Par le sang sainct- 
George ! je suis bien malheureux ! » Et puis s'adressa 
au bon chevalier, en disant : « Par Dieu ! c'est tout 
ung, car aussi bien me nourrirez-vous tant que serons 
en ce pays. » Lequel se print à rire, et pour cela ne 
laissèrent pas de retourner ensemble à Monervyne, 
où quant ilz furent arrivez le bon chevalier, devant 
Tardieu et pour plus le faire débatre , fist les ducats 
apporter et iceulx desployer sur une table, et puis dist : 
« Compaignon, que vous en semble ? vecy pas belle 
dragée. — Et ouy, de par tous les dyables, respondit- 
il, mais je n'y ay riens; je vouldrois estre pendu, par 
le sang-Dieu! car si j'avoye seulement la moytié de 
cela, jamais n'auroye faulte de biens et seroys homme 
de bien toute ma vie. — Comment, compaignon, dist 
le bon chevalier, ne tiendra il que à cela que ne soyez 
asseuré de vostre vie en ce monde! Et vrayement ce 
que n'avez peu ne sceu avoir par force, je le vous 
donne de bon cueur et de bonne voulenté et en aurez 



118 HISTOIRE DE BAYART 

la droicte moytié. » Si les fist incontinent compter et 
luy livra sept mil cinq cens ducatz. Tardieu qui cuy- 
doit auparavant que ce feust une mocquerie , quant il 
se veit saisy^ se gecta à deux genoulx, ayant de joye 
les larmes aux yeulx, et dist : « Hélas! mon maistre, 
mon amy, comment pourroy-je jamais satisfaire les 
biens que me faictes? Oncques Alexandre ne fist 
pareille libéralité, — Taisez-vous, compaignon; si 
j'avoye la puissance, je ferois beaucoup mieulx pour 
vous. » De fait, toute sa vie en fut riche Tardieu; car 
au moyen de cest argent, après qu'ilz furent retournez 
de Naples, vint en France, où en son pays espousa une 
héritière, fille d'ung seigneur de Sainct-Martin qui 
avoit trois mille livres de rente. Il fault sçavoir que 
devindrent les autres sept mil cinq cens ducatz. Le 
bon chevalier sans paour et sans reprouche, le cueur 
nect comme la perle, fist appeller tous ceulx de la 
garnison, et chascun selon sa quahté les départit, sans 
en retenir ung seul denier; puis dist au trésorier : 
« Mon amy, je sçay bien que si je vouloye j'auroys 
bonne rançon de vous, mais je me tiens contant de ce 
que j'ay eu; quant vous et vostre homme vouldrez 
partir, je vous feray conduyre seurement en quel- 
que place de voz gens que vouldrez; et si ne vous 
sera riens osté de ce qui est sur vous, ne ne vous 
fouillera l'on point. » Si avoit-il vaillant à luy en 
bagues ou en argent cinq cens ducatz et mieulx. Qui 
fut bien aise? fut ce povre trésorier, lequel par une 
trompette du bon chevalier, auquel il donna trois 

1. Saisy, en possession des ducats. » 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 119 

escuz, fut conduyt jusques à Barlète avecques son 
homme, bien eureux, veu la fortune qui luy estoit 
advenue, d'estre tumbé en si bonne main^ 



CHAPITRE XXV. 

Comment le bon chevalier garda ung pont sur la rivière 
de Garillan, luy seul, V espace de demye-heure, contre 
deux cens Espaignolz. 

Assez avez peu veoir en autre histoire comment au 
royaulme de Naples, et vers la fin de la guerre qui fut 
entre François et Espaignolz, se tint longuement 
l'armée desditz François sur le bort d'une rivière dicte 
le Garillan^, et l'armée des Espaignolz estoit de 
l'autre costé. 11 fault entendre que, s'il y avoit du costé 
des François de vertueux et gaillards cappitaines, 
aussi avoit-il du costé des Espaignolz, et entre autres 
le grant cappitaine Gonssalle Ferrande, homme sage 
et vigilant , et ung autre appelle Pedro de Pas , lequel 
n'avoit pas deux couldées de hault, mais de plus 



1. Bayardus inter duas spéculas cum viginti equitibus latitans, 
cepit, fugatis comitibus, exquestorem Hispanum cum famulo quin- 
decim ducatorum millia ad Gonsalvum ferentem; ei Tardius 
Rutenensis, stationis Minervincae miles, se numquam inopia 
laboraturum dixit si eorum nummorum medietatem haberet, et 
distributa horum ducatorum medietate reliquis stationis militibus, 
prout singulorum Yirtus exigebat, Bayardus alia medietate Tar- 
dium donavit et exquestorem cum ejus famulo cœteris salvis libe- 
ravit (Aymar du Rivail, p. 543). 

2. Garigliano ou Liri, fleuve qui prend naissance dans l'Abruzze- 
Ultérieure. 



120 HISTOIRE DE BAYART 

hardye créature n'eust-on sceu trouver ; et si estoit si 
fort bossu et si petit que quant estoit à cheval on ne 
luy voyoit que la teste au-dessus de la selle. Ungjour 
s'advisa ledit Pedro de Pas de faire ung alarme aux 
François; et avecques cent ou six vingtz chevaulx se 
mist à passer la rivière du Garillan en ung certain 
lieu où il sçavoit le gué, et avoit mis ung homme de 
pied derrière chascun cheval, garny de hacquebute*. 
11 faisoit cest alarme afin que l'armée y courust, qu'on 
habandonnast le pont, et que cependant leur force y 
vint et le gaignast. Il exécuta très bien son entre- 
prise, et fist au camp des François ung aspre et chault 
alarme où ung chascun se retiroit, cuydant que ce 
feust tout l'effort des Espaignolz ; mais non estoit. Le 
bon chevalier qui désiroit tousjours estre près des 
coups, s'estoit logé joignant du pont, et avecques luy 
ung hardy gentilhomme qui se nommoit l'escuyer 
le Basco, escuyer d'escuyrie du roy de France 
Loys XIP, lesquelz commencèrent à eulx armer quant 
ilz ouyrent le bruyt. S'ilz furent bientost prestz et 
montez à cheval, ne fault pas demander, délibérez 
d'aller où l'affaire estoit; mais en regardant par le 
bon chevalier delà la rivière, va adviser environ deux 
cens chevaulx des Espaignolz qui venoient droit au 
pont pour le gaigner, ce qu'ilz eussent fait sans 
grande résistance , et cela estoit la totalle destruction 
de l'armée françoise. Si commença à dire à son com- 
paignon : « Monseigneur l'escuyer, mon amy, allez 
vistement quérir de noz gens pour garder ce pont, ou 
nous sommes tous perduz; cependant je mettray 

l. Hacquebute, arquebuse. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 121 

peine à les amuser jusques à vostre venue, mais 
hastez-vous. » Ce qu'il fist; et le bon chevalier, la 
lance au poing, s'en va au bout dudit pont, où de 
l'autre costé estoient desjà les Espaignolz prestz à 
passer; mais comme lyon furieux va mettre sa lance 
en arrest, et donna en la troppe qui desjà estoit sur 
le pont, de sorte que trois ou quatre se vont esbran- 
1er, desquelz en cheut deux en l'eaue, qui oncques 
puis n'en relevèrent, car la rivière estoit grosse et 
profonde. Cela fait, on luy tailla beaucoup d'affaires, 
car si rudement fut assailly que, sans trop grande 
chevalerie, n'eust sceu résister; mais comme ung tigre 
eschauffe s'acula à la barrière du pont à ce qu'ilz ne 
gaignassent le derrière, et à coup d'espée se deffendit 
si très bien que les Espaignolz ne sçavoient que dire 
et ne cuydoient point que ce feust ung homme mais 
ung ennemy ^ . Brief , tant bien et si longuement se 
maintint que l'escuyer le Basco son compaignon luy 
amena assez noble secours , comme de cent hommes 
d'armes, lesquelz arrivez firent ausditz Espaignolz 
habandonner du tout le pont, et les chassèrent ung 
grant mille de là^; et plus eussent fait quant ils apper- 



1 . Il faut probablement lire le mot diable au lieu d'ennemi qui 
nous paraît un non-sens. 

2. Si arrivèrent les Espaignolz et fort frappoient sur Bayard, 
mais le vertueulx chevalier à l'ung donnoit sur le haulme, à l'aultre 
sur la teste et bras, les aultres ruoit en la rivière, dont les Espai- 
gnolz estoient tous esbays. Et quant virent que par une si mer- 
veilleuse force et rudesse les ruoit et gettoit dans la rivière, dont 
bien tost cinq ou six tumbèrent dedans, parce qu'elle estoit moult 
profunde et lymoneuse et les bords de la rivière si haulx que 
cheval ne pouvoit arriver au dessus, voyant Espaignolz ainsi 
ahontez d'ung Françoys, gettoient contre luy picques, lances et 



122 HISTOIRE DE BAYART 

ceurent une grosse troppe de leurs gens de sept à 
huyt cens chevaulx qui les venoient secourir. Si dist 
le bon chevalier à ses compaignons : « Messeigneurs, 
avons aujourd'huy assez fait d'avoir sauvé nostre 
pont, retirons-nous le plus serréement que nous pour- 
rons. » Son conseil fut tenu à bon, si commencèrent 
à eulx retirer le beau pas. Tousjours estoit le bon 
chevalier le derrenier, qui soustenoit toute la charge 
ou la plus part, dont au long aller se trouva fort pressé 
à l'occasion de son cheval qui si las estoit que plus ne 
se pouvoit soustenir, car tout le jour avoit combatu 
dessus. Si vint de rechief une grosse envahie des 
ennemys, qui tout d'ung floc donnèrent sur les Fran- 
çois en façon que aucuns furent versez par terre. Le 
cheval du bon chevalier fut aculé contre ung fossé, où 
il fut environné de vingt ou trente qui cryoient : 
« Rende y rende, Seignor. » Il combatoit tousjours et 
ne savoit que dire, sinon : « Messeigneurs, il me fault 
bien rendre, car moy tout seul ne sçaurois combatre 
vostre puissance. » Or estoient desjà fort eslongnez ses 
compaignons, qui se retiroient droit à leur pont, 
cuydans tousjours avoir le bon chevalier parmy eulx ; 
et quant ilz furent ung peu eslongnez, l'ung d'entre 
eulx , nommé le chevalier Guyfray ^ , gentilhomme du 

aultres arnoys de guerre, mais tout ne leur servoit de riens pour 
ce que le noble Bavard rabatoit tout; et dura le combat une grosse 
heure. Alors vit Bayard le secours des Françoys aproucher de luy, 
si cria à haulte voix : « Hastez vous, nobles Françoys, et secourez 
moy » (Ghampier, fol. xxni). 

1 . Pierre Guiffrey, s' de Boutières , mari de Glauda Robert et 
fils d'Aynard Guiffrey. Il fut l'un des compagnons de Bayart dans 
le combat de 13 contre 13 dont nous avons vu plus haut le récit, et 
périt à la bataille de Gerignole (23 avril 1503). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 123 

Daulphiné et son voisin, commença à dire : « Hé! 
messeigneurs , nous avons tout perdu; le bon cappi- 
taine Bayart est mort ou pris, car il n'est point 
avecques nous. N'en sçaurons-nous autre chose? et 
aujourd'hui il nous a si bien conduitz et fait recevoir 
tant d'honneur ! Je faiz veu à Dieu que s'il n'y devoit 
aller que moy seul, je y retourneray, et plustost seray 
mort ou pris que je n'en aye des nouvelles. » Je ne 
sçay qui de toute la troppe fut plus marry quand ilz 
congneurent que le chevalier Guyfray disoit vray. 
Chascun se mist à pied pour resangler son cheval et 
remontèrent, et d'ung courage invaincu se vont mettre 
au grant galop après les Espaignolz, qui emmenoient 
la fleur et l'eslite de toute gentillesse, et seullement 
par la faulte de son cheval ; car s'il eust autant peu 
endurer de peine que luy, jamais n'eust esté pris. Il 
fault entendre que, ainsi que les Espaignolz se reti- 
roient et qu'ils emmenoient le bon chevalier, pour le 
grant nombre qu'ilz estoient, ne se daignèrent amuser 
à le desrober de ses armes, ne luy oster son espée 
qu'il avoit au costé ; bien le dessaisirent d'une hache 
d'armes qu'il avoit en la main; et en marchant 
tousjours luy demandoient qui il estoit. Il qui 
sçavoit bien que, s'il se nommoit par son droit nom, 
jamais vif il n'eschapperoit, par ce que plus le doub- 
toient^ Espaignolz que homme de la nation françoise, 
si le sceut bien changer ; tousjours disoit-il qu'il estoit 
gentilhomme. Cependant vont arriver les François ses 
compaignons cryant : « France ! France ! tournez, tour- 
nez, Espaignolz; ainsi n'emmènerez- vous pas la fleur 

1. Doublaient, redoutaient. 



124 HISTOIRE DE BAYART 

de chevalerie. » Auquel cry les Espaignolz, combien 
qu'ilz feussent grant nombre, se trouvèrent estonnez ; 
néantmoins que d'ung visage asseuré resceurent ceste 
lourde charge des François; mais ce ne peut si bien 
estre que plusieurs d'entre eulx et des mieulx montez 
ne feussent portez par terre. Quoy voyant par le bon 
chevalier, qui encores estoit tout armé et n'avoit faulte 
que de cheval , car le sien estoit recreu , mist pied à 
terre, et sans le mettre en l'estrier remonta sur ung 
gaillart coursier dessus lequel avoit esterais par terre, 
de la main de l'escuyer le Basco, Salvador de Borgia 
lieutenant de la compaignie du marquis de la Padule', 
gaillard gentilhomme. Quant il se veist dessus monté, 
commença à faire choses plus que merveilleuses, cryant : 
« France! France! Bayart! Bayart! que vous avez 
laissé aller. » Quant les Espaignolz ouyrent le nom et 
la faulte qu'ils avoient faicte de luy avoir laissé ses 
armesaprès l'avoir pris, sans dire recours ou non^ (car 
si une fois eust baillé la foy jamais ne l'eust faulsée), 
le cueur leur faillit, et dirent entre eulx : « Tirons 
oultre vers notre camp, nous ne ferons meshuy* beau 
fait. j> Quoy disant, se gectèrent au galop, et les 
François qui voyoient la nuyt approcher, très joyeulx 
d'avoir recouvert leur vray guydon d'honneur, s'en 
retournèrent lyement^ en leur camp, où durant huyt 
jours ne cessèrent de parler de leur belle adven- 



1. Dessus, de dessus. 

2. Paul Jove appelle ce personnage Antonio, marquis délia Pa- 
dula, et le dit oncle de Raymond de Gardonne, vice-roi de Naples. 

3. Recours ou non, secouru ou non secouru. 

4. Meshuy^ aujourd'huy. 

5. Lyement, joyeusement. ' 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 125 

ture et mesmement des prouesses du bon chevalier. 

En ceste mesme année, envoya le roy de France 
Loys XIP, en la conté de Roussillon, bon nombre de 
gens soubz la conduicte du seigneur de Dunoys^ pour 
la remettre entre ses mains ; mais ilz s'en retournèrent 
sans grans choses faire qui à honneur montast, et si 
y mourut de la part desditz François ung gentil che- 
valier appelle le seigneur de la Rochepot^. 

Depuis, je ne sçay de qui fut la faulte, les François ne 
séjournèrent guères ou royaulme de Naples, qu'ilz ne 
retournassent en leur pays, les plusieurs en assez povre 
estât; et en passant par Romme, le pape Julles leur fist 
tout plain de courtoysies , mais dep ui s les a bien vendues^ . 
Le vaillant cappitaine Loys d'Ars , qui encores tenoit 
quelques places en la Fouille et en sa compaignie le 
bon chevalier sans paour et sans reprouche, après 
l'armée des François retournée, demourèrent oudit 
royaulme en despit de toute la puissance yspanicque, 
environ ung an, ouquel temps ilz firent plusieurs belles 
saillies et lourdes escarmouches, dont la plupart em- 
portèrent tousjours l'honneur*. Et plus eussent tenu 

1. François d'Orléans, comte de Danois, duc de Longue ville, 
gouverneur de Guienne, grand chambellan de France, fils de 
François d'Orléans et d'Agnès de Savoie : il épousa Françoise 
d'Alençon et mourut en 1512. L'expédition du Roussillon eut lieu 
en 1501 ; les troupes étaient sous les ordres des maréchaux de 
Rieux, de Gié et du comte de Dunois. Après avoir été contrainte 
de lever le siège de Salses , l'armée française revint sur ses pas 
sans chercher à prendre sa revanche. 

2. René Pot, s' de la Rochepot, sénéchal de Beaucaire , fils de 
Guy Pot et de Marie de Villiers de l'Ile-Adam. 

3. C'est-à-dire : le leur a fait payer cher depuis. 

4. Soli Ludovicus Ars et Bayardus arces suas Neapolitanas us- 
que in sequentem annum retinerunt, et cum militibus quos habe- 



126 HISTOIRE DE BAYART 

leursdictes places, n'eust esté que le roy Loys leur 
maistre et souverain, leur manda les laisser et eulx en 
venir ; ce qu'ilz firent à grant regret en l'an mil cinq 
cent quatre', et furent trèshonnorablement receuz d'ung 
chascun comme bien l'avoient mérité, mesmement de 
leur bon maistre le roy de France, qui, comme sage 
et prudent, print les fortunes de la guerre ainsi que 
pleust à Dieu les envoyer , auquel il avoit son princi- 
pal recours. Je vous laisseray ung peu à parler de la 
guerre, et viendray à desduire ce qui advint en France 
et autres pays voisins durant deux ans. 



CHAPITRE XXVI. 

De plusieurs choses qui advindrent en deux années^ tant 
en France^ Ytalie que Espaigne. 

Après toutes ces choses passées, y eut quelque 
abstinence de guerre entre France et Espaigne, qui 
n'estoit guères bien à propos, car les ungs avoient ce 
qu'ilz demandoient et les autres non. En l'an mil cinq 
cens cinq mourut Jehanne de France^, duchesse de 
Berry, qui avoit esté mariée au roy Loys XIP, lequel en 
celle mesme année, en sa ville de Bloys, fut si grief- 
vement malade qu'on ne luy espéroit vie, habandonné 

bant hostes premebant. Inde Ludovic! régis jussu Franciam repe- 
tire (Aymar du Rivail, p. 546). 

1. L'édition originale porte encore ici la date de 1524; ainsi 
que nous l'avons déjà dit plus haut (p. 90), c'est 1504 qu'il faut 
lire. 

2. Le 4 février. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 127 

de tous ses médecins et de tout remède humain ; mais 
je croy que à la requeste de son peuple et par leurs 
prières, car il estoit bien aymé, au moyen que jamais 
ne les avoit oppressez ne fouliez de tailles , Nostre- 
Seigneur luy prolongea ses jours. Oudit an mourut 
domp Fédéric d'Arragon au Plessis-lez-Tours ^ , jadis 
roy de Naples, qui fut le dernier de la lignée de Pierre 
d'Arragon, lequel sans raison ny moyen usurpa ledit 
royaulme de Naples, et ne l'ont ceulx qui l'ont tenu 
depuis et tiennent encores à autre filtre. L'an mil cinq 
cens rv^, une des plus triumphantes et glorieuses 
dames qui puis mille ans ait esté sur terre alla de vie 
à trespas; ce fut la royne Ysabel de Gastille, qui ayda, 
le bras armé, à conquester le royaulme de Grenade 
sur les Mores, print prisonniers les enfans du roy 
Ghico^ qui occupoit ledit royaulme, lesquelz elle fist 
baptiser. Je veulx bien assurer aux lecteurs de ceste 
présente hystoire que sa vie a esté telle qu'elle a bien 
mérité couronne de laurier après sa mort. L'année 
mesmes trespassa son gendre, qui par le décès d'elle 
avoit esté son héritier, Philippes, roy des Espaignes 
à cause de sa femme, archiduc d'Autriche et conte de 
Flandres^. France ne perdit guères à sa mort, car il 
y avoit semé ung grain qui peu y eust proufité. 



1. Frédéric mourut le 9 septembre 1504. 

2. Il y a dans l'édition originale : 1526. C'est 1504 qu'il faut 
lire. Isabelle la Catholique mourut le 26 novembre 1504 à Médina 
del Campo. 

3. Boabdil, dernier roi de Grenade, surnommé par les Espagnols 
le petit roi. 

4. Philippe le Beau mourut à Burgos le 25 septembre 1506. 



128 HISTOIRE DE BAYÂRT 

Le pape Julles, par le secours du roy de France et à 
l'ayde de son lieutenant général ou duché de Milan, le 
seigneur de Chaumont, messire Charles d'Amboise, 
homme diligent et vertueux, conquesta Boulongne sur 
messire Jehan de Benetevoille * oudit an, où pour récom- 
pense et pour payement bailla en France debeaulx par- 
dons. Je ne sçay qui donna ce conseil, mais oncques 
puis les François ne furent fort asseurez en Ytalie, car 
avecques ce que ledit pape ne l'estoit pas trop bon , 
il se fortiffia deçà les Alpes à l' encontre des terres du 
roy de France qu'il tenoit en Lombardie. Je m'en rap- 
porte à ce qui s'en est ensuyvy depuis ; plusieurs pour 
l'heure s'en trouvèrent bons marchans, car aucuns 
cappitaines qui gouvernoient ce seigneur de Chaumont 
en eurent deniers de présent et aucuns de la plume 
bénéfice^. Bref, c'est une diablerie quant avarice pré- 
cède l'honneur, et cela a tousjours beaucoup plus régné 
en France qu'en autre lieu ; si esse le plus excellent 
pays de l'Europe, mais toutes bonnes terres n'appor- 
tent pas bon fruict en quelque sorte que ce soit. Je 
me tiendray avecques celluy qui a fait le rommant de 



1. Charles d'Amboise, s"- de Chaumont, gouverneur de Paris et 
de Normandie, maréchal de France, grand-maître de l'artillerie, 
neveu du cardinal d'Amboise, s'empara sans difficulté de Bo- 
logne sur Jean de Bentivoglio qui la possédait depuis quarante 
ans, et il la remit au pape. Jean II Bentivoglio, fils d'Annibal 
Bentivoglio, s'' de Bologne , se réfugia à Milan oii il mourut en 
1508 à l'âge de 70 ans. 

2. Plusieurs de ceux qui entouraient le maréchal de Chaumont, 
veut dire le Loyal Serviteur, trahirent la France et se firent payer 
leur trahison, les hommes d'épée avec de l'argent, et les clercs par 
des bénéfices que leur donna le pape. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 129 

la Roze, qu'on nomme maistre Jehan de Meung^ lequel 

dit que 

Beaulx dons donnent loz aux donneurs, 
Mais ilz empyrent les preneurs. 

Le roy d'Arragon, veuf par le trespas d'Ysabel, sa 
femme, print l'année mesmes la niepee du roy de 
France, Germaine de Foix, qui fut enmenée en grant 
triumphe en Espaigne, et la vint quérir le conte de 
Sififoyntes et ung évesque Jacobin. Depuis qu'elle fut 
en Espagne, elle a bien rendu aux François les hon- 
neurs qu'elle avoit reçeuz du pays, car jamais ne 
fut veu de tous ceulx qui depuis l'ont congneue une 
plus mauvaise Françoise^. 



CHAPITRE XXVII. 

Comment les Genevoys se révoltèrent et comment le roy 
de France passa les monts et les remist à la raison. 

Je ne veulx pas dire que tous vrais chrestiens ne 
soient subjectz à l'église et qu'ilz n'y doivent obéyr, 
mais je ne dis pas aussi que tous les ministres d'icelle 
soient gens de bien, et de ce je puis bailler exemple 
assez ample du pape Julles, qui pour récompense des 
bons tours ^ que le roy Loys luy avoit faiz de le faire 



1. Jean de Meung ou de Mehun, dit Glopinel, un des auteurs 
du Roman de la Rose, Il mourut vers 1320. 

2. Germaine de Foix était fille de Jean de Foix, vicomte de 
Narbonne, et de Marie d'Orléans, sœur de Louis XII; le célèbre 
Gaston de Foix, le vainqueur de Ravenne, était son frère. 

3. Tours ^ services. 

9 



130 HISTOIRE DE BÀYART 

mettre, je ne sçay pas bien à quel tiltre, dedans Bou- 
longne, pour commencer à chasser les François d' Ytalie, 
par subtilz et sinistres moyens fist révolter les Gene- 
voys^ et mutiner le populaire contre les nobles, les- 
quelz ilz chassèrent tous hors de la ville et esleurent 
entre eulx ung duc appelle messire Paule de Novy-, 
homme mécanique et de métier de tainturier. Ung 
gentilhomme genevoys nommé messire Jehan Loys de 
FHsco^, qui estoit fort bon françois, le seigneur de 
Las^ qui tenoit le Ghastellet, et plusieurs autres en 
advertirent le roy de France ; et pour ce que le sage 
prince, qui en de telz affaires estoit assez congnois- 
sant, veoit bien que si cela n' estoit bientost rabillé, il 
en pourroit sortir de gros inconvéniens , délibéra de 
passer les montz avecques bonne et grosse puissance ; 
ce qu'il fist à grande diligence, car pour beaucoup de 
raisons la matière le requéroit. 

Le bon chevalier estoit alors à Lyon, malade 
de sa fiebvre quarte, qui sans la perdre l'a gardée 
sept ans et davantage; il avoit en ung bras ung 
gros inconvénient d'ung coup de picque que autres- 
fois il avoit eu , et en avoit esté si mal pensé 
que ung ulcère luy en estoit demouré, qui n'estoit 



1. Genevoys, Génois. 

2. Paolo Novi, teinturier, fut élu doge par la populace de 
Gènes en haine du parti aristocratique. Il s'enfuit à la rentrée 
des Français, mais trahi par un des siens, il fut pris et 
décapité. 

3. Jean-Louis de Fiesque, comte de Lavagna, fils de Sinibald, 
fut obligé de sortir de Gênes avec 500 hommes qu'il amena au 
secours des Français. 

4. Le commandant du château de Gênes se nommait Galeas 
Salazar. Le Châtelet était sous les ordres de Bernard de Las. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 131 

encores du tout guéry^ Au retour du royaulme de 
Naples, le roy son maistre l'avoit retenu pour ung 
de ses escuyers d'escuyrie, attendant qu'il y eust 
quelque compaignie de gens d'armes vacquant pour 
l'en pourveoir. Si pensa en soy-mesmes que néant- 
moins qu'il ne feust bien sain, si luy tourneroit-il à 
grande lascheté où il ne suyvroit son prince, et ne 
regardant à nul inconvénient, se délibéra marcher 
avecques luy. En deux ou trois jours eut donné ordre 
à son cas, et se mist au passage des montaignes comme 
les autres. Tant et si diligemment chemina l'armée 
qu'elle approcha la ville de Gennes, dont les habitants 



1 . Alors le noble Bayard estoit à Lyon malade d'une fiebvre 
quarte, laquelle il pourta longtemps, et oultre avoit au bras dextre 
ung ulcère très mauvais et assez caverneux. Or ung jour je donnay 
à soupper en ma maison audict capitaine Bayard et à sa cousine 
damoiselle Magdalene Tarraille, femme de feu escuyer noble Claude 
de Yarey, panetier pour lors de la royne. Or advint au seoir en 
souppant que je luy dictz : t Monsieur le capitaine, je me esmer- 
veille de vous qui estes fort malade de la fièvre et oultre avez au 
bras ulcère moult dangereulx, comme voulez aller à Gennes avec- 
ques le roy, entre ses montaignes Pennines, et à la guerre vous 
boutter en dangier. » Si me respond : « Certes vous dictes vérité, 
mais à la nécessité on ne doibt laisser pour aulcune chose son 
prince, et mieulx aimeroys mourir avecques luy que de mourir 
ycy à honte. » Alors je luy dictz : « Seigneur capitaine, au moins 
jusques serez bien guéry de vostre bras, aies après le roy, pour 
n'estre si fort fouUé de gens, avec monsieur le légat d'Amboise 
jusques à Gennes et entre cy et là pourrés estre guéry de vostre 
bras et aussi de la fièvre. — Certes, dict-il, monsieur mon amy, 
vous dictes très bien, mais une chose je crainctz à merveille; c'est 
que les prothonotaires qui suy vent monsieur le légat chevauchent 
ung tas de mulles espaignoles, lesquelles ruent souvent et j'ay 
maulvaises grèves, par quoy craindroys plus les piedz des mulles 
lesquelz n'ay pas acustumé et ayme mieulx estre entre les che- 
vaulx qui me congnoissent, et moy eulx » (Ghampier, fol. xxvn). 



132 mSTOIRE DE BAYART 

furent fort estonnéz, car ilz espéroient en peu de jours 
avoir gros secours du pape et de la Romaigne, mes- 
mement de sept ou huyt mille hommes qu'on appelle 
en Ytalie bresignelz^ qui sont les meilleurs gens de 
pied qui soient aux Ytales, et fort hardis à la guerre. 
Ce néantmoins faisoient tousjours leur debvoir; et 
mesmement au hault de la montaigne, par laquelle 
convenoit aux François passer pour aller à la ville, 
avoient fait et construit ung fort bastillon à merveilles 
garny de bonnes gens et d'artillerie, qui donna tiltre 
d'esbahissement à toute l'armée ; dont le roy fist 
assembler les cappitaines sçavoir qu'il estoit de 
faire. Plusieurs furent de diverses oppinions; les ungs 
disoient que par là se pourroit l'armée mettre en 
hazart, et que au hault pourroit avoir grosse puis- 
sance qu'on ne povoit veoir, qui les pourroient 
repousser, s'on y alloit foibles, et faire recevoir une 
honte. Autres disoient que ce n'estoit que canaille et 
qu'ilz ne dureroient point. Le roy regarda le bon 
chevalier auquel il dist : « Bayart, que vous en 
semble? — Sur ma foy. Sire, dist-il, je ne vous en 
sçaurois encores que dire; il fault aller veoir qu'ilz 
font là hault; et de ma part, s'il vous plaist m'en 
donner congé, devant qu'il soit une heure, si je ne 
suis mort ou pris, vous en sçaurez des nouvelles. — 
Et je vous en prie, dist le roy, car assez vous entendez 
en telz affaires. » Ne séjourna guères le bon chevalier 
que avec plusieurs de ses amys et compaignons, 
comme le viconte de Roddes, le cappitaine Maugiron, 

1. On appelait ainsi un corps d'infanterie, armé de la pique et 
combattant à la mode des Suisses. Il avait été formé par Alviano, 
général vénitien dont il sera parlé plus loin. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 133 

le seigneur de Beaudysner , le bastard de Luppé * , et 
plusieurs autres jusques au nombre de cent ou six 
vingtz, entre lesquelz estoient deux nobles seigneurs 
de la maison de Fouez, les seigneurs de Barbazan et 
d'Esparros, enfans du seigneur de Lautrec-, qu'il ne 
fist sonner l'alarme. Tous assemblez, commencea le 
beau premier à gravir ceste montaigne. Quant on le 
veit devant, il fut assez qui le suyvit, et travaillèrent 
fort, avant qu'ilz feussent parvenuz jusques au hault, 
où ilz prindrent ung peu d'aleyne, puis marchèrent 
droit au bastillon, où en chemin trouvèrent forte 
résistance, et y eut aspre combat; mais enfin les 
Genevoys tournèrent le dos, où après vouloient courir 
les François, mais le bon chevalier s'escria : « Non, 
messeigneurs , allons droit au bastillon ; possible est 
qu'il y a encores des gens dedans qui nous pourroient 
enclorre; il fault veoir qu'il y a. » A ce conseil se 
tint ung chascun et y marchèrent. Ainsi qu'il avoit 
dit advint, car encores dedans avoit deux ou trois 
cens hommes, qui se misrent en defifense assez rude 
pour le commencement, mais enfin guerpirent^ le fort 

1. Guy Pot, S'' de Rhodes, fils de Jean Pot et de Souveraine de 
Blanchefort; il épousa Isabeau de Saffré. 

Pierre, dit Perrot de Maugiron, tué à Ravenne (1512). 

François de Grussol, s' de Beaudinar et de Laleu, fils de Louis de 
Crussol, s' de Florensac, et de Jeanne de Lévis. Il épousa Péronne 
de Salignac. 

Jean de Gaste, bâtard de Luppé. 

2. Odet et André de Foix, le premier s' de Barbazan, puis 
vicomte de Lesparre et de Lautrec, maréchal de France, gouver- 
neur de Guyenne et du Milanais, mort devant Naples le 15 août 
1528. Us étaient fils de Jean de Foix et de Jeanne d'Aydée. 

3. Guerpirent le, déguerpirent du. 



134 HISTOIRE DE BAYART 

en fuyant comme fouldre au bas de la montagne pour 
gaigner leur ville. Ainsi fut pris le bastillon^ Et 
depuis ne firent les Genevoys beau fait, ains se ren- 
dirent à la mercy du roy, qui y entra, et fist aux 
habitans payer le defFroy^ de son armée, et à leurs 
despens fist construire contre la ville ung fort chasteau 

1. Contra i quali mando Giamonte a combattere molti gentiluo- 
mini e buon numéro di fantaria, da quali i Genovesi, per la molti- 
tudine e il ventaggio del sito, si defendevano valorosamente e con 
danno non piccolo de' Franzesi; perché disprezzando inimici, corne 
raccolti quasi tutti d'artefici e d'uomini del paese, andavono 
volonterosamente non considerando la fortezza del luogo ad assal- 
targli; e gia era stato ferito, benche non molto gravamente, la 
Palissa neila gola. Ma Giamonte volendo spuntargli di quel luogo 
fece tirare ad alto due cannoni i quali battendogli per fianco gli 
sforzano a ritirarsi verso il monte , su'l quale era rimasta i'altra 
parte délie loro genti ; dove seguitandogli ordinariamente i Fran- 
zesi, quegli che erano a guardia de bastione, ancore che per il sito 
e per la fortificatione che v'era stata fatta, potessino sicuramente 
aspettare l'artigliria, dubitando che tra loro e la gente, ch'era su'l 
monte non entrasse in mezzo qualche parte de Franzesi, l'abban- 
donarono con somma infamia. Donde quegli che dal poggetto 
avevano cominciato a ritirarsi verso il bastione, vedutosi tagliato 
il cammino, presono fuori délia strada consueta per balze et aspri 
precipitii la via di Genova, essendo nel ritirarsi morti di loro circa 
a trecento (Guichardin, LVI, p. 458). 

Ghampier fait parler ainsi Bayart au roi dans cette circonstance : 
« Sire, je suys d'advys que devons hardiment monter la montaigne, 
et combatre ses bourgeois et marchans de ville, et chasser hors de 
ce bastillon ; et moy avecques ma fièvre quarte laquelle, à mon foet, 
à ceste heure fut ailleurs et avecques mon bras bien foble, je veulx 
monter le premier. » Et puis dit au capitaine Maugeron qui despuis 
mourust devant Ravenne : « Capitaine Maugeron , venez avecques 
moy, car sousmes d'ung pays, et longtemps nous nous congnois- 
sons. Suyvez moy, et si le bras est foible si sera aujourd'huy espé- 
rimenté, quant aulx jambes elles sont agilles et légières pour bien 
monter » (Ghampier, liv. XXVIII). 

2. Deffroy, entretien. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 135 

qu'on nomma Godefa ^ . A leur duc fut la teste couppée 
et à ung autre nommé Justinien ~ ; bref ilz furent assez 
bien chastiéz pour ung coup. 

Peu après se virent le roy de France et le roy d' Ar- 
ragon, retournant de Naples en Espaigne, en la ville de 
Savonne^, et y estoit sa femme Germaine de Fouez, qui 
tenoit une merveilleuse audace; elle fistpeu de compte 
de tous les François , mesmement de son frère le gentil duc 
de Nemours, dont ceste histoire fera cy après mention. 
Le roy de France festoya fort bien le grant cappitaine 
Gonssalles Ferrande, et le roy d'Arragon porta gros 
honneur au cappitaine Loys d'Ars, et au bon chevalier 
sans paour et sans reprouche, et dist au roy de France 
ces motz : « Monseigneur mon frère, bien est eureux 
le prince qui nourrist deux telz chevaliers. » Les deux 
princes, après avoir esté quelques jours ensemble, 
prindrent congé; l'ung alla en Espaigne et l'autre 
retourna en sa duché de Milan. 



CHAPITRE XXVin. 

Comment V empereur Maximilian fist la guerre aux Véni- 
tiens; où le roy de France envoya le seigneur Jehan- 
Jacques avecques grosse puissance pour les secourir. 

Après la prinse de Gènes et la veue* des deux roys 

1 . Cette tour de Godefa fut construite sous la direction de Paul 
de Beusserade, grand-maître de l'artillerie. 

2. Demelrio Giustiniani. 

3. C'est dans cette entrevue de Savone que les deux rois jetèrent 
les bases de la ligue de Cambrai contre les Vénitiens. 

4. Veue, entrevue. 



136 HISTOIRE DE BAYART 

à Savonne, celluy de France repassa par sa ville de 
Milan, où le seigneur Jehan-Jacques luy fist ung des 
triumphans bancquetz qui jamais fut veu pour ung 
simple seigneur ; car quant on cherchera bien par- 
tout, se trouvera qu'il y avoit plus de cinq cens per- 
sonnes d'assièteS sans les dames, qui estoient cent ou 
six vingtz. Et n'eust esté possible d'estre mieulx ser- 
vis qu'ilz furent de metz, entremetz, mommeries, 
commédies et toutes autres choses de passe-temps. 
Après s'en retourna le roy en France, où l'année 
ensuyvant fut adverty par les Véniciens, qui estoient 
ses alliez, comment l'empereur Maximilian descendoit 
en leur pays et leur vouloit faire la guerre. A ceste 
cause, par ung leur ambassadeur, qui estoit devers 
luy, appelle Messire Anthonio Gondelmarre, luy fai- 
soient supplier leur donner secours ; ce qu'il fist vou- 
lentiers. Et manda au seigneur Jehan-Jacques y aller 
avec six cens hommes d'armes, et six mille hommes 
de pied ; à quoy il obéyt ; et se vint joindre avec la 
puissance desditz Véniciens en ung lieu appelé la 
Pèdre, où l'armée de l'empereur estoit desjà arrivée, 
qui eust bientost passé plus oultre, n'eust esté la 
venue dudit seigneur Jehan-Jacques qui l'arresta , et 
depuis ne fist pas l'armée de l'empereur grans choses. 
Véniciens, qui sont subtilz et caulx ^ advisèrent qu'il 
valloit mieulx appoincter que d'entrer plus avant en 
la guerre, si en cherchèrent le moyen tant qu'enfin le 
trouvèrent. Je croy bien qu'ilz fournirent quelque 
argent, car c'estoit la chose en ce monde dont ledit 



1. D'assiète, assises. 

2. Caulx, rusés. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 137 

empereur Maximilian estoit le plus souffreteux. Si en 
fîst retourner son armée. Le seigneur Jehan- Jacques, 
qui en cest appoinctement n'avoit aucunement esté 
appelle, n'en fut pas trop content, et dist bien au pro- 
vidadour de la Seigneurie qu'il en advertiroit le roy 
son maistre, et que, à son oppinion, trouveroit la 
chose assez estrange et n'en seroit pas content. Cela 
demoura ung peu en suspens , où durant ce temps le 
roy de France, Loys XIP, alla faire son entrée en sa 
ville de Rouen et sa bonne compaigne la royne, qui 
fut fort triumphante ; car si les gentilzhommes y firent 
leur debvoir, les enfans de la ville n'en firent pas 
moins. Il y eut joustes et tournois par l'espace de huyt 
jours. 

Cependant se dressa quelque traicté entre le 
pape, l'empereur, les roys de France et d'Espaigne, 
où, pour y mettre fin, fut, par eulx ou leurs ambassa- 
deurs, conclud et accordé que l'on se trouverroit en 
la ville de Cambray à certain jour par eulx pris. Et y 
fut envoyé, de la part du roy de France, le cardinal 
d'Amboise, légat oudit royaulme, son nepveu le grant- 
maistre de France, seigneur de Chaumont, et chef des 
armes de la maison d'Amboise, et plusieurs autres, et 
de chascun des autres princes ambassadeurs avec toute 
puissance. A quelle fin ilz conclurent, n'est riens 
si certain que ce fut pour ruyner la Seigneurie de 
Venise, qui, en grant pompe et à peu de congnois- 
sance de Dieu, vivoient glorieusement et en opu- 
lence, faisant peu d'estime des autres princes de 
la chrestienté, dont peult-estre que Nostre-Seigneur 
fut courroucé, comme il apparut; car, ains que ses 
ambassadeurs deslogeassent de ladite ville de Tournay , 



138 HISTOIRE DE BAYART 

firent aliance amys d'amys et ennemys d'ennemys 
pour leurs maistres , et là fut conclud que le roy de 
France, en personne, passeroit après Pasques l'année 
ensuyvant qu'on diroit mil cinq cens et neuf, en 
Ytalie, et entreroit au pays des Véniciens XL jours 
devant que nuls des autres se meissent à lacampaigne. 
Je ne sçay à quelle fin ilz a voient posé ce terme, 
sinon qu'ilz vouloient taster le gué ; et peult-estre que 
si le roy de France eust eu du pire, en lieu de courir 
aux Véniciens, eussent couru sur luy-mesmes ; car je 
n'ay jamais congneu qu'il y ait eu grosse amytié entre 
la maison de France et la maison d'Austriche, et 
pareillement ne s'accordoient pas bien le pape et le 
roy de France. Bref, il me semble, à dire le vray, 
qu'ilz vouloient faire essayer la fortune aux François, 
et vouloient jouer à ung jeu que jouent petis enfans à 
l'escolle : S'il est bon je leprens; et s'il est mauvais je 
le laisse. Toutesfois, si bien advint à ce bon roy Loys, 
qu'il exécuta son entreprise à son grant honneur et au 
prouffit de ses alliez, comme vous entendrez. 



CHAPITRE XXIX. 

Comment le roy de France Loys XII^ fist marcher son 
armée en Ytalie contre les Véniciens^ et de la vic- 
toire qu'il en obtint. 

Sur la fin de l'an mil cinq cens et huit, vers le moys 
de mars, fist le roy de France marcher sa gendarme- 
rie en sa duché de Milan, et pareillement ses avantu- 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 139 

riers françois, qui estoient en nombre de quatorze à 
quinze mille, lesquelz il bailla à gouverner et conduyre 
à de bons et vertueux cappitaines, tels que les sei- 
gneurs de Moulart, de Richemont, la Grote, le conte 
de Roussillon, le seigneur de Vendenesse, le cappi- 
taine Odet, le capdet de Duras' et plusieurs autres, 
lesquelz chascun en leur endroit misrent peine d'avoir 
des plus gentilz compaignons. Le bon chevalier sans 
paour et sans reprouche en ceste saison fut envoyé 
I quérir par le roy, qui luy dist : « Bayart, vous sçavez 

que je m'en vois passer les montz pour avoir la raison 
des Vénitiens, qui à grant tort me tiennent la conté 
de Grémonne, la Géradade^ et autres pays; je veulx 
qu'en ceste entreprise, combien que dès à présent 
vous donne la compaignie du cappitaine Ghatelart^, 
qu'on m'a dit qui est mort (dont je suis desplaisant). 



1. Soffrey Alleman, s' du Molart et d'Uriage, capitaine de 
1,000 hommes de pied, lieutenant au gouvernement de Dauphiné, 
fils de Guigue Alleman et de Marie Grinde ; tué à Ravenne (1512). 

Philippe de Richemont. 

François de Daillon, s' de la Crotte, capitaine de 50 lances, fils 
de Jean de Daillon, s' du Lude, et de Marie de Laval, fut tué à la 
journée de Ravenne. 

Jacques de Bourbon, comte de Roussillon, fils de Louis, bâtard 
de Bourbon, amiral de France. 

Jean de Ghabannes, s' de Vendenesse, frère de la Palisse. 

Gallet d'Aydie, vicomte de Ribérac, sénéchal de Garcassonne, 
capitaine des Gascons, surnommé le capitaine Odet. Il était fils 
d'Armand d'Aydie et épousa Anne de Pons. 

Jean de Durfort, cadet de Duras, s"- de Givrac, fils de Jean de 
Durfort, s"" de Duras , et de Jeanne de Rosans. 

2. Giara d'Adda, province de Grémone. 

3. Jean de Lay, s^ du Ghastellart, gentilhomme dauphinois. Il 
mourut au Pont-de-Beauvoisin au moment ovi la guerre se pré- 
parait. 



140 HISTOIRE DE BAYART 

ayez soubz vostre charge des gens de pied et vostre 
lieutenant, le cappitaine PierrepontS qui est très 
homme de bien, conduira voz gens d'armes. — Sire, 
respondit le bon chevalier, je feray ce qu'il vous 
plaira ; mais combien me voulez-vous bailler de gens 
de pied à conduyre? — Mille, dist le roy, il n'y a 
homme qui en ait plus. — Sire, dist le bon chevalier, 
c'est beaucoup pour mon sçavoir, vous suppliant estre 
contant que j'en aye cinq cens, et je vous jure ma 
foy, Sire, que je mettray peine de les choisir, qu'ilz 
seront pour vous faire service ; et si me semble que, 
pour ung homme seul, c'est bien grosse charge quand 
il en veult faire son debvoir. — Bien, dist le roy, 
allez doncques vistement en Daulphiné, et faictes que 
soyez en ma duché de Milan à la fin de mars^ » 

De tous les cappitaines n'y eut celluy qui très bien ne 
fournist sa bende , et en sorte firent que à la fin de mars 
ou au commencement d'avril furent tous passez et logez 
par garnisons ou duché de Milan. Les Véniciens, desjà 
deffiez par le hérault Montjoye, délibérèrent eulx def- 
fendre ; et sachans la puissance du roy de France qui 
n'estoit point trop grande, car en toutes gens n'avoit 
que trente mille hommes dont il povoit avoir vingt 
mille hommes de pied, comprins six mille Suysses et 
deux mille hommes d'armes, dressèrent une fort gail- 



1. Pierre du Pont, dit le capitaine Pierrepont, lieutenant et 
neveu de Bayart par Marie Terrail sa mère, femme de Richard 
du Pont, gentilhomme savoisien. 

2. On trouvera à l'appendice l'ordonnance du roi, datée du 
12 janvier 1508, prescrivant une levée de gens de pied, suivie de 
la promesse de Bayart et de cinq autres capitaines de se confor- 
mer aux prescriptions qui y sont contenues. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 141 

larde armée, où ilz eurent plus de deux mille hommes 
d'armes et bien trente mille hommes de pied. Leur 
chef pour les conduyre estoit le conte Petilane, et le 
cappitaine général de leurs gens de pied estoit le sei- 
gneur Berthelome d'Alvyano^ qui entre autres gens 
en avoit une bonne bende de ses bresignelz , qui por- 
toient sa livrée de blanc et rouge, tous gentilz compai- 
gnons et nourriz aux armes. Je ne vous feray long 
récit des courses, allées et venues ; mais enfin le roy 
de France, ayant passé les montz et arrivé en sa ville 
de Milan, entendit que les Véniciens avoient repris 
Trévy, une petite villete de la rivière d'Ade, que puis 
peu de jours devant le grant-maistre seigneur de 
Chaumont avoit prise sur eulx, avecques les cappi- 
taines Molart, la Grote, Richemont et le bon chevalier, 
qui avecques leurs gens estoient passez des premiers. 
En laquelle ville de Trévy les Véniciens, parce qu'elle 
s'estoit tournée françoise , misrent le feu , enmie- 
nèrent les gens de cheval tous prisonniers, dont estoit 
chief le cappitaine Fontrailles ; aussi fut prisonnier le 
cappitaine de la Porte, le seigneur d'Estançon et deux 
autres cappitaines de gens de pied, le chevalier Blanc 
et le cappitaine Ymbault ^. Ainsi ces nouvelles sçeues 

1. Nicolas Orsini, comte de Petigliano, fils d'Aldobrandino 
Orsini et de Simone de Gonzague : il épousa Hélène Conti et 
mourut en 1509. 

Barthélemi Alviano, général en chef des troupes de Venise, cpii 
plus tard, allié de la France, décida par son arrivée sur le champ 
de bataille la victoire de Marignan. Il mourut en 1515. 

2. André de la Porte, s' de l'Artandière, du Dauphiné. 

Jean d'Estanson, s' de la Boulaie, chambellan du roi, capitaine 
de 50 hommes d'armes; il épousa Jeanne de Rosnivinen. 
Antoine de Morard d'Arces, dit le Chevalier Blanc, s' de la 



142 HISTOIRE DE BAYART 

par ledit seigneur, marcha droit à Gassan, où il fist 
incontinent sur ceste rivière d'Ade dresser deux pontz 
sur bateaulx, où par l'ung faisoit passer les gens de 
cheval, par l'autre les gens de pied, et luy-mesme, 
armé de toutes pièces, y faisoit tenir l'ordre. L'armée 
passée, le lendemain fut prise une petite ville appellée 
Rivolte, et mise à sac; et deux jours après en ung 
village nommé Aignadel au partir d'ung autre appelé 
PaudinS se rencontrèrent les deux armées des Fran- 
çois et Véniciens. Et combien que les cappitaines conte 
de Petilano et le seigneur Berthelome d'Alvyano eus- 
sent exprès commandement de leur Seigneurie ne 
donner point de bataille au roy, ains seullement tem- 
poriser à garder les villes et chasteaulx affin de les 
myner par fascherie et longueur de temps, icelluy 
d'Alvyano, plus hardy que bien advisé, se voulut 
adventurer, pensant en luy-mesmes, comme présump- 
tueux, qu'il ne sçauroit jamais avoir plus grant hon- 
neur, à perte ou à gaigne, que d'avoir combatu ung 
roy de France; et voulant essayer sa fortune, s'en 
vint droit au combat, où il y eut dur assault et mortel 
encombre ; car, à vray dire, en la première pointe se 
monstrèrent très bien les gens de la Seigneurie. Durant 
ce combat, le seigneur Berthelome va adviser l'arrière- 
garde des François, dont estoit le bon chevalier, qui 

Bastie de Meylan, capitaine de 500 hommes de pied, puis lieute- 
nant général du royaume d'Ecosse après la bataille de Flodden- 
feld, qui coûta la vie au roi Jacques IV. Il fut assassiné par des 
gentilshommes écossais en 1521. 

Ymbault ou Humbert de Rivoire, s"" de Romagneu, capitaine 
de 500 hommes de pied. 

1. Rivolta, Agnadello et Pandino, bourgs dans le territoire de 
Crema. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 143 

marchoit d'ung désir merveilleux, en passant fossez 
plains d'eaue jusques au cul, laquelle luy venoit don- 
ner sur ung des costez qui fort esbayrent luy et sa 
rotte^ N'onques puis ne firent grant effort, ains furent 
rompus et du tout deffaictz. Les rouges et blancs^ 
demourèrent sur le champ, et ledit d'Alvyano, après 
avoir esté blessé en plusieurs lieux, fut pris prisonnier 
du seigneur de Vendenesse, ung droit ^ petit lyon, 
frère du gentil seigneur de la Palisse. Le conte Peti- 
lano, voyant ses gens de pied deffaictz, ne voulut plus 
tempter la fortune, et à * toute sa gendarmerie se retira 
ung petit bien tost. Il eut la chasse, mais peu y en 
demoura, car les gens de pied amusèrent les François, 
lesquelz, après avoir fait leur devoir, se retirèrent 
chascun à son enseigne à peu de dommage. De leurs 
ennemys en demoura quatorze ou quinze mille sur le 
camp. Le seigneur Berthelome fut mené prisonnier au 
logis du roy ; lequel après disner fist faire ung faulx 
alarme pour congnoistre si ses gens seroient diligens 
si ung affaire venoit. On demanda à ce seigneur 
d'Alvyano que ce pouvoit estre ; il fist responce en 
son langaige : « Il fault dire que vous voulez com- 
batre les ungs contre les autres, car de noz gens je 
vous asseure sur ma vie qu'ilz ne vous visiteront de 
quinze jours. » Et en se mocquant, congnoissant sa 
nation, disoit ces parolles. Ladicte bataille fut le qua- 
torziesme jour de may mil cinq cens et neuf ^. 

1. Rotte, troupe. 

2. Les bresignels. 

3. Droit, vrai. 

4. A, avec. 

5. Questa fu la giornata famosa di Giaradadda, o corne altri 



144 HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE XXX. 

Comment le roy de France Loys XW gaigna toutes 
les villes et places des Véniciens jusques à Pes- 
quere. 

Le roy de France séjourna ung jour ou deux ou 
camp de la bataille ; cependant le chasteau de Cazavas ^ 
se voulut faire batre d'artillerie, mais en deux heures 
il fut emporté , et y eut quelques rustres dedans pris, 
lesquelz essayèrent si leur col pourroit par force em- 
porter ung créneau. Cela espo vanta ceulx qui estoient 
aux autres places, de sorte qu'oncques puis ne se 
trouva ville ny aucune forteresse qui voulsist combatre, 
excepté le chasteau de Pesquere^ ; dont mal en print à 
ceulx de dedans, car tous y moururent ou peu en 
eschappa qui furent prins prisonniers , entre lesquelz 
estoit ung providadour de la Seigneurie et son filz, qui 
voulurent payer bonne et grosse rançon ; mais cela ne 
leur servit de riens, car chascun à ung arbre furent 
tous deux penduz, qui me sembla grande cruaulté. Ung 
fort gaillart gentilhomme, qu'on appelloit le Lorrain, 
avoit leur foy, et en eut grosses parolles avecques le 
grant-maistre, lieutenant général du roy ; mais il n'en 
amenda d'autre chose. Le roy de France se logea au- 



chiamano di Vailà. Per memoria délia quale il re fece, nel luogo 
ove si era combattuto, edificare una cappella, onorandola col nome 
di Santa Maria délia Vittoria (Guichardin, 1. VIII, c. 2). 

1, Caravaggio, à 4 1. de Grema. 

2. Peschiera, sur le lac de Garde, province de Vérone. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 145 

dit lieu de Pesquere, après avoir eu en ses mains 
toutes les villes et places par luy querellées * , comme 
Crémonne, Greme ^, Bresse, Bergame et cent autres 
petites villes, que toutes il eut en cinq ou six jours, 
excepté le chasteau de Crémonne, qui tint quelque 
temps, mais enfin se rendit. Et bien fist davantage 
ledit prince, car par le moyen de la bataille qu'il gai- 
gna, fut rendu au pape Julles, Ravenne, Fourly, 
Ymole, Fayence ^, et plusieurs autres places que les- 
ditz Véniciens tenoient en Rommaigne , et au roy 
d'Espaigne, en son royaulme de Naples, Brindis * et 
Otrante, et à luy-mesmes furent présentées les clefz 
des villes de Véronne, Vincence et Padoue, mais il 
les mist entre les mains de l'empereur qui les querel- 
loit. Toutesfois il ne garda guères bien les aucunes, 
dont mal luy en print, comme vous verrez cy-après. 
Sur ces entrefaictes, le reste de l'armée des Véniciens 
bienestonnée, se retira vers le Trévizan et le Fryol, 
cuydans que tousjours on les deust suyvre, ce qui ne 
se fist pas, qui fut gros malheur pour l'empereur, 
lequel de jour en jour s'attendoit par le roy de France 
en ceste petite ville de Pesquere, car promis avoit se 
trouver dedans ung vaisseau, acompaigné comme bon 
luy eust semblé, sur ung lac qui environne partie de 
ladicte ville de Pesquere, pour parlamenter ensemble 
plus amplement de leurs affaires; et à ceste cause 



1. Querellées, réclamées. 

2. Crema, dans la province de Crémone. 

3. Forli, chef-lieu de la province de ce nom. — Imola, ville de 
la province de Bologne. — Faenza^ ville de la province de 
Ravenne. 

4. Brindisi, ville de la Terre d'Otrante. 

10 



146 HISTOIRE DE BAYART 

avoit esté envoyé vers luy le légat d'Amboise jusques 
à Rouvray^ mais oneques ne le sceut amener. Par- 
quoy, après son retour, et qu'il eut amené l'évesque 
de Gurse^, ambassadeur pour ledit empereur, devers 
le roy de France, lequel vint tellement quellement 
excuser son maistre, s'en retourna par ses journées à 
Milan au commencement de juillet. 

Cependant la ville de Padoue, en laquelle l'em- 
pereur avoit seuUement envoyé huyt cens lansque- 
netz pour la garde, laquelle a six mille de tour, 
fut reprise par les gens de la Seigneurie de Venise; 
et y entra messire André Grit ^ avecques ung 
autre cappitaine appelle messire Luce Mallevèche*, 
par une subtillité telle que je vous diray. Tous- 
jours avoient les Véniciens quelque intelligence en 
la ville , et fault bien noter une chose : qu'oncques 
seigneurs ne furent sur la terre plus ayméz de leurs 
sudjectz qu'ilz ont tousjours esté, et seullement pour 
la grande justice en quoy ilz les maintiennent. Or, 
entendez sur le commencement de juillet, qui est le 
temps que pour la seconde fois on fauche les foings en 
Ytalie, ung mardy matin, s'estoient venuz embuscher, 
à ung gect d'arc de ladicte ville , qui est à l'entour 
plaine d'arbres , tellement qu'on ne sçauroit veoir 
guèresloing, lesditz cappitaines messire André Grit et 
messire Luce Mallevèche, avecques quatre cens hommes 



1. Rovere di Vélo, ville de la province de Vérone. 

2. Mathieu Langen, évêque de Gurk (Illyrie), secrétaire parti- 
culier de l'empereur Maximilien. 

3. André Gritti, qui fut plus tard (1523) doge de Venise et mou- 
rut en 1539. 

4. Lucio Malvezza, d'une famille noble de Bologne. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. H7 

d'armes et deux mille hommes de pied. Or, en ceste 
ville de Padoue, chascun jour se recueilloit ordinaire- 
ment force foings, et en ce quartier-là font les charre- 
tées grandes, de sorte que au passer en une porte elles 
y entrent quasi à force. Le jour de leur embusche, 
dès le point du jour, ses charrettes commençoient à 
entrer dedans ladicte ville. Quant quatre eurent passé, 
après la cinquiesme venoient six hommes d'armes 
véniciens, et derrière chascun de leurs chevaulx ung 
homme de pied garny de hacquebute toute chargée, et 
parmy eulx avoient une trompette pour sonner incon- 
tinent qu'ilz auroient gaigné la porte, affin que la 
grosse force qui estoit en embusche vint. Si peu de 
lansquenetz qui estoient dedans la ville faisoient fort 
bon guet et ne tenoient que deux portes ouvertes, où 
pour le moins y avoit tousjours à chascune trente 
hommes de garde. Il y avoit ung gentilhomme de la 
ville, nommé messire Geralde Magurin, qui estoit 
adverty par la Seigneurie de ceste entreprise , et avoit 
en charge que quant il verroit l'affaire commencé, se 
devoit mettre en armes et tous ceulx qui tenoient leur 
party. Ceste cinquiesme charrette vint à passer, laquelle 
entré, ses six hommes d'armes qui suyvoient commen- 
cèrent à crier : « Marco ! Marco ! » Leurs gens de pied 
se gectèrent à terre et deschargèrent leurs hacque- 
butes de sorte que chascun tua son homme, car ilz 
tiroient en bute. Les povres lansquenetz qui se virent 
surpris furent bien estonnez ; toutesfois ilz se misrent 
en defifence et sonnèrent l'alarme. Cela leur valut peu, 
car incontinent que la trompette eust été entendue, la 
grosse flote va venir faisant ung bruyt merveilleux, en 
cryant : « Marco! Marco ! Ytalie ! Ytalie ! » D'une autre 



148 HISTOIRE DE BAYART 

part, ce gentilhomme messire Geraldo Magurin avoit 
fait son effort en la ville , dont des maisons sortirent 
plus de deux mil hommes armez, avecques ronçons * 
et javelines, de façon que les lansquenetz ne sceurent 
que faire, sinon qu'ilz se serrèrent, et tous ensemble 
se vont gecter en la place, où ilz se misrent en bataille. 
Ne demoura guères qu'ilz ne feussent assailliz en deux 
ou trois lieux ; mais oncques gens ne se deffendirent 
mieulx, car ilz furent plus de deux heures devant 
qu'on les sceust rompre. Enfin il vint tant de gens 
qu'ilz ne peurent plus soutenir le fès. Hz furent ouvers, 
rompuz et tous mis en pièces, sans que jamais en 
feust pris ung à mercy, qui fut grosse pitié ; mais ilz 
vendirent bien leur vie, car d'entre eulx ne peut mou- 
rir que ce qui y estoit, mais ilz tuèrent plus de quinze 
cens hommes, tant de la ville que des gens de guerre. 
Toutesfois la ville de Padoue fut prise, en laquelle 
bientost après survint le conte Petilano, qui mist 
grosse diligence pour la faire ramparer et fortifïier, 
bien considérant qu'elle feroit bon besoing à la sei- 
gneurie. Ces nouvelles vindrent aux oreilles de l'em- 
pereur, qui cuyda désespérer, et fist veu à Dieu qu'il 
s'en vengeroit et que luy-mesmes yroit en personne ; 
ce qu'il fist. Il escripvit unes lettres au roy de France, 
qui estoit encores à Milan, que son plaisir feust luy 
ayder de cinq cens hommes d'armes pour trois moys, 
à ce qu'il peust mettre les Véniciens à la raison, 
ce qui luy fut accordé, et s'ensuyvit ce que vous 
orrez. 

1. Rançon, épieu. 



PAR I^E LOYAL SERVITEUR. 149 



CHAPITRE XXXI. 

Comment le roy de France envoya le seigneur de la 
Palisse au secours de V empereur avecques cinq cens 
hommes d'armes et plusieurs cappitaines, desqueh 
estoit le bon chevalier sans paour et sans reprouche. 

Quand le roy de France entendit que Padoue estoit 
révoltée, fut bien marry, et encores plus de ce que 
c'estoit par la faulte de l'empereur, qui pour garder 
une telle ville avoit seulement envoyé huyt cens lans- 
quenetz. Toutesfois, à la requeste dudit empereur, 
commanda au seigneur de la Palisse qu'il print cinq 
cens des plus gaillards hommes d'armes qui feussent 
en Ytalie, et qu'il s'en allast au service de l'empereur, 
qui descendoit au Padouan. Ledit seigneur qui ne 
demandoit que telles commissions, car c'estoit toute 
sa vie que la guerre, délibéra faire son préparatif, et 
ainsi qu'il sortoit du chasteau de Milan, trouva le bon 
chevalier auquel il dist : « Mon compaignon, mon 
amy, voulez-vous pas que nous soyons de compa- 
gnie? » Siluy déclaira l'affaire plus au long. Il qui ne 
demandoit pas mieulx, mesmement d'estre en sa 
compaignie, gracieusement luy respondit qu'il estoit 
à luy, pour en disposer à son plaisir. De ceste 
mesme entreprise furent le baron de Béarn qui mena 
une partie de la compaignie du duc de Nemours, le 
baron de Conty qui avoit cent hommes d'armes, le 
seigneur Theode de Trévolz, le seigneur Julles de 
Sainct-Séverin, le seigneur d'Ymbercourt, le cappi- 



150 HISTOIRE DE BAYART 

taine la Clayete, le seigneur de la Crote, lieutenant 
du marquis de Montferrat*, et le bon chevalier. Avec- 
ques lesquelz cinq cens hommes d'armes se misrent 
en compaignie plus de deux cens gentilzhommes, et 
entre autres le filz aisné du seigneur de Bucy^, cousin 
germain du grant-maistre seigneur de Chaumont, qui 
luy bailla vingt de ses hommes d'armes et deux gail- 
lars gentilzhommes, l'ung appelle le seigneur Bonnet^, 
Breton, très renommé chevalier, et l'autre le seigneur 
de Mypont, du duché de Bourgongne, lesquelz le bon 
chevalier tenoit avecques luy comme ses frères, et 
fort les honnoroit pour la grande prouesse quil sça- 
voit en eulx. Le cas du gentil seigneur de la Palisse 
prest, commencea à marcher avecques ses compai- 

1. Gaston de Foix, duc de Nemours, gouverneur du Dauphiné, 
fils de Jean, comte de Fbix, et de Marie d'Orléans. Tué à la 
journée de Ravenne, en 1512, à l'âge de 24 ans. 

Frédéric de Mailly, baron de Conti, échanson du roi, sénéchal 
d'Anjou, fils d'Adrien de Mailly et de Jeanne de Bergues, épousa 
Louise de Montmorency et fut tué en 1513 au siège de Milan. 

Théodore Trivulce, comte de la Hurie et de Pizzetone, capi- 
taine de 100 lances, puis maréchal de France et gouverneur de 
Lyon, neveu de J.-J. Trivulce, fils de Pierre Trivulce et de 
Laure de Bossis; il épousa Bonne de Bevilaqua et mourut en 
1531. 

Jules de Saint-Séverin, fils de Galeas de Saint-Séverin, grand 
écuyer de France, et d'une fille de Louis le More, duc de Milan. 

Marc de Ghantemerle, bâtard de la Clayette, fils de Hugues de 
Ghantemerle. 

Guillaume Paléologue, marquis de Montferrat, fils de Boniface 
et d'Hélène de Brosse, épousa Anne d'Alençon, puis Marie de 
Foix, etmourut à l'âge de 30 ans, en 1518. 

2. Jean d'Amboise, s»" de Bussy, conseiller et chambellan du 
roi. 

3. Jacques Bonnet, s" de Mazuel, fils de Charles Bonnet et de 
Catherine de Marcillac, épousa Marguerite de Ferrariol. 



i 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 154 

gnons et se tira droit à Pesquere. Cependant le roy 
de France print son chemin à son retour en son 
royaulme, laissant sa duché et ce qu'il avoit conquis 
sur ses ennemys paisible. 

Il fault sçavoir que, incontinent que les Véni- 
ciens eurent repris Padoue, s'en allèrent courir 
jusques devant Vincence , qui incontinent se re- 
tourna; aussi n'est-elle pas ville pour tenir contre 
puissance. Hz en voulurent autant faire de Véronne, 
mais le bon seigneur de la Pahsse qui en avoit 
esté adverty deslogea avecques ses compaignons deux 
heures devant jour d'ung heu appelle Villefranche^ 
et se vint présenter devant la ville, qui leur donna 
craincte, et par ce moyen s'en retournèrent lesditz 
Véniciens vers Vincence; mais s'ilz eussent pu gai- 
gner Véronne, le secours du seigneur de la Palisse 
s'en pouvoit bien retourner, car la ville est forte et 
passe par dedans une rivière fort impétueuse, telle- 
ment que, sans autre effort que de gendarmerie, 
n'eust pas esté rendue si tost. Bien en print au sei- 
gneur de la Palisse de sa bonne diligence, mesmement 
de celle du bon chevalier, qui tousjours menoit les 
coureurs. Il n'avoit alors que trente hommes d'armes 
soubz luy, mais il en y avoit vingt et cinq qui méri- 
toient d'estre cappitaines de cent. Toute ceste troppe 
de gendarmerie entra dedans Véronne, où l'évesque 
de Trente ^, qui y estbit pour l'empereur, les receut à 
grant joye, car il avoit eu belle peur. Hz furent seule- 
ment deux jours dedans la ville, fort bien festoyez 



i. Villa franca di Ferona, ville de la province de Vérone. 
2. Georges de Neideck. 



152 HISTOIRE DE BAYART 

des habitans et puis tirèrent vers Vincence, où incon- 
tinent que ceulx que la Seigneurie y avoit mis le sceu- 
rent, deslogèrent et se retirèrent, les ungs à Padoue, 
les autres à Trévize. Dedans Vincence fut le seigneur 
de la Palisse et ses compaignons cinq ou six jours, 
attendans quelques nouvelles de l'empereur, lequel on 
disoit estre desjà aux champs. Quant ilz virent qu'il 
n'approchoit point, partirent de Vincence et allèrent 
en ung gros village appelle Castel-Franc^ où ilz séjour- 
nèrent quinze jours ; cela estoit à dix mille de Padoue. 
Cependant arriva au camp des François le seigneur 
du Ru avecques quelques hommes d'armes bour- 
gongnons et environ six mille lansquenetz, que con- 
duysoit ung seigneur d'Almaigne, gentil prince et 
hardy, entreprenant à merveilles, comme il a monstre 
tant qu'il a vescu; on l'appelloit le prince de Hanno^. 
Au commencement d'aoust arriva l'empereur au pied 
de la montaigne, au dessoubz d'ung chasteau appelle 
Bassan^, et tout son équipage après luy, lequel, com- 
bien qu'il n'y eust pas grande montaigne à passer, 
demoura huyt jours entiers avant qu'il feust en la 
plaine. L'empereur veit le seigneur de la Palisse et 
les cappitaines françois ausquelz il fist très bonne 
chère. Geste veue première fut auprès d'une petite 
ville appellée Aest*, dont les ducz de Ferrare portent 
le surnom. Pour lors y avoit ensemble une des belles 
armées qu'on eust veue cent ans auparavant. 

1. Castel franco, à 5 lieues de Trévise. 

2. Rudolphe, prince d'Anhalt, fils de Georges, prince d'Anhalt. 

3. Bassano, à 6 lieues de Vicence. 

4. Aest, Este. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 153 



CHAPITRE XXXII. 

Comment Vempereur Maximilian alla mettre le siège 
devant Padoue, et ce qu'il advint durant icelluy. 

L'empereur se fist longuement attendre, dont il 
ennuyoit aux François ; mais vous devez aussi entendre 
qu'il arriva en la plaine en empereur , et si sa puis- 
sance eust bien voulu faire son debvoir, c'estoit assez 
pourconquester ung monde. Parquoy est bien requis que 
son équipage soit inscript, qui tel estoit. Il avoit cent 
six pièces d'artillerie sur roue, dont la moindre estoit 
ung faulcon, et six grosses bombardes de fonte qui ne 
se povoient tirer sur affust , mais estoient portées 
sur chascune une puissante charrette, chargées avec- 
ques engins, et quant on vouloit faire quelque baterie, 
on les descendoit, et quant elles estoient à terre, par 
le devant avecques ung engin on levoit ung peu la 
bouche de la pièce, soubz laquelle on mettoit une 
grosse pièce de boys, et derrière faisoit-on ung mer- 
veilleux taudis ^ de peur qu'elle ne reculast. Ces 
pièces portoient bouletz de pierre, car de fonte on 
ne les eust sceu lever, et ne pou voient tirer que 
quatre fois le jour au plus. Il avoit en sa compaignie 
que ducz, contes, marquis, et autres princes et sei- 
gneurs d'Almaigne bien six vingtz, et environ douze 
mille chevaulx, cinq ou six cens hommes d'armes 
bourguignons et hennuyers ; de gens de pied lansque- 

1. Taudis, amas de matériaux de toute sorte. 



154 fflSTOIRE DE BAYART 

netz, ilz estoient sans nombre, mais par estimation 
on les prenoit à plus de cinquante mille. Le cardinal 
de Ferrare ^ vint pour son frère au secours dudit em- 
pereur, qui amena douze pièces d'artillerie, cinq cens 
chevaulx et trois mille hommes de pied ; et autant ou 
peu moins en amena le cardinal de Manthoue ^. Bref, 
avec les hommes d'armes françois, on tenoit ou camp 
y avoir cent mille combatans. Ung grant deffault estoit 
quant à l'artillerie, car il n'y avoit équipage que pour 
la moytié, et quant on marchoit, estoit force que 
partie de l'armée demourast pour la garder jusques à 
ce que la première bende feust deschargée au camp 
où on vouloit séjourner, et puis le charroy retournoit 
quérir l'autre, qui estoit grosse fascherie. Ledit em- 
pereur se levoit fort matin , et incontinent faisoit 
marcher son armée, et ne se logeoit voulentiers qui^ 
ne feust deux ou trois heures après midy, qui n'estoit 
pas, veu la saison, pour refreschir les gens d'armes 
soubz leur armet. Le premier camp qu'il fist fut près 
du palais de la royne de Ghippre*, distant de Padoue 
huyt mille, où arriva le seigneur de Meillault ^ ung 

1. Hippolyte d'Esté, cardinal, fils d'Hercule I«' et frère d'Al- 
phonse 1er, ducs (Je Ferrare. Il fut archevêque de Milan, de Nar- 
bonne, etc., et mourut le 3 septembre 1520. 

2. Sigismond de Gonzague, cardinal, fils de Frédéric et frère 
de François, tous deux marquis de Mantoue. Mort en ] 525. 

3. Qui, qu'il. 

4. Catherine Gornaro, dernière reine de Ghypre, fille de Marco 
Gornaro et femme de Jacques, roi de Ghypre. Elle avait cédé aux 
Vénitiens tous ses droits sur ce royaume. Son palais était à Asolo, 
près de Trévise. 

5. Gabriel d'Alègre, baron de Milhau, fils d'Yves d'Alègre et 
de Jeanne de Ghabannes, fut chambellan du roi de France, 
prévôt de Paris, bailli de Gaen ; il épousa Marie d'Estouteville. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 155 

jeune gentilhomme de France, hardy et entreprenant 
cappitaine, fîlz d'ung vertueux et sage chevalier, le 
seigneur d'Alègre, avec bien mille ou douze cens 
avanturiers François , tous gens d'eslite et d'escar- 
mouche. En ce camp mesmes fut conclud d'aller 
mettre le siège devant la ville de Padoue, et pour 
ceste cause fut assemblé le conseil, où il y eut de 
diverses oppinions, car l'empereur avoit ung Heute- 
nant général de nation grecque, qu'on appelloit le sei- 
gneur Constantin * , qui vouloit faire toutes choses à sa 
teste, dont enfin très mal en print à son maistre 
comme vous orrez. Il fut ung peu souspeçonné de 
trahison, et l'en voulut le seigneur de la Palisse com- 
batre, mais il ne fut possible le faire venir au point. 
Or laissons ce propos jusques à ce qu'il sera besoing 
d'en parler. Conclusion fut prise à ce conseil d'aller 
mettre le siège audit Padoue , et que pour les ap- 
prouches les gens d'armes françois feroient la pointe 
âvecques le prince de Hanno et ses lansquenetz, qui 
estoit la plus triumphante bende de tous les Almans ; 
mais que premier il estoit très nécessaire prendre une 
petite ville appellée Montselles ^, où il y avoit ung 
chasteau très fort, à six ou sept mille de Padoue, 
parce que la garnison qui estoit dedans pour la Sei- 
gneurie eust peu merveilleusement fâcher^ le camp et 
les vivres qui y venoient. Le lendemain matin se par- 
tit l'armée, et vint loger à demy mille de ceste petite 
ville, qui ne tint point, car guères ne valloit; mais le 

1. Constantin Paléologue, surnommé Cominatès, de la famille du 
marquis de Montferrat. 

2. Monselice, à 4 lieues de Padoue. 

3. Fâcher, incommoder. 



156 HISTOIRE DE BAYART 

chasteau estoit defFensable pour ung long temps, si 
les coquins qui estoient dedans eussent riens valu; 
mais le cueur leur faillit incontinent. Car les approu- 
ches faictes, et que l'artillerie eut fait bien peu de 
berche^ et malaisée, fut sonné l'alarme pour aller à 
l'assault. Il falloit bien monter ung grant gect d'arc, 
mais ses aventuriers françois du cappitaine Meillault 
y furent soubdainement , et sembloit qu'ilz n'eussent 
mangé de huyt jours, tant légiers estoient. Ceulx de 
dedans firent quelque résistance, mais guères ne con- 
tinuèrent, car en moins d'ung quart d'heure ilz furent 
emportez et tous mis en pièces. Ses aventuriers y 
firent assez bon butin, et entre autres choses y avoit 
sept ou huyt vingtz fort beaulx chevaulx. La ville et le 
chasteau furent renduz es mains du duc de Ferrare, 
qui les quérelloit, mais il presta trente mille ducatz. 
Deux jours après ceste prinse de Montselles deslogea 
l'armée, qui s'en alla droit devant Padoue où fut assis 
le siège. 

CHAPITRE XXXIII. 

Comment Vempereur Maximilian planta son siège 
devant Padoue, et des gaillardes approuches faictes 
par les gentilshommes françois , et d'une grande 
hardiesse que monstra le bon chevalier sans paour 
et sans reprouche. 

Après la prinse de la ville et chasteau de Montselles, 
et icelluy baillé entre les mains du cardinal de Ferrare 

1. Berche, brèche. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 157 

qui là estoit pour son frère, y mist bonne garnison. 
Le duc de Ferrare estoit d'ung autre costé, faisant la 
guerre aux Véniciens; et en la mesme année leur 
donna une rotte* sur le Pau, qui ne leur porta guères 
moins de dommage que le jour qu'ils perdirent la 
bataille contre le roi de France. Car ainsi que lesditz 
Véniciens estoient délibérez luy destruire ung quartier 
du pays sur le Ferraroys, appelle le Polesine de 
Rovigo ^, misrent sur le Pau quatorze ou quinze gal- 
1ères et trois ou quatre mille hommes dedans, et vin- 
drent partans de Quyoze jusques àFrancolin^; mais le 
duc de Ferrare avoit fait faire deux bastillons, l'ung à 
Tendroit de la tour de Loiselin* et l'autre Alpopos^, 
qui sont l'ung devant l'autre, et avoit trois ou quatre 
mille bons hommes dedans et quatre bonnes gallères 
sur le Pau, bien armées et équippées. Il sceut que ses 
ennemys estoient descenduz en terre, où la pluspart 
il les alla trouver, et les deffist sans que nul en es- 
chappast. Depuis, avecques ses gallères et autres 
grosses barques, alla combatre les gallères qui quasi 
estoyent toutes desnuées de gens, desquelles deux 
furent effondrées et six prises avecques tout l'esqui- 
page et artillerie qui estoit dessus, dont il y avoit 



1. Rotte^ déroute. 

2. Polesine^ territoire situé entre l'Adriatique, l'Adige, le Pô et 
le Gastagnaro : il est divisé en Polesine de Rovigo, de Ferrare et 
d'Adria. 

3. Chiozza, hameau, commune de Sanniano, province de Ro- 
vigo. — Francolino, hameau de la commune de Ferrare. 

4. Lezzola, hameau de la commune de Ferrare. 

5. Alpopos. Il y a probablement ici une faute d'impression. Il 
faudrait lire à Popos, c'est-à-dire à Papozze, province de Rovigo. 



1 58 raSTOIRE DE 18AYART 

trente bonnes pièces de fonte sans les hacquebuttes. 
Ce fut une triumphante victoire et à peu de perte, 
sinon que le comte Ludovic de la Mirandolle ^ y fut 
tué d'ung coup d'artillerie. Les Véniciens y portèrent 
gros et merveilleux dommage. 

Or retournons au camp de l'empereur. L'armée deslo- 
gea de devant Montselles, et tout d'une traicte s'en vint 
à ung mille de Padoue, qui est une fort grosse cité et 
fîère à l'aborder. Dedans estoit le conte Petilano, acom- 
paigné de mille hommes d'armes, douze mille hommes 
de pied, et bien deux cens pièces d'artillerie; et quel- 
que siège qu'il y eust, jamais ne leur peut estre osté 
la voye d'ung canal qui va à Venize, lequel passe par 
la ville, et y a seulement dix-huit mille de l'une à 
l'autre. Quant l'armée eut ainsi approché la ville, l'em- 
pereur assembla tous ses cappitaines, mesmement les 
François, à qui il portoit gros honneur, pour entendre 
à quelle porte seroit planté le siège. Ghascun en dist 
son ad vis , mais pour conclusion fut ordonné que le 
gros camp ouquel seroit la personne de l'empereur se 
logeroit à la porte qui va à Vincence, et auroit les 
François avecques luy ; à une autre porte plus hault 
seroit le cardinal de Ferrare, les Bourguignons et 
Hennuyers, avecques dix mille lansquenetz; et à une 
au dessoubz seroit le cardinal de Manthoue, le seigneur 
Jehan de Manthoue ^, son frère, et la troppe de lans- 



1. Ludovic Pic, s' de la Mirandole et de la Concorde, fils de 
Galeotti Pic et de Blanche-Marie d'Esté; il épousa Françoise 
Trivulce, fille du maréchal de France de ce nom. On lit par 
erreur dans le texte la Virandolle. 

2. Jean de Gonsague, s"^ de Vescovato, frère du cardinal de 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 15Ô 

quenetz du prince de Hanno, affin que chascune des- 
dictes deux bendes feust secourue du gros camp si 
besoing estoit. Cela fut trouvé très bon et n'y eut 
plus que du marcher. Le bon chevalier sans paour et 
sans reprouche fut ordonné pour les approches, 
lequel eut en sa compaignie le jeune seigneur de Bucy 
et les cappitaines la Glayete et la Crote. Or, pour venir 
devant ceste porte de Vincence, falloit entrer en ung 
grant chemin droit comme une ligne, où ilz avoient 
fait quatre grosses barrières à deux cens pas l'une de 
l'autre, et à chascune avoit à qui combatre. Des deux 
costez de ce chemin, comme sçavent ceulx qui ont 
esté en Ytalie, y avoit fossez, parquoy on ne les po- 
voit prendre que par le devant. Sur les murailles de 
la ville avoient force artillerie, où ilz bat oient sur ce 
grant chemin par dessus leurs gens à la venue des 
François, si menu et souvent qu'il sembloit gresle. 
Nonobstant cela, le bon chevalier et ses compaignons 
commencèrent à escarmoucher, et vivement vindrent 
à la première barrière, à laquelle eut fort assault, 
et y plouvoient les coups de hacquebute; toutesfois 
elle fut gaignée, et les ennemys repoulsez jusques à la 
seconde. Si la première fut bien combatue, encores 
ceste le fut mieulx; et y fut blessé, d'ung coup de 
hacquebute au bras, le jeune seigneur de Bucy, et son 
cheval tué soubz luy ; mais nonobstant cela ne fut pos- 
sible le faire retirer ; et croyez que pour ce jour onc- 



Mantoue dont il a été parlé plus haut. Il était fils de Frédéric, 
marquis de Mantoue, et de Marguerite de Bavière. Il mourut en 
1523, âgé de 49 ans. 



160 HISTOIRE DE BAYART 

ques homme ne fîst mieulx que luy. Le cappitaine 
Millault arriva à ceste seconde barrière avecques 
cent ou six vingtz de ses rustres qu'il avoit esleuz, 
lesquelz firent raige. Or il fault entendre que ses 
approches se faisoient environ midy, parquoy faisoit 
assez cler pour veoir les mieulx combatans. Une 
bonne demye heure dura l'assault à ceste seconde bar- 
rière, qui enfin fut gaignée, et si vivement suyviz 
ceulx qui la gardoient qu'ilz n'eurent loisir demourer 
à la troisiesme, ains leur convint sans combat l'aban- 
donner, et eulx rendre à la quatriesme , où il y avoit 
mille ou douze cens hommes et trois ou quatre faul- 
coneaux qui commencèrent à tirer le long de ce grant 
chemin ; mais peu de mal firent, sinon qu'ilz tuèrent 
deux chevaulx. Geste barrière n'estoit que à ung gect 
de pierre du boulevart de la ville, qui donnoit grant 
courage aux gens de la seigneurie de bien combatre, 
ce qu'ilz firent, car l'assault y dura une heure à coups 
de picques et de hacquebute. Quant le bon chevalier 
veit que cela duroit tant, il dist à ses compaignons : 
« Messeigneurs, ses gens icy nous amusent trop, des- 
cendons à pied, et poussons à ceste barrière. » Si des- 
cendirent incontinent jusques à trente ou quarante 
hommes d'armes qui, la veue levée, vont droit à 
ceste barrière à poux de lance. Ce gentil prince de 
Hanno estoit tousjours joignant du bon chevalier, et 
le seigneur de Meillault avecques deux autres, l'ung 
nommé Grant Jehan le Picart^ et l'autre le cappitaine 

1. Le capitaine Grand- Jehan Picard quitta le service du roi de 
France pour passer à celui de l'empereur, ainsi qu'on le verra 
plus loin. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 161 

Maulevrier*, qui faisoient raige; mais tousjours aux 
Véniciens venoient gens fraiz. Quoy voyant par le bon 
chevalier, dist tout hault : « Messejgneurs, ilz nous 
tiendront tousjours d'icy à six ans en ceste sorte sans 
riens faire, car ilz se refreschissent de gens à toute 
heure ; donnons-leur un aspre assault, et puisque chas- 
cun face comme moy . » Ce qui luy fut accordé. Sur cela 
il dist : « Sonne, trompette! » puis comme ung lyon à 
qui on a osté ses faons, va avecques ses compaignons 
livrer ung merveilleux assault, tellement qu'il fîst aux 
ennemys habandonner la barrière de la longueur 
d'une picque. Alors en cryant : « Avant, compaignons, 
ilz sont nostres ! » va saulter icelle barrière, et trente 
ou quarante après luy qui furent fort bien recueilliz. 
Toutesfois, quant les François virent le dangier où 
s'estoient mis leurs compaignons, chascun se mist à 
passer, et cryant : « France ! France ! Empire ! Em- 
pire! » firent une telle charge sur leurs ennemys 
qu'ilz leur firent guerpir la place ; tournèrent le dos et 
tout habandonnèrent , eulx retirans comme quasi 
rompuz en la ville. Ainsi furent gaignées les barrières 
de devant Padoue en plain midy, où les François 
acquirent gros honneur, tant ceux de cheval que ceulx 
de pied, mesmement le bon chevalier, à qui chascun 
en donnoit la gloire. Si furent faictes les approuches, 
et l'artillerie amenée sur le bort du fossé qui y de- 
meura six sepmaines sans partir et jusques au siège 
lever, qui fut tel que vous entendrez. 

1 . Louis de Brezé, comte de Maulevrier, baron du Bec-Grespin, 
fils de Jacques de Brezé et de Charlotte de France. Mari de Diane 
de Poitiers, il fut capitaine de 100 hommes d'armes, grand séné- 
chal de Normandie, et mourut en 1531. 

il 



162! HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE XXXIV. 

De la grosse et lourde baterie qui fut devant Padoue, 
et de la grande berche qui y fut faicte. 

i 

.*'■ '■ ; . 

Les approuches faictes devant Padoue et l'artillerie 
assise, chascun se logea en son quartier en trois camps, 
selon l'ordonnance cy- devant dicte. Et fault en- 
tendre qu'il y avoit tant de peuple que ledit camp 
tenoit de tous costez plus de quatre mille de pays. Et 
fut une merveilleuse chose que, durant le siège qui 
fut de deux moys ou environ, les fourrageurs n'allè- 
rent jamais plus loing que de six mille du camp, 
pour avoir force foings, bledz, avoynes, chairs, poul- 
lailles, vins et autres choses nécessaires, tant pour 
les hommes que pour les chevaulx; et si grande 
habondance y en avoit que, quant on leva le siège, 
fut bruslé pour cent mil ducatz de vivres, dont on 
avoit fait provision, cuydant que plus longuement 
durast le siège. C'est ung incident, venons à la ma- 
tière. 

Le lendemain des approches commencèrent les 
canonniers à faire leur devoir, et sans cesser dura 
huyt jours la baterie, qui fut la plus impétueuse et ter- 
rible que cent ans auparavant avoit esté veue, car il y 
fut tiré des trois camps plus de vingt mille coups d'ar- 
tillerie. Si l'empereur ou ses gens servoient bien d'ar- 
tillerie ceulx de la ville, croyez que de leur part ren- 
doient bien la pareille , et beaucoup mieulx ; car pour 
ung bien qu'on leur faisoit, en rendoient deux. Brief, 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 163 

ladicte ville fut si bien batue que de toutes les trois 
berches ne s'en fist que une. Durant ce temps fut pris 
ung des canonniers de l'empereur, qu'on trouva, en 
lieu de tirer en la ville, qu'il tiroit contre ses gens, et 
disoit-l'on que ce seigneur Constantin le luy faisoit 
faire ; et qui pis estoit , chascun jour advertissoit le 
conte Petilano de ce qu'il a voit à laire. Je ne sçay 
s'il estoit vray, mais le canonnier fut mis sur ung 
mortier et envoyé par pièces en la ville. Il en fut dit 
assez d'injures audit seigneur Constantin, mais on ne 
pouvoit prouver le faict sur luy. Le seigneur de la 
Palisse l'appella lasche et meschant, et qu'il l'en com- 
batroit , mais il ne respondist riens à propos , et en 
fist sur l'heure l'empereur, qui en estoit coyffé, l'ap- 
poinctement. Or, ses trois berches mises en une estoit 
seullement de quatre à cinq cens pas, qui estoit assez 
beau passage pour donner l'assault, car, quant aux 
fossez, ce n'estoit pas grant chose; mais le conte 
Petilano avoit si bien acoustré la ville par dedans que, 
s'il y eust eu cinq cens mille hommes devant, ilz ne 
feussent pas entrez, si ceulx de dedans eussent voulu, 
et vous déclaireray comment. Derrière la berche, 
pour entrer en la ville, avoit icelluy conte Petilano 
fait faire une trenchée ou fossé à fons de cuve*, de la 
haulteur de vingt piedz et quasi autant de largeur. En 
icelle avoit fait mettre force fagotz et vieil boys bien 
enrosez^ de pouldre à canon, et de cent pas en cent 
pas y avoit boulevart de terre garny d'artillerie, 
qui tiroient le long de ceste trenchée. Après icelle 

1. Fossé à fond de cuve, fossé taillé à pied droit de chaque côté 
et fortifié d'un revêtement en maçonnerie. 

2. Enrosés, arrosés. 



164 HISTOIRE DE BAYART 

passée, s'il eust esté possible, comme non sans la 
grâce de Dieu, toute l'armée des Véniciens estant en 
ladicte ville se trouvoit en bataille à cheval et à pied, 
car il y avoit belle esplanade jusques à mettre vingt 
mille hommes de pied et de cheval en ordre, et der- 
rière estoient plates-formes où on avoit monté vingt 
ou trente pièces d'artillerie, qui par dessus leur armée 
eussent tiré sans leur mal faire, droit à la berche. De 
ce terrible dangier furent les François advertiz par 
aucuns prisonniers, qui aux escarmouches quelquefois 
estoient pris, et par leur rançon payer renduz, aus- 
quelz montroit le conte toutes ces choses, affin qu'ilz 
le remonstrassent au seigneur de la Pahsse et aux 
cappitaines françois; et disoit encore ces parolles à 
leur départie : « J'espère, mes amys, avecques l'ayde 
de Dieu, que leroy de France et la Seigneurie retour- 
neront en amytié quelque jour. Et n'estoit les François 
qui sont avecques l'empereur, croyez que devant qu'il 
feust vingt et quatre heures, je sortiroye hors de ceste 
ville et si en ferois lever le siège honteusement. » Je 
ne sçay comment il eust fait cela, au nombre de gens 
qu'il avoit devant luy. Bien furent rapportez ces pro- 
pos aux seigneurs cappitaines de France ; mais ilz n'y 
pensoient autrement, pour ce que par leur maistre 
estoient au service de l'empereur pour faire ce qu'il 
leur ordonneroit. Vous avez ouy cy-dessus la belle 
berche qui estoit à la ville, qui trop grande estoit, et 
fusse pour aller mille hommes de fronc deux fois, dont 
l'empereur fut deuement acertené ^ Si se délibéra y 
donner l'assault, comme vous orrez cy-après ; mais 

1. Acertené, instruit. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 165 

premier vous parleray d'une course que fist le bon 
chevalier avecques ses compaignons. 



CHAPITRE XXXV. 

Comment le bon chevalier sanspaour et sans reprouche, 
durant le siège de Padoue, fist une course avecques 
ses compaignons, oii il acquist gros honneur. 

Durant le siège de Padoue, souvent venoient alarmes 
au camp de l'empereur, tant des saillies que faisoient 
ceulx de la ville que de leurs gens qui estoient en gar- 
nison dedans Trévize, bonne et forte ville qui est à 
vingt ou vingt et cinq mille dudit Padoue. En icelle, 
entre autres cappitaines, estoit messire Luces Malle- 
vèche, homme de guerre, et entreprenant s'il en y 
avoit point au monde. Deux ou trois fois la sepmaine, 
resveilloit sans trompette le camp de l'empereur, et s'il 
voyoit qu'il y fist bon, ne s'espargnoit pas parmy ses 
ennemys ; et par le contraire, s'il n'y faisoit bon, fort 
sagement seretiroit, et ne perdit jamais ung homme. 
Tant continua ce train qu'il fist parler de luy à mer- 
veilles. Geste manière de faire fascha fort au bon che- 
valier, et sans grant bruit, par des espies à qui il 
donnoit tant d'argent que pour mourir ne l'eussent 
trompé, entendit beaucoup des allées et venues dudit 
Mallevèche, de sorte qu'il délibéra l'aller trouver aux 
champs. Si vint à deux de ses compaignons et qui 
estoient logez avecques luy, dont l'ung estoit le cappi- 
taine la Clayete et l'autre le seigneur de la Crote, tous 
deux gaillars et triumphans cappitaines , ausquelz il 



166 HISTOIRE DE BAYART 

dist : « Messeigneurs, ce cappitaine Mallevèche nous 
donne bien de la fascherie ; il n'est guères jour qu'il 
ne nous viengne resveiller, et ne se parle sinon de 
luy. Je n'ay pas envye de son bien faire, mais je suis 
marry qu'il ne nous congnoist autrement. J'ay beau- 
coup entendu de son affaire. Voulez-vous venir à la 
guerre et vous verrez quelque chose? J'espère que 
nous le trouverrons demain au matin, car deux jours 
a qu'il ne nous donna alarme. » Ses compaignons res- 
pondirent : « Nous yrons où vous vouldrez. — Or 
faites doncques, dist le bon chevalier, à deux heures 
après mynuyt, armer chascun trente hommes d'armes 
des plus gentilz galans que vous ayez et je méneray ma 
compaignie et les bons compaignons qui sont avec- 
ques moy, comme Bonnet, Mypont, Cossey^ Brezon 
et autres que congnoissez comme moy, et sans sonner 
trompette, ne faire bruyt, monterons à cheval ; et vous 
suffise que j'ay fort bonne guyde. » Comme il fut dit, 
ainsi mis à exécution, et entre deux ettrois^, ou moys 
de septembre, montèrent achevai, leur guyde devant 
qui estoit très bien gardé de quatre archiers ; et luy 
avoit-on promis bon payement s'il faisoit bien son 
debvoir, mais aussi, où il yroit de tromperie, il luy 
alloit de la vie ; et cela avoit ordonné le bon chevalier 
parce que souvent les espies sont doubles^ et font tour- 
ner la perte où il leur plaist. Mais il fist bien son 
debvoir, car de nuy t les mena bien dix mille de pays ; 

1. René de Gossé, s' de Brissac, grand panetier de France en 
1516, fils de Thibaud de Gossé et de Félice de Gharno; il épousa 
Charlotte Gouffier et mourut en 1521. 

2. Sous-entendu heures. 

3. Doublas, trompeurs. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 167 

et tellement que la poincte du jour va apparoistre, si 
vont adviser ung grant palais où il y avoit une longue 
closture de muraille. Lors l'espie commencea à 
dire au bon chevalier : « Monseigneur, si le cap- 
pitaine messire Luce Mallevèche sort aujourd'huy 
de Trévize pour aller visiter vostre camp, il fault 
de nécessité qu'il passe icy devant. Si bon vous 
semble de vous cacher en ce logis où qu'il n'est 
demouré personne au moyen de la guerre, vous le 
verrez passer et il ne vous pourra veoir. » Gela fut 
trouvé bon par tous les cappitaines, et se misrent de- 
dans, où ilz furent bien deux heures ou environ qu'ilz 
ouyrent gros bruyt de chevaulx. Le bon chevalier 
avoit fait monter ung vieil archer de sa compaignie, 
appelle Monart, autant expérimenté en guerre que 
homme vivant, dedans ung colombier, affin de veoir 
quelz gens passeroient et quel nombre . Si veit venir d'as- 
sez loing messire Luces Mallevèche, en nombre, selon 
son jugement, de cent hommes d'armes, l'armet en 
teste, et bien deux cens Albanoys que conduysoit ung 
cappitaine nommé Scandrebec, tous bien montez, et 
à leur contenance gens d'efFeçt. Hz passèrent à ung 
gect de bouUe du logis où estoient embuschez les 
François. Quant ils furent oultre, Monart descendit 
tout joyeulx et fist son rapport ; qui fut bien aise eut 
nom chascun. Si dist le bon chevaher qu'on ressen- 
glast les chevaulx. Or, n'y avoit- il page ne varlet en 
la bende, car ainsi l'avoit-il ordonné, et dist à ses 
compaignons : « Messeigneurs, il y a dix ans qui ne 
nous vint si belle adventure, si nous sommes gentilz 
galans. Hz sont deux fois plus que nous, mais ce n'est 
riens; allons après. — Allons, allons, » dirent les 



168 HISTOIRE DE BAYART 

autres. Ainsi, eulx remontez à cheval, la porte fut 
ouverte, si allèrent le beau trot après leurs gens. Hz 
n'eurent pas cheminé ung mille qu'ilz les vont apper- 
cevoir sur ung beau grant chemin. Alors le bon che- 
valier dist à la trompette : « Sonne, sonne, trom- 
pette, J> qui le fist incontinent. Les cappitaines véni- 
ciens, qui n'eussent jamais pensé qu'il y eust eu gens 
derrière eulx, estimoient que ce feussent encore des 
leurs qui voulsissent courir; toutesfois ilz, sans tirer 
plus avant, s'arrestèrent, et si longuement qu'ilz 
apperceurent au vray que c'estoient ennemys; ilz 
furent ung peu estonnez pour se trouver enclos entre 
le camp de l'empereur et ceulx qu'ilz voyoient, et 
falloit passer par là ou par la fenestre. Cela les con- 
fortoit qu'ilz ne voyoient pas grand nombre de gens. 
Si fist, comme asseuré, le cappitaine messire Luces 
Mallevèche à tous ses gens commandement de bien 
faire, leur remonstrant que force estoit d'estre def- 
faictz ou deffaire les autres. Aux deux costez du che- 
min estoient grans fossez. Ung homme d'armes sans 
estre trop bien monté ne se feust osé adventurer de 
le saillir, de peur d'y demourer; ainsi, en quelque 
sorte que ce feust, force estoit de combatre. Si com- 
mencèrent trompettes à sonner de tous les deux 
costez, et environ la portée d'ung gect d'arc se prin- 
drent à courir les ungs sur les autres en criant par 
les ungs : « Empire ! Empire ! France ! France ! » et 
les autres : « Marco ! Marco ! » G' estoit ung droit 
plaisir de les ouyr. En ceste première charge y en 
eut beaucoup portez par terre ; mesmement Bonnet 
donna ung coup de lance dont il percea ung homme 
d'armes tout oultre. Ghascun se mist en son debvoir ; 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 169 

les Albanoys s'escartèrent du grant chemin et haban- 
donnèrent leur gendarmerie pour cuyder prendre les 
François par le derrière, dont bien s'apperceut le bon 
chevalier qui dist au cappitaine la Crote : « Compai- 
gnon, gardez le derrière, que ne soyons enclos; 
cecy est nostre^ » Ainsi fut fait; et quant lesditz 
Albanoys cuydèrent approucher, furent receuz et 
bien frotez, tant qu'il en demoura une douzaine par 
terre, et les autres à gaigner pays à belle fuyte. 
Guères ne les suivit le gentil cappitaine la Crote, ains 
retourna au gros affaire, mais à son arrivée trouva 
les Véniciens en rotte, et entendoit desjà chascun 
aprendre son prisonnier. Messire Luces Malle vèche 
qui estoit monté à l'avantage saillit hors du grant 
chemin, et vingt ou trente des mieulx montez, qui se 
misrent à la fuyte vers Trévize. Hz furent suyvis quel- 
que peu; mais on eust perdu sa peine, car trop bien 
alloient leurs chevaulx, avec ce que les fuyans y 
avoient bon vouloir. Si se retirèrent ceubc de la 
chasse et se misrent au retour avecques leurs pri- 
sonniers, desquelz y avoit plus qu'ilz n'estoient de 
gens, car sans nulle faulte en fut bien prins huyt ou 
neuf vingtz ausquelz ilz ostèrent leurs espées et 
masses, et les misrent au meillieu d'eulx; et ainsi 
arrivèrent en leur camp, où ilz trouvèrent l'empereur 
qui se pourmenoit à l'entour, lequel, quant il veit 
ceste grosse poussière, envoya sçavoir que c'estoit 
par ung gentilhomme françois de sa maison, qu'on 
appelloit Loys du Peschin, qui incontinent retourna et 
dist : « Sire, c'est le bon chevalier Bayart et les cap- 

4. Cecy est nostre, c'est-à-dire : je me charge de ceux-ci. 



170 HISTOIRE DE BAYART 

pitaines la Clayete et la Crote qui ont fait la plus belle 
rencontre qui cent ans a fut faicte, car ilz avoient plus 
de prisonniers qui ne sont de gens, et ont gaigné 
deux enseignes. » L'empereur fut ayse au possible. Si 
s'approcha des François ausquelz il donna le bon 
soir, et les François le saluèrent ainsi que à si 
hault prince appartenoit. Si loua chascun cappitaine 
en son endroit merveilleusement, puis dist au bon 
chevalier : « Seigneur de Bayart, mon frère vostre 
maistre est bien eureux d'avoir ung tel serviteur que 
vous ; je vouldroys avoir donné cent mille florins de 
rente et en avoir une douzaine de vostre sorte. » Le 
bon chevalier respondit : « Sire, vous dictes ce qu'il 
vous plaist, et du loz que me donnez très humble- 
ment vous remercie; d'une chose vous vueil bien 
adviser que, tant que mon maistre sera vostre alyé, 
ne trouverrez point de meilleur serviteur que moy. » 
L'empereur le remercia, et sur ce, luy et ses compai- 
gnons prindrent congé et s'en tirèrent à leurs logis. 
Jamais tel bruyt ne fut démené en camp comme il 
fut de ceste belle entreprinse, dont le bon chevalier 
emporta la pluspart de l'honneur, combien qu'entre 
toutes gens en donnoit le loz entièrement à ses deux 
compaignons, car de plus doulx ne courtois chevalier 
n'eust-on sceu trouver en tout le monde. Je feray fin 
à ce propos et vous diray d'une autre course que 
fist le bon chevalier tout seul. 



CHAPITRE XXXVL 

D'une course que fist le bon chevalier sans paour et 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 171 

sans reprouche, où il fut pris soixante Albanoys et 
trente arbalestriers. 

Trois ou quatre jours après ceste course, qu'avoient 
faicte ensemble les cappitaines la Crote, la Clayete et 
[le] bon chevalier, il fut adverty par ung de ses espies 
que dedans ung chasteau, appelle Bassan, c'estoit 
retiré le cappitaine Scandrebec et ses Albanoys 
avecques quelques autres gens de cheval arbalestriers, 
soubz la conduicte du cappitaine Rynaldo Contarin, 
gentilhomme padouan, et que chacun jour ilz fai- 
soient courses sur ceulx qui venoient au camp et sur 
les lansquenetz qui retournoient en Almaigne, pour 
saulver le bestail qu'ilz avoient gaigné sur les enne- 
mys^ tellement que depuis deux ou trois jours en 
avoient deffaict plus de deux cens et recouvert plus 
de quatre ou cinq cens beufz et vaches qu'ilz avoient 
retirez dedans ce chasteau de Bassan ; et que, si par 
ung matin se vouloit rencontrer en ung passage au 
pied d'une montaigne au dessoubz dudit chasteau, ne 
fauldroit point à les trouver. Le bon chevaher, qui 
tousjours avoit trouvé l'espie véritable et aussi l'avoit- 
il enrichy de plus de deux cens ducatz, délibéra y aller 
sans en parler à personne ; car il luy estoit bien advis, 
veu qu'il avoit entendu qu'ilz n'estoient pas plus de 
deux cens chevaulx-légiers en tout, qu'il les defferoit 
bien avecques ses trente hommes d'armes, qui 
estoient tous gens d'eslite. Toutesfbis, il avoit encores 

1 . Le pillage, en enrichissant les soldats, occasionnait de con- 
tinuelles désertions. — Les lansquenets retournaient par troupes 
en Allemagne, emportant le fruit de leurs larcins et surtout des 
bestiaux dérobés aux paysans. 



172 HISTOIRE DE BAYART 

huyt OU dix gentilzhommes avecques luy, et lesquelz 
estoient venuz en sa compagnie pour leur plaisir au 
camp de l'empereur, seulement pour l'amour qu'ilz 
portoient au bon chevalier, et eulx avecques sa com- 
pagnie n'estoient pas gens pour estre deffaictz en peu 
d'heures. Il leur conta son entreprinse, sçavoir s'ilz 
en vouloient estre ; c'estoit leur vie et ne demandoient 
autre chose, parquoy, une heure devant jour, par 
ung samedy, ou mois de septembre, montèrent à 
cheval et firent bien quinze mille tout d'une traicte 
jusques à ce qu'ilz viensissent au passage où l'espie 
les mena ; mais se fut si couvertement qu'oncques ne 
furent apperceuz; et si cela estoit aussi près du 
chasteau que la portée d'ung canon. Là s'embuschè- 
rent, où guères ne furent qu'ilz ouyrent une trompette 
au chasteau qui sonnoit à cheval, dont ilz furent 
bien resjouyz. Le bon chevalier demanda à l'espie, à 
son advis, quel chemin ilz prendroient ; il respondit : 
« Quelque part qu'ilz vueillent aller, il fault par force 
qu'ilz passent par dessus ung petit pont de boys qui 
est à ung mille d'icy, que deux hommes garderoient 
contre cinq cens. Mais^ qu'ilz ayent passé ce pont, 
vous envoyerez de voz gens quelque peu pour le 
garder qu'ilz ne retournent au chasteau, et je vous 
meneray par le derrière de ceste montaigne à ung 
passage que je sçay; si ne fauldrez point à les rencon- 
trer en la plaine, entre cy et le palais de la royne de 
Ghippre. — C'est bien advisé, dist le bon chevalier. 
Qui demourera à ce pont? » Le seigneur de Bonnet 
dist : « Mon compaignon Mypont et moy le garde- 

1 . Mais que, dès que. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 173 

rons, s'il vous plaist, et nous laisserez quelques gens 
avecques nous. — Je le veulx bien, dist-il. Petit- 
Jehan de la Vergne^ et telz et telz, jusques au nombre 
de six hommes d'armes et dix ou douze archiers, vous 
feront compaignie. » En devisant sur ce propos, vont 
adviser ses Albanoys et arbalestriers descendre du 
chasteau qui sembloient aller aux nopces et faire aussi 
beau butin comme ilz avoient fait depuis deux jours ; 
mais il leur alla bien autrement comme vous orrez. 
Quant ilz furent passez, Bonnet alla droit au pont 
avecques ses gens, et le bon chevalier, avecques le reste 
de sa compaignie, s'en alla droit au passage où l'espie 
le mena , qui si bien le guyda qu'en moins de demye 
heure l'eut rendu en la plaine, où on eust veu ung 
homme à cheval de six milles loing. Si vont adviser 
environ la portée d'une longue couleuvrine leurs enne- 
mys, qui marchoient le chemin de Vincence, où ilz 
pensoient trouver leur proye. Le bon chevalier 
appella le bastard du Fay^, son guydon, et luy dist : 
« Gappitaine, prenez vingt de voz archiers et allez à 
ses gens-là escarraoucher. Quant ilz vous verront si 
petit nombre, ilz vous chargeront, n'en faictes doubte. 
Tournez bride, faisant de l'effrayé et les amenez jus- 
ques icy où je vous attendray à la coste de ceste mon- 
taigne, et vous verrez beau jeu. » Il ne lui convint 
pas dire deux fois, car il sçavoit le mestier de la 
guerre le possible. Si commencea à marcher tant qu'il 
fut apperceu des ennemys. Le cappitaine Scandrebec, 

1. C'est probablement celui qui figure dans la montre de la 
compagnie de Bayart sous le nom de Jehan de la Bergnie. 

2. Antoine du Fay, gentilhomme de Dauphiné, fils naturel 
d'Hector du Fay, s' de Ghapteuil et de Peyraut. 



174 HISTOIRE DE BAYART 

joyeulx de ceste rencontre, commencea à marcher 
fièrement avecques ses gens, tant qu'ilz apperceurent 
les François aux croix blanches. Si commencèrent à 
les charger cryant : « Marco ! Marco ! » Le bastard 
du Fay, qui sçavoit sa leçon par cueur, commencea à 
faire l'effrayé et à se mettre au retour. Il fut vivement 
poursuivy et de façon qu'il fut rembarré jusques à 
l'embusche du bon chevalier, qui avecques ses gens, 
l'armet en teste et l'espée au poing, comme un lyon 
vint donner dedans en escryant : « France ! France ! 
Empire ! Empire ! » De ceste première charge, y eut de 
ses ennemys portez par terre plus de trente : le pre- 
mier assault fut dur et aspre , mais enfin les Albanoys 
et les arbalestriers se misrent en fuyte , le grant 
galop, cuydans gaigner Bassan dont ilz scavoient fort 
bien le chemin. S' ilz faisoient leur devoir de courir, 
les François faisoient devoir de chasser; toutesfois 
trop bien alloient les chevaulx légiers, et eust le bon 
chevalier perdu sa proye, n'eust esté ce pont que 
gardoit Bonnet, lequel avecques son compagnon My- 
pont et les gens qu'ilz avoient, deffendirent le passage 
aux ennemys, de façon que le cappitaine Scandrebec 
congneut bien qu'il falloit combatre ou fuyr à l'adven- 
ture, ce qu'ilz aymèrent mieulx eslire, et se misrent 
en fuyte à bryde abatue; mais si bien furent les 
esprons chaussez qu'il fut pris soixante Albanoys et 
trente arbalestriers avecques les deux cappitaines. Le 
demourant s'en alla à travers pays vers le Trevizan. 
En la compaignie du bon chevalier, puis* six jours, 
avoit esté fait archier ung jeune gentilhomme du 

1. Puis, depuis. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 175 

Daulphiné, nommé Guigo Guyfray, filz du seigneur de 
Bontières\ lequel n'avoit point plus de seize à dix- 
sept ans, mais il estoit de bonne rasse et avoit grant 
désir d'ensuyvre ses parens. Durant le combat, il veit 
celluy qui portoit l'enseigne des arbalestriers de 
Rynaldo Contarin, qui c' estoit gecté au-delà d'ung 
fossé et se vouloit sauver. Le jeune garson se voulut 
essayer et passa après luy, et avecques sa demye-lance 
luy donna si grant [coup] qu'il le porta par terre et la 
rompit; puis mist la main à l'espée et luy escryoit : 
« Rends-toy, enseigne, ou je te tueray. » L'enseigne 
ne vouloit pas encores mourir, si bailla son espée et 
son enseigne au jeune enfant auquel il se rendit, qui 
n'en eust pas voulu tenir dix mille escus. Si le fist 
remonter sur son cheval et le mena droit où estoit le 
bon chevalier qui faisoit sonner la retraicte, et y avoit 
tant de prisonniers qu'il ne sçavoit qu'en faire. 
Bonnet veit venir de loing le jeune Bontières et dist : 
« Monseigneur, je vous prie, voyez venir Guigo, il a 
pris ung prisonnier et une enseigne ; » et en ces pa- 
roUes arriva. Le bon chevalier, quand il le congneut. 



1. Guigo Guiffrey, connu plus tard sous le nom de Boutières, 
fut gouverneur de Turin, capitaine de cent hommes d'armes, pré- 
vôt de l'hôtel du roi, etc. Il était fils de Pierre Guifirey, s' de 
Boutières, tué à Gerignole. Bayard fut le maître de Boutières 
qui lui-même apprit le métier des armes au baron des Adrets et 
au maréchal de Ta vannes. Il existe à la Bibliothèque nationale 
quelques lettres et quelques pièces inédites assez intéressantes 
relatives à Boutières, entre autres deux quittances (ms. Glairam- 
bault, vol. 56, p. 4285, et cab. des titres, art. Guiffrey) auxquelles 
sont suspendus deux grands sceaux, le premier ayant pour légende : 

s. QVIGO GVIFFREY. CHLR S. DE BOVTIERES PVOVT D. l'OSTEL ; l'autrC : 
GVIQO GVIFFREY. CHLR S' DE BOTTIERES. 



176 fflSTOiRE DE BAYART 

fut si ayse qu'oncques ne le fut plus, et dist : « Com- 
ment, Bontières, avez-vous gaigné ceste enseigne et 
pris ce prisonnier ? — Ouy, monseigneur, puisqu'il a 
plu à Dieu ; il a fait que * sage de se rendre, autrement 
je l'eusse tué ; » dont toute la compaignie se print à 
rire, mesmement le bon chevalier, qui tant avoit 
d'ayse que merveilles, et dist : « Bontières, mon amy, 
vous avez bon commencement, Dieu le vous veuille 
continuer! » Aussi a-il fait, car depuis par ses vertus 
a esté lieutenant de cent hommes d'armes que le roy 
de France donna audit bon chevalier après ce qu'il 
eut si bien gardé la ville de Maizières contre les gens 
de l'empereur, comme verrez quant temps sera. 
Après ces propos, le bon chevalier dist à Bonnet, à 
Mypont, au cappitaine Pierrepont, lors son lieutenant, 
gentil chevalier, sage et hardy, et aux plus apparens : 
« Messeigneurs, il nous fault avoir ce chasteau, car il 
y a gros butin dedans; ce sera pour noz gens. — Ce 
seroit bien fait, dirent les autres, mais il est fort et 
n'avons point d'artillerie. — Taisez-vous, dist-il, je 
sçay la manière comment je l'auray devant ung quart 
d'heure. » Il fist appeller les cappitaines Scandrebec 
et Rynaldo Contarin, ausquelz il dist : « Sçavez-vous 
qu'il y a, seigneurs? faictes-moy rendre ceste place 
incontinent, car je sçay bien qu'en avez le povoir, 
ou sinon je faiz veu à Dieu que je vous feray trencher 
la teste devant la porte tout à ceste heure. » Hz res- 
pondirent qu'ilz le feroient, s'il leur estoit possible ; ce 
que ouy^, car ung neveu du cappitaine Scandrebec la 



1. Que, comme. 

2. Ce que ouy, ce qui eut lieu. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 177 

tenoit qui la rendit incontinent que son oncle eut parlé 
à luy. Le bon chevalier et tous ceulx de sa compagnie 
y montèrent et trouvèrent plus de cinq cens beufs et 
vaches, et force autre butin, qui fut égallement party 
tant que chascun fut content. Le bestail fut mené 
vendre à Vincence. Hz firent très-bien repaistre leurs 
chevaulx, et y repeurent aussy, car trouvèrent assez 
de quoy. Le bon chevaher fist seoir à sa table les 
deux cappitaines véniciens , et comme ilz achevoient 
de disner, vecy arriver le petit Bontières qui venoit 
veoir son cappitaine et amenoit son prisonnier, 
lequel estoit deux fois aussi hault que luy et aagé de 
trente ans. Quant le bon chevalier le veit, se print à 
rire, et dist aux deux cappitaines véniciens : « Mes- 
seigneurs, ce jeune garson qui estoit paige n'a pas 
six jours, et n'aura barbe de trois ans, qui a pris 
vostre enseigne; c'est ung gros cas, car je ne sçay 
comment vous faictes, mais nous autres François ne 
baillons pas voulentiers noz enseignes, sinon aux plus 
suffisans. » L'enseigne vénicien eut honte et se veit à 
ceste occasion fort abaissé de son honneur ; si dist en 
son langaige : « Par ma foy ! cappitaine, je ne me suis 
pas rendu à celluy qui m'a pris par paour de luy, car 
luy seul n'est pas pour me prendre prisonnier, j'es- 
chapperoye bien de ses mains et de meilleur homme 
de guerre que luy, mais je ne povoye pas combatre 
vostre troppe moy seul. » Le bon chevalier regarda 
Bontières, auquel il dist : « Escoutez que dit vostre 
prisonnier, que vous n'estes pas homme pour le 
prendre. » Le jeune enfant fut bien marry, et comme 
courroucé respondit : « Monseigneur, je vous sup- 
plie m'accorder ce que je vous demanderay. — Ouy 
vrayement, dist le bon chevalier; qu'esse? — C'est, 

12 



178 HISTOIRE DE BAYÂRT 

dist-il, que je rebailleray à mon prisonnier son cheval 
et ses armes et je monteray sur le mien ; nous yrons 
là-bas; si je le puis conquérir encores une fois, soit 
asseuré de mourir, et j'en fais veu à Dieu, et s'il se peult 
eschapper je lui donne sa rançon. » Jamais le bon 
chevalier ne fut plus ayse de propoz, et dist tout hault : 
< Vrayement, je le vous accorde. » Gela ne servit de 
riens, car le Vénicien ne voulut pas accepter l'offre, 
dont il n'eut guères d'honneur, et, par le contraire, 
le petit Bontières beaucoup. Après disner, le bon che- 
valier et les François remontèrent à cheval et retour- 
nèrent au camp, où ilz emmenèrent leurs prisonniers. 
De ceste belle prise fut bruyt plus de huyt jours , et 
en fut donné grande louenge au bon chevalier par 
l'empereur et par tous les Almans, Hennuyers et 
Bourguignons : mesmement le bon seigneur de la 
Palisse en fut tant aise que merveilles, auquel fut 
compté le tour qu'avoit fait le petit Bontières et l'offre 
qu'il avoit faicte à son prisonnier. S'il en fut ris par- 
tout le camp, ne fault pas demander. Bien dist le sei- 
gneur de la Palisse qu'il congnoissoit de longue main 
la rasse de Bontières, et que de ceste maison estoient 
tous gaillars gentilzhommes. Ainsi alla de ceste adven- 
ture au bon chevalier sans paour et sans reprouche 
pour ceste fois. 

CHAPITRE XXXVII. 

Comment V empereur délibéra donner VassaultàPadoue^ 
et r occasion pourquoy il demoura. 

Vous avez entendu cy devant comment l'artillerie 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 179 

de l'empereur, du duc de Ferrare et marquis de Man- 
thoue, avoient fait trois berches, toutes mises en une 
qui contenoient demy-mille ou peu s'en failloit; ce que 
par ung matin l'empereur, accompaigné de ses princes 
et seigneurs d'Almaigne, alla veoir, dont il s'esmer- 
veilla; et se donnoit grant honte, au nombre de gens 
qu'il avoit, que plus tost n'avoit fait donner l'assault, 
car jà y avoit trois jours que les canonniers ne tiroient 
que à pierre perdue en la ville, pour ce que à l'endroit 
où ilz estoient n'y avoit plus de muraille. Parquoy luy, 
revenu à son logis qui estoit distant de celluy du sei- 
gneur de la Palisse d'ung gect de boulle seulement, 
appella ung sien secrétaire françois auquel il fist escripre 
unes lettres audit seigneur qui estoient en ceste subs- 
tance : « Mon cousin, j'ay à ce matin esté veoir la 
berche de la ville, que je trouve plus raisonnable qui 
vouldra^ faire son devoir. J'ay advisé, dedans aujour- 
d'huy, y faire donner l'assault. Si vous prie que, 
incontinent que mon grant tabourin sonnera, qui sera 
sur le midy, vous faictes tenir prestz tous les gentilz- 
hommes françois qui sont soubz vostre charge à mon 
service par commandement de mon frère le roy de 
France, pour aller audit assault avecques mes pié- 
tons, et j'espère, avecques l'ayde de Dieu, que nous 
l'emporterons. » Par le mesme secrétaire qui avoit 
escripte la lettre, l'envoya au seigneur de la Palisse, 
lequel trouva assez estrange ceste manière de procé- 
der. Toutesfois il en dissimula. Bien dist au secré- 
taire : « Je m'esbays que l'empereur n'a mandé mes 
compaignons et moy pour plus asseuréement délibérer 

1. Qui vouldra, pour qui voudra. 



180 HISTOIRE DE BAYART 

de cest affaire. Toutesfois vous luy direz que je les 
vois envoyer quérir, et euLx venuz, je leur montreray 
la lettre. Je croy qu'il n'y aura celluy qui ne soit 
obéissant à ce que l'empereur vouldra commander. » 
Le secrétaire retourna faire son message, et le sei- 
gneur de la Palisse manda tous les cappitaines fran- 
çois, lesquelz vindrent à son logis. Desjà estoit bruyt 
par tout le camp que l'on donneroit l'assault à la ville 
sur le midy ou peu après. Lors eussiez veu une chose 
merveilleuse, car les prestres estoient retenuz à poix 
d'or à confesser, pour ce que chascun se vouloit 
mettre en bon estât ; et avoit plusieurs gens d'armes 
qui leur bailloient leur bourse à garder, et pour cela 
ne fault faire nulle doubte que messeigneurs les curez 
n'eussent bien voulu que ceulx dont ilz avoient l'ar- 
gent en garde feussent demourez à l'assault. D'une 
chose veulx bien adviser ceulx qui lysent cette hys- 
toire, que cinq cens ans avoit qu'en camp de prince 
ne fut veu autant d'argent qu'il y en avoit là , et n'es- 
toit jour qu'il ne se desrobast trois ou quatre cens 
lansquenetz qui emmenoient beufz et vaches en 
Almaigne, lictz, bledz, soyes à filer et autres uten- 
silles, de sorte que audit Padouan fut porté dommage 
de deux millions d'escus, qu'en * meubles, qu'en mai- 
sons et palais brusiez et destruitz. Or, revenons à 
nostre propos. Les cappitaines françois arrivez au 
logis du seigneur de la Palisse, leur dist : « Messei- 
gneurs, il fault disner, car j'ay à vous dire quelque 
chose que, si je vous le disoye devant, par adventure 
ne feriez-vous pas bonne chère. » 11 disoit ces paroUes 

1 . Qu'en, tant en. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 181 

par joyeuseté, car assez congnoissoit ses compai- 
gnons qu'il n'y avoit celluy qui ne feust ung autre 
Hector ou Rolant , et sur tous le bon chevalier qui 
oncques en sa vie ne s'estonna de chose qu'il veist 
ne ouyst. Durant le disner ne firent que se gaudir les 
ungs des autres. Tousjours en vouloit ledit seigneur de 
la Palisse au seigneur d'Ymbercourt, qui luy rendit bien 
son change en toutes parolles d'honneur et de plaisir. 
Je croy que vous avez ouy nommer cy-devant tous 
les cappitaines françois qui estoient là ensemble, mais 
je croy qu'en toute la reste de l'Europe on n'en eust 
pas encores trouvé autant de la sorte. Après le disner 
on fist sortir tout le monde de la chambre, excepté les 
cappitaines, à qui le seigneur de la Palisse commu- 
nicqua la lettre de l'empereur, qui fut leue deux fois 
pour mieulx l'entendre; laquelle ouye, chascun se 
regarda l'ung l'autre en riant, pour veoir qui com- 
menceroit la paroUe. Si dist le seigneur d'Ymber- 
court : « Il ne fault point tant songer ! Monseigneur, 
dist-il au seigneur de la Palisse, mandez à l'empereur 
que nous sommes tous prests ; il m'ennuye desjà aux 
champs, car les nuytz sont froides, et puis les bons 
vins commencent à nous faillir; » dont chascun se 
print à rire. Il n'y eut celluy de tous les cappitaines 
qui ne parlast devant le bon chevalier, et tous s'ac- 
cordoient au propos du seigneur d'Ymbercourt. Le 
seigneur de la Palisse le regarda et veit qu'il faisoit 
semblant de se curer les dens, comme s'il n' avoit pas 
entendu ce que ses compaignons avoient proposé. Si 
luy dist en riant : « Hé ! puis, l'Hercules de France, 
qu'en dictes vous ? Il n'est pas temps de se curer les 
dens , il fault respondre à ceste heure promptement à 



182 HISTOIRE DE BAYART 

l'empereur. » Le bon chevalier, qui tousjours estoit 
coustumier de gaudir, joyeusement respondit : « Si 
nous voulons trestous croyre monseigneur d'Ymber- 
court, il ne fault que aller droit à la berche; mais 
pour ce que c'est ung passe-temps assez fascheux à 
hommes d'armes que d'aller à pied, je m'excuserois 
fort voulentiers. Toutesfois, puisqu'il fault que j'en dye 
mon oppinion, je le feray. L'empereur mande en sa 
lettre que vous faciez mettre tous les gentilzhommes 
françois à pied pour donner l'assault, avecques ses 
lansquenetz. Demoy, combien que je n'aye guères des 
biens de ce monde, toutesfois je suis gentilhomme ; 
tous vous autres, messeigneurs, estes gros seigneurs 
et de grosses maisons, et si sont beaucoup de noz 
gens d'armes. Pense l'empereur que ce soit chose rai- 
sonnable de mettre tant de noblesse en péril et hazart 
avecques des piétons dont l'ung est cordoannier, 
l'autre mareschal, l'autre boulengier, et gens méca- 
nicques, qui n'ont leur honneur en si grande recom- 
mandation que gentilzhommes; c'est trop regardé 
petitement, sauf sa grâce à luy. Mais mon advis est 
que vous, monseigneur, dist-il au seigneur de la 
Palisse, debvez rendre response à l'empereur qui sera 
telle : c'est que vous avez fait assembler voz cappi- 
taines suyvant son vouloir, qui sont très-délibérez de 
faire son commandement selon la charge qu'ilz ont 
du roy leur maistre, et qu'il entend assez que leurdit 
maistre n'a point de gens en ses ordonnances qui ne 
soient gentilzhommes ; de les mesler parmy gens de 
pied qui sont de petite condition, seroit peu fait d'es- 
time d'eulx, mais qu'il a force comtes, seigneurs et 
gentilzhommes d'Almaigne; qu'il les face mettre à 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 183 

pied avecques les gens d'armes de France, et voulen- 
tiers leur monstreront le chemin , et puis ses lansque- 
netz les suyvront s'ils congnoissent qu'il y face bon. » 
Quant le bon chevalier eut dicte son oppinion, n'y eut 
autre chose réplicqué, mais fut son conseil tenu à 
vertueux et raisonnable. Si fut à l'empereur rendu 
ceste response, qu'il trouva très honneste. Si fist incon- 
tinent et tout soubdainement sonner ses trompettes 
et tabourins pour assembler son trayn, où se trou- 
vèrent tous les princes, seigneurs et cappitaines tant 
d'Almaigne, Bourgongne et Haynault. Lesquelz assem- 
blez, l'empereur leur déclaira comment il estoit déli- 
béré d'aller dedans une heure donner l'assault à la 
ville, dont il avoit adverty les seigneurs de France, 
qui tous estoient fort désirans d'y très bien faire 
leur debvoir, et qu'ilz le prioient que avecques eulx 
allassent les gentilzhommes d'Almaigne, ausquelz 
voulentiers pour eulx mettre les premiers monstre- 
roient le chemin. « Parquoy, messeigneurs, je vous 
prie, tant que je puis, les y vouloir acompaigner et vous 
mettre à pied avecques eulx , et j'espère avecques 
l'ayde de Dieu du premier assault nous emporterons 
noz ennemys. » Quant l'empereur eut achevé son 
parler, soubdainement se leva un bruyt fort merveil- 
leux etestrange parmy ses Almans, qui dura une demye 
heure avant qu'il feust appaisé; puis l'ung d'entre 
eulx, chargé de respondre pour tous, dist qu'ilz 
n'estoient point gens pour eulx mettre à pied ny aller 
à une bersche, et que leur vrai estât estoit de com- 
batre en gentilzhommes, à cheval. Et autre responce 
n'en peut avoir l'empereur; mais combien qu'elle 
ne feust pas selon son désir et ne luy pleust guères, il 



1 84 fflSTOiRE DE BAYART 

ne sonna mot, sinon qu'il dist : « Bien, messeigneurs, 
il fauldra doncques adviser comment nous ferons pour 
le mieulx ; » et puis sur l'heure appella ung sien gen- 
tilhomme nommé Rocandolf^ qui d'heure en autre 
venoit parmy les François comme ambassadeur, et à 
vray dire la pluspart du temps estoit avecques eulx , 
auquel il dist : « Allez au logis de mon cousin le sei- 
gneur de la Palisse, recommandez-moy à luy et à tous 
messeigneurs les cappitaines françois que trouverrez 
avecques luy, et leur dictes que pour ce jourd'huy ne 
se donnera pas l'assault. » Il alla faire son message, et 
chascun par ce moyen s'en alla désarmer, les ungz 
joyeulx, les autres marrys. Je suis bien asseuré que 
les prestres n'en furent pas trop aises, car il leur fut 
besoing rendre ce qu'on leur avoit baillé en garde. Je 
ne sçay comment ce fut ne qui en donna le conseil ; 
mais la nuyt après ce propos tenu, l'empereur s'en 
alla tout d'une traicte à plus de quarante mille du 
camp, et de ce logis-là manda à ses gens qu'on levast 
le siège ; ce qui fut fait comme vous entendrez. 

CHAPITRE XXXVIII. 

Comment Vempereur se retira du camp de devant 
Padoue quant il congneut que ses Almans ne voun 
loient pas donner Vassault, 

Il ne fault pas demander si l'empereur fut bien 

1 . Christophe, comte de Rockandorf ; il entra au service du roi 
de France et fut gentilhomme de sa chambre. Une quittance qu'il 
donna en cette qualité est conservée à la Bibliothèque nationale 
(Ms. f. 26110, n» 815). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 185 

courroucé quant il eut entendu le bon vouloir des 
cappitaines françois, et que ses gens d'Almaigne ne 
vouloient riens faire pour luy, dont de ceste oppinion 
n'estoit pas le gentil prince de Hanno, qui ne deman- 
doit autre chose, et s'offrit à l'empereur, et pareille- 
ment se vint excuser et présenter aux cappitaines 
françois. Entre autres cappitaines, qu'il avoit parmy 
ses bendes y en avoit ung qu'on nommoit le cappi- 
taine Jacob ^ qui depuis fut au service du roy de 
France, et mourut à la journée de Ravenne, comme 
vous entendrez, lequel chascun jour alloit escarmou- 
cher avecques les François, et de hardiesse et de 
toute honnesteté estoit accomply à merveilles ; mais 
ces deux Almans ne povoient pas satisfaire à tout. 
L'empereur, enflé de courroux et fascherie, lende- 
main, deux heures devant jour, sans bruyt faire, 
acompaigné de cinq ou six cens chevaulx de ses plus 
privez serviteurs, deslogea de son camp et s'en alla 
tout d'une traicte à trente ou quarante mille de là, 
tirant en Almaigne , et manda au seigneur Constan- 
tin, son lieutenant général, et au seigneur de la 
Palisse, qu'ilz levassent le camp le plus honnestement 
qu'il seroit possible. Chascun s'esbahyt assez de ceste 
façon de faire, mais on n'en eut autre chose. Les cap- 
pitaines tant françois, almans que bourguignons, 
eurent conseil ensemble, où ilz conclurent lever le 
siège, qui estoit assez fascheux et malaisé, pour avoir 
six ou sept vingtz pièces d'artillerie devant la ville, et 
n'y avoit pas d'esquipage pour en mener la moytié. 

1 . Jacob Empser, dont il sera question plus d'une fois encore 
dans le cours de cette chronique, capitaine de lansquenets, tué à 
la bataille de Ravenne. 



186 HISTOIRE DE BAYART 

Les François furent ordonnez à tenir escorte tant que 
l'artillerie seroit levée ; mais le gentil prince de Hanno, 
qui assez congnoissoit la turpitude de sa nation, 
avecques sa bende, qui estoit de sept à huyt mille 
hommes, ne partit oncques d'auprès de l'artillerie, 
qui luy fut tourné à gros honneur, car depuis le 
matin au point du jour jusques à deux heures de 
nuyt convint tenir bataille ^ et si on mangea ce ne fut 
guères à son aise, car d'heure en autre y avoit chaulx 
et aspres alarmes, parce que ceulx de la ville faisoient 
force saillies et grosses, aussi qu'il convenoit mener 
une partie de l'artillerie ou camp où on alloit loger, 
puis la laisser là, et ramener les chevaulx et beufz qué- 
rir le demourant. Sans perte nulle des gens de l'empe- 
reur ny des François se leva le siège. Ung grand mal 
y eut que les lansquenetz misrent le feu en tous leurs 
logis, et partout où ilz passoient. Le bon chevaher 
par charité fist demourer sept ou huyt de ses hommes 
d'armes en ung beau logis où il s'estoit tenu durant le 
siège, pour le sauver du feu, jusques à ce que lesditz 
lansquenetz fussent passez oultre ; et vous asseure que 
telz boutefeux ne lui plaisoient guères. De camp en 
camp vint l'armée jusques à Vincence, où là envoya 
l'empereur quelque présent au seigneur de la Palisse 
et à tous les cappitaines françois, selon sa puissance, 
car il estoit assez libéral, et n'estoit possible trouver 
ung meilleur prince s'il eust eu de quoy donner. Ung 
mal avoit en luy, qu'il ne se fioit en personne, et 
tenoit à part luy ses entreprinses si secrètes que cela 
luy a porté beaucoup de dommage en sa vie. 

1. Tenir bataille, être rangé en bataille. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 187 

De Vincence s'en retournèrent la pluspart de tous 
les Almans ; une partie en demoura en la ville pour la 
garder avecques le seigneur du Ru. Si s'en retour- 
nèrent le seigneur de la Palisse et tous ses compai- 
gnons environ la Toussainctz ou duché de Milan, 
excepté le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
qui demoura quelque temps en garnison à Véronne, 
où il receut beaucoup d'honneur, comme vous orrez. 
Les Véniciens tenoient encores une ville nommée 
Lignago*, où ilz avoient grosse garnison, et qui sou- 
vent faisoient courses contre ceulx du Véronnoys. 



CHAPITRE XXXIX. 

Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche, 
estant à Véronne, fist une course sur les Véniciens, 
où il fut prins et rescoux^ deux fois en ung jour, et 
quelle en fut la fin. 

Le bon chevalier sans paour et sans reprouche fut 
ordonné en garnison à Véronne avecques trois ou 
quatre cens hommes d'armes que le roy de France 
presta à l'empereur, ou peu de temps après ceulx qui 
estoient pour ledit empereur à Vincence, congnoissans 
que la ville n'estoit pas pour tenir, s'en vindrent 
retirer audit Véronne, parce que les Véniciens estoient 
fors aux champs et marchoient pour y venir mettre 
le siège ; mais quand ilz la virent habandonnée , 
tirèrent leur armée jusques à ung village nommé 

1 . Legnano, à 9 lieues de Vérone. 

2. Recoux, recouvré. 



188 HISTOIRE DE BAYART 

Sainct-Boniface ^ à quinze ou dix-huyt mille dudit 
Véronne. G'estoit sur le temps de l'yver, et conve- 
noit aux souldars qui estoient dedans la ville envoyer 
au fourrage pour leurs chevaulx aucunes fois bien 
loing, tellement que bien souvent se perdoient des 
varletz et des chevaulx, tant qu'il fut besoing leur 
donner escorte ; mais il n'estoit guères jour qu'ilz 
ne rencontrassent les ennemys, et se frotoient très 
bien l'ung l'autre. De la part des Véniciens y avoit 
un cappitaine fort gentil galant et plein d'entre- 
prinses, qui s'appelloit Jehan-Paule Moufron^, lequel 
chascun jour faisoit courses jusques aux portes de 
Véronne, et tant y continua qu'il en fascha au bon che- 
valier, lequel se délibéra, au premier jour que les 
fourrageurs yroient aux champs, luy-mesmes leur aller 
faire escorte et user de quelque subtilité de guerre. 
Mais si secrètement ne le peut faire que par ung espie 
qui se tenoit à son logis n'en feust adverty le cappi- 
taine Moufron ; parquoy délibéra, quant il yroit aux 
champs, mener si bonne force que, s'il rencontroit le 
bon chevalier, luy feroit recevoir de la honte. Ung 
jeudy matin furent mis les fourrageurs hors de 
Véronne, et à leur queue trente ou quarante hommes 
d'armes et archiers, que conduisoit le cappitaine 
Pierrepont, lieutenant dudit bon chevalier, qui estoit 
sage et advisé. Si se gectèrent à l'escart du grant 
chemin pour aller chercher les cassines et faire leurs 
charges ^ Le bon chevalier, accompaigné de cent 

i . San-Bonifacio, province de Vérone. 

2. Jean-Paul Manfroni, un des meilleurs capitaines de cava- 
lerie d'Italie à cette époque. 

3. Pour chercher les fermes et y faire leur chargement de foin. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 489 

hommes d'armes, qui ne pensoit point estre descou- 
vert, s'estoit allé gecter en ung village sur le grant 
chemin appelle Sainct- Martin S à six mille dudit 
Véronne, et envoya quelques coureurs pour descou- 
vrir, qui guères ne furent loing sans veoir leurs 
ennemys en nombre de cinq cens chevaulx ou envi- 
ron, lesquelz marchoient droit vers ceulx qui alloient 
en fourrage. Hz en vindrent faire leur rapport audit 
bon chevalier, qui en fut fort joyeulx, et incontinent 
monta à cheval avecques la compaignie qu'il avoit, 
pour les aller trouver. Le cappitaine Jehan-Paule Mou- 
fron qui par l'espie avoit esté adverty de l'entreprise, 
avoit fait embuscher en ung palais près de là cinq ou 
six cens hommes de pied, picquiers et hacquebutiers, 
ausquelz il avoit très bien chanté leur leçon, et entre 
autres choses qu'ilz n'eussent à sortir jusques à ce 
qu'ilz le verroient retirer, et que les François les 
chasseroient, car il feroit semblant de fuyr, et par ce 
moyen ne fauldroit point à les enclore et defifaire. Le 
bon chevalier qui s'estoit mis aux champs ne fist pas 
deux milles qu'il ne veist à cler les ennemys ; si com- 
mencea à marcher droit à eulx , et en cryant « Empire 
et France ! » les voulut aller charger. Hz firent quelque 
contenance de tenir bon, mais quant ilz les virent 
approucher, commencèrent à eulx retirer le long 
d'ung chemin et droit à leur embusche, laquelle ilz 
trespassèrent^ d'ung peu, et alors s'arrestèrent tout 
court et en criant : « Marco ! Marco ! » se mirent en 
défense vaillamment. Les gens de pied sortirent de 



\. San-Martino-Buonalhergo, province de Vérone. 
2. Trespassèrent, dépassèrent. 



190 HISTOIRE DE BAYART 

leur embusche, qui firent ung merveilleux cry et vin- 
drent ruer sur les François en tirant force hacque- 
butes, dont d'ung coup fut tué le cheval du bon che- 
valier entre ses jambes, qui tumba si mal à point 
que ung de ses piedz tenoit dessoubz. Ses hommes 
d'armes, qui pour mourir ne l'eussent jamais laissé 
là, firent une grosse envahie S et en descendit l'ung 
à pied qu'on appelloit Grantmont^, lequel gecta son 
cappitaine de ce péril; mais quelques armes qu'ilz 
feissent ne leur peurent de tant servir que tous deux 
ne demourassent prisonniers parmy les gens de pied 
qui les vouloient désarmer. Le cappitaine Pierrepont 
qui estoit avecques les fourrageurs ouyt le bruyt, si y 
courut le grant galop incontinent, et vint en si bonne 
heure qu'il rencontra son cappitaine et Grantmont en 
dur party ; car desjà les tiroit-on hors de la presse 
pour les emmener à sauveté. Il ne fault pas demander 
s'il fut joyeulx; car, comme ung lyon, frappa sur 
ceulx qui les tenoient, lesquelz soubdain habandon- 
nèrent leur prise et se retirèrent à leur troppe qui 
combatoit contre le reste des François furieusement. 
Le bon chevalier et Grantmont furent incontinent 
remontez et s'en retournèrent droit au secours de 
leurs gens qui avoient beaucoup à souffrir, car ilz 
estoient assailliz devant et derrière ; mais à la revenue 
dudit bon chevalier et du cappitaine Pierrepont furent 
beaucoup soulagez. Toutesfois le jeu estoit mal party, 
car les Véniciens estoient quatre contre ung, et puis 



1. Envahie, charge. 

2. Claude de Grammont, seig' de Vachères, gentilhomme de 
Dauphiné. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 191 

ses hacquebutiers faisoient beaucoup de mal aux 
François. Si commencea le bon chevalier à dire au 
cappitaine Pierrepont : « Cappitaine, si nous ne gai- 
gnons legrant chemin nous sommes affolez*; et si nous 
sommes une fois là, nous nous retirerons en despit 
d'eulx et si n'aurons point de perte aydant Dieu. — 
Je suis bien de cest ad vis, dist le cappitaine Pierre- 
pont. » Si commencèrent tousjours combatans à eulx 
retirer sur ce grant chemin, où ilz parvindrent, mais 
ce ne fut pas sans beaucoup souffrir; néantmoins 
encores n'avoient point perdu de gens, mais si avoient 
bien les ennemys^ comme quarante ou cinquante 
hommes de pied et sept ou huyt de cheval. Quant le 
bon chevalier et les François furent sur ce grant che- 
min que tiroit à Véronne, se serrèrent et misrent à la 
retraicte tout doulcement, et de deux cens pas en 
deux cens pas retournoient sur leurs ennemys tant 
gaillardement que merveilles. Mais ilz avoient ses gens 
de pied à leurs aesles qui tiroient coups de hacque- 
bute menus et souvent, de façon que, à la dernière 
charge, fut encores tué le cheval du bon chevalier, 
qui, le sentant chanceler, se gecta à pied l'espée au 
poing, où il fist merveilles d'armes; mais bientost 
fut encloz, et eust eu mauvais party, quant le bas- 
tard du Fay, son guydon, avecques ses archiers, vint 
faire une charge si furieusement que au millieu de la 
troppe des Véniciens recouvra son cappitaine et le 
remonta à cheval en despit d'eulx, puis se serroient 
avecques les autres. Jà approchoit la nuyt, parquoy 



1. Affolez, perdus. 

2. Sous-entendu perdu. 



192 HISTOIRE DE BAYART 

commanda le bon chevalier qu'on ne chargeast plus 
et qu'il suffisoit bien se retirer à leur grant honneur, 
ce qu'ilz firent jusques à Sainct-Martin, dont le matin 
estoient partiz. Il y avoit un pont garny de barrières 
au bout duquel ilz s'arrestèrent ; le cappitaine Jehan- 
Paule Moufron congneut bien que plus ne leur sçauroit 
porter dommage, et puis qu'ilz pourroient estre 
secouruz de Véronne. Si fist sonner la retraicte et se 
mist au retour vers Sainct-Boniface, ses gens de pied 
devant luy, qui estoient fort lassez de ceste journée, 
où ilz avoient combatu quatre ou cinq heures, et 
voulurent séjourner en ung village à quatre ou cinq 
mille dudit Sainct-Boniface ; dont le cappitaine Jehan- 
Paule Moufron n'estoit pas d'oppinion, et s'en 
retourna avecques ses gens de cheval, bien despit 
dont il avoit esté si bien gallopé et par si peu de 
nombre de gens. Le bon chevalier et ses gens pour 
ce soir se logèrent en ce village de Sainct-Martin, où 
ilz firent grant chère de ce qu'ilz avoient, en parlant 
de leur fort belle retraicte, car ilz n' avoient perdu que 
ung archier et quatre chevaulx tuez, et leurs ennemys 
avoient porté lourde perte au pris^ En ces entre- 
faictes, ung de leurs espies va arriver, lequel venoit 
dudit Sainct-Boniface ; il fut mené devant le bon che- 
vaUer, qui luy demanda que faisoient les ennemys. Il 
respondit : « Riens autre chose ; ilz sont en grosse 
troppe dedans Sainct-Boniface, et entre eulx font 
courir bruyt que bientost auront Véronne, et tiennent 
qu'ilz ont grosse intelligence dedans. Comme j'en 
vouloye partir est arrivé le cappitaine Moufron, bien 

1. Au pris, en comparaison. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 493 

eschaufFé et bien courroucé, car j'ay ouy qu'il disoit 
qu'il venoit de la guerre et que les dyables d'enfer 
avoit trouvés et non pas hommes. En m'en venant à 
quatre ou cinq mille d'icy suis passé en ung village où 
j'ay laissé tout plain de leurs gens de pied qui y sont 
logez, et semble ad vis à les veoir qu'ilz soient bien 
las. » Alors dist le bon chevalier : « Je vous donne 
ma vie se ce ne sont leurs gens de pied que nous 
avons aujourd'huy combatuz, qui n'ont pas voulu 
aller jusques à Sainct-Boniface. Si vous voulez ilz sont 
nostres ; la lune est clère , faisons repaistre noz che- 
vaulx, et sur les trois ou quatre heures allons les res- 
veiller. » Son oppinion fut trouvée bonne; on fist 
penser les chevaulx le mieulx qu'on peut, et après 
avoir assis le guet, chascun se mist au repos. Mais le 
bon chevalier qui taschoit d'achever son entreprise 
ne reposa guères ; ains environ les trois heures après 
minuyt, sans faire bruit, monta à cheval avecques ses 
gens et s'en vint droit à ce village où estoient de- 
mourez les gens de pied véniciens, lesquelz ilz trou- 
vèrent endormys comme beaulx pourceaulx, sans 
aucun guect, au moins, s'il y en avoit, il fut très- 
mauvais. Eulx arrivez commencèrent à crier : « Em- 
pire ! Empire ! France ! France ! à mort ! à mort ! » 
A ce joyeulx chant s'esveillèrent les rustres qui sor- 
toient des maisons les ungs après les autres, mais on 
les assommoit comme bestes. Leur cappitaine, acom- 
paigné de deux ou trois cens hommes, se gecta sur 
la place du village, où là se cuydoit assembler et for- 
tiffier; mais on ne luy en donna pas le loysir, car il 
fut chargé par tant d'endroitz que lui et tous ses gens 
furent rompuz et deffaictz , et n'en demoura que trois 

13 



194 HISTOIRE DE BAYART 

en vie, dont l'ung fut le cappitaine et deux autres 
gentilzhommes qui estoient frères, pour lesquelz, en 
les relaschant, on retira deux autres gentilzhommes 
françois prisonniers es prisons de la seigneurie de 
Venise. Quant le bon chevalier eut du tout et à son 
grant honneur achevé son entreprise, ne voulut plus 
séjourner, doubtant nouvel inconvénient : si se retira 
avecques tous ses gens dedans Véronne, où il fut receu 
à grant joye. Et au contraire les Véniciens, quant ilz 
sceurent la perte de leurs gens, furent bien marris , 
et en voulut messire André Grit, providadour de la 
Seigneurie, blasmer le cappitaine Jehan-Paule Moufron 
de ce qu'il les avoit laissez derrière; mais il s'excusa 
très bien, en disant qu'il n'avoit esté à luy possible 
les tirer du village où ilz avoient esté deffaictz, et de 
l'inconvénient les avoir très bien advisez, mais jamais 
ne les avoit sceu renger à congnoistre la raison. 
Toutesfois en luy-mesmes se pensa bien venger en 
peu de jours ; mais il acreut sa honte, ainsi que vous 
entendrez. 

CHAPITRE XL. 

Comment le bon chevalier cuyda estre trahy par un 
espie qui avoit promis au cappitaine Jehan Paule 

' Moufron le mettre entre ses mains, et ce qu'il en 
advint. 

Sept ou huyt jours après ceste belle course, le 
cappitaine Jehan-Paule Moufron, bien desplaisant de 
ce que si lourdement avoit esté batu et repoussé, ses 
gens mors et perduz, sans aucunement et moins que 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 1Ô5 

riens avoir dommage ses ennemys, délibéra se venger 
en quelque sorte que ce feust. Il avoit ung espie, 
lequel alloit et venoit souvent de Véronne à Sainct- 
Boniface et servoit à luy et au bon chevalier, donnant 
à entendre à chascun des deux qu'il ne taschoit que à 
leur faire service; mais tousjours ont ses espies le 
cueur à l'ung plus que à l'autre beaucoup, comme 
cestuy-mesmes avoit au cappitaine Moufron, qui par 
ung jour qu'il eut ung peu pensé à son affaire, luy 
dist : « Il faut que tu ailles à Véronne, et donnes à 
entendre au cappitaine Bayart que la seigneurie de 
Venise a escript au providadour qu'il m'envoye dedans 
Lignago pour la garde de la place, pour ce qu'on 
envoyé quérir le cappitaine qui y est pour l'envoyer 
jen Levant avecques ung nombre de gallères ; que tu 
scez certainement que je partiray demain au point du 
jour avecques trois cens chevaulx légiers, et que de 
gens de pied je n'en mène point. Je suis asseuré 
qu'il a le cueur si hault qu'il ne me laissera jamais 
passer sansTne venir escarmoucher, et s'il y vient, 
j'espère qu'il ne s'en retournera point qu'il ne soit 
mort ou pris, parce que je mèneray deux cens hommes 
d'armes et deux mille hommes de pied que je feray 
embuscher à Yzolle de l'EscalleS vers lequel lieu, s'il 
me vient veoir, veulx estre rencontré, t'advisant que 
si tu scez bien faire ta charge, te prometz ma foy 
donner cent ducatz d'or. » Les espies, comme chas- 
cun scet, ne sont créez que par dame avarice et aussi 
ont-ilz pour ce bien ung autre prison, car de six qu'on 
en prent s'il en eschappe ung doit bien louer Dieu, car 

1. Isola délia Scala, à 5 lieues S. de Vérone. 



196 HISTOIRE DE BAYART 

la vraye médecine qu'ilz portent pour le mal qui les 
tient c'est ung cordeau. Or ce galant promist au cap- 
pitaine Jehan-Paule Moufron qu'il sçauroit bien faire 
le cas. Si s'en vint incontinent à Véronne, droit au 
logis du bon chevalier, car léans estoit assez congneu 
de tous les serviteurs, pour [ce] qu'ilz cuydoient cer- 
tainement qu'il feust totallement au service de leur 
maistre. Hz le luy amenèrent ainsi qu'il achevoit de 
soupper, lequel incontinent qu'il le veit luy fist ung 
fort bon recueil et luy dist : « Vizentin, tu soyes le 
bien venu ! tu ne viens pas sans cause ; quelles nou- 
velles? » Lequel respondit : « Très bonnes, monsei- 
gneur, Dieu mercy! » Si se leva incontinent le bon 
chevalier de table, et tira l'espie à part, pour sçavoir 
que c'estoit. Il luy compta de point en point le faict et 
le luy fist trouver si bon qu'oncques homme ne fut plus 
joyeulx. Si commanda qu'on menast soupper Vizen- 
tin et qu'on luy fist grosse chère ; puis après tire à 
part le cappitaine Pierrepont, le cappitaine la Va- 
renne qui portoit son enseigne, le bastard du Fay et 
ung cappitaine de Bourgongne, qui ce soir souppoit 
avecques luy, qui s'appelloit monseigneur de Sucre ^ 
ausquelz il compta ce que l'espie lui avoit dit, et 
comment le cappitaine Jehan Paule Moufron se retiroit 
dedans Lignago le lendemain et ne menoit que trois 
cens chevaulx, parquoy, s'ilz se vouloient monstrer 
gentilz compaignons, son voyage ne s'achèveroit 
point sans coup ruer^, et que la matière requéroit 



1. Probablement Hannotin de Sucker dont il est question plus 
haut au chap. X. 

2. Sans coup ruer, sans coup férir. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 197 

briefve yssue. A son dire chascun trouva goust, et 
sur l'heure fust conclusion prise qu'ilz partiroient au 
point du jour et meneroient deux cens hommes 
d'armes ; dont de l'entreprise esleurent le seigneur de 
Conty, et l'en advertirent à ce qu'il se tiensist prest 
comme les autres, lequel ne s'en fist guères prier, car 
c'estoit ung très gentil chevalier. Cela délibéré, tout 
le monde se retira à son logis pour faire acoustrer 
son cas^ pour le matin, mesmement le cappitaine 
Sucre, qui assez loing estoit du sien ; qui fiit bonne 
adventure, car, ainsi qu'il s'en retournoit, va adviser 
l'espie qui estoit venu parler au bon chevaher, lequel 
sortoit de la maison d'ung gentilhomme de Véronne, 
qu'on estimoit estre très mauvais impérial, et par le 
contraire avoit Marco escript dans le cueur, qui le fist 
doubter de trahyson. Si vint prendre l'espie au colet 
et luy demanda dont il venoit. Il ne sceut prompte- 
ment respondre et changea de couleur, ce qui le fist 
doubter de plus en plus et tourna tout court, saisy de 
l'espie, droit de là où il venoit de soupper. Luy 
arrivé, trouva que le bon chevalier se vouloit mettre 
dedans le lict ; toutesfois il prist une robbe de nuyt et 
s'assirent auprès du feu, eulx deux ensemble et 
seulletz, car cependant fut baillé l'espie en bonne 
garde. Le cappitaine sur ce déclaira au bon chevalier 
l'occasion de son soudain retour, qui estoit pour avoir 
trouvé l'espie sortant de la maison de messire Baptiste 
Voltège, qui estoit le plus grant Marquesque^ qui feust 
ou monde, et par ce doubtoit qu'il y eust de la mes- 



i . Acoustrer son cas, préparer son équipage. 

2. Marquesque, partisan de Saint-Marc, c'est-à-dire de Venise. 



198 HISTOIRE DE BAYART 

chanceté : « Car, dist-il, quant je l'ai surpris est 
devenu estonné à merveilles. » Quant icelluy bon che- 
valier eut entendu ce propos ne fut pas sans doubte, 
nen plus^ que le cappitaine Sucre. Il fist venir l'espie, 
auquel il demanda qu'il estoit allé faire au logis de 
messire Baptiste Voltège. Il dist premièrement qu'il y 
estoit allé veoir ung parent qu'il y avoit ; après il tint 
ung autre propos, et enfin fut trouvé en cinq ou six 
parolles^. On apporta des grésillons^, èsquelz on luy 
mist les deux poulces pour le veoir parler d'une autre 
sorte. Le bon chevalier luy dist : « Vizentin, dictes la 
vérité sans rien celer, et je vous prometz, en foy de 
vray gentilhomme, que quelque chose qu'il y ait, je 
ne vous feray faire nul mal, quant bien ma mort 
y seroit conspirée ; mais par le contraire, si je vous 
trouve en mensonge, vous feray pendre et estrangler 
demain au point du jour. » L'espie congneut qu'il 
estoit pris; si se gecta à deulx genoulx, demandant 
miséricorde, qui luy fut asseuréement promise, si 
commencea à compter de point en point la trahyson 
et comment le cappitaine Jehan-Paule Moufron avoit 
fait embuscher à Yzolle de l'Escalle deux cens hommes 
d'armes et deux mille hommes de pied pour deffaire 
le bon chevaHer, et qu'il venoit du logis de messire 
Baptiste pour l'advertir de l'entreprinse, et aussi 
l'adviser comment il pourroit trouver moyen, par 



1. Nen plus, non plus. Plus loin le même mot est écrit nem 
plus. 

2. G'est-à-dire : donna cinq ou six explications différentes. 

3. On appelait grésillons ou grillons des cordelettes avec les- 
quelles on serrait les pouces de ceux auxquels on voulait arra- 
cher des aveux. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 199 

quelque nuyt, livrer une des portes de la ville au 
providadour messire André Grit; et plusieurs autres 
choses dit ce vaillant espion. Bien déclaira que mes- 
sire Baptiste Voltège lui avoit dit qu'il ne se mesle- 
roit jamais de telle meschanseté, et que puisqu'il 
estoit soubz l'empereur, qu'il y vouloit vivre et 
mourir. Quant il eut fait son beau sermon, le bon 
chevalier luy dist : « Vizentin, j'ay mal employé les 
escuz que je vous ay donnez, et dedans vostre corps 
repose le cueur d'ung lasche et meschant homme, 
combien que jamais ne vous ay guères estimé autre. 
Vous avez bien desservi ^ la mort, mais puisque je vous 
ay promis ma foy, vous n'aurez nul mal, et vous feray 
mettre hors de la ville seurement ; mais gardez que 
tant que je y seray n'y soyez veu, car tout le monde 
ne vous sauveroit pas que ne vous feisse pendre et 
estrangler. » Il fut emmené de devant eulx et enfermé 
en une chambre jusques à ce qu'on en eust à beson- 
gner. Le bon chevalier dist au cappitaine Sucre : « Mon 
amy, que ferons-nous à ce cappitaine Jehan-Paule 
Moufron qui nous cuyde avoir par finesses? Il luy 
fault donner une venue 2, et si vous povez faire ce que 
je vous diray, nous ferons une des gorgiases^ choses 
que fut faicte cent ans a. » Sucre respondit : « Mon- 
seigneur, commandez et vous serez obéy. — Allez 
doncques, dist-il, tout à ceste heure au logis du prince 
de Hanno et me recommandez humblement à sa bonne 
grâce ; déclairez-luy cest affaire bien amplement, et 
faictes tant qu'il soit d'accord de nous bailler demain 

4. Desservi, mérité. 

2. Donner une venue, jouer un tour. 

3. Gorgiase, belle, magnifique. 



200 HISTOIRE DE BAYART 

au matin deux mille de ses lansquenetz, et nous les 
mènerons avec nous le beau pas, et les laisserons 
quelque part en embusche, où, avant que tout soit 
desmeslé, si ne voyez merveilles, prenez-vous-en à 
moy. Le cappitaine Sucre part incontinent et s'en alla 
droit au logis du prince, qui jà dormoit. Il le fist 
esveiller, puis alla parler à luy et luy compta tout ce 
que vous avez ouy cy dessus. Le gentil prince qui 
n'aymoit riens tant que la guerre, et entre tous gen- 
tilzhommes avoit prins une telle amour au bon cheva- 
lier pour sa prouesse, que la chose eust esté bien 
estrange quant il l'en eust reffusé ; si dist qu'il estoit 
bien desplaisant que plus tost n' avoit sceu ceste entre- 
prinse, car luy-mesme y feust allé, mais que de ses 
gens le bon chevalier en povoit mieulx disposer que 
luy-mesmes ; et sur l'heure envoya son scribe en ad- 
vertir quatre ou cinq cappitaines, qui furent, pour 
faire le compte court, aussi prestz au point du jour que 
les gens d'armes qui l'avoient sceu dès le soir ; et se 
trouvèrent à la porte quant et ^ les gens d'armes, qui 
donna tiltre d'esbahyssement au seigneur de Conty, 
car riens ne luy en avoit esté mandé le soir. Si s'en- 
quist au bon chevalier que ce povoit estre, lequel luy 
déclaira bien au long tout le démené^. « Sur ma foy, 
dist le seigneur de Conty, se Dieu veult, nous ferons 
aujourd'huy une belle chose. » La porte ouverte, se 
misrent en chemin vers Yzolle de l'Escalle. Le bon 
chevalier dist à Sucre : « Il fault que vous et les lans- 
quenetz demourez embuschez à Servode (c'estoit ung 

1. Quant et, en même temps que. 

2. Tout le démené, tout ce qui était arrangé. 



PAR LE LOYAL SERVITEUIl. SlOt 

petit village à deux mille d'Yzolle), et ne vous souciez 
point, car je vous attireray noz ennemys jusques à 
vostre nez; parquoy aurez aujourd'huy assez d'hon- 
neur, si vous estes gentil compaignon. » Comme il 
fut dit ainsi fut fait; car, arrivez audit village, les 
lansquenetz demourèrent en embusche, et le bon 
chevalier, le seigneur de Conty et leur troppe s'en 
vont vers Yzolle, faignant ne sçavoir riens de ce qui 
estoit dedans. Gela regardoit en une belle plaine, où 
de tous costez on veoit assez loing. Si vont choisir* 
le cappitaine Moufron avecques quelques chevaulx 
légiers. Le bon chevalier y envoya son guydon, le 
bastard du Fay, avecques quelques archiers pour les 
ung petit escarmoucher, et luy marchoit après le beau 
pas, avecques les gens d'armes. Mais il ne fut guères 
loing, quant il veit saillir de la ville d'Yzolle de l'Es- 
calle les gens de pied de la Seigneurie et une troppe 
d'hommes d'armes. Il fîst ung peu l'estonné, et dist à 
la trompette qu'il sonnast à l'estendart. Quoy oyant 
par le bastard du Fay, selon la leçon qu'il avoit, se 
retira avecques la grosse troppe, qui se serrèrent très 
bien, et faignans d'eulx retirer droit à Véronne, s'en 
vont le petit pas vers ce village où estoient leurs 
lansquenetz ; et desjà estoit allé ung archier dire au 
cappitaine Sucre qu'il sortist en bataille. La gendar- 
merie de la Seigneurie, qui à leur esle avoient ceste 
troppe de gens de pied, chargoient menu et souvent 
les François, et faisoient tel bruyt qu'on n'eust pas 
ouy Dieu tonner, pensant entre eulx que ce qu'ilz 



1 . Il y a très-probablement ici une faute d'impression ; il fau- 
drait peut-être : Si voient venir. 



202 fflSTOIRE DE BAYÂRT 

voyoient ne leur povoit eschapper. Les François ne 
se desrotoient^ point et escarmouchoient sagement, 
de façon qu'ilz furent près de Servode à ung ject 
d'arc, où ilz apperceurent les lansquenetz qui venoient 
le beau pas et tous serrez, lesquelz se vont descouvrir 
aux Véniciens qui furent bien estonnez. Le bon che- 
valier dist alors : « Messeigneurs , il est temps de 
charger; » ce que chacun fist, et donnèrent dedans 
les Véniciens qui se monstrèrent gens de bien. Toutes- 
fois il en fut beaucoup porté par terre. Leurs gens de 
pied ne povoient fuyr, car ilz estoient trop loin de 
saulveté^. Hz furent pareillement chargez des lansque- 
netz dont ilz ne peurent porter le fès, et furent 
ouvers, renversez et tous mis en pièces, sans en 
prendre ung prisonnier, ce que veit devant ses yeulx 
le cappitaine Jehan-Paule Moufron, qui très bien fai- 
soit son debvoir. Toutesfois il congnoissoit assez que, 
s'il ne jouoit de la retraicte, il seroit mort ou prins. 
Si commencea se retirer le grant galop vers Sainct- 
Boniface, où il y avoit bonne traicte. Il fut assez bien 
suyvy ; mais le bon chevalier fist sonner la retraicte, 
parquoy tout homme s'en revint, mais ce fut avecques 
gros gaing de prisonniers et de chevaulx ; le butin y 
fut fort beau. Les Véniciens y firent grosse perte, car 
tous leurs deux mille hommes de pied et bien vingt- 
cinq hommes d'armes y moururent, et y en eut environ 
soixante de prisonniers, qui furent menez à Véronne, 
où les François, Bourguignons et lansquenetz furent 
receuz joyeusement de leurs compaignons, lesquelz 



1 . Se desroter, se mettre en déroute. 

2. Saulveté, salut. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 203 

estoient bien marriz qu'ilz n'avoient esté avecques 
eulx. Ainsi alla de ceste belle entreprinse pour ceste 
fois qui fut grosse fortune au bon chevalier et eut de 
tous en général grande louenge. Luy revenu à son 
logis, envoya quérir l'espie auquel il dist : « Vizentin, 
suyvant ma promesse, tu t'en yras au camp des Véni- 
ciens et demanderas au cappitaine Jehan Paule Mou- 
fron si le cappitaine Bayart est aussi subtil que luy 
en guerre, et que quant il vouldra pour le pris, le 
trou verra aux champs. > Il commanda à deux de ses 
archiers le conduyre hors de la ville, ce qu'ilz firent. 
Il s'en alla droit à Sainct-Boniface, où le seigneur 
Jehan-Paule Moufron l'apperceut, qui le fist prendre, 
pendre et estrangler, disant qu'il l'avoit trahy; ne 
excuse qu'il sceust faire ne luy servit en riens ^. 

Les Véniciens tenoient encores ceste ville nommée 
Lignago, où ilz avoient grosse garnison, et souvent fai- 
soient courses ceulx du Véronnoy s et eulx les ungs contre 
les autres, et tout l'vver demourèrent en ceste sorte. 
Sur le commencement de l'année mil cinq cens et dix, 
et bientost après Pasques, print congé du roy de 
France Louis XIF son nepveu le gentil duc de 
Nemours, dont de si peu de vie qu'il eut ceste his- 
toire fera ample mention, car il mérite bien estre 

1. Nous trouvons dans les Mémoires de Fleuranges (ch. XXIII) 
les détails suivants sur le capitaine Manfroni : « En ces poursuites 
se firent beaucoup de belles choses et escarmouches, et entre 
aultres une que fist le Jeune adventureux et M. d'Humbercourt, 
ou fut prins Jehan-Paul Manfron, homme ancien et maigre 
et l'un des plus estimés de tous les Vénitiens ; et furent deffaicts 
avecques lui cinq cens chevauls et feust amené au camp et de là 
en France, lequel fist la plus triste mine que jamais je visse » 
(1511). 



204 HISTOIRE DE BAYART 

cronicqué* en toutes sortes. Lequel passa en Ytalie et 
en sa compaignie mena le cappitaine Loys d'Ars, ver- 
tueux et hardy chevalier, où eulx arrivez furent 
receuz, chascun selon sa qualité, du seigneur de Ghau- 
mont, grant maistre de France et gouverneur de 
Milan, et de tous les cappitaines estans en Ytalie, 
tant honnestement que possible ne seroit de mieulx, 
et surtout du bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche, qui tant aymé estoit du duc de Nemours et 
de son premier cappitaine Loys d'Ars. Par le com- 
mandement du roy de France estoit encores passé le 
seigneur de Molart avecques deux mille adventuriers 
et plusieurs autres cappitaines. Si alla ledit grant 
maistre seigneur de Ghaumont mettre le siège devant 
ceste ville de Lignago que tenoient Véniciens, et affin 
qu'elle ne fust aucunement secourue de gens ny de 
vivres, fut envoyé le seigneur d'Alègre^ avecques cinq 
cens hommes d'armes et quatre ou cinq mille lans- 
quenetz qui estoient soubz la charge de ce gentil 
prince de Hanno, à Vincence, qui avoit encores soubz 
luy ce cappitaine Jacob, qui depuis fut au roy de 
France. Gette place de Lignago se fist fort batre; 
aussi y avoit-il bonne artillerie , mesmement celle du 
duc de Ferrare, qui entre autres avoit une longue 
coulevrine de vingt piedz de long, que les aventu- 
riers nommoient le Grant Dyable. Enfin furent la ville 



1. Cronicqué, mentionné dans les chroniques. 

2. Yves II d'Alègre, baron d'Alègre, conseiller, chambellan du 
roi, gouverneur de la Basilicate et de Bologne. Il épousa Jeanne 
de Ghabannes et fut tué à Ravenne (1512). Son sceau, conservé à 
la Bibl. nat. (Gab. des titres, vol. 32, n» 29), porte la légende 
SEEL YVES d'aleqre autour d'un écu à ses armes. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 205 

et chasteau pris, et mis à mort tout ce qui estoit 
dedans, ou la pluspart. En ceste prise le seigneur de 
Molart et ses aventuriers se portèrent fort bien, et 
y eurent gros honneur, car ilz n'eurent jamais le 
loisir d'attendre que la berche fust raisonnable pour 
y donner l'assault. Le seigneur de Ghaumont y com- 
mist pour la garder le cappitaine la Crote avec cent 
hommes d'armes, dont il avoit la charge soubz le 
marquis de Montferrat, et mil hommes de pied soubz 
deux cappitaines, l'un nommé l'Hérisson, et l'autre 
Jacomo, corse-néapolitain. 

Durant ce siège de Lignago, eut nouvelles le 
seigneur de Ghaumont de la mort de son oncle, 
le légat d'AmboiseS où il fit une grosse et lourde 
perte, car il avoit esté moyen de l'eslever es hon- 
neurs où il estoit, et pareillement avoit fait avoir 
de grans biens à tous ceulx de sa maison, tant en 
l'église que autrement, car c'estoit tout le gouverne- 
ment du roy de France Loys XIP et du royaulme. Il 
avoit esté ung très sage prélat et homme de bien en 
son temps et ne voulut jamais avoir que ung béné- 
fice, et à son trespas estoit seulement arche vesque de 
Rouen; il en eust eu assez d'autres s'il eust voulu. 
Ceste piteuse mort porta le seigneur de Ghaumont 
dedans son cueur aigrement, car il ne vesquit guères 
après, combien que devant les gens n'en monstroit 
pas grant semblant et n'en laissoit à bien et sage- 
ment conduire les affaires de son maistre. 

Quant il eut donné ordre à Lignago, s'en vint assem- 

1. Le cardinal d'Amboise mourut le 25 mai 1510. 



206 HISTOIRE DE BAYART 

bler, avec les gens de l'empereur, pour marcher sur le 
pays desVéniciens et essayer de les mettre à la raison. 
Le roy d'Espaigne avoit puis peu de jours envoyé au se- 
cours de l'empereur, soubz la charge du duc deTermes ^ , 
quatre cens hommes d'armes espaignolz et néapoli- 
tains qu'il faisoit merveilleusement bon veoir, mais 
pour ce qu'ilz estoient travaillez^ on les envoya 
séjourner dedans Véronne. Le camp, tant de l'empe- 
reur que du roy de France, marcha jusques à un^ 
lieu nommé Saincte-Groix, où il séjourna quelque 
temps, car on pensoit que l'empereur voulsist des- 
cendre, mais non fist. Durant ce camp la chaleur fut 
par trop véhémente, et pour ce fut, de la pluspart de 
ceulx qui y estoient, appelle le Gamp-Ghault. Au des- 
loger de là et près d'ung gros village appelle Lon- 
gare ^, y eut une merveilleuse pitié ; car comme chas- 
cun s'en estoit fuy pour la guerre, en une cave qui 
estoit dedans une montaigne, laquelle duroit ung mille 
ou plus, c' estoient retirez plus de deux mille per- 
sonnes, tant hommes que femmes, et des plus appa- 
rens du plat pays, qui y avoient force vivres et y 
avoient porté quelques harnois de guerre et des hac- 
quebutes pour deffendre l'entrée, qui les vouldroit 
forcer, laquelle estoit quasi imprenable, car il n'y 
pouvoit venir que ung homme de fronc. Les adven- 
turiers, qui sont voulentiers coustumiers d'aller 
piller, mesmement ceulx qui ne vallent riens pour la 

1. Le duc de Termini, mort à Givita Gastellana en 1512 (Gui- 
chardin, 1. X, ch. 3). 

2. Travaillez, malades. 

3. Longaro, hameau de la commune de Vicence. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 207 

guerre, vindrent jusques à l'entrée de ceste cave, qui 
en langaige ytalien s'appelloit la crote' de Longare; 
je croy bien qu'ilz vouloient entrer dedans, mais 
doulcement on les pria qu'ilz se déportassent, et 
que léans ne pourroient riens gaigner, parce que 
ceulx qui y estoient avoient laissé leurs biens à leurs 
maisons. Ces coquins ne prindrent point ses prières 
en payement et s'efforcèrent d'entrer, ce qu'on ne 
voulut permettre, et tira l'on quelques coups de hac- 
quebute qui en firent demourer deux sur le lieu. Les 
autres allèrent quérir leurs compaignons, qui plus 
près de mal faire que autrement, tirèrent ceste part^. 
Quant ilz furent arrivez, congneurent bien que par 
force jamais n'y entreroient. Si s'advisèrent d'une 
grande lascheté et meschanceté, car au droit du per- 
tuys misrent force boys, paille et foing avecques du 
feu, qui en peu de temps rendit si horrible fumée 
dedans ceste cave, où il n'y avoit air que par là, que 
tous furent estouffez et mors à martyre, sans aucune- 
ment estre touchez du feu. Il y avoit plusieurs gen- 
tilzhommes et gentillesfemmes qui, après que le feu 
fut failly et qu'en entra dedans, furent trouvez 
estainctz, et eust-on dit qu'ilz dormoient. Ce fut une 
horrible pitié; mesmement eust-on vu à plusieurs 
belles dames sortir les enfans de leur ventre tous 
mors. Lesditz adventuriers y firent gros butin , mais 
le seigneur grant maistre et tous les cappitaines en 
furent à merveilles desplaisans, et sur tous le bon che- 
valier sans paour et sans reprouche, qui tout au long 



1. Crote, grotte. 

2. Tirèrent ceste part, allèrent de ce côté. 



208 HISTOIRE DE BAYART 

du jour mist peine de trouver ceulx qui en avoient 
esté cause, desquelz il en prist deux, dont Tung 
n'avoit point d'oreilles et l'autre n'en avoit que une*. 
Il fist si bonne inquisition de leur vie que par le 
prévost du camp furent menez devant ceste crote, et 
par son bourreau penduz et estranglez, et y voulut 
estre présent le bon chevalier. Ainsi, comme ilz fai- 
soient cet exploict, quasi par miracle va sortir de 
ceste cave ung jeune garson de l'aage de quinze à 
seize ans, qui mieulx sembloit mort que vif et estoit 
tout jaulne de la fumée. Il fut amené devant le bon 
chevalier, qui l'enquist comment il s'estoit sauvé. Il 
respondit que quant il veit la fumée si grande, il s'en 
alla tout au fin bout de la cave, où il disoity avoir une 
fente du dessus de la montaigne, bien petite, par où 
il avoit pris l'air; et dist encores une piteuse chose, 
c'est que plusieurs gentilzhommes et leurs femmes, 
quant ilz s'apperceurent qu'on vouloit mettre le feu, 
vouloient sortir, et congnoissant aussi bien qu'ilz 
estoient mors ; mais les villains qui estoient avecques 
eulx et beaucoup les plus fors ne le voulurent jamais 
consentir et leur venoient au devant avecques la 
poincte des ronçons en disant qu'ilz mourroient aussi 
bien que eulx, et ainsi les povres gens furent assailliz 
du feu et des leurs mesmes. 

De ce lieu de Longare marcha le camp droit à Mont- 
selles, que les Véniciens avoient repris et remparé, et 
dedans logé mille ou douze cens hommes. En chemin 
furent rencontrez par les seigneurs d'Alègre et le bon 



1. L'essorillement était un des châtiments infligés aux malfai- 
teurs. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 209 

chevalier, avecques le seigneur Mercure ^ et ses Alba- 
noys, qui estoit pour lors à l'empereur, quelques che- 
vaulx légiers de ceulx de la Seigneurie, qu'on appelloit 
Corvaz^, et sont plus turcs que chrestiens, lesquelz ve- 
noient veoir s'ilz gaigneroient quelque chose sur le camp ; 
mais ilz firent mauvais butin, car tous ou la pluspart y 
demeurèrent et furent bien ung quart d'heure prison- 
niers. Entre lesquelz le seigneur Mercure va cong- 
noistre le cappitaine, qui estoit, ainsi qu'il dist depuis, 
son cousin germain, et l'avoit gecté de son héritage en 
Corvacie, lequel il tenoit et occupoit par force et estoit 
le plus grant ennemy qu'il eust en ce monde. Si luy 
vint à ramentevoir ^ toutes les meschancetez qu'il luy 
avoit faictes et que à présent estoit bien en luy d'en 
prendre vengeance. L'autre dist qu'il estoit vray, 
mais qu'il avoit esté pris en bonne guerre et que par 
raison devoit sortir en payant rançon selon sa puis- 
sance, dont il offroit six mille ducatz et six beaulx et 
excellens chevaulx turcs. « Nous parlerons de cela 
plus à loysir, dist le seigneur Mercure, mais, par ta 
foy ! si tu me tenoys ainsi comme je te tiens, que 
feroys-tu de moy ? » Lequel respondit : « Puisque si 
fort me presses que de ma foy, je t'advise que, si tu 
estoys en ma mercy comme je suis en la tienne, tout 
l'or du monde ne te sauveroit pas que je ne te feisse 
mettre en pièces. — Vrayement, dist le seigneur Mer- 
cure, je ne te feray pas pis. » Si commanda à ses Alba- 

4. Mercurio Rona, capitaine de cent cavaliers albanais. Une 
quittance du 17 juin 1506 (Bibl. nat. Ms. f. 26110, n" 704) porte 
sa signature et son sceau. 

2. Corvaz, Croates. 

3. Ramentevoir, remémorer. 

u 



2110 HISTOIRE DE BAYART 

noys en son langaige à jouer des cousteaulx, lesquelz 
soubdainement misrent leurs cymeterres en be- 
songne, et n'y eut cappitaine ni autre qui n'eust dix 
coups après sa mort; puis leur couppèrent les têtes 
qu'ilz picquoient au bout de leurs estradiotes^ et 
disoient qu'ilz n'estoient pas chrestiens. Hz avoient 
estrange habillement de teste, car il estoit comme ung 
chapperon de damoyselle; et où ilz mettoient la teste, 
cela estoit garny de cinq ou six gros papiers colez 
ensemble, de façon que une espée n'y faisoit nem 
plus de mal que sur une secrète. Le siège fut mis 
devant Montselles, qui se fîst canonner l'espace de 
quatre ou cinq jours , et n'eust jamais esté pris, veu 
la fortiffication qu'on y avoit faicte, n'eust esté que 
ceulx qui estoient dedans sortoient pour venir à l'es- 
carmouche, et bien souvent jusques à ung bon gect 
de pierre de leur fort, contre les adventuriers fran- 
çois, qui vouluntiers eussent esté veoir quel il faisoit 
en la place. Par une après-disnée que l'on n'y pensoit 
point, les gens du cappitaine Molart, avecques ung 
gentilhomme qui se nommoit le baron de Montfaucon^, 
allèrent escarmoucher ceulx du chasteau, qui gaillar- 
dement y vindrent ; et faisoient merveilles, tellement 
que deux ou trois fois repoulsèrent assez lourdement 
les adventuriers, et une fois entre autres les chassèrent 
trop loing, tellement que quant ilz se cuydèrent 



1. On appelait estradiote la. cavalerie légère composée en général 
d'Albanais. Uestradiote désigne également le cimeterre dont ils 
étaient armés. 

2. Gabriel de Montfaucon, baron dudit lieu, châtelain d'Aigues- 
Mortes, chambellan du roi, fils de Guy de Montfaucon et d'Anne 
Sauvestre. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 211 

retirer, se trouvèrent lassez, dont lesditz adventu- 
riers s'apperceurent, qui les chassèrent vivement, et de 
façon qu'ilz entrèrent pesle-mesle parmy les ennemys 
dedans la place. Quant ceulx qui la gardoient virent 
qu'ilz estoient perduz, se retirèrent en une grosse 
tour, où incontinent ilz furent assiégez, et bouta-on 
le feu au pied. La pluspart s'y laissa brusler plustost 
que se rendre. Les autres sortoient par les créneaulx, 
qui estoient receuz sur la pointe des picques par les 
adventuriers ; brief, il en eschappa bien peu en vie. Il 
y fut tué du costé des François ung gentilhomme 
nommé Gamican, et le baron de Montfaucon blessé 
à la mort. Toutesfois il en eschappa, mais ce fust à 
bien grant peine. 

On fist remparer la place et y mist-on grosse 
garnison, cuydant aller mettre le siège à Padoue; 
mais nouvelles vindrent que le pape Julles estoit 
révolté et qu'il alloit faire la guerre au duc de Fer- 
rare ^ lequel estoit allyé du roy de France, auquel 
ledit duc en avoit amplement escript pour estre 
secouru ; à quoy le roy voulut bien obtempérer, et 
escripvit au grant maistre, son lieutenant général, luy 
bailler secours; ce qu'il fist, car il envoya les sei- 
gneurs de Montoison, de Fontrailles, de Lude* et le 



1. Le prétexte de Jules II pour faire la guerre au duc de Fer- 
rare était que ce prince détenait la ville de Gommachio et en 
exploitait les salines qui ruinaient celles que le pape possé- 
dait à Gervia. En outre le duc percevait abusivement certains 
péages sur le Pô au détriment des sujets du pape. 

2. Philibert de Glermont, s' de Montoison, gouverneur de Fer- 
rare, surnommé le gentil Montoison. A Fornoue, Gharles VIII 
l'appela à son aide en s' écriant : A la rescousse, Montoison ! Ce 



%\% HISTOIRE DE BAYART 

bon chevalier avecques trois ou quatre mille hommes 
de pied françois et huyt cens Suysses qu'avoit tiré 
du pays comme adventuriers ung cappitaine nommé 
Jacob Zemberc. Eulx arrivez à Ferrare, furent fort 
bien receuz du duc, de la duchesse et de tous les 
habitans. Le grant maistre avecques son armée qui 
luy resta se retira ou duché de Milan, parce qu'il fut 
adverty que les Suysses, qui ung peu auparavant 
avoient laissé l'aliance du roy son maistre*, y fai- 
soient une descente et estoient desjà au pont de la 
Treille^. Quant il arriva il ne séjourna point à Milan; 
ains, avecques sa gendarmerie, les deux cens gentilz- 
hommes et quelque petit nombre de gens de pied, 
les alla attendre en la plaine de Galezas^ et leur fist 
oster tous ferremens de moulins et tous vivres de leur 
chemin, et qui pis est, à ce qu'on disoit, avoit fait 
empoisonner tous les vins estans audit lieu de Galezas, 
jusques où vindrent les Suysses et en beurent tout 
leur saoul, mais au dyable celluy qui en eut mal. 
Guères ne furent aux champs que vivres ne leur 



cri est resté la devise de cette branche de la maison de Glermont. 
Il mourut à Ferrare en 1512. 

Jacques de Daillon, s"" du Lude, sénéchal d'Anjou, capitaine de 
50 hommes d'armes , fils de Jean de Daillon , gouverneur du 
Dauphiné; il épousa Jeanne d'IUiers. 

1. A l'instigation de Mathieu Schiner, évéque de Sion, les 
Suisses mirent un si haut prix à leur alliance que Louis XII 
renonça à les employer à l'avenir. Mathieu Schiner était devenu 
notre mortel ennemi depuis que le roi avait refusé de lui accor- 
der une pension. 

2. Treillina, hameau de la commune de San-Germano, province 
de Novare. 

3. Galeazzo, hameau de la commune de Donelasco, province de 
Pavie. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 213 

faillissent , parquoy leur en convint retourner en 
leur pays où ilz furent tousjours conduitz de près 
affin qu'ilz ne meissent le feu en nulz villages. Il alla 
des adventuriers françois audit lieu de Galezas qui 
voulurent boire du vin qu'on avoit empoisonné pour 
les Suysses, mais il en mourut plus de deux cens*. Il 
fault dire que Dieu s'en mesla ou que l'espice estoit 
demourée au fons du tonneau. Or je laisseray ung 
peu ceste matière et je retourneray à la guerre du 
pape et du duc de Ferrare ; mais premier déclaireray 
une merveilleuse et périlleuse adventure qui advint à 
ceulx de Lignago en la mesme année. 



CHAPITRE XLI. 

Comment ceulx de la garnison de Lignago firent une 
course sur les Véniciens par V advertissement de 
quelques espies qui les trahirent, parquoy ils furent 
desfaictz. 

Quant le gentil chevalier de la Crote se fut mis en 
ordre dedans Lignago, peu demoura de jours qu'il ne 



1. Il est presque superflu d'avertir le lecteur que l'anecdote 
racontée ici par le Loyal serviteur est controuvée, et de laver le ma- 
réchal de Ghaumont de l'accusation lancée contre lui. Les Suisses, 
sans artillerie et sans pontonniers, toujours côtoyés par le maréchal 
de Ghaumont, qui avait fait ruiner le pays et détruire les barques 
et les ponts, ne purent avancer beaucoup dans une contrée cou- 
pée de canaux et de rivières et dénuée de toute ressource, et furent 
bientôt obligés de rétrograder sans que l'on eût besoin d'employer 
contre eux les moyens abominables dont il est question dans ce 
passage. 



2il4 HISTOIRE DE BAYART 

tumbast malade et fut en grant dangier de mort. Il 
avoit tout plain de jeunes gens et voulentaires, dont 
entre autres estoit ung gentilhomme appelle Guyon 
de CantiersS fort hardy et courageux plus que de con- 
duicte. Les Véniciens venoient aucunes fois courir 
jusques devant ceste place de Lignago, mais ceulx 
de dedans icelle mis en garnison n'osoient sortir, car 
il leur estoit seullement en charge de la garder seure- 
ment. Ce Guyon de Gantiers avoit des espies de çà et 
de là, et fist tant qu'il print congnoissance à quelc'un 
de la ville de Montaignane ^, distant de Lignago douze 
ou quinze mille, lequel venoit bien souvent veoir 
icelluy de Gantiers en sa place, et luy tenoit tousjours 
propos que, si quelquefois vouloit sortir avecques 
nombre de gens de cheval et de pied non pas 
trop grant, il ne fauldroit point de prendre pri- 
sonnier le providadour de la seigneurie de Venize, 
messire André Grit, car souvent venoit audit Montai- 
gnane avecques deux ou trois cens chevaulx légiers, 
et que, estant icelluy de Gantiers et ses compaignons 
embuschez auprès de la ville par ung matin avant 
jour, ne fauldroient point, ainsi que le providadour 
sortiroit, de le prendre, et quant et quant ^ la ville, et 
icelle piller ; et se faisoit fort le galant d'advertir seu- 
rement le jour qu'il y feroit bon. Gantiers, qui grant 
désir avoit de faire courses, et aussi d'atraper ce 
beau butin, l'asseura qu'il n'y auroit point de faulte, 
mais qu'il feust adverty au vray, ce que l'autre luy 

i . Guy de Gantiers, fils de Robert de Gantiers, s' de Rueil, et 
d'Antoinette de Guichard, d'une famille de Normandie. 

2. Montagnana, province de Padoue. 

3. Quant et quant, ensuite. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 215 

promist assez; et puis s'en retourna à Montaignane, 
où luy arrivé donna à entendre à celluy qui l'avoit 
en garde pour la Seigneurie la menée qu'il avoit faicte 
à ceulx de Lignago, et que s'ilz vouloient bien jouer 
leur personnage, ne fauldroient point d'avoir à leur 
mercy la pluspart de ceulx de la garnison, et par 
ainsi de ayséement reprendre la place qui leur estoit 
de merveilleuse importance. Le cappitaine de Montai- 
gnane trouva cest advis très bon, et incontinent le 
fist entendre par homme exprès au providadour 
messire André Grit, qui amena trois cens hommes 
d'armes, huyt cens chevaulx légiers et deux mille 
hommes de pied. De ceste bende à deux ou trois mille 
dudit Montaignane luy arrivé, envoya deux cens hommes 
d'armes et mille hommes de pied en embusche, les- 
quelz furent instruitz laisser passer ceulx qui sorti- 
roient de Lignago, et puis après leur clorre le pas- 
sage. Hz ne misrent pas en oubly ce qu'on leur avoit 
chargé, aussi jouèrent-ilz fort bien leur rolle. L'espie 
de Montaignane retourna pour parler à Guyon de Gan- 
tiers, qui luy fist grosse chère, luy demandant qui 
le menoit ' ; lequel, en homme asseuré respondit : 
« Bonnes nouvelles pour vous si vous voulez, car à 
ce soir arrive en nostre ville messire André Grit, avec 
deux cens chevaulx seullement ; si vous voulez partir 
une heure ou deux devant jour, je vous conduiray et 
ne fauldrez point de l'empoigner. > Qui ftit bien aise? 
ce fut Gantiers, lequel s'en vint incontinent à ses 
compaignons, mesmement à ung gentilhomme qu'on 

1. Qui le menait, ce qui l'amenait. 



2116 HISTOIRE DE BAYART 

appelloit le jeune Malerbe^ qui portoit leur en- 
seigne, et leur compta l'affaire de point en point. 
Jamais chose ne fut trouvée meilleure, et quant à 
leur vouloir n'estoit question que de partir, mais il 
convenoit avoir congé. Le cappitaine la Grote gardoit 
encores sur jour quelque peu le lict pour n'estre pas 
trop bien revenu de sa maladie. Si allèrent vers luy 
lesditz seigneurs de Gantiers et Malerbe, luy supplier 
leur donner congé de faire une course où ilz auroient 
gros honneur etgrant prouffit. Si luy comptèrent l'en- 
treprinse d'ung bout à l'autre. Quant il eut ouy leurs 
raisons, respondit en sage et advisé chevalier, et dist : 
« Messeigneurs, vous sçavez que j'ay ceste place sur 
ma vie et sur mon honneur pour la garder seulement. 
S'il advenoit que eussiez rencontre autre que bonne, 
je seroys destruit et perdu à jamais , et davantage le 
reste de mes jours ne vivroys qu'en mélencolie ; par- 
quoy ne suis pas délibéré de vous donner congé. » Ilz 
commencèrent à luy faire des plus belles remons- 
trances du monde en disant qu'il n'y avoit nul dangier, 
que leur espie estoit asseuré , et tant luy en dirent 
d'unes et d'autres que moytié de gré, moytié par 
importunité, leur donna congé; mais au vray dire 
c'estoit quasi à force. Gela ne leur donnoit riens, car 
le cerveau boulloit encores dedans leur teste, et à 
quelque péril que blé se vendist, voulurent essayer 
leur mauvaise fortune. Hz en advertirent tous leurs 
compaignons, qu'ilz tirèrent à leur cordelle^; et 

1. Peut-être Jacques de Malherbe, s' de Bouillon et d'Écorche- 
beuf, fils de Guillaume et de Robine de Grieu. 

2. Qu'ils tirèrent à leur cordelle, qu'ils entraînèrent à leur avis. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 217 

quant ilz congneurent que l'heure approchoit en 
firent monter jusques à cinquante à cheval, tous 
honimes d'armes que Malerbe menoit, et environ trois 
cens hommes de pied que conduysoit Guyon de Gan- 
tiers. 

Sur les deux heures après minuyt, partirent de 
Lignago, leur double espie avecques eulx, qui les con- 
duysoit à l'escorchouer. Il n'est riens si certain que 
c'estoit toute fleur de chevalerie ce qui sortit de 
Lignago quant à hardiesse, mais jeunesse estoit 
avecques eulx de compaignie. Hz se misrent ensemble 
le long du grant chemin qui alloit dudit Lignago à 
Montaignane, les gens de pied devant et ceulx de 
cheval à leur esle. Tant allèrent qu'ilz approchèrent 
la première embusche des gens de la Seigneurie qui 
estoient en ung petit village, mais ne se doubtans de 
rien passèrent oultre et poussèrent jusques à ung 
petit mille de Montaignane. Alors leur dist l'espie : 
« Messeigneurs , laissez-moy aller, et vous tenez icy 
tous serrez ; je voys sçavoir dedans la ville quel il y 
fait pour vous en advertir. » Ilz le laissèrent aller, 
mais trop mieulx leur eust valu luy avoir couppé la 
teste, car il ne fut pas si tost arrivé qu'il n'allast au 
seigneur messire André Grit auquel il dist : « Sei- 
gneur, je vous ay amené la corde au col la pluspart 
de ceulx de Lignago , et n'est possible qu'il s'en peust 
saulver un seul, si vous voulez, car desjà ont-ilz passé 
vostre embusche et sont à ung mille d'icy. » Messire 
André Grit fut incontinent à cheval et tous ses gens 
pareillement tant de cheval que de pied, et se gec- 
tant hors de la ville envoya environ cent hommes de 
cheval pour escarmoucher, qui bientost trouvèrent 



218 HISTOIRE DE BAYART 

les François, lesquelz furent joyeulx à merveilles, 
pensant qu'il n'y eust autre chose, et que le provi- 
dadour feust en ceste troppe. Les François à cheval 
commencèrent charger, et les autres tournèrent le dos 
jusques à ce qu'ilz feussent sur la grosse troppe; 
laquelle, quant ilz l'apperceurent, s'estonnèrent beau- 
coup et retournèrent aux gens de pied ausquelz ilz 
dirent : « Nous sommes trahiz, car ilz sont trois mille 
hommes ou plus ; il fault essayer à nous saulver. » 
Ceulx de la Seigneurie les suyvoient à grosse furye 
criant : « Marco ! Marco ! a carne ! a carne M » et 
chargèrent rudement les François lesquelz misrent 
leurs gens de pied devant, et leurs gens de cheval sur 
leur queue pour les soutenir; et de fait reculèrent 
sans perdre jusques au village où estoit la première 
embusche des Véniciens qui, au son de la trompette, 
suyvant la charge qu'ilz avoient, commencèrent à 
sortir et se gectèrent entre Lignago et les François ; 
par ainsi furent enclos et assailliz par deux costez. 
Et fault entendre que depuis que Dieu créa ciel et 
terre, pour le petit de gens ne fut mieulx combatu 
pour ung jour, car le combat dura plus de quatre 
heures sans que les François qui tousjours se retiroient 
peussent estre deffaictz. D'une chose s'advisa messire 
André Grit; c'est qu'il fit gecter sur les esles quel- 
ques arbalestriers de cheval, qui vindrent donner 
dans les gens de pied, de sorte qu'ilz leur firent 
rompre une partie de leur ordre. Toutesfois tousjours 
se retirèrent vers leur place, laquelle ilz approchèrent 

1. A carne, cette exclamation répond à peu près au français : 
en pièces. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 219 

à quatre mille ; mais là les convint demeurer, car ilz 
furent chargez par tant d'endroitz et de telle sorte 
que la pluspart des hommes d'armes furent mis à 
pied, car leurs chevaulx turent tuez. Quant Guyon de 
Gantiers veit que tout estoit perdu, comme ung lyon 
eschaufifé, va entrer dedans les gens de pied de la 
Seigneurie où il fist merveilles d'armes, car il en tua 
de sa main cinq ou six; mais il avoit trop petit 
nombre au pris des autres, si luy fut force là de- 
mourer abatu et tué avecques tous ses trois cens 
hommes, sans que nul en eschappast vif. Le cappi- 
taine Malerbe c'estoit, avecques si peu de gens à 
cheval qu'il avoit encores, tiré aux champs, où il 
combatit l'espace d'une grosse heure, mais enfin il fut 
prins prisonnier et vingt et cinq de ses compaignons. 
Le demeurant y mourut, et pour conclusion n'es- 
chappa homme vivant pour en aller dire les nouvelles 
à Lignago. 

Quant messire André Grit veit du tout la vic- 
toire sienne, se va adviser d'une subtilité. G'est 
qu'il fist tous les gens de pied françois , qui estoient 
mors, despouiller et désarmer, et en fait vestir des 
siens autant, prent les habillemens des gens d'armes, 
leurs chevaulx et plumailz, et les baille à de ses gens ; 
et davantage leur bailla cent ou six vingtz de ses 
hommes qu'ilz emmenoient comme prisonniers, et 
leur faisoit conduyre trois faulcons que ceulx de 
Lignago avoient menez ; puis leur dist : « Allez en 
ceste sorte jusques à Lignago, et quant serez auprès 
cryez : « France ! France ! victoire ! victoire ! » Geulx 
de dedans penseront que ce soyent leurs gens qui 
ayent gaigné; et pour encores mieulx leur donner à 



220 HISTOIRE DE BAYART 

congnoistre, oultre leurs enseignes, emporterez en- 
cores deux ou trois des nostres; je ne fais nulle 
doubte qu'ilz ne vous ouvrent la porte. Saisissez-vous 
en, et je seray à un ject d'arc de vous, et au son de 
la trompette je me rendray là incontinent. Ainsi, 
aujourd'huy, si sçavez bien conduyre l'affaire, repren- 
drons Lignago, qui est de telle importance à la Sei- 
gneurie que sçavez. » Ce qui leur fut commandé fut 
très bien exécuté, et menant feste et joie appro- 
chèrent d'ung gect d'arc Lignago, sonnant trompettes 
et clérons. Le seigneur de la Grote avoit ung lieute- 
nant en la place qui s'appelloit Bernard de Villars, 
ancien sage chevalier qui avoit beaucoup veu. Il monta 
sur la tour du portail pour veoir venir ses gens qui 
démenoient si grant joie, affin de leur faire ouvrir la 
porte. Il regarda de loing leur contenance, dont il 
s'esbahyt, et dist à ung qui estoit auprès de luy : 
« Velà les chevaulx et les acoustremens de noz gens, 
mais m'est advis que] ceulx qui sont dessus ne che- 
vauchent point à nostre mode et ne sont point des 
nostres, ou je suis déceu. Il y pourroit bien avoir du 
malheur en nostre endroit, et le cueur le me juge. Je 
vous prie, descendez et faictes abaisser la planchette 
du pont et puis dictes qu'on la retire. Si ce sont noz 
gens, vous en congnoistrez assez ; si ce sont ennemys, 
pensez de vous saulver à la barrière. J'ay icy deux 
pièces chargées; s'il est besoing, en serez secouru. » 
Au dire du cappitaine Bernard descendit le compai- 
gnon, qui sortit hors de la place, cuydant venir au 
devant de ses gens, en demandant : « Qui vive? où 
est le cappitaine Malerbe? » Hz ne respondirent riens, 
mais cuydans que le pont feust abaissé, commencé- 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 221 

rent à course de cheval marcher. Ledit compaignon 
se sauva tellement quellement en la barrière. Alors 
furent tirées les deux pièces d'artillerie, qui les arrêta 
sur le cul. Ainsi fut saulvée la place de Lignago pour 
ceste fois, mais les François y eurent grosse honte et 
perte, dont plusieurs s'apperceurent. Quant le povre 
seigneur de la Crote eut entendu le piteux affaire, il 
cuyda mourir de dueil . Le roy de France en fut des- 
plaisant à merveilles et luy en cuyda en faire faire 
ung mauvais tour; mais cela s'appaisa par le moyen 
du seigneur Jehan- Jacques, qui estoit pour lors venu 
en France pour tenir sur fonds madame Renée, fille 
du roy Loys douziesme et de Anne, sa femme, du- 
chesse de BretaigneS lequel luy fîst plusieurs remons- 
trances à la descharge dudit seigneur de la Crote. Or, 
laissons ce propos et retournons au pape Julles second, 
qui marchoit vers Ferrare. 



CHAPITRE XLIL 

Comment le pape Julles vint en personne en la duché de 
Ferrare, et comment il mist le siège devant la Myran- 
dolle. 

Le pape Julles, qui désiroit à merveilles recouvrer 
le duché de Ferrare, que prétendoit estre de l'Église, 
dressa une grosse armée qu'il fist en Boulenoys pour 
l'amener en ladicte duché, et s'en vint de journée en 
journée loger en ung gros village qu'on appelle Sainct- 

1. Renée de France, née le 25 octobre 1510; elle épousa Her- 
cule d'Esté, duc de Ferrare, et mourut en 1576. 



222 HISTOIRE DE BAYART 

Félix, entre la Concorde* et La Myrandolle^. Le duc 
de Ferrare et tous les François qui estoient avecques 
luy s'estoient venuz loger à douze mille de Ferrare, 
entre deux bras du Pau, en ung lieu dit l'Ospitalet^, 
où il fist dresser ung pont de bateaulx qu'il faisoit 
très-bien garder, car par là souvent ses ennemys 
estoient escarmouchez. Le pape, arrivé à Sainct-Félix, 
manda à la contesse de la Myrandolle*, que fille natu- 
relle estoit du seigneur Jean- Jacques de Trévolz, alors 
veufve, qu'elle voulsist mettre sa ville de la Myran- 
dolle entre ses mains, parce qu'elle luy estoit néces- 
saire pour son entreprinse de Ferrare. La contesse qui, 
suyvant le cueur de son père, estoit toute Françoise et 
sçavoit très bien que le roy de France favori soit et 
secouroit le duc de Ferrare, ne l'eust fait pour mourir. 
Elle avoit ung sien cousin germain , appelle le conte 
Alexandre de Trévolz % avecques elle, qui ensemble 
firent response à celluy qui estoit venu de par le 
Sainct-Père ; et luy fut dit que quant il lui plairoit s'en 
pourroit bien retourner et dire à son maistre que 
pour riens la contesse de la Myrandolle ne bailleroit 
sa ville, qu'elle estoit sienne, et que Dieu aydant, la 
sçauroit bien garder contre tous ceulx qui la luy voul- 
droient oster. De ceste response fut courroucé mer- 

\. San-Felice sul Panaro et Concordîa, province de Modène, dis- 
trict de La Mirandole. 

2. Mirandola, à 7 1. N.-E. de Modène. 

3. Ospitaletto di Dondeno, hameau de la commune de Bondeno, 
province de Ferrare. 

4. Françoise Trivulce, fille du maréchal de ce nom et veuve de 
Louis Pic, S' de La Mirandole et de la Concorde. 

5. Alexandre Trivulce, fils de Jérôme Trivulce et de Marguerite 
de Valpergue, officier au service de la France; il mourut en 1545. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 223 

veilleusement le pape, et jura sainct Pierre et sainct 
Paul qu'il l'auroit par amour ou par force. Si com- 
manda à son nepveu le duc d'Urbin^ cappitaine 
général de son armée, que le lendemain il y allast 
mettre le siège. Le conte Alexandre de Trévolz, qui 
n'en pensoit pas moins, envoya devers le duc de 
Ferrare et les cappitaines françois à l'Ospitalet, qui 
n'estoit que à douze mille, leur supplier, pour ce qu'il 
ne se sentoit pas bien garny de gens pour l'heure, et 
qui de jour en autre espéroit^ le siège, qu'on luy 
envoyast jusques à cent bons compaignons et deux 
canonniers. La chose luy fut aysément accordée, car 
la perte de la Myrandolle estoit de grosse importance 
au duc de Ferrare, qui estoit ung gentil prince, saige 
et vigillant à la guerre, et qui scet quasi tous les sept 
ars libéraulx et plusieurs autres choses mécanicques, 
comme fondre artillerie, dont il est aussi bien garny 
que prince son pareil de tout le monde, et si en scet 
très bien tirer, faire les affustz et les boulletz. Or, 
laissons ses vertus là, car assez en avoit et a encores. 
Par l'advis des cappitaines françois il envoya à la 
Myrandolle les deux canonniers et les cent compai- 
gnons qu'on demandoit, et avecques eulx allèrent 
deux jeunes gentilzhommes , l'ung du Daulphinè, 
appelle Monchenu^, nepveu du seigneur de Montoison, 

1. François-Marie de Rovère, duc d'Urbin, neveu du pape 
Jules II, fils de Jean de Rovère et de Jeanne de Montefeltre ; il 
épousa Éléonore de Gonzague. Il était, disait-on, ami secret des 
Français et usa toujours de son influence pour engager son oncle 
à la paix. 

2. Espérer, attendre. 

3. Marin de Montchenu, s' de Montchenu, maître d'hôtel de 
François I*' dont il partagea la captivité. Il commandait 12,000 



224 HISTOIRE DE BAYART 

et l'autre, nepveu du seigneur du Lude, qu'on appel- 
loit Ghantemerle^ du pays de la Beausse, ausquelz au 
partir le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
dist : « Mes enfans, vous allez au service des dames; 
monstrez-vous gentilz compaignons pour acquérir leur 
grâce et faictes parler de vous. La place où vous allez 
est très-bonne et forte, si le siège y vient vous aurez 
honneur à la garder. » Et plusieurs autres joyeulx 
propos leur disoit le bon chevalier pour leur mettre 
le cueur ou ventre. Si monta luy-mesmes à cheval 
avecques sa compaignie pour leur faire escorte, et 
si bien les conduysit qu'ilz entrèrent dedans la ville 
où ilz furent receuz de la contesse et du conte 
Alexandre très honnestement. Hz n'y furent jamais 
trois jours que le siège ne feust devant et l'artillerie 
plantée sur le bort du fossé, qui commencea à tirer 
fort et royde, et ceulx de la ville, qui ne monstroient 
pas tiltre d'esbaissement, leur rendoient la pareille au 
mieulx qu'ilz povoient. Le bon chevalier, qui ne plai- 
gnit jamais argent pour sçavoir que faisoient ses enne- 
mys, avoit ses espies, qui souvent luy rapportoient 
nouvelles du camp et du pape qui estoit encores à 
Sainct-Félix, et comment il se délibéroit de partir dedans 
ung jour ou deux, pour aller au siège qu'il avoit fait 
mettre devant la MyrandoUe. Il renvoya encores ung 



lansquenets à Pavie, fut bailli du Viennois et lieutenant-général 
du Lyonnais et Beaujolais. Il était fils d'Antoine de Montchenu 
et de Louise de Glermont, et épousa Antoinette de Pontbriand. 
1 . Probablement Marc de Ghantemerle, s"" de la Clayette, fils de 
Humbert de Ghantemerle et de Anne de Belleronce. Il était neveu 
du capitaine la Clayette dont il a été parlé ci-dessus, et il épousa 
Glauda de Damas. 



à 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 2S|5 

desditz espies à Sainct-Félix, dont ilz n'estoient que à 
dix mille, pour entendre au vray quant le pape parti- 
roit. Il fist si bonne inquisition qu'il sceut pour vray que 
le lendemain yroit en son camp. Si en vint advertir 
le bon chevalier, qui en fut bien ayse, car il avoit 
telle chose pensée, qu'il espéroit prendre le pape et 
tous ses cardinaulx ; ce qu'il eust fait n'eust esté ung 
inconvénient qui advint, comme vous orrez. 



CHAPITRE XLIII. 

Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
cuyda prendre le pape entre Sainct-Félix et la 
Myrandolle, et à quoy il tint. 

Le bon chevalier s'en vint au duc de Ferrare et au 
seigneur de Montoison , ausquelz il dist : « Messei- 
gneurs, je suis adverty que demain matin le pape 
veult desloger de Sainct-Félix pour aller à la Myran- 
dolle. Il y a six grans n^He de l'ung à l'autre. J'ai 
advisé une chose, si la trouvez bonne, dont il sera 
mémoire d'icy à cent ans. A deux mille de Sainct- 
Félix, y a deux ou trois beaulx palais qui sont 
habandonnez pour l'occasion de la guerre ; je suis déli- 
béré toute ceste nuyt m'en aller loger avec cent 
hommes d'armes, sans paige ne varlet, dedans l'ung 
de ses palais, et demain au matin, quant le pape 
deslogera de Sainct-Félix (je suis informé qu'il n'a 
que ses cardinaulx, évesques et prothonotaires et bien 
cent chevaulx de sa garde), je sortiray de mon em- 
busche ; et n'y aura nulle faulte que je ne l'empoigne, 

15 



226 M HISTOIRE DE BAYART 

car l'alarme ne sçauroit estre si tost au camp que je 
ne me sauve, veu qu'il n'y a que dix mille d'icy là. 
Et prenez le cas que je f eusse poursuivy, vous, mon- 
seigneur, dist-il au duc de Ferrare, et monseigneur 
de Montoison, passerez le matin le pont avecques 
tout le reste de la gendarmerie et me viendrez 
attendre à quatre ou cinq mille d'icy pour me re- 
cueillir, si par cas fortuit m'arrivoit inconvénient. » 
Oncques chose ne fut trouvée meilleure que la parolle 
du bon chevalier, ne restoit que à l'exécuter ; ce que 
guères ne tarda, car toute la nuyt après avoir bien fait 
repaistre les chevaulx print cent hommes d'armes 
tous esleuz et puis, après que chascun fut en ordre 
comme pour attendre le choc, s'en va avecques son 
espie le beau pas, droit à ce petit village. Si bien luy 
advint qu'il ne trouva ne homme ne femme pour 
estre descouvert, et se logea environ une heure 
devant jour. Le pape qui estoit assez matineux estoit 
desjà levé, et quant il veit le jour monta en sa lictière 
pour tirer droit en son camp et devant estoient pro- 
thonotaires, clercs et officiers de toutes sortes qui 
alloient pour prendre le logis ; et sans penser aucune 
chose, s' estoient mis à chemin. Quant le bon cheva- 
lier les entendit, ne fîst autre demeure, ains sortit 
de son embusche et vint charger sur les rustres qui, 
comme fort effrayez de l'alarme, retournèrent picquans 
à bride abatue dont ilz estoient par tiz, crians : « Alarme ! 
alarme ! » Mais tout cela n'eust de riens servy que 
le pape, ses cardinaulx et évesques n'eussent esté 
prins, sans ung inconvénient qui fut très bon pour 
le Sainct-Père et fort malheureux pour le bon cheva- 
lier. C'est qu'ainsi que le pape fut monté en sa lictière 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. Î8!*7 

et sorty hors du chemin de Sainct-Félix, ne fut pas à 
ung gect de boulle qu'il ne tumbast du ciel la plus 
aspre et véhémente neige qu'on eust veu cent ans 
devant , mais c'estoit par telle impétuosité que l'on 
ne voyoit pas l'ung l'autre. Le cardinal de Pavye^ qui 
estoit alors tout le gouvernement du pape, lui dist : 
« Pater Sancte, il n'est pas possible d'aller par pays 
cependant que cecy durera. Il est plus que néces- 
saire, et me semble que devez, sans tirer oultre, 
retourner. » Ce que le pape accorda, qui ne sçavoit 
riens de l'embusche. Et de malheur, ainsy que les 
fuyans retournoient et le bon chevalier à pointe d'es- 
peron les chassoit sans se vouloir arrester à prendre 
personne, car là ne s'estendoit point son courage, 
sur le point qu'il arrivoit à Sainct-Félix, le pape ne 
faisoit qu'entrer dedans le chasteau. Lequel au cry 
qu'il ouyt eut telle frayeur que subitement et sans 
ayde sortit de sa lictière, et luy-mesmes ayda à lever 
le pont, qui fut fait d'homme de bon esperit, car s'il 
eust autant demouré qu'on mectroit à dire ung Pater 
noster, il estoit croqué. Qui fut bien marry? ce fut le 
bon chevalier, car encores qu'il sceust le chasteau 
n'estre guères fort et qu'en ung quart d'heure se pour- 
roit prendre, si n'avoit-il nulle pièce d'artillerie; et 
puis d'ung autre costé pensoit bien qu'il seroit des- 
couvert incontinent à ceulx du camp de la Myrandolle, 
qui luy pourroient faire recevoir une honte. Si se 
mist au retour après qu'il eut pris tant de prison- 
niers qu'il voulut, où entre autres il y avoit deux 

1. François Aledosi, évêque de Pavie et de Bologne, cardinal 
en 1505, néàln^ola; il fut tué par le duc d'Urbin, ainsi que nous 
le verrons plus loin. 



%%S HISTOIRE DE BAYART 

évesques portatifz^ et force muletz de cariage, que 
ses gens d'armes emmenèrent. Mais oncques homme 
ne retourna si mélancolie qu'il estoit d'avoir failly si 
belle prinse, combien que ce ne fut pas sa faulte, car 
jamais entreprinse ne fut mieulx ne plus subtillement 
conduicte. Quant il fut arrivé vers le duc de Ferrare, 
le seigneur de Montoison et ses autres compaignons 
qu'il trouva à six mille de leur pont pour le recevoir 
et secourir si besoing en eust eu, et qu'il leur eut 
compté sa deffortune^, furent bien marris; toutesfois 
ilz le réconfortèrent le mieulx qu'ilz peurent, luy 
remonstrant que la faulte n'estoit pas venue de luy, 
et que jamais homme ne fist mieulx. Ainsi l'emme- 
nèrent tousjours, devisans de joyeuses parolles et 
preschans, avecques leurs prisonniers, dont dessus le 
chemin en renvoyèrent à pied la pluspart. Les deux 
évesques payèrent quelque légière rançon et puis 
s'en retournèrent. y.p «y 

Le pape demoura dedans le chasteau de Sainct- 
Félix, lequel de la belle paour qu'il avoit eue 
trembla la fiebvre tout au long du jour, et la nuyt 
manda son nepveu, le duc d'Urbin, qui le vint 
quérir avecques quatre cens hommes d'armes et le 
mena en son siège, où il fut tant que la MyrandoUe 
fut prise. Bien y demoura trois sepmaines devant, et 
ne l'eust jamais eue sans ung inconvénient qui advint ; 
c'est qu'il neigea bien six jours et six nuytz sans 
cesser, et tellement que la neige estoit dedans le 
camp de la haulteur d'ung homme. Après la neige il 

1. Evesques portatifs (episcopi portantes), évêques sans charge 
d'âmes ou in partibus. 

2. Deffortune, mauvaise fortune. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 229 

gela si fort que les fossez de la Myrandolle le furent de 
plus de deux grans piedz , en sorte que de dessus le 
bort tumba ung canon avecques son affust, qui ne rom- 
pist point la glace. L'artillerie du pape avoit fait deux 
bonnes et grandes berches ; ceulx qui est oient dedans 
n'espéroient aucunement que de part du monde on 
leur allast lever le siège, car le seigneur de Chau- 
mont, grant-maistre de France et gouverneur de 
Milan, avecques le reste de l'armée du roy son 
maistre, se tenoit à Rege\ laquelle il faisoit remparer 
chascun jour, doublant que le pape, après la prise 
de la Myrandolle, n'allast là : lequel avoit grosse 
puissance, car la pluspart de l'armée du roy d'Es- 
paigne estoit avecques luy, et celle des Véniciens, qui 
jà avoient prins son aliance. Si eut conseil le conte 
Alexandre et la contesse de rendre la ville, les vies 
franches; mais le pape vouloit tout avoir à sa mercy. 
Toutesfois cela se traicta par le moyen du duc d'Ur- 
bin qui avoit tousjours le cueur françois , car le roy 
de France Loys douziesme l'avoit nourry en jeunesse, 
et sans luy le Sainct-Père n'eust pas esté si gracieux-. 
Quant les nouvelles de la prise de la Myrandolle 
furent sceues ou camp du duc de Ferrare, toute la 
compaignie en fut desplaisante à merveilles. Le duc 
se doubta que bientost seroit assiégé à Ferrare; si 
defïist son pont et se retira avecques toute son armée 
en sa ville, délibéré jusques au derrenier jour de sa 
vie la garder. Le pape ne daigna entrer dedans la ville 
de la Myrandolle par la porte ; il fist faire ung pont par 



1. Reggio neW Emilia, évêché du duché de Modène. 

2. La capitulation de la Mirandole eut lieu le 20 janvier 1511. 



230 HISTOIRE DE BAYART 

dessus le fossé, sur lequel y passa et entra dedans par 
une des berches. Il s'i tint quelques jours, où par 
tous les moyens du monde advisoit comment il pour- 
roit dommager le duc de Ferrare. 



CHAPITRE XLIV. 

Comment le pape envoya une bende de sept à huyt mille 
hommes devant une place du duc de Ferrare, nom- 
mée la Bastide, et comment Hz furent deffaictz par 
Vadvis du bon chevalier sans paouret sans reprouche. 

Quant le pape fut dedans la Myrandolle, fist ung 
jour assembler son nepveu et tous les cappitaines, 
tant de cheval que de pied, ausquelz il dist comment 
il vouloit sans plus autre chose entreprendre aller 
mettre le siège devant Ferrare ; si vouloit sur ce avoir 
leur advis, et comment la chose se pourroit plus seu- 
rement conduire; car il sçavoit ladite ville forte à 
merveilles et bien garnye de bonnes gens de guerre 
et d'artillerie, et que à grant peine, sans faulte de 
vivres, l'auroit-il qu'elle ne luy coustast beaucoup, 
mais par ce point les feroit-il venir à la raison, con- 
sidéré qu'il avoit le moyen de leur coupper le pas- 
sage du Pau, que au-dessus de Ferrare ne leur vien- 
droit riens, et du dessoubz que les Véniciens aussi 
garderoient bien qu'ilz n'en auroient point. Il n'y eut 
celluy qui n'en dist son oppinion, tant que ce fut à 
parler à ung cappitaine de la seigneurie de Venise, 
qu'on appelloit Jehan Fort, qui en son langaige et en 
s'adressant au pape dist : « Très Sainct-Père, j'ay ouy 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 231 

les oppinions de tous messeigneurs qui sont icy en 
présence; et à les ouyr, concluent, suyvant ce 
qu'avez proposé que, en gardant que par le Pau 
n'entrent vivres dedans Ferrare, et que par l'isle soit 
assiégée, en peu de jours sera affamée; je congnois 
le pays, et en a beaucoup et de bon le duc de Fer- 
rare. Par Argenté^ luy pourront vivres venir en 
habondance, mais à cela pourvoyroit-on bien. D'autre 
part, il a ung pays qu'on appelle le Polesme de 
Sainct-George ^, qui tant est garny de biens que, 
quant d'ailleurs n'en viendroit à Ferrare, il est suffi- 
sant la nourrir ung an ; et est bien difficille de garder 
qu'il n'en eust de là, sans prendre une place à vingt 
et cinq mille dudit Ferrare, qu'on appelle la Bastide^ ; 
mais si elle estoit prise, je tiendrois la ville affamée 
en deux moys, au grant peuple qui est dedans. — 
A grant peine eut le cappitaine Jehan Fort achevé son 
propos que le pape ne dist : « Or, à coup, il fault avoir 
ceste place ; je ne seray jamais à mon ayse qu'elle ne 
soit prise. » Si furent ordonnez deux cappitaines 
espaignolz avecques deux cens hommes d'armes, ce 
cappitaine Jehan Fort avecques cinq cens chevaulx 
légiers, et cinq ou six mille hommes de pied pour 
aller exécuter ceste entreprise, acompaignez de six 
pièces de grosse artillerie. Eulx assemblez, se misrent 
à chemin et allèrent sans rencontre trouver jusques 
devant la place. Quant le cappitaine qui en avoit la 
garde veit si grosse puissance, eut frayeur, et non 

1. Argenta, province de Ferrare. 

2. Polesme est une faute d'impression. Il s'agit de la partie de 
la Polesine nommée aujourd'hui Polesine de Ferrare. 

3. Bastida di Fossa-Geniolo, province de Ferrare. 



232 fflSTOIRE DE BAYART 

sans cause, car il n'estoit pas à l'heure fort bien 
garny de gens de guerre ; toutesfois il délibéra de 
faire son debvoir et d'advertir le duc son maistre de 
son inconvénient. Les gens du pape ne firent autre 
séjour, sinon, après eulx estre logez, asseoir leur 
artillerie, et commencea à batre la place à force. Le 
cappitaine avoit fait secrètement partir ung homme, 
par lequel il mandoit au duc son affaire, et que s'il 
n'estoit secouru en vingt et quatre heures il se voyoit 
en dur party parce qu'il n'avoit pas gens dedans pour 
deffendre à la puissance qu'il avoit devant luy. 

Le messager fist extrême diligence , et fut environ midy 
à Ferrare, ainsi ne mist point six heures. Le bon che- 
valier estoit allé à l'esbat à une porte par où entra 
le messager, qui fut enquis à qui il estoit et amené 
devant luy, qui luy demanda dont il venoit; lequel 
respondit asseuréement : « Monseigneur, je viens de 
la Bastide, laquelle est assiégée de sept ou huyt mille 
honmies, et m' envoyé le cappitaine dire au duc que 
s'il n'est secouru, il ne sçauroit tenir demain tout au 
long du jour, au moins s'ilz luy livrent assault. — 
Gomment, mon amy, est si mauvaise la place? — 
Non, dist le messagier, ains une des bonnes d'Italye; 
mais il n'a que vingt-cinq hommes de guerre dedans, 
qui n'est pas pour la deffendre contre la force des 
ennemys. — Or, venez doncques, mon amy, je vous 
mèneray devers le duc. » Hz estoient luy et le sei- 
gneur de Montoison ensemble sur leurs mules en la 
place de la ville, devisans des affaires; ilz veirent 
venir le bon chevalier qui amenoit cest homme, et 
eurent ymagination que c'estoit une espie. Si dist le 
seigneur de Montoison s'adressant au bon chevalier : 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 233 

« Mon compaignon, vous aymeriez mieulx estre mort 
que nefeissiez tous les jours quelque prinse sur noz enne- 
mys ; combien vous payera ce prisonnier pour sa rançon? 
— Sur ma foy, respondit le bon chevalier, il est des 
nostres et nous apporte d'estranges nouvelles, comme 
il dira à monseigneur. » Lors le duc l'enquist, et puis 
regarda les lettres que le cappitaine de la Bastide luy 
escrivoit. En les lisant, chascun le voyoit blesmir et 
changer de couleur, et quant il eut achevé de lire, 
haulsa les espaules et dist : « Si je pers la Bastide, je 
puis bien habandonner Ferrare , et je ne voy pas 
bien le moyen qu'elle soit secourue dedans le terme 
que celluy qui est dedans me rescript, car il demande 
secours dedans demain pour tout le jour, et il est 
impossible. — Pourquoy, respondist le seigneur de 
Montoison? » Dist le duc : « Parce qu'il y a vingt et 
cinq mille d'icy là, et davantage, au temps qu'il fait; 
il fault passer par ung chemin où, l'espace de demy- 
mille, fault aller l'ung après l'autre, et encores y a-il 
une autre chose, c'est que, si noz ennemys estoient 
avertis d'ung passage qu'il y a, vingt hommes garde- 
roient dix mille de passer ; mais je croy qu'ilz ne le 
sçavent pas. » Quant le bon chevalier sans paour et 
sans reprouche veit le duc ainsi esbahy et non sans 
cause, luy dist : « Monseigneur, quant il est question 
de peu de chose, la fortune est aisée à passer, mais quant 
il y va de sa destruction, on y doit pourveoir par tous 
les moyens qu'il est possible. Les ennemys sont devant 
la Bastide, et cuydent estre bien asseurez, parce que, 
au moyen de ce que la grosse armée du pape est près 
d'icy, leur est advis que nous n'oserions partir de 
ceste ville pour leur aller lever le siège. J'ay pensé 



234 HISTOIRE DE BAYART 

une chose qui sera fort aisée à exécuter, et si le 
malheur n'est trop contre nous, en viendrons à hon- 
neur. Vous avez en ceste ville quatre ou cinq mille 
hommes de pied, gentilz compaignons et gens aguer- 
riz le possible; prenons-en deux mille avecques les 
huyt cens Suysses du cappitaine Jacob, et les faisons 
sur la nuyt en bateaulx mettre sur l'eaue. Vous estes 
encores seigneur du Pau jusques à Argenté ; ilz nous 
yront attendre à ce passage que vous dictes. S'ilz y 
sont les premiers ilz le prendront, et la gendarmerie 
qui est en ceste ville yra par terre toute ceste nuyt; 
nous aurons bonnes guydes, et ferons de façon que y 
serons au point du jour, et ainsi nous joindrons les 
ungs avecques les autres ; noz ennemys ne se doubte- 
ront jamais de ceste entreprinse. Il n'y a du passage 
que vous dictes, sinon trois mille, ou moins encores 
jusques à la Bastide ; devant qu'ilz se soient mis en 
ordre de combatre, leur yrons livrer la bataille aigre- 
ment, et le cueur me dit que nous les defferons. » 
S'on eust donné cent mil escuz au duc n'eust pas esté 
plus joyeulx ; si respondit en soubzriant : « Par ma 
foy, monseigneur de Bayart, il ne vous est riens 
impossible ; mais je vous prometz, sur mon honneur, 
que si messeigneurs qui sont icy trouvent vostre 
oppinion bonne, je ne fiais doubte que ne facions de 
noz ennemys ce que vous dictes, et de ma part, les en 
supplie tant que je puis*. » Lors mist le bonnet hors 

1. Si dict (Bayard) au seigneur de Monteson : « Monsieur, je 
croy que estes assez adverty que les ennemis on bouté li siège 
devant la Bastide; il me semble que les devons secourir, et le 
plus tost sera le meilleur, car la place n'est pas forte » (Gham- 
pier, fol. xxxi). Montoison, d'après le même auteur, interrogea 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 235 

de la teste. Le seigneur de Montoison, hardy et 
vertueux cappitaine, respondit : « Monseigneur, nous 
n'avons mestier de prières en vostre endroit et ferons 
ce que commanderez, car ainsi l'avons en charge du 
roy nostre maistre. » Autant en dirent le seigneur du 
Ludde et le cappitaine de Fontrailles, bien délibérez 
de faire leur debvoir. Hz envoyèrent quérir les cap- 
pitaines de gens de pied, ausquelz ilz déclairèrent 
l'affaire, qui leur ftit advis estre en paradis. Le duc 
fist secrètement apprester force barques sans bruyt 
quelconque, car il y avoit des gens en la ville qui 
estoient fort bons papalistes. 

Les barques prestes , sur le soir se misrent 
les gens de pied dedans , qui eurent bons et 
seurs mariniers. Les gens de cheval, où le duc 
estoit en personne, partirent sur le commence- 
ment de la nuyt. Ilz avoient bonnes guydes, et 
quelque mauvais temps qu'il fist, furent seurement 
conduytz; et si bien leur advint que, demye-heure 
devant jour, arrivèrent lesditz gens de cheval au 
passage, où ilz ne trouvèrent nul empeschement, dont 
ilz furent très-joyeulx, et ne demoura pas demye- 
heure que les barques lesquelles amenoient les gens 
de pied n'arrivassent. Si descendirent, et puis après 
le petit pas allèrent droit à ce mauvais passage, qui 
estoit ung petit pont où ne pouvoit passer que ung 
homme d'armes de fronc, et estoit sur ung canal assez 
parfond, entre le Pau et la Bastide ^ Hz misrent bien 



ensuite les divers capitaines qui adoptèrent unanimement l'avis de 
Bayart. 
1. Vindrent jusques auprès d'une petite rivière profunde à 



236 HISTOIRE DE BAYART 

une grosse heure à passer, tellement qu'il estoit jour 
tout cler, dont le duc eut mauvaise oppinion, et parce 
qu'il n'oyoit point tirer d'artillerie doubtoit que sa 
place feust perdue. Mais ainsi qu'il en parloit aux 
cappitaines françois, va ouyr trois coups de canon 
tout d'une bende, dont luy et toute la belle et bonne 
compaignie furent fort joyeulx. Il n'y avoit pas plus 
d'ung mille jusques aux ennemys ; si commencea à 
dire le bon chevalier : « Messeigneurs, j'ay ouy tous- 
jours dire que celluy est fol qui n'estime son ennemy ; 
nous sommes près des nostres, ilz sont trois contre 
ung, s'ilz sçavoient nostre entreprinse, sans nulle 
faulte nous aurions de l'affaire et beaucoup, car ilz 
ont artillerie, et nous n'en avons point. Davantage 
j'ay entendu que ce qui est devant la Bastide est 
toute la fleur de l'armée du pape ; il les fault prendre 
en désarroy qui pourra. Je suis d'oppinion que le 
bastard du Fay, mon guydon, qui est homme sçavant 
en telles matières, par le costé où sont venuz les 
ennemys leur aille dresser l'alarme avecques quinze 
ou vingt chevaulx , et le cappitaine Pierrepont sera à 
ung gect d'arc avecques cent hommes d'armes, pour 
luy tenir escorte s'il est repoussé , et luy baillerons le 
cappitaine Jacob Zemberc avecques ses Suysses. Vous, 
monseigneur, dist-il au duc, monseigneur de Montoi- 
son, messeigneurs mes compaignons et moy, yrons 
droit au siège, où je yray devant leur faire ung alarme. 

merveille et estroicte, là où falloit passer sur ung petit pont l'ung 
après l'aultre, si firent tant qu'il passèrent sans que les ennemys 
en fussent advertis : leurs gens de pied qui estoient venus par la 
rivière du Pau furent aussi tost au petit pont que les gens de 
cheval (Ghampier, fol. xxxi). 



I 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 237 

Si celluy du bastard est premier dressé, etilz voisent^ 
I tous là, nous les enclorrons entre luy et nous ; et si 
' le nostre est le premier levé, le cappitaine Pierrepont 
et sa bende de Suysses en feront autant de leur costé. 
Cela les estonnera tant qu'ilz ne sçauront que faire, 
car ilz estimeront que nous soyons trois fois plus de 
gens que nous sommes; et surtout que toutes noz 
trompettes sonnent à l'aborder. » Oncques chose ne 
fut trouvée meilleure ; car il fault que tous lisans ceste 
histoire sachent que ce bon chevalier estoit ung vray 
registre des batailles, parquoy tout homme pour sa 
grande expérience se tenoit à ce qu'il disoit. 

Or, venons au point. Les deux bendes deslogèrent ; 
l'une alla par le chemin qu'estoient venuz les ennemys 
ainsi que ordonné avoit esté , et les autres droit à la 
place, laquelle ilz approchèrent sans estre aucunement 
apperceuz de la portée d'ung canon en bute. Si dressa 
le bastard du Fay ung aspre et chault alarme, qui es- 
tonna merveilleusement ceulx du camp ; toustesfois ilz 
commencèrent à eulx armer, monter à cheval, et aller 
droit où estoit ledit alarme. Leurs gens de pied se 
mettoient cependant en bataille, et s'ilz se feussent 
une fois rengez tous ensemble, il y eust eu combat 
mortel et dangereux pour les Ferraroys, pour le gros 
nombre qu'ilz estoient. Mais deux inconvéniens leur 
advindrent tout à ung coup ; c'est que quant ceulx 
qui repoussoient le bastard furent à deux cens pas 
loing, rencontrèrent le cappitaine Pierrepont, qui les 
rembarra à merveilles, et donna dedans eulx fière- 
ment. Les Suysses commencèrent à marcher, qui 

1 . Et ils voisent, et qu'ils aillent. 



238 HISTOIRE DE BAYART 

desjà vindrent trouver leurs gens de pied en bataille, 
et en gros nombre, comme de cinq à six mille. Si 
furent lourdement repoussez lesditz Suysses, et eus- ' 
sent esté rompuz, n'eust esté la gendarmerie qui les 
secourut, laquelle donna aux ennemys par les flancs. 
Cependant vont arriver le duc, les seigneurs de Mon- 
toison, du Lude, de Fontrailles et le bon chevalier, 
avecques leurs gens de cheval et deux mille hommes 
de pied, qui par le derrière vont envahir lesditz enne- 
mys, de sorte que tout fut poussé par terre. Le cap- 
pitaine Fontrailles et le bon chevalier apperceurent 
une troppe de gens de cheval en nombre de trois à 
quatre cens, qui se vouloient ralyer ensemble; si 
appellèrent leurs enseignes, et tournèrent ceste part ; 
et, en criant ; « France! France! duc! duc! » les 
chargèrent en façon que la pluspart alla par terre. 
Lesditz ennemys combatirent une bonne heure, 
mais enfin perdirent le camp , et qui se peut saulver 
se saulva, mais n'y en eut pas beaucoup. Le duc et 
les François y firent une merveilleuse boucherie, car 
il mourut plus de quatre ou cinq mille hommes de 
pied, plus de soixante hommes d'armes, et plus de 
trois cens chevaulxprins, ensemble avec leur bagage 
et artillerie, tellement qu'il n'y avoit celluy qui ne 
feust bien empesché d'emmener son butin. Je ne sçay 
comment les cronicqueurs et historiens n'ont autre- 
ment parlé de ceste belle bataille de la Bastide, mais 
cent ans devant n'en avoit point esté de mieulx com- 
batue ne à plus grant hazard*. Toutesfois ainsi le 



1. Le combat de la Bastide coûta au pape environ trois mille 
hommes, toute son artillerie et son bagage, et décida du salut du 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 239 

convenoit faire, ou le duc et les François estoient 
perduz, lesquelz s'en retournèrent glorieux et trium- 
phants dedans la ville, où ung chascun leur donnoit 
louenge inestimable. Sur toutes personnes la bonne 
duchesse ^ qui estoit une perle en ce monde, leur fist 
singulier recueil , et tous les jours leur faisoit banc- 
quetz et festins à la mode d'Ytalie tant beaulx que 
merveilles. Bien ose dire que de son temps ne beau- 
coup devant ne s'est point trouvé de plus trium- 
phante princesse ; car elle estoit belle, bonne, doulce 
et courtoise à toutes gens. Elle parloit espaignol, 
grec, ytalien et françoys, quelque peu très-bon latin, et 
composoit en toutes ses langues ; et n'est riens si cer- 
tain que combien que son mary feust sage et hardy 
prince, ladicte dame, par sa bonne grâce, a esté 
cause de luy avoir fait faire de bons et grans ser- 
vices. 



-«•«♦1 



CHAPITRE XLV. 



De la mort du seigneur de Mont ois on et de plusieurs 
menées que firent le pape Julles et le duc de Ferrare 
Vung contre Vautre, où le bon chevalier se monstra 
vertueux. 

Après ceste gaillarde bataille de la Bastide, le gentil 
seigneur de Montoison ne vesquit guères, car une 
fièvre continue l'empoigna, qui ne le laissa jusques 
à la mort. Ce fut ung gros dommage, et y fist France 

duché de Ferrare. Cette victoire, due à l'énergie et à la résolution 
de Bayart, est, avec le siège de Mézières dont il sera question 
plus tard, son plus beau titre de gloire. 
1 . La fameuse Lucrèce Borgia. 



2140 HISTOIRE DE BAYART 

lourde perte. Il avoit esté en sa vie ung des acom- 
plis gentilzhommes qu'on eust sceu trouver, et avoit 
fait de belles choses tant en Picardie, Bretaigne, 
Naples que Lombardie; c'estoit ung droit esmerillon, 
vigillant sans cesse, et quant il estoit en guerre tous- 
jours le cul sur la selle, au moyen de quoy estoit à 
l'heure de son trespas fort usé et cassé; mais tant 
proprement et mignonnement se contenoit qu'il sem- 
bloit ung homme de trente ans. De sa piteuse des- 
convenue furent le duc, la duchesse de Ferrare, le 
bon chevalier et tous les autres cappitaines François 
si très dolens que merveilles ; mais c'est une chose 
où on ne peult remédier. 

Le pape estoit encores à la Myrandolle, que, 
quant il sceut des nouvelles de la Bastide et de 
la deffaicte de ses gens, cuyda désespérer; et 
jura Dieu qu'il s'en vengeroit, et que pour cela ne 
demoureroit point qu'il n'allast assiéger Ferrare , 
à quoy soubdainement vouloit entendre; mais les 
cappitaines et gens de guerre qu'il avoit avecques 
luy, mesmement le duc d'Urbin, son nepveu, qui eust 
bien voulu que le roy de France et luy eussent esté 
amys, l'en détournoient tant qu'ilz povoient, luy 
remonstrant que Ferrare, garnye comme elle estoit 
et de telz cappitaines, mesmement du bon chevalier, 
à qui nul ne se comparoit, ne se prendroit pas aysée- 
ment, et que si son armée entroit en l'isle pour l'as- 
siéger, vivres y viendroient à grant peine. Ce conseil 
ne trouvoit pas bon le pape, car cent fois le jour 
disoit : « Ferrare, Ferrare! favrd, al corpe de Diof ^ » 

1. Pour : t' avro, per il corpo di Diot 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 241 

Si s'advisa d'ung autre moyen , et mist en son enten- 
dement qu'il praticqueroit quelques gentilzhommes de 
la ville, par le moyen desquelz il la pourroit avoir, 
car d'une nuyt luy pourroient livrer une porte par 
où ses gens entreroient. Il y envoya plusieurs espies 
et avoient charge de parler à aucuns gentilzhommes ; 
mais le duc et le bon chevalier fai soient faire si bon 
guet qu'il n'en entroit pas ung qui ne feust empoigné, 
et en fut pendu six ou sept. Toutesfois le duc fut en 
souspeçon d'aucuns gentilzhommes de sa ville, les- 
quelz il fist mettre prisonniers, par adventure à tort, 
entre lesquelz fut le conte Boors Galcagnyn^ qui 
avoit logé chez luy le bon chevalier, qui fut desplai- 
sant de sa détencion; mais par ce que les choses 
estoient fort doubteuses, ne s'en voulut mesler que 
bien à point. Quant le pape veit qu'il ne viendroit 
point à ses attainctes par ce moyen, s'advisa d'une 
terrible chose, car il mist en son entendement, pour 
se venger des François, qu'il praticqueroit le duc de 
Ferrare. Il avoit ung gentilhomme lodezan^, du duché 
de Milan, à son service, qu'on appelloit messire 
Augustin Guerlo, mais il changeoit son nom ; c'estoit 
ung grant faiseur de menées et de trahysons, dont 
mal luy en print à la fin, car le seigneur d'Aubigny 
luy fist coupper la teste dedans Bresse où il le voulut 
trahir. Ung jour fust appelle ce messire Augustin par 
le pape, lequel luy dist : « Viençà! il fault que tu 
me faces ung service. Tu t'en yras à Ferrare devers 
le duc, auquel tu diras que s'il se veult despescher^ 

1. Borsa Calcagnini. 

2. Lodezan, natif de Lodi. 

3. Despescher^ débarrasser. 

46 



242 HISTOIRE DE BAYART 

des François et demourer mon alyé, je luy bailleray 
une de mes niepces pour son filz aisné, le quicteray 
de toutes querelles, et davantage le feray confanon- 
nyer et cappitaine général de l'Église. Il ne fault 
sinon qu'il dye aux François qu'il n'a plus que faire 
d'eulx et qu'ilz se retirent ; je suis asseuré qu'ilz ne 
sçauroient passer en lieu du monde que je ne les aye 
à ma mercy, et n'en eschappera pas ung. » Ce mes- 
sager, qui ne demandoit que telles commissions, dist 
qu'il feroit fort bien l'affaire , et s'en alla à Ferrare 
droit s'adresser au duc, qui estoit ung sage et subtil 
prince, et lequel escouta très bien le galant, faisant 
myne qu'il entendroit voulentiers à ce que le pape luy 
mandoit ; mais il eust mieulx aymé estre mort de cent 
mille mors, car trop avoit le cueur noble et gentil. 
Bien le montra, parce que, après avoir fait faire bonne 
chière à messire Augustin, et icelluy enfermé en une 
chambre dedans son palais dont il print la clef, s'en 
vint avecques ung gentilhomme seulement au logis du 
bon chevalier, auquel de point en point compta tout 
l'affaire, qui se seigna plusieurs fois, et ne povoit 
penser que le pape eust si meschant vouloir d'achever 
ce qu'il mandoit. Mais le duc luy dist qu'il n'estoit 
riens si vray, et que, s'il vouloit, le mectroit bien en 
ung cabinet dedans son palais, où il entendroit toutes 
les parolles que le galant luy avoit dictes; toutesfois 
il sçavoit que ce n'estoit point mensonge aux en- 
seignes ^ mesmes qu'il luy avoit baillées, mais que 
plustost aymeroit estre tout vif démembré à quatre 
chevaulx que d'avoir seullement pensé consentir à une 

1. Enseignes, indications. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 2i43 

si grande lascheté, remonstrant de combien il estoit 
tenu à la maison de France et que à son grant 
besoing le roy l'avoit si bien secouru. Le bon cheva- 
lier disoit : « Monseigneur, il n'est jà besoing vous 
excuser de cela, je vous congnois assez. Sur mon 
âme ! je tiens mes compaignons et moy aussi asseurez 
en ceste vostre ville que si nous estions dedans Paris, et 
n'ay pas paour, aydant Dieu, que aucun inconvénient 
nous adviengne, au moins que ce soit de vostre con- 
sentement. — Monseigneur de Bayart, dist le duc, si 
nous faisions une chose? Le pape veult icy user d'une 
meschanceté, il luy fault donner la pareille. Je m'en 
vois encores parler à son homme et verray si je le 
pourray gaigner et tirer à ma cordelle, de façon qu'il 
nous puisse faire quelque bon tour. — C'est bien 
dit, respondit le bon chevalier. » Et sur ces parolles 
s'en retourna le duc en son palais tout droit en la 
chambre où il avoit laissé messire Augustin Guerlo, 
auquel de bien loing entama plusieurs propos et de 
plusieurs sortes, pour venir à son poinct, qu'il sceut 
très bien faire venir en jeu quant temps fut, comme 
vous orrez, disant : « Messire Augustin, j'ay pensé 
toute ceste matinée au propos que me mande le pape, 
où je ne puis trouver fondement ne grant moyen pour 
deux raisons : l'une que je ne me doy jamais fier de 
luy, car il a dit tant de fois que s'il me tenoit qu'il 
me feroit mourir, et que j'estoye l'homme vivant 
qu'il hayoit le plus, et sçay bien qu'il n'y a chose en 
ce monde qu'il désire autant que d'avoir ceste ville et 
mes autres terres; parquoy je ne voy point d'ordre 
que je deusse avoir seureté en luy ; l'autre, que si je 
dis au seigneur de Bayart, à présent, que je n'ay plus 



244 HISTOIRE DE BAYART 

que faire de luy ny de ses compaignons, que pourra-il 
penser? Une fois^ il est plus fort en la ville que je ne 
suis; peult-estre qu'il me respondra que voulentiers 
en advertira le roy de France son maistre, ou mon- 
seigneur le grant maistre, son lieutenant général deçà 
les montz, qui cy l'a envoyé, et selon leur response 
il verra qu'il aura à faire. En ces entrefaictes seroit 
grandement difficile qu'ilz ne congneussent mon fait, 
et par ainsi, comme la raison seroit, comme ung mes- 
chant m'abandonneroient, et je demourerois entre 
deux selles le cul à terre, dont je n'ay pas besoing. 
Mais, messire Augustin, le pape est d'une terrible 
nature, comme assez sçavez, colère et vindicatif au 
possible, et quelque chose qu'il vous déclaire de ses 
secretz affaires, ung de ses matins vous fera faire 
quelque mauvais tour, et m'en croyez. Oultre plus, 
s'il vient à mourir, qu'esse que de ses serviteurs? Ung 
autre pape viendra qui n'en retirera^ pas ung, et est 
ung très mauvais service qui ne veult estre d'église. 
Vous sçavez que j'ay des biens et beaucoup, grâces à 
Nostre-Seigneur, si vous me voulez faire quelque bon 
service et m'ayder à me deffaire de mon ennemy, je 
vous donneray si bon présent et assigneray si bonne 
intrade^ que toute vostre vie serez à vostre aise; et 
en soyez hardyement asseuré. » Le lasche et mes- 
chant paillart avaricieux, quant il eut entendu le duc 
parler, son cueur mua* soubdainement, et respondit 
quasi gaigné : « Sur mon âme! monseigneur, vous 

1. Une fois, d'abord, en premier lieu. 

2. Retirera, conservera. 

3. Intrade, revenu. 

4. Mua, changea. »-» 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 245 

dictes vérité ; aussi y a-il plus de six ans que j'avoye 
vouloir d'estre à vostre service. Je vous veulx bien 
asseurer qu'il n'y a homme à l'entour de la personne 
du pape qui puisse mieulx faire ce que demandez que 
moy, car la nuyt et le jour je suis auprès de luy, et 
bien souvent il prent sa colacion de ma main, qu'il 
n'y a que nous deux quant il me devise de ses tra- 
fiques ^ Si vous me voulez bien traicter, devant qu'il 
soit huyt jours il ne sera pas en vie, et ne veulx riens 
que je n'aye fait ce que je vous prometz. Aussi, mon- 
seigneur, je vouldrois bien n'estre point mocqué 
après. — Non, non, dist le duc, sur mon honneur! » 
Si convindrent de marché devant que partir de là. Ce 
fut que le duc luy bailleroit deux mille ducatz con- 
tent et cinq cens ducatz d'intrade. Ce fait, fut mes- 
sire Augustin tousjours bien traicté, que le duc laissa 
en sa chambre, et retourna devers le bon chevalier 
qui s'estoit allé esbatre sur les rampars de la ville et 
s'amusoit à faire nectoyer une canonnière^. Il veit 
venir le duc, au devant duquel il alla ; et se prindrent 
par la main, et eulx se promenans sur les rampars 
loing des gens, commença le duc à dire : « Monsei- 
gneur de Bayart, il ne fut jamais autrement que les 
trompeurs enfin ne feussent trompez. Vous avez bien 
entendu la meschanceté que le pape m'a voulu faire 
faire vers vous et les François qui sont icy , et à ceste 
occasion m'a envoyé ung homme comme sçavez. Je 
l'ay si bien gaigné et renversé son propos qu'il fera 
du pape ce qu'il vouloit faire de vous, car dedans 



1. Devise de ses trafiques, parle de ses affaires. 

2. Canonnière, une pièce de canon. 



246 HISTOIRE DE BAYART 

huyt jours pour le plus tard, m'a asseuré qu'il ne 
sera pas en vie. » Le bon chevalier, qui n'eust jamais 
pensé au faict, respondit : « Comment cela, monsei- 
gneur, il a doncques parlé à Dieu ? — Ne vous sou- 
ciez, dist le duc, mais il en sera ainsi. » Et tant vin- 
drent de parolle en parolle qu'il luy dist que messire 
Augustin luy avoit promis d'empoisonner le pape. 
Desquelles parolles le bon chevalier se seigna plus de 
dix fois, et en regardant le duc luy dist : « Hé ! mon- 
seigneur, je ne croyroye jamais que ung si gentil 
prince comme vous estes consentist à une si grande 
trahyson ; et quant je le sçauroye de vray, je vous 
jure mon âme que, devant qu'il feust nuyt, en adver- 
tiroye le pape, car je croy que Dieu ne pardonneroit 
jamais ung si horrible cas. — Gomment ! dist le duc, 
il en a bien autant voulu faire de vous et de moy ; et 
jà sçavez-vous que nous avons fait pendre sept ou 
huyt espies. — Il ne m'en chault, dist le bon cheva- 
lier; il est lieutenant de Dieu en terre, et le faire 
mourir d'une telle sorte, jamais n'y consentiroye. » 
Le duc haulsa les espaulles, et en crachant contre terre 
dist ces parolles : « Par le corps Dieu ! monseigneur 
de Bayart, je vouldrois avoir tué tous mes ennemys 
en faisant ainsi ; mais puisque ne le trouvez pas bon, 
la chose demourera, dont, si Dieu n'y mect remède, 
vous et moi nous nous repentirons. — Nous ferons 
si Dieu plaist, dist le bon chevalier; mais je vous 
prie, monseigneur, baillez-moy le galant qui veult 
faire ce beau chef-d'œuvre, et si je ne le fais pendre 
dedans une heure, que je le soye en son lieu. — Non, 
monseigneur de Bayart, dist le duc, je l'ay asseuré de 
sa personne, mais je le vois renvoyer; » ce qu'il fist 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 247 

incontinent qu'il fut retourné à son palais. Je ne 
sçay quant il fut devers le pape qu'il fist ne qu'il 
dist, mais il n'exécuta nulles de ses entreprinses. Si 
demoura-il tousjours à l'entour de la personne du 
Sainct-Père, qui estoit bien marry de ne povoir 
trouver moyen de venir au-dessus de ses affaires . Il 
fut encores quelque temps à la Myrandolle, et là 
à l'entour, puis se retira à Boulongne, et fist loger son 
armée es garnisons vers Modène. 

Environ ceste saison, le duc d'Urbin son nep- 
veu, qui tousjours avoit esté bon François et à 
qui il desplaisoit à merveilles de la guerre que le 
pape avoit levée contre le roy de France, tua le 
cardinal de Pavye, légat à Boulongne, qui gou- 
vernoit le pape entièrement, et lequel fiit très gran- 
dement courroucé; mais il convint qu'il s'appai- 
sast. L'occasion pourquoy ce fut : l'on rapporta audit 
duc d'Urbin que le cardinal de Pavye avoit dit au pape 
qu'il estoit plus serviteur des François que de luy et 
qu'il les advertissoit chascun jour de son gouverne- 
ment. Cela y peut bien aider; mais la principalle 
racine estoit que celluy cardinal de Pavye avoit esté 
le premier qui avoit conseillé au pape de commencer 
la guerre. Il en fut payé en mauvaise monnoye^ Je 
laisseray ce propos et parleray de ce qui advint durant 
deux ans en Ytalie. 



1 . La véritable cause de l'assassinat de Félix Aledosi, cardinal 
de Pavie, par le duc d'Urbin, fut la révolte de la ville de Bologne, 
qui se donna aux Français, et la déroute de l'armée du pape qui 
en fut la suite. Chacun d'eux rejetait sur l'autre la responsabilité 
de cette défaite et dans une dernière querelle le duc poignarda le 
cardinal en pleine place de Ravenne. 



# 



248 HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE XLVI. 



De plusieurs choses qui advindrent en Ytalie 
en deux ans. 

Pour ce que ceste histoire est principallement fon- 
dée sur les vertus et prouesses du bon chevalier sans 
paour et sans reprouche, laisseray beaucoup de choses 
à desmesler s'ilz ne sont requises y estre mises; tou- 
tesfois je veulx en gros déclairer ce qui advint durant 
deux ans en Ytalie et jusques à la mort du bon sei- 
gneur de Chaumont, gouverneur de Milan, auquel 
gouvernement succéda le gentil prince duc de Ne- 
mours, Gaston de Foix. 

L'empereur demanda encores secours au roy de 
France pour la conqueste du Fryol que les Véni- 
ciens tenoient; c'est ung très bel et bon pays, et 
par là entre l'on en la Germanie par deux ou trois 
endroitz, et par l'ung bout en l'Esclavonnie. Sa 
demande luy fut accordée, et escripvit ledit seigneur 
à son lieutenant général ledit seigneur de Chaumont 
qu'il envoyast le seigneur de la Palisse oudit pays de 
Fryol, acompaigné de douze cens hommes d'armes 
et de huyt mille hommes de pied ; ce qui fut fait , et 
y alla avecques tout plain de gentilz cappitaines tant 
de cheval que de pied. Vous povez penser qu'il ne 
laissa pas le bon chevalier son parfait amy derrière. 
Hz trouvèrent l'armée de l'empereur à Véronne, si 
marchèrent ensemble. Pour lors et en ceste mesme 
armée estoit lieutenant pour l'empereur ung gentil- 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 249 

homme aimant, qu'on nommoit messire Georges de 
Stin. Hz entrèrent bien avant et allèrent pour assiéger 
Trévize ; mais ilz n'y firent riens, et aux approches 
fut tué ung gaillart gentilhomme, le seigneur de 
Lorges, qui estoit alors lieutenant du cappitaine Bon- 
net, qui avoit mille hommes de pied , et en son lieu 
le fut ung sien jeune frère*, qui depuis a fait de belles 
choses. De là ilz tirèrent jusques sur le bort d'une 
rivière qu'on appelle la Pyave- et qui sépare le Fryol 
et le Trévizan, et y fut dessus fait ung pont sur ba- 
teaulx. Le bon chevalier et le cappitaine de Fontrailles 
passèrent oultre avecques leurs bendes. Or, depuis 
ung peu avoit le bon chevalier soubz sa charge cent 
hommes d'armes, dont le roy de France avoit fait 
don au gentil duc de Lorraine^, par condition que le 
bon chevalier les conduyroit comme son lieutenant. 
Mais pas mieulx ne demandoit le bon prince, car en 
tout le monde n'en eust sceu avoir de meilleur. Si 
allèrent ces deux vaillans cappitaines avecques quel- 
ques Almans devant Gradisque et devant Gorisse*, 
qui sont sur les confins de l'Esclavonnie ; toutesfois 
les Véniciens les tenoient. Ilz furent prinses et mises 
entre les mains de l'empereur, et puis s'en retour- 



1. Jacques de Montgommery, s' de Lorges, capitaine des gardes 
du roi, colonel d'infanterie, fils de Robert de Montgommery. Le 
nom de son frère aîné qui fut tué devant Trévise nous est inconnu. 

2. Piave, fleuve qui traverse la Vénétie et se jette dans l'Adria- 
tique. 

3. Antoine, duc de Lorraine, fils de René de Lorraine et de 
Philippe de Gueldres; il épousa Renée de Bourbon, et régna de 
1508 à 1544. 

4. Gradisca, province de Gorizia, en Vénétie. 
Gorizia, chef- lieu de la province de ce nom. 



250 HISTOIRE DE BAYART 

nèrent au camp , où ilz trouvèrent le seigneur de la 
Palisse qui avoit longuement demouré sans grans choses 
faire, par la mauvaise conduicte des gens de l'empe- 
reur; et si jamais povres gens de guerre n'eurent 
autant de mal, car ilz furent six jours durant sans 
manger pain ne boire vin, et assez d'autres nécessitez 
ilz eurent en ce malheureux voyage, de sorte que le 
roy de France y perdit plus de quatre mille hommes 
de pied de maladie et meschanceté^ et plus de cent 
hommes d'armes; et entre autres gens il y avoit en- 
viron deux mil cinq cens Grisons que, quant le pain 
leur faillit, mangèrent force raisins, car c'estoit ou 
moys de septembre. Ung flux de ventre les print, de 
façon qu'ilz mouroient cent par jour. Et fut une chose 
bien estrange que, des deux mil cinq cens, quant ilz 
retournèrent en leur pays n'estoient que deux. L'ung 
fist le cappitaine et l'autre portoit l'enseigne de ser- 
gens de bende pour faire tenir l'ordre : ilz demou- 
rèrent ou Fryol. Bref, de tous les gens que le sei- 
gneur de la Palisse avoit menez avecques luy n'en 
eust sceu mettre de sains trois cens hommes d'armes 
à cheval ne trois mille hommes à pied. Quant il veit 
ceste malheureté^, il s'en voulut retourner, que les 
gens de l'empereur ne trouvoient pas bon ; et y eut 
entre eulx de grosses parolles. Toutesfois il s'en vint 
jusques à ung lieu nommé Sainct-Boniface, c'est le 
village où les Véniciens en l'année précédente avoient 
si longuement tenu leur camp , et là firent séjour quelque 
peu, durant lequel ainsi que le seigneur du Ru, Bour- 



1. Meschanceté, misère. 

2. Malheureté, désastre. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 251 

guignon, alloit visiter ung chasteau que luy avoit 
donné l'empereur, il fut prins des Albanoys de la 
seigneurie de Venize. On disoit que le seigneur Mer- 
cure, qui pareillement estoit audit empereur, luy avoit 
donné ceste trousse^ pour ce qu'il querelloitla place 
comme luy. Je m'en rapporte à ce qu'il en fut. 

Le seigneur Jehan-Jaques, en ces deux ans, recon- 
questa avecques l'armée du roy de France la Myrandolle, 
et repoussa l'armée du pape jusques devant Boulongne, 
où elle fut defifaicte sans mettre espée en la main, et 
cuyda estre prins le pape dedans. Jamais ne fut veu si 
grosse pitié de camp, car tout leur bagaige y de- 
moura, artillerie, tentes et pavillons; et y avoit tel 
François qui luy seul amenoit cinq ou six hommes 
d'armes du pape ses prisonniers, et en fut ung qui 
avoit une jambe de boys appelle la Baulme qui en 
avoit trois lyez ensemble. Ce fut une grosse deffaicte 
et gentement exécutée. Le bon chevalier sans paour 
et sans reprouche y eut honneur merveilleux, car il 
menoit les premiers coureurs, et luy fist cest honneur, 
le soir de la deffaicte, le seigneur Jehan-Jaques, en 
souppant, de dire que, après Dieu, le seigneur de 
Bayart debvoit avoir l'honneur de la victoire. Il y 
avoit beaucoup de vaillans cappitaines quant il pro- 
fera les parolles, et estoit si sage et vertueux qu'il ne 
les eust point dictes s'il n'y eust eu grande raison^. 

1. Trousse, mauvais tour. 

2. Sire , écrit Trivulce au roi , les capitaines Bayart , Fon- 
trailles, Sainte-Couiombe, le s"" de Vatillieu, qui sont les premiers 
coureurs par l'ordre de vostre camp, ont esté les premiers qui les 
ont trouvez et qui ont donné dedans et Monseigneur de Nemours 
et nous autres après. 22 mai 1411 (Lettres du roi Louis XII. 
Bruxelles, 1712, t. U, p. 334). 



2521 HISTOIRE DE BAYART 

Au retour, le gentil duc de Nemours alla veoir le duc 
et la duchesse de Ferrare, où il fut receu à grant 
joye, et luy fut fait force festins à l'usage du pays, 
car la gentille duchesse en sçavoit trop bien la ma- 
nière. Lui estant là, se fist un combat entre deux 
Espaignolz, que je vueil bien réciter. 



CHAPITRE XLVII. 

Comment deux Espaignolz combatirent à oultrance dans 
la ville de Ferrare. 

Le jour mesmes que ce gentil duc de Nemours 
arriva à Ferrare, le baron de Béarn luy dist que, s'il 
vouloit, auroit le passetemps de veoir ung combat à 
oultrance de deux Espaignolz, dont l'ung s'appelloit 
le cappitaine Saincte-Groix, et avoit esté coulonnel 
des gens de pied du pape, l'autre se nommoit le sei- 
gneur Azevedo, qui avoit aussi eu quelque charge 
desditz gens de pied. L'occasion de leur combat estoit 
que ledit Azevedo disoit que le cappitaine Saincte- 
Croix l'avoit voulu faire tuer meschamment et en 
trahyson, et qu'il l'en combatroit. L'autre respondoit 
qu'il avoit menty et qu'il s'en deffendroit. Parquoy 
estoit venu ledit Azevedo à Ferrare pour soy présen- 
ter au duc de Nemours, affin de luy faire donner le 
camp ; ce qu'il fist après que ledit baron de Béarn le 
luy eut donné à congnoistre. Ainsi Azevedo, bien aise 
d'estre asseuré du camp, le manda incontinent à son 
ennemy Saincte-Groix, qui ne fist pas longue de- 
moure. En attendant sa venue, fut dressé le camp 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 253 

devant le palais, et deux jours après que fut arrivé 
Sainte -Croix, lequel vint bien acompaigné, car il 
avoit bien cent chevaulx de compaignie, dont le prin- 
cipal, et qu'il avoit prins pour son parrain, estoit 
domp Pedro de Coignes, chevalier de Roddes et 
prieur de Messine, domp Françoys de Beaumont, qui 
peu auparavant avoit laissé le service du roy de 
France et autres, délibéra parfaire ses armes, et en- 
trèrent en camp une journée de mardy, environ une 
heure après midy. Premier entra l'assaillant, qui 
estoit Azevedo, avecques le seigneur Fédéric de 
Bazolo, de la maison de Gonzago', qu'il avoit prins 
pour son parrain, et si ne sçavoit pas encores com- 
ment son ennemy ny en quelles armes il vouloit com- 
batre. Toutesfois, comme bien conseillé, s'estoit garny 
de tout ce qu'il luy estoit nécessaire en honmies 
d'armes, à la genète^et à pied en toutes les sortes qu'il 
povoit ymaginer qu'on sceust combatre. Peu après 
qu'il fut entré, va devers luy le prieur de Messine, 
qui fait porter deux secrettes, deux rapières bien 
trenchantes et deux poignars, lesquelz il présenta au 
seigneur Azevedo pour choisir. Il print ce qui luy 
estoit besoing, et ce fait, se mist Saincte-Groix dedans 
le camp. Tous deux se gectèrent à genoulx pour faire 
leurs oraisons à Dieu. Après furent tastez par les par- 
rains, sçavoir s'ilz avoient nulles armes soubz leurs 
vestements. Ge fait, chascun vuyda le camp, qu'il n'y 
demoura fors les deux combatans, leurs deux parrains 

1. Frédéric de Gonzague, prince de Gazzolo et de Bozzolo, fils 
de Pyrrhus de Gonzague et d'Antoinette de Baux. Il mourut sans 
postérité. 

2. A la genète, pour un cavalier armé à la légère. 



2154 HISTOIRE DE BAYART 

et le bon chevalier sans paour et sans reprouche qui, 
par le duc de Ferrare et pour plus l'honnorer, aussi 
qu'il n'y avoit homme ou monde qui mieulx s'enten- 
dist en telles choses, fut ordonné maistre et garde du 
camp. Le hérault commencea à faire son cry, tel 
qu'on a acoutumé faire en telz cas : que nul ne fist 
signe, crachast ou toussast, ne autres choses dont nul 
desditz combatans peust estre ad visé. Ce fait, mar- 
chèrent l'ung contre l'autre; Azevedo en la main 
droicte mist sa rappière et en l'autre son poignart, 
mais Saincte-Groix mist son poignart au fourreau et 
tint seulement sa rappière. Or vous povez penser que 
le combat estoit bien mortel, car ilz n'avoient nulles 
armes sur eulx pour les couvrir. Sagement se gec- 
tèrent plusieurs coups ; et avoient chascun bon pied 
bon œil, et bon besoing leur estoit. Or, après plu- 
sieurs coups, Saincte-Groix en rua ung dangereux 
droit au visage, que Azevedo deffendit subtilement de 
sa rappière, et en descendant son coup luy couppa 
tout le hault de la cuysse jusques à l'os, dont incon- 
tinent saillit le sang à grosse habondance. Toutesfois 
que Saincte-Groix cuyda marcher en avant pour se 
venger, mais il tumba. Quoy voyant par icelluy, Aze- 
vedo bien joyeulx s'approcha de son ennemy en luy 
disant en son langage : « Rendz-toy, Saincte-Groix, 
ou je te tueray. » Mais il ne respondit riens, ains se 
mist sur le cul, tenant son espée au poing et faisant ses 
exclamations, déhbéré plutost mourir que de se rendre. 
Alors Azevedo luy dist : « Lève-toy doncques, Saincte- 
Groix, je ne te frapperoys jamais ainsi. » Aussi il y 
faisoit dengereux comme à ung homme désespéré ; et 
de grand cueur qu'il avoit se releva, et marcha deux 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. ^55 

pas en avant cuydant enferrer son homme, qui recula 
ung pas rabatant son coup. Si tumba, pour la seconde 
fois Saincte-Groix, quasi le visage contre terre, et eut 
Azevedo l'espée levée pour luy coupper la teste, ce 
qu'il eust bien fait s'il eust voulu ; mais il retira son 
coup. Et pour tout cela ne se vouloit point rendre 
Saincte-Groix. La duchesse de Ferrare, avecques 
laquelle estoit le gentil duc de Nemours, le prioit à 
joinctes mains qu'il les fîst départir. Il respondoit : 
« Madame, je le vouldrois bien, pour l'amour devons, 
mais honnestement je ne puis ne doibz prier le vainc- 
queur contre la raison . » Saincte-Groix perdoit tout son 
sang et si plus guères y feust demouré, mort estoit 
sans nul remède. Parquoy le prieur de Messine, qui 
estoit son parrain, s'en vint à Azevedo, auquel il dist : 
« Seigneur Azevedo, je congnois bien au cueur du 
cappitaine Saincte-Groix qu'il mourroit plustost que se 
rendre. Mais voyant qu'il n'y a point de moyen en son 
fait, je me rendz pour luy. » Ainsi demoura victorieux. 
Si se mist à deux genoulx et fort humblement remercia 
Nostre-Seigneur. Incontinent vint ung cyrurgien qui 
estancha la playe de Saincte-Groix, et ses gens le 
prindrent entre leurs bras et l'emportèrent hors du 
camp avecques ses armes, lesquelles Azevedo envoya 
demander; mais on ne les vouloit rendre. Si s'en vint 
plaindre au duc de Ferrare qui le dist au bon cheva- 
lier, lequel eut la commission d'aller dire à Saincte- 
Groix que, s'il ne vouloit rendre les armes comme 
vaincu, que le duc le feroit rapporter dedans le camp, 
où luy seroit sa playe descousue, et le mettroit-on en 
la sorte que son ennemy l'avoit laissé quant son par- 
rain c' estoit rendu pour luy. Quant il veit que force 



^56 HISTOIRE DE BAYART 

luy estoit, rendit ses armes au bon chevalier, qui, 
comme le droit le donnoit, les bailla au seigneur Aze- 
vedo, lequel avecques trompettes et clérons fut mené 
au logis du seigneur duc de Nemours. On luy fist 
beaucoup d'honneur, mais depuis il en récompensa 
mal les François, qui luy fut grosse lascheté. 

Peu de temps avant, c'estoit fait ung autre combat à 
Parme, entre deux autres Espaignolz, l'ung nonrnié le 
seigneur Peralte, qui autresfois avoit esté au service 
du roy de France, et fut tué d'ung coup de faulcon au 
camp de la Fosse ^ ainsi que le seigneur Jehan-Jacques 
chassoit l'armée du pape, et l'autre le cappitaine 
Aldano. Leur combat fut à cheval, à la genète, la 
rapière, le poignart, et chascun trois dartz en la 
main avecques une targuete^. Le parrain de Peralte 
fut ung Espaignol, et celluy d' Aldano fut le gentil 
cappitaine Molart. Il avoit tant neigé que leur combat 
se fist en la place de Parme où on l'avoit relevée, et 
n'y avoit autres barrières que de neige. Chascun des 
deux combatans fist très bien son devoir , et enfin 
le seigneur de Ghaumont, qui avoit donné le camp, 
les fist sortir en pareil honneur. 

Les Véniciens en ce temps vindrent assiéger Vé- 
ronne, où estoit le seigneur du Plessys ^ pour le roy 
de France, qui la tenoit en gaige pour aucuns deniers 
qu'il avoit prestez à l'empereur ; toutesfois ilz n'y 



1. Fossa, hameau de la commune de Goncordia, province de 
Modène. 

2. Targuete, petit bouclier. 

3. Jean de la Barre, s' du Plessis, Véretz et Négron, conseiller 
chambellan du roi. Une quittance scellée de ce personnage existe 
Bibl. nat., 26118, n» 523. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 257 

firent riens et alla lever le siège le seigneur de Chau- 
mont, gouverneur de Milan. L'armée du pape et des 
Espaignolz vindrent aussi assiéger Boulongne, mais 
le siège en fut levé pareillement, et se retirèrent les 
ennemys en la Roncimaigne. 

Quelque temps après, en unglieu dit Gonrège, alla de 
vieàtrespas le bon seigneur de Ghaumont, ce gentil che- 
valier qui, par l'espace de dix ou douze ans, avoit si 
bien gardé la Lombardie à son maistre le roy de 
France. Ce fiit en son vivant ung sage, vertueux et 
advisé seigneur, de grande vigilance, et bien enten- 
dant ses affaires. Mort le prist ung peu bientost, car 
lors de son trespas n 'avoit que trente et huyt ans, 
et si n'en avoit pas vingt et cinq quant on luy bailla 
le gouvernement de la duché de Milan. Dieu par sa grâce 
luy face pardon, car il fut homme de bien toute sa 
vie ^ . Peu après envoya le roy de France en Ytalie le 
seigneur de Longueville son lieutenant général, lequel 
fist faire nouvel serment à tous ceulx qui tenoient les 
villes et places du duché de Milan au roy son maistre, 
et à sa fille aisnée madame Claude de France. Il y 
demoura quelques jours, puis s'en retourna. Et ne 
tarda guères après que ce gentil duc de Nemours ne 



1. Le maréchal de Ghaumont mourut à Correggio le H février 
1511, c'est-à-dire au moment oîi se livrait la bataille de la Bas- 
tide dont il a été question au chap. XLrv. Le Loyal serviteur, 
ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ne professe pas tou- 
jours un grand respect pour la chronologie. Nous n'insisterons 
pas sur l'exagération des éloges qu'il prodigue assez mal à pro- 
pos à ce médiocre homme de guerre, auteur principal du peu 
de succès des armes françaises en Italie. Charles d'Amboise, 
maréchal de Ghaumont, fils de Charles d'Amboise et de Cathe- 
rine de Ghauvigny, avait épousé Jeanne Malet, dame de Graville. 

17 



258 HISTOIRE DE BAYART 

feust lieutenant général, en la sorte que l'estoit ledit 
feu seigneur de Chaumont. Il ne demeura guères en 
cest estât, car mort lesurprint, qui fut gros dommage 
à toute gentillesse ^ 

Sur la fin de l'année mil cinq cens et unze, et 
vers Noël, descendit une grosse troppe de Suysses, 
au-devant desquelz fut ledit duc de Nemours et 
quelque nombre de gens, mais il n'estoit pas puis- 
sant pour les combatre à la campaigne parce que la 
pluspart de ses gens estoient es garnisons forcées, 
comme Véronne, Boulongne et autres. Ghascun jour 
se faisoit des escarmouches, toutesfois les François 
rembarrez jusques dedans Milan, où le jour mesme le 
seigneur de Gonty, cappitaine de cent hommes 
d'armes, alla faire une course en laquelle il n'eut pas 
du meilleur, car il perdit huyt ou dix hommes d'armes 
et fut si fort blessé de façon que en la ville de Milan 
mourut le lendemain. Le bon chevalier sans paour et 
sans reprouche, son grant compaignon et ami, le 
vengea bien , car il fut aux champs et defïist cinq cens 
Suysses au lieu mesmes où receut les coups de la mort 
icelluy seigneur de Gonty. Quelques jours furent les 
Suysses devant Milan ; mais vivres leur faillirent, par- 
quoy furent contrainctz venir à quelque appoincte- 
ment et eulx enretourner. Ledit appoinctement se 
fist par leur cappitaine général et qui les avoit amenez, 
que l'on nommoit le baron de Sacz avecques le duc de 
Nemours en ung lieu près Milan dit Sainct-Ange. 
Lesditz Suysses s'en retournèrent, mais ceste des- 
cente fist gros dommage en la duché, car ilz bruslèrent 

i. Gentillesse, noblesse. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 259 

quinze à vingt gros villages. Peu après s'en alla ledit 
duc de Nemours, parce qu'il entendit que l'armée 
d'Espaigne approchoit Boulongne pour l'assiéger, en 
ung village près de Ferrare nommé le Fynal* où il 
assembla toute l'armée et la logea là à l'entour ^. Ainsi 
que ladicte armée marchoit droit à ce Fynal, passa 
le noble duc de Nemours par une petite ville appellée 
Carpy^, avecques la pluspart des cappitaines, riiesme- 
ment ceulx en qui plus se fioit et qu'il aymoit le 
mieulx. Il y séjourna deux jours et y fut fort bien receu 
avecques sa compaignie du seigneur de la ville, qu'on 
estimoit homme de grant sçavoir tant es lettres 
grecques que latines. Il estoit cousin germain de 
Piccus Myrandula^, et luy s'appelloit Albertus Myran- 
dula, conte de Carpy. Il souppa le soir de l'arrivée 
dudit duc de Nemours avecques luy et les cappitaines 
françois, où il y eut plusieurs devis, et entre autres 
d'ung astrologue que aucuns autres appelloient devyn, 
lequel estoit en ceste ville de Carpy, et que c'estoit 
merveilles ce qu'il disoit des choses passées sans en 
avoir jamais eu congnoissance, et encores, qui plus 
fort estoit, parloit des choses à venir. Il n'est riens 
si certain que tous vrais chrestiens doivent tenir qu'il 
n'y a que Dieu qui sache les choses futures : mais 
cest astrologue de Carpy a dit tant de choses et à tant 
de sortes de gens qui depuis sont advenues, qu'il a mis 
beaucoup de monde en resverie. 

1. Finale nelV Emilia, province de P'errare. 

2. Le duc de Nemours avait avec lui quinze cents lances, huit 
mille fantassins français et six mille lansquenets. 

3. Carpi, province de Modène. 

4. Le célèbre Pic de la Mirandole. 



260 HISTOIRE DE BAYART 

Quant le gentil duc de Nemours en eut ouy parler, 
ainsi quejeunes gens appètent^ de veoir choses nouvelles, 
pria au conte qu'il l'envoyast quérir, ce qu'il fîst ; et vint 
incontinent. Il povoit estre de l'aage de soixante ans ou 
environ, homme sec et de moyenne taille. Le duc de 
Nemours luy tendit la main, et en ytalien luy demanda 
comment il se portoit; il lui respondit très-honneste- 
ment. Plusieurs propos furent tenuz; et entre autres 
luy fut demandé par le seigneur de Nemours si le 
vis-roy de Naples et les Espaignolz attendroient la 
bataille. Il dist que ouy, et que sur sa vie elle seroit 
le vendredy-sainct ou le jour de Pasques, et si seroit 
fort cruelle. Il luy fut demandé qui la gaigneroit; il 
respondit ses propres motz : « Le camp demourera 
aux François, et y feront les Espaignolz la plus grosse 
et lourde perte qu'ilz firent cent ans a; mais les 
François n'y gaigneront guères, car ilz perdront 
beaucoup de gens de bien et d'honneur, dont ce sera 
dommage. » Il dist merveilles. Le seigneur de la 
Palisse luy demanda s'il demoureroit point à ceste 
bataille ; il dist que nenny, qu'il vivroit encores douze 
ans pour le moins, mais qu'il mourroit en une autre 
bataille; autant en dist-il au seigneur d'Imbercourt, 
et au cappitaine Richebourg^ qu'il seroit en grant 
dangier d'estre tué de fouldre. Brief, il n'y eut guères 
de gens en la compaignie qu'ilz ne s'enquissent de 
leur affaire. Le bon chevaher sans paour et sans 
reprouche estoit présent qui s'en ryoit, et le gentil 
duc de Nemours luy dist : « Monseigneur de Bayart, 



1. Appâtent, désirent. 

2. Louis de Richeboui^, s' de Bergères, 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 261 

mon amy, je vous prie, demandez ung peu à nostre 
maistre que ce sera de vous. — Il ne fault pas, res- 
pondit-il, que je le demande, car je suis asseuré que 
ce ne sera jamais grant chose; mais puisqu'il vous 
plaist, je le vueil bien. » Et commença à dire à 
l'astrologue : « Monsieur nostre maistre, je vous prie, 
dictes-moy sy je seray une fois grant riche honmie. » 
Il respondit : « Tu seras riche d'honneur et de vertu 
autant que cappitaine fut jamais en France, mais des 
biens de fortune tu n'en auras guères, aussi ne les 
cherches-tu pas; et si te veulx bien adviser que tu 
serviras ung autre roy de France après cestuy-cy qui 
règne et que tu sers, lequel t'aymera et estimera 
beaucoup ; mais les envieux t'empescheront qu'il ne 
te fera jamais de grans biens, ne ne te mettra pas aux 
honneurs que tu auras méritez; toutesfois croy que 
la faulte ne procédera pas de luy. — Et de ceste 
bataille que dictes estre si cruelle, en eschapperay-je ? 
— Ouy, dist-il, mais tu mourras en guerre dedans 
douze ans pour le plus tart, et seras tué d'artillerie, 
car autrement n'y finerois-tu pas tes jours, parce que 
tu es trop aymé de ceulx qui sont soubz ta charge, 
qui pour mourir ne te laisseroient pas en péril. » 
Brief, ce fut une droicte farce des propos que chascun 
luy demanda. Il voyoit qu'entre tous les cappitaines 
le duc de Nemours faisoit grande privaulté au seigneur 
de la Palisse et au bon chevalier ; il les tira tous deux 
à part et leur dist en son langaige : « Messeigneurs, 
je voy bien que vous aymez fort ce gentil prince icy, 
lequel est vostre chief ; aussi le mérite-il bien, car sa 
face à merveilles démonstre sa bonne nature. Donnez- 
vous garde de luy le jour de la bataille, car il est 



262 HISTOIRE DE BAYART 

pour y demourer. S'il en eschappe ce sera ung des 
grans et eslevés personnages qui jamais sortist de 
France , mais je trouve grosse difficulté qu'il en puisse 
eschapper; et pour ce pensez-y bien, car je veulx 
que vous me trenchez la teste si jamais homme fut en 
si grant hazart de mort qu'il sera. » Hélas ! mauldit 
soit l'heure de quoy il dist si bien vérité. Le bon 
prince de Nemours leur demanda en soubzriant : 
« Qu'esse qu'il vous dit, Messeigneurs? » Le bon che- 
valier respondit, qui changea de propos : « Monsei- 
gneur, c'est monseigneur de la Palisse qui luy fait 
une question, sçavoir mon^, s'il est autant aymé de 
Reffuge- que Viverolz^ ; il luy dit que non, dont il n'est 
pas fort content. » De ce joyeulx propos se print à 
rire Monseigneur de Nemours qui n'y pensa autre- 
ment. 

Sur ces entrefaictes arriva ung adventurier en 
la compaignie qu'on disoit estre gentil compaignon, 
mais assez vicieux, qu'on appelloit Jacquyn Gaumont, 
et portoit quelque enseigne es bendes du cappitaine 
Molart. Il se voulut faire de feste comme les autres, 
et vint à l'astrologue qu'il tira à part, et commença à 
luy dire : « Viençà, bougre, dy moy ma bonne adven- 
ture. » L'autre se sentit injurié, et respondit en 
homme courroucé : « Va, va, je ne te diray riens, et 
si as menty de ce que tu me dis. » Il y a voit beau- 

1. Sçavoir mon, c'est à savoir. 

2. Nous n'avons pu découvrir quelle était cette dame ou cette 
demoiselle du Reffuge, objet de cette plaisanterie de Bavard à 
l'égard de la Palisse, qui ne devait plus être de la première 
jeunesse. 

3. Jacques d'Alègre, s' de Viverols, tué à la bataille de Ravenne. 
Il était fils d'Yves d'Alègre. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 263 

coup de gentilzhommes en présence, lesquelz dirent à 
Jacquyn : « Cappitaine, vous avez tort ; vous voulez 
tirer du passe-temps de luy et luy dictes injure. » 
Alors il revint peu à peu et parla beaucoup plus doul- 
cement, en luy disant : « Maistre, mon amy, si j'ay 
dit quelque folle paroUe, je te prie, pardonne-moy. » 
Il fîst tant qu'il le rapaisa, et puis luy monstra sa main, 
car ledit astrologue regardoit le visaige et les mains. 
Quant il eut veue celle de Jacquyn, il luy dist en son 
langaige : « Je te prie, ne me demandes riens, car je 
ne te diroye chose qui vaille. » Toute la compaignie 
qui estoit là se print à rire, et Jacquyn, bien marry 
de ce que les autres ryoient, dist encores à l'astro- 
logue : « C'est tout ung, dis-moy que c'est. Je sçay 
bien que je ne suis pas cocu, car je ne n'ay point de 
femme. » Quant il se veit ainsi pressé, il luy dist : 
« Veulx-tu sçavoir de ton affaire? — Ouy, dist Jacquyn. 
Or, pense doncques à ton ame de bonne heure, dist 
l'astrologue, car devant qu'il soit trois moys, tu seras 
pendu et estranglé. » Et de rire par les escoutans de 
plus belle, lesquelz n'eussent jamais pensé que le cas 
adviensist; car il n'y avoit nulle apparence, pour ce 
qu'il estoit en crédit parmy les gens de pied, et aussi 
qu'ilz pensoient que le maistre l'eust dit pour ce que 
Jacquyn l'avoit du commencement injurié ; mais il ne 
fut riens si vray. Et comme on dit en ung commun 
proverbe : « Qui a à pendre ne peult noyer. » Je vous 
diray ce qui advint de luy. Deux ou trois jours après 
que le duc de Nemours fut arrivé au Fynal, qui est 
ung gros village au millieu duquel passe ung canal, 
qui va cheoir au Pau assez parfond, et y avoit ung 
pont de boys pour aller d'ung costé à l'autre, de jour 



264 HISTOIRE DE BAYART 

en jour, en ce canal arrivoient plus de cent barques 
qui venoient de Ferrare, et apportoient toutes ma- 
nières de victuailles aux François. Ung jour par 
adventure que Jacquyn eut bien souppé, vint environ 
neuf heures de nuyt, à force torches et tabourins de 
Suysse, au logis de monseigneur de Moulart, son cap- 
pitaine, armé de toutes pièces, et monté sur ung fort 
beau coursier, en ordre comme ung Sainct-Georges, 
car de sa soulde ou du pillage il estoit très bien vestu, et 
a voit trois ou quatre grans chevaulx, espérant que après 
la guerre faillie se mettroit des ordonnances ^ Quant 
monseigneur de Molart le veiten ceste sorte et veu l'heure 
que c'estoit se print à rire, congnoissant bien que le 
malvesye^ luy avoit quelque peu troublé le cerveau. 
Si luy dist : « Comment, cappitaine Jacquyn, voulez- 
vous laisser la picque? — Nenny non, dist-il, monsei- 
gneur ; mais je vous supplie, menez-moy au logis de 
monseigneur de Nemours, et que devant luy il me 
voye rompre ceste lance que je tiens, afin qu'il ait 
congnoissance si ung saulte-buysson ne courra pas 
ung boys aussi bien que ung haridelle^. » Le cappitaine 
Molart congneut bien que la matière valloit bien venir 
jusques à la fin, et que le seigneur duc de Nemours et 
toute la compaignie s'en pourroit resjouyr. Si mena 
Jacquyn, qui passa tout à cheval pardessus ce pont 
de boys qui traversoit le canal, car les gens de pied 
estoient logez d'ung costé et les gens de cheval de 
l'autre. Or, venu qu'il feust devant le logis du prince 

1. Dans la gendarmerie du roi. 

2. Le Malvesye, le vin de Malvoisie. 

3. C'est-à-dire si un fantassin ne fournira pas aussi bien une 
course à la lance qu'un cavalier. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 265 

duc de Nemours, qui desjà en est oit adverty, et des- 
cendu de sondit logis, ensemble la compaignie qui 
estoit avecques luy pour en avoir le passe-temps, 
quant ilz furent sur la rue, Jacquyn mieulxgarny de vin 
que d'autres choses, avecques force torches, en sorte 
qu'on y voyoit conmie en plein midy, se mist sur les 
rencs. Lors le duc de Nemours luy escrie : « Cappi- 
taine Jacquyn, esse pour l'amour de vostre dame ou 
pour l'amour de moy que voulez rompre ceste lance? » 
Il respondit, en parlant de Dieu à la mode des aven- 
turiers, que c'estoit pour l'amour de luy, et qu'il 
estoit honmie pour servir le roy à pied et à cheval. 
Si baissa la veue et fist sa course tellement quellement, 
mais il ne sceut rompre sa lance. Il recourut encores 
ung coup, mais il en fist autant, puis la tierce et quarte 
fois. Quant on veit qu'il ne faisoit autre chose, il 
fascha la compaignie et le laissa-on là. Bien ou mal 
fait par luy, se mist au retour à son logis le beau pas. 
Il avoit fort eschaufifé son cheval, et de sorte qu'il 
alloit tousjours saultelant, joinct aussi qu'il ne le 
menoit guères bien, luy donnant de l'espron sans 
propos, de façon que, quant il fut sur ce pont de 
boys, le chatoilloit tousjours. Il avoit ung peu plu- 
vyné ^ , de sorte que en faisant par le cheval ung petit 
sault les quatre piedz luy vont fouyr^, et tumbèrent 
homme et cheval dedans le canal, où pour le moins y 
avoit demy-lance d'eaue. Ceulx qui estoient de sa 
compaignie s'escrièrent : « A l'ayde ! à l'ayde ! » D'en 
hault ne luy povoit-on donner secours, car ce canal 



1. Pluviner, pleuvoir. 

2. Les quatre pieds luy vont fouyr, il manqua des quatre pieds. 



266 HISTOIRE DE BAYART 

estoit fait comme ung fossé à fons de cuve ; et sans le 
grant nombre de barques qui estoient là, on n'en eust 
veu jamais pied ne main. Le cheval se deffist de son 
homme et nagea plus de demy quart d'heure avant 
qu'il sceust trouver moyen d'eschapper. Enfin il se 
trouva à ung lieu qu'on avoit baissé pour abreuver 
les chevaulx et se saulva. Le cappitaine Jacquyn, le 
vaillant homme d'armes, grenoilla en l'eaue longue- 
ment; mais enfin, comme par miracle, fut saulvé et 
pesché par ceulx qui estoient es barques, mais plus 
mort que vif. Incontinent fut désarmé et pendu par 
les piedz, où en peu de temps gecta par la bouche 
deux ou trois seaulx d'eaue, et fut plus de six heures 
sans parler. Toutesfois les médecins de monseigneur 
de Nemours le vindrent veoir, et fut si bien secouru 
que dedans deux jours fut aussi sain et gaillart que 
jamais. Il ne fault pas demander si de ses compai- 
gnons aventuriers fut mocqué à double carillon. Car 
l'ung luy disoit : « Hé! cappitaine Jacquyn, vous 
souviendra-il une autresfois de courir la lance à neuf 
heures de nuyt en y ver. » L'autre luy disoit : « Il 
vault encores mieulx estre saulte-buysson que hari- 
delle ; on ne tumbe pas de si hault. » Brief il fut mené 
comme il luy appartenoit, mais cela ne me fait point 
tant esmerveiller comme de ce qu'il se saulva de 
dedans ce canal et armé de toutes pièces, et c'est ce 
qui m'a fait mettre cest incident en ceste histoire à 
propos de l'astrologue de Carpy qui luy avoit dit qu'il 
seroit pendu et estranglé , comme il fut le mardy 
d'après Pasques ensuyvant qu'avoit esté la furieuse 
journée de Ravenne, comme vous orrez. 

Estant ce gentil duc de Nemours au Fynal, attendant 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 267 

tousjours quelques nouvelles des ennemys, se partit une 
journée entre les autres, et alla visiter le duc et la du- 
chesse de Ferrare en leur ville, lesquelz s'ilz luy avoient 
fait bonne chière par le passé, encores la luy firent-ilz 
meilleure. Il y demoura cinq ou six jours en joyeulx et 
honnestes passe-temps, et en rapporta les couleurs de 
la duchesse, qui estoient de gris et noir, et puis s'en 
retourna en son camp où il eut certaines nouvelles 
que, sans secourir* la ville de Boulongne, elle et ceulx 
qui estoient dedans s'en alloient perduz; parquoy 
assembla tous les cappitaines pour y adviser : si fut 
conclud qu'on yroit lever le siège. Il faisoit assez mau- 
vais chevaucher, comme en la fin du moys de jan- 
vier ; toutesfois il partit du Fynal et print son chemin 
droit à Boulongne où durant son voyage advint ung 
gros inconvénient, car la ville de Bresse fut reprinse 
par les Véniciens, comme vous entendrez. 



CHAPITRE XLVIII. 

Comment messire André Grit, providadour de la sei- 
gneurie de Venise, par le moyen du conte Loys 
Advogadre *, reprint la ville de Bresse. 

Les Véniciens taschoient tous les jours entre autres 
choses de trouver le moyen à remettre la ville de 
Bresse entre les mains de la Seigneurie, qui est une 
des belles citez de l'Europe, des plus fortes, et gar- 

1 . Sans secourir, si on ne secourait pas. 

2. Le texte porte ici et ailleurs Adnogadre, ce qui est évidem- 
ment une faute d'impression. 



268 HISTOIRE DE BAYART 

nye de tous vivres que l'on sçauroit souhaiter pour 
nature substanter. Dedans icelle sourdent tant de 
belles fontaines que c'est ung droit paradis terrestre. 
Il y a trois vallées qui viennent, entre les mon- 
taignes, eulx joindre à ladicte ville, dont l'une vient 
des Almaignes, et les deux autres d'entre le Fryol et 
Venize, et s'appellent la val Camonegue, la val Tro- 
pye, la val Zobye\ et par l'une de ces trois se peult 
tousjours donner secours à la ville, laquelle estoit 
garnye de gens du roy de France , et en estoit pour 
lors gouverneur le seigneur du Ludde, et cappitaine 
du chasteau ung gentilhomme du pays des Bascoz ^, 
nommé Herigoye. La grande voulenté qu'avoient les 
Véniciens de reprendre Bresse n'estoit pas fondée 
sans raison, car par là affamoient ceulx qui estoient 
dedans Véronne, et faisoient barbe à ceulx qui voul- 
droient partir de Milan pour leur en faire porter; 
mais ilz ne povoient trouver moyen de la ravoir, ny 
aussi surprendre ceulx qui la gardoient, sans avoir 
intelligence dedans à quelque gros personnage. Et 
combien que les habitans fussent bons à Sainct-Marc, 
personne ne s'osoit aventurer parce que le feu sei- 
gneur de Gonty et le bon chevalier, pour une sur- 
prise qui leur cuyda estre faicte peu de temps devant, 
avoient fait coupper la teste à ung des plus apparens 
de la ville et de la plus grosse maison nommé le conte 
Jehan-Marie de Martinango ^, qui en estoit le chef, et 
plusieurs autres furent confinez en France ; toutesfois 
le dyable, ennemy de tout repos humain, voulut user 

1 . Valle Camonica, valle Trompia et valle Sabbia. 

2. Bascoz, basques ou gascons. 

3. Jean-Marie Martinengo, d'une noble famille de Lombardie. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 169 

de sa science et va semer une discention en ladicte 
ville, entre deux grosses maisons, l'une de Gambre* 
et l'autre Advogadre ; mais celle de Gambre estoit 
beaucoup plus favorisée des François. Ung jour s'es- 
meut ung débat entre deux des enfans du conte de 
Gambre et du comte Loys Advogadre, de sorte que 
celluy de Gambre, qui estoit bien acompaigné, blessa 
oultrageusement l'autre. Ledit conte Loys Advogadre 
ne s'en feust sceu venger, car la force n'estoit pas 
sienne en la ville, si s'en estoit venu à Milan. Aucun 
temps avoit esté devers le duc de Nemours pour en 
avoir la justice et réparation. Le bon prince le vou- 
loit, et commanda commissions pour en faire l'infor- 
mation affin de rendre à chascun son droit. Je ne sçay 
comment il alla, mais enfin n'en eut autre chose; 
parquoy, comme homme injurié à tort, sans en pou- 
voir avoir raison, se désespéra, et délibéra de re- 
tourner à son naturel ; et faisant semblant d'aller huyt 
ou dix jours à une sienne possession, s'en va jusques 
à Venize, devers le duc et la Seigneurie, les induyre à 
regaigner et remettre entre leurs mains la bonne ville 
de Bresse, et de ce leur bailla les moyens qu'il falloit 
tenir, qui pour l'heure sortirent à bon effect. S'il fut 
le bien venu, ne fault pas demander, car ladicte ville 
de Bresse estoit la fillole de Sant-Marco. Il fut festoyé 
trois ou quatre jours comme ung roy ; durant lequel 
temps prindrent conclusion en leur affaire , et luy fut 

1. Jean-François Gambara, comte de Pratelbuino, abandonna 
le parti des Vénitiens après la bataille de Ghiara d'Adda, pour 
sauver Brescia, sa patrie, des rigueurs de la guerre. 

Le chef de la faction opposée se nommait Louis Avogaro; il 
paya de sa tête sa révolte. 

>>» 

'4 



270 HISTOIRE DE BAYART 

promis, au jour par eulx prins et assigné, qu'il n'y 
auroit nulle faulte que messire André Grit ne se 
trouvast devant la ville avecques sept ou huyt mille 
hommes de guerre, sans les villains des montaignes 
qui descendroient, et que cependant il allast gaigner 
gens en la ville et faire ses préparatifz. Il s'en vint, et 
secrètement gaigna et tira à sa cordelle la pluspart 
des habitans ; le seigneur du Ludde ne se fioit pas trop 
en eulx, et faisoit chascun jour bon guet , mais il estoit 
bien mal acompaigné pour se defFendre contre la 
commune s'ilz eussent eu mauvais vouloir, comme 
tous eurent ou la pluspart; car cinq ou six jours 
après, à ung matin, au point du jour, vindrent les 
Véniciens à une des portes qu'ilz trouvèrent garnye 
de gens pour la deffendre : si firent sonner l'alarme. 
Le seigneur du Ludde se mist incontinent en ordre 
pour là y cuyder donner, mais en amusant les 
François à la porte, partie des ennemys rompirent 
certaines grisles de fer par où sortoient les immun- 
dices de la ville, et commencèrent à entrer dedans 
criant : « Marco ! Marco ! » Quant et quant le conte 
Loys Advogadre se mist sus, et tous ceulx de sa fac- 
tion, de sorte qu'on eust veu toute la ville en armes. 
Quant le povre seigneur du Ludde veit qu'il estoit 
trahy, feist sonner la retraicte à ses gens, et au 
mieulx qu'il luy fut possible, avecques eulx se retira 
au chasteau; mais tous les chevaulx, harnois, et 
habillemens y demourèrent. La contesse de Gambre, 
qui estoit Françoise, et tous ceulx qui tenoient le 
party du roy de France s'i saulvèrent. Sur ces entre- 
faictes furent les portes ouvertes et mis le seigneur 
messire André Grit dedans. Une grosse pitié fut, car 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 271 

tous les François qui furent trouvez dedans, sans en 
prendre ung à mercy, furent mis en pièces. Mais ilz le 
comparurent^ après, comme vous verrez. La première 
chose que fîst faire le conte Loys Advogadre quant il 
veit sa force, ce fut d'aller aux maisons de ceulx de 
Gambre, lesquelles il fist toutes ruyner et desmolir. 
Le providadour messire André Grit congneut bien 
que ce n'estoit pas le plus fort d'avoir eu la ville s'il 
n'avoitle chasteau, car par là pourroit estre ayséement 
reprinse. Si l'envoya par une trompette sommer 
incontinent; mais il perdit sa peine, car trop estoit 
garny de gaillarde chevalerie. Toutesfois au peuple 
qui y estoit entré les vivres n'eussent guères duré , et 
davantage le providadour fist canonner la place à 
merveilles, et y eut grosse berche faicte. Davantage 
fist soubdainement dresser deux engins en manière 
de grues pour approcher de la place, lesquelz por- 
toient bien chascun cent hommes de front. Bref, ilz 
firent tout ce que possible estoit de faire pour prendre 
le chasteau. Le seigneur du Lude et le cappitaine 
Herigoye , bien estonnez de ceste trahison , despes- 
chèrent ung homme devers le duc de Nemours, qui 
estoit allé avecques toute sa puissance à Boulongne, 
en l'advertissant de leur inconvénient et davantage 
que, s'ilz n'estoient secouruz dedans huyt jours, ilz 
estoient perduz. Le messagier, combien que tous les 
passages feussent gardez, eschappa et fist si bonne 
diligence qu'il arriva devant Boulongne, le jour 
mesmes que le gentil duc avoit levé le siège et 
refreschy la ville de gens et de vivres. Les lettres 

1. Comparurent, payèrent. 



..^V 



272 HISTOIRE DE BAYART 

luy furent présentées, que le bon prince ouvrit et 
leut. Il fut bien esbahy quant il entendit l'inconvé- 
nient de Bresse; car c'estoit, après le chasteau de 
Milan, la place que les François eussent en Ytalie de 
plus grosse importance. Les cappitaines furent assem- 
blez et conclurent tous ensemble que à toute diligence 
falloit retourner et la reprendre s'il estoit possible ; ce 
qu'ilz pensoient aisé à exécuter pourveu que le chas- 
teau ne se perdist point. Après ceste conclusion n'y 
eut plus de procès^ mais chacun fist trousser son cas^, 
et se misrent à chemin. 



CHAPITRE XLIX. 

De la grande diligence que fist le gentil duc de 
Nemours pour reprendre Bresse , et comment il 
deffist le cappitaine général des Véniciens en che- 
min et cinq ou six mille hommes. 

Quant messire André Grit fut maistre et seigneur 
de la ville de Bresse et qu'il eut assiégé le chasteau, 
comme avez entendu, ne se tint pas à tant , mais bien 
congnoissant que dès ce que le duc de Nemours, qui 
estoit allé lever le siège de Boulongne, en seroit 
adverty soubdain retourneroit, parquoy, s'il ne se 
trouvoit fort dedans la ville et aussi puissant que 
pour combatre aux champs, seroit en dangier d'estre 
perdu, il escripvit une lettre à la Seigneurie, qu'il 

1. Procès, discussion. 

2. Trousser son cas, préparer ses bagages. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 273 

envoya en extrême diligence ; et en icelle leur faisoit 
entendre qu'il estoit plus que nécessaire pour con- 
server la ville de Bresse, par luy prise, ilz envoyas- 
sent secours si puissant que ce feust pour se deflfendre 
et à ung besoing donner la bataille au camp des Fran- 
çois et par le moyen de Bresse recouvroient toutes leurs 
terres. Sa demande fut trouvée raisonnable et de grosse 
importance. Si fut incontinent mandé à messire Jehan- 
Paule Bâillon \ lors cappitaine général de ceste sei- 
gneurie de Venise, qu'il eust jour et nuyt à marcher, 
acompaigné de quatre cens hommes d'armes et 
quatre mille hommes de pied, et qu'il s'en allast 
gecter dedans Bresse. Quant il eut le vouloir de la 
Seigneurie entendu, il se mist en son debvoir et à 
chemin au plus tost qu'il peut. De l'autre costé mar- 
choit le duc de Nemours, si diligemment que ung 
chevaucheur sur ung courtault de cent escuz n'eust 
sceu faire plus de pays qu'il en faisoit en ung jour 
avecques toute son armée. Et tant fist qu'il arriva 
auprès d'ung chasteau appelle Valège^, qui tenoit 
pour le roy de France, et lequel cuydoit prendre le 
cappitaine Jehan-Paule Bâillon en passant ; et ce qu'il 
s'i amusa luy porta grant dommage, car le duc de 
Nemours en fut adverty, lequel fist faire ce jour-là à 
son armée, en fin cueur d'yver, comme à la my- 
février, trente mille de pays, et de façon qu'il se 
trouva plus près de Bresse que ledit cappitaine Bail- 
Ion, qui en ung passage fut rencontré des François. Il 

i. Jean-Paul Baglioni, seigneur de Pérouse, capitaine au ser- 
vice des Orsini contre César Borgia. 11 fut l'un des plus célèbres 
condottieri de son temps. 

2. Valeggio, sur le Mincio, province de Vérone. 

18 



274 HISTOIRE DE BAYART 

avoit cinq ou six pièces d'artillerie, lesquelles il fîst 
deslacher^ dont de l'une fut tué le porte enseigne du 
seigneur de Théligny^, cappitaine moult à louer, 
lequel menoit avecques le bon chevalier les premiers 
coureurs. Toute la nuyt le bon chevalier avoit eu la 
fiebvre, et n'estoit point armé, ains estoit en une 
robbe de veloux noir à chevaucher; mais quant il 
veit qu'il falloit combatre, emprunta ung halecret^ 
d'ung adventurier, qu'il mist sur sadicte robbe, et 
monta sur ung gaillart coursier ; puis avecques son 
compaignon, le seigneur de Théligny, marcha droit 
aux ennemys. La grosse troppe de l'avant-garde des 
François estoit encores bien loing; toutesfois ilz ne 
laissèrent point de charger, et y eut dure et aspre 
rencontre, qui dura, tousjours combatant, ung quart 
d'heure. Cependant en vindrent nouvelles au camp; 
si furent les François refreschis de gens ; mais quant 
le cappitaine de la Seigneurie les veit approcher, 
tourna le doz, se retirant de là où il estoit venu. Il 
fut chassé longuement, mais jamais ne peut estre pris. 
Ses gens de pied y demeurèrent, son artillerie et la 
plupart de ses gens de cheval. Ce fut une gorgiase 
defFaicte et prouffitable aux François, car s'ilz^ feussent 
entrez dedans Bresse, jamais n'eust esté reprise. De 
ceste tant bonne rencontre fut marry et joyeulx le 
duc de Nemours : joyeulx de ce qu'il estoit victorieux 
et marry de ce qu'il ne s'i estoit trouvé. Ces nou- 

1. Deslacher, décharger. 

2. François de Théligny, s"" de Lierville, sénéchal de Rouergue, 
conseiller, chambellan du roi. 

3. Halecret, espèce de corselet. 

4. S'ilz, si le secours envoyé par les Vénitiens. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 275 

velles furent incontinent sçeues au chasteau de Bresse, 
où ilz firent feu de joye en cinq ou six lieux, car par 
là se trouvoient asseurez d'estre secourus dedans deux 
jours; mais s'ilz en avoient joye au chasteau, ilz en 
eurent bien autant de mélencolie en la ville, congnois- 
sans que c'estoit leur destruction , et se feussent vou- 
lentiers retournez les habitans , lesquelz vindrent sup- 
plier à messire André Grit qu'il se retirast; mais il 
n'en voulut riens faire, dont mal luy en print. Le 
noble prince duc de Nemours s'en vint, après la def- 
faicte de Jehan-Paule Bâillon, loger à vingt mille de 
Bresse, et lendemain au pied du chasteau. En mar- 
chant, il se trouva quelque nombre de vilains, assem- 
blez en ung petit village, lesquelz voulurent tenir fort, 
mais enfin furent tous mis en pièces. Quant l'armée 
des François fut arrivée, incontinent montèrent au 
chasteau quelques cappitaines pour réconforter les 
seigneur du Lude et cappitaine Hérigoye, ensemble 
ceulx qui estoient dedans, et y fut porté force vivres, 
dont de joye tirèrent dix-huyt ou vingt coups d'artil- 
lerie en la ville, qui de telle feste se feussent bien 
passez les habitans. Le lendemain monta le seigneur 
de Nemours au chasteau, aussi firent les cappitaines et 
toute l'armée, où il fut conclud de donner l'assault à 
la ville, qui fut aspre, dur et cruel. 



CHAPITRE L. 

Comment le duc de Nemours reprist la ville de Bresse 
sur les Véniciens, où le bon chevalier sans paour 



276 fflSTOIRE DE BAYART 

et sans reprouche acquist grant honneur^ et comment 
il fut blessé quasi à mort. 

Le duc de Nemours, qui ne voulut point songer en 
ses affaires, après qu'il fut monté au chasteau assem- 
bla tous ses cappitaines pour sçavoir qu'il estoit de 
faire, car dedans la ville y avoit gros nombre de gens, 
comme huyt mille hommes de guerre et douze ou 
quatorze mille vilains du pays qui s'estoient avecques 
eulx assemblez, et si estoit la ville forte à merveilles. 
Ung bien y avoit, qu'on descendoit du chasteau en la 
citadelle sans trouver fossé qui guères donnast em- 
peschement ; bien avoient fait ung bon rampart. Or en 
toute l'armée du roy de France n'estoient point alors 
plus de douze mille combat ans, car une grosse partie 
estoit demourée à Boulongne. Toutesfois, au peu de 
nombre qui y estoit n'y avoit que redire, car c'estoit 
toute fleur de chevalerie, et croy que cent ans para- 
vant n'avoit esté veu pour le nombre plus gaillarde 
compaignie et davantage avecques le bon vouloir que 
chascun avoit de servir son bon maistre le roy de 
France. Ce gentil duc de Nemours avoit tant gaigné 
le cueur des gentilzhommes et des adventuriers qu'ilz 
feussent tous mors pour luy. Eulx assemblez au con- 
seil, fut demandé par ledit seigneur à tous les cappi- 
taines leur advis, que chascun dist au mieulx qu'il 
sceut; et pour conclusion fut ordonné qu'on donne- 
roit l'assault sur les huit ou neuf heures l'endemain 
matin , et telle fut l'ordonnance : c'est que le seigneur 
de Molart avecques ses gens de pied conduyroit la 
première pointe, mais devant luy yroit le cappitaine 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 277 

Hérigoye et ses gens escarmoucher ; après en une 
troppe marcheroient ce cappitaine Jacob, que l'empe- 
reur Maximilian avoit devant Padoue en la bende du 
prince de Hanno (mais par moyens fut gaigné au ser- 
vice du roy de France, et avoit alors deux mille lansque- 
netz), les cappitaines Bonnet, Maugiron, le bastard de 
Glèves* et autres, jusques au nombre de sept mille 
hommes, et le duc de Nemours, les gentilzhommes 
que conduysoit le grant séneschal de Normandie^, 
avecques la plus grosse force de la gendarmerie à 
pied marcheroient à leur costé, l'armet en teste et la 
cuyrasse sur le doz ; et monseigneur d'Alègre seroit à 
cheval à la porte Sainct-Jehan, qui estoit la seulle 
porte que les ennemys tenoient ouverte, car ilz avoient 
muré les autres, avecques trois cens hommes d'armes 
pour garder que nul ne sortist. Le vertueux cappi- 
taine de la Palisse ne fut point à l'assault, car le soir de 
devant il avoit esté blessé en la teste d'ung esclat, 
par ung coup de canon qu'on avoit tiré de la ville au 
chasteau. Geste ordonnance faicte, chascun la trouva 
bonne, excepté le bon chevalier, qui dist après ce que 
le duc de Nemours selon son ordre eut parlé à luy : 
« Monseigneur, saufve vostre révérence et de tous 
messeigneurs, il me semble qu'il fault faire une chose 
dont nous ne parlons point. » Il luy fut demandé par 
ledit seigneur de Nemours que c'estoit : « C'est, dist- 
il, que vous envoyez monseigneur de Molart faire la 
première pointe ; de luy je suis plus que asseuré qu'il 
ne recullera pas, ne beaucoup de gens de bien qu'il a 

1. Fils naturel de Jean II, duc de Clèves, mort en 1521. 

2. Louis de Brezé, grand sénéchal de Normandie. Le même 
qui est nommé plus haut Maulevrier. 



278 HISTOIRE DE BAYART 

avecques luy; mais si les ennemys ont point de gens 
d'estoffe* et bien congnoissans la guerre avecques eulx, 
comme je croy que ouy, sachez qu'ilz les mettront à 
la pointe, et pareillement leurs hacquebutiers. Or, en 
telz affaires, s'il est possible, ne fault jamais reculler; 
et si d'adventure ilz repoussoient lesditz gens de pied 
et ilz ne feussent soutenuz de gendarmerie, il y 
pourroit avoir gros désordre ; parquoy je suis d'advis 
que avecques mondit seigneur de Molart on mecte 
cent ou cent cinquante hommes d'armes qui seront 
pour beaucoup mieulx soustenir le fès que les gens 
de pied qui ne sont pas ainsi armez. » Lors dist le 
duc de Nemours : « Vous dictes vray, monseigneur 
de Bayart ; mais qui est le cappitaine qui se vouldra 
mettre à la mercy de leurs hacquebutes ? — Ce sera 
moy, s'il vous plaist, monseigneur, respondit le bon 
chevalier, et croyez que la compaignie dont j'ay la 
charge fera aujourd'huy de l'honneur au roy et à vous 
et tel service que vous en appercevrez. » Quant il 
eut parlé n'y eut cappitaine qui ne regardast l'ung 
l'autre, car sans point de faulte le faict estoit très 
dangereux. Toutesfois il demanda la charge et elle luy 
demoura. Quant tout fut conclud, encores dist le duc 
de Nemours : « Messeigneurs, il fault que selon Dieu 
nous regardions à une chose. Vous voyez bien que si 
ceste ville se prent d'assault elle sera ruynée et pillée, 
et tous ceulx de dedans mors, qui seroit une grosse 
pitié. Il fault encores savoir d'eulx avant qu'ilz en 
essayent la fortune s'ilz se vouldroient point rendre. » 
Gela fut trouvé bon , et le matin y fut envoyé une des 

1. Gens d'estoffe, gens de résistance. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 279 

trompettes , qui sonna dès ce qu'il partit du chasteau 
et marcha jusques au premier rampart des ennemys, 
où estoient le providadour messire André Grit et tous 
les cappitaines. Quant la trompette fut arrivée de- 
manda à entrer en la ville ; on luy dist qu'il n'entroit 
point, mais qu'il dist ce qu'il vouldroit et que 
s'estoient ceulx qui avoient puissance de luy res- 
pondre. Lors fist son message tel que vous avez 
entendu cy dessus et que s'ilz vouloient rendre la 
ville on les laisseroit aller leurs vies sauves, sinon et 
où elle se prendroit d'assault qu'ilz povoient estre tous 
asseurez de mourir. Il luy fut respondu qu'il s'en 
povoit bien retourner, et que la ville estoit de la Sei- 
gneurie, qu'elle y demoureroit, et davantage qu'ilz gar- 
deroient bien que jamais François n'y mettroit le pied. 
Hélas ! les povres habitans se feussent voulentiers 
renduz, mais ilz ne furent pas les maistres. La trom- 
pette revint qui fist sa response; laquelle ouye, n'y 
eut autre délay, sinon que le gentil duc de Nemours 
qui desjà avoit ses gens en bataille commença à dire : 
€ Or, messeigneurs, il n'y a plus que bien faire et nous 
monstrer gentilz compaignons. Marchons, ou nom de 
Dieu et de monseigneur sainct Denys ! » Les parolles 
ne furent pas si tost proférées que tabourins , trom- 
pettes et clérons ne sonnassent l'assault et l'alarme si 
impétueusement que aux couars les cheveulx dres- 
soient en la teste et aux hardiz le cueur leur croissoit 
au ventre^. Les ennemys, oyans ce bruit, deslachèrent 

1. Quant le seigneur messire André Grit entendit le cry des 
Françoys fust moult esmerveillé d'icelle furie et soubdaine entre- 
prinse; adoncques dict à ses gens : « Seigneurs mes amys, aujour- 
d'huy il se fault défendre contre ceste impétuosité galicque; 



2180 HISTOIRE DE BAYART 

plusieurs coups d'artillerie, dont entre les autres ung 
coup de canon vint droit donner au beau mellieu de 
la troppe du duc de Nemours, sans tuer ne blesser 
personne, qui fut quasi chose miraculeuse, considéré 
comme ilz marchoient serrez. Alors se mist à marcher 
avant le seigneur de Molart et le cappitaine Hérigoye 
avecques leurs gens, et sur leur esle quant et quant 
le gentil et bon chevalier sans paour et sans reprouche 
à pied, avecques toute sa compaignie qui estoient gens 
esleuz, car la pluspart de ses gens d'armes avoient 
en leur temps esté cappitaines, mais ilz aymoient 
mieulx estre de sa compaignie, à moins de bienfait la 
moictié^ que d'une autre, tant se faisoit aymer par ses 
vertus! Hz approchèrent près du premier rampart, 
derrière lequel estoient les ennemys, qui commencè- 
rent à tirer artillerie et leurs hacquebutes aussi dru 
comme mouches. Il avoit ung peu pluvyné : le chas- 
teau estoit en montaigne, et pour descendre en la ville 
on couloit ung peu; mais le duc de Nemours, en 
monstrant qu'il ne vouloit pas demourer des derre- 
niers, osta ses souliers et se mist en eschapins de 
chausses^. A son exemple le firent plusieurs autres, 
car à vray dire ilz s'en soutenoient mieulx. Le bon 
chevalier et le seigneur de Molart combatirent à ce 
rampart furieusement : aussi fut-il merveilleusement 

tenons-nous fortz deulx ou troys heures, car les Franco ys de na- 
ture resemblent la flambe du feu de paille que soubdainement est 
grande et merveilleuse, mais ne dure guyère et est tost estaincte » 
(Ghampier, fol. xxxiv). 

1 . A moins de bienfaict la moitié, avec une solde moitié moins 
forte. 

2. Eschapins de chausse, escarpins légers que les cavaliers por- 
taient sous la pièce d'armure qui protégeait leur pied. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 281 

bien defFendu. Les François cryoient : « France! 
France ! » ceulx de la compagnie du bon chevalier 
cryoient : « Bayart ! Bayart ! » les ennemys cryoient : 
« Marco ! Marco ! » Bref ilz faisoient tant de bruyt que 
les hacquebutes ne povoient estre ouyes. Messire André 
Grit donnoit merveilleux courage à ses gens, et en son 
langaige ytalien leur disoit : « Tenons bon, mes amys, 
les François seront tantost lassez ; ilz n'ont que la pre- 
mière pointe, et si ce Bayart estoit deffaict, jamais les 
autres n'approcheroient. » Il estoit bien abusé, car s'il 
avoit grant cueur de deffendre, les François l'avoient 
cent fois plus grant pour entrer dedans ; et vont livrer 
ung assault merveilleux, par lequel ilz repoussèrent 
ung peu les Véniciens. Quoy voyant le bon chevalier, 
commencea à dire : « Dedans, dedans, compaignons! 
ilz sont nostres; marchez, tout est deffaict. » Luy- 
mesmes entra le premier et passa le rampart, et après 
luy plus de mille, de sorte qu'ilz gaignèrent le pre- 
mier fort, qui ne fut pas sans ce bien batre ; et y en 
demoura de tous les costez, mais peu de Françoise 
Le bon chevalier eut ung coup de picque dedans le 
hault de la cuysse, et entra si avant que le bout 
rompit, et demoura le fer et ung bout du fust dedans. 
Bien cuyda estre frappé à mort de la douleur qu'il 
sentit. Si commencea à dire au seigneur de Molart : 
« Compaignon, faictes marcher voz gens , la ville est 
gaignée; de moy je ne sçaurois tirer oultre, car je 
suis mort. » Le sang luy sortoit en habondance ; si luy 

1. Bayardus etiam et alii cum Gastone P'uxo, dimissis equis, 
in ipsam urbem cum magno sui et suorum periculo descenderunt 
et apertis foribus alii Galli Brixiam circumdantes ingressi sunt 
(Aymar du Rivail, p. 553). 



^82 HISTOIRE DE BAYART 

fut force ou là mourir sans confession, se retirer hors 
de la foulle avecques deux de ses archiers, lesquelz 
luy estanchèrent au mieulx qu'ilz peurent sa playe 
avecques leurs chemises qu'ilz descirèrent et rom- 
pirent pour ce flaire ^ Le povre seigneur de Molart, 
qui ploroit amèrement la perte de son amy et voisin, 
car tous deux estoient de l'escarlate des gentilz- 
hommes, comme ung lyon furieux, délibéré le ven- 
ger, commencea rudement à pousser et le bon duc de 
Nemours, et sa flote- après, qui entendit en passant 
avoir le premier fort esté gaigné par le bon chevalier, 
mais qu'il y avoit esté blessé à mort, si luy-mesmes 
eust eu le coup n'eust pas eu plus de douleur ; et com- 
mencea à dire : « Hé! messeigneurs mes amys, ne 
vengerons-nous point sur ses villains la mort du plus 
acomply chevalier qui feust au monde ! Je vous prie 
que chascun pense de bien faire. » A sa venue furent 
Véniciens maltraictez, et guerpirent la cytadelle, fai- 
sans myne se vouloir retirer vers la ville et lever le 
pont, car trop eussent eu affaire les François par ce 
moyen ; mais ilz furent poursuyvis si vivement qu'ilz 
passèrent le palais et entrèrent pesle-mesle en la grant 
place, en laquelle estoit toute leur force, la gendar- 
merie et chevaulx légiers bien à cheval avecques les 
gens de pied en bataille bien ordonnée selon leur for- 

1 . Un des capitaines Vénitiens s'approucha de Bayard et luy 
i)ailla en la cuisse d'une picque si grant coupt qu'il luy bouta le 
fer dedans la cuisse. Lors voyant Bayard qu'il estoit moult blecé, 
de son espée frappa contre la picque près la cuisse et la couppa, 
et après plus fort frappa contre ses ennemys nonobstant que le 
fer de la picque fut demeuré en la cuisse bien avant (Ghampier, 
fol. xxxiv). 

2. La flote, le flot des combattants. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 283 

tune. Là se monstrèrent les lansquenetz et aventu- 
riers françois gentilz compaignons. Le cappitaine Bon- 
net y fist de grans appertises^ d'armes, et sortant 
de sa troppe la longueur d'une picque, marcha droit 
aux ennemys, et fut aussi très bien suivy. Le combat 
dura demye heure ou plus. Les cytadins et femmes 
de la ville gectoient des fenestres gros carreaux et 
pierres avecques eaue chaulde, qui dommagea plus les 
François que les gens de guerre. Ce nonobstant, en- 
fin furent Véniciens deffaictz , et y en demoura sur 
ceste grant place de si bien endormis qu'ilz ne se 
resveilleront de cent ans sept ou huyt mille. Les 
autres, voyans qu'il n'y faisoit pas trop seur, cher- 
chèrent leur eschappatoire de rue en rue ; mais tous- 
jours de leur malheur trouvoient gens de guerre qui 
les tuoient comme pourceaulx. Messire André Grit, le 
conte Loys Advogadre et autres cappitaines estoient à 
cheval, lesquelz, quant ilz veirent la rotte entière- 
ment sur eulx, voulurent essayer le moyen de se 
saulver, et s'en allèrent droit à ceste porte Sainct- 
Jehan cuydans sortir. Si firent abaisser le pont, et 
cryoient : « Marco ! Marco î Ytalie ! Ytalie ! » Mais 
c'estoit en voix de gens bien effrayez. Le pont ne fut 
jamais si tost baissé que le seigneur d'Alègre, gentil 
cappitaine et diligent, n'entrast dedans la ville avecques 
la gendarmerie qu'il avoit, et en s'escriant : « France ! 
France ! » chargea sur les Véniciens, lesquelz tous, ou 
la plus grant part, porta par terre, et entre autres le 
conte Loys Advogadre, qui estoit monté sur une 
jument coursière pour courir cinquante mille sans 

1. Appertises, exploits. 



284 HISTOIRE DE BAYART 

repaistre. Le providadour messire André Grit veitbien 
qu'il estoit perdu sans remède, si plus attendoit ; par- 
quoy, après avoir couru de rue en rue pour eschapper 
la fureur, descendit de son cheval, et se gecta en une 
maison, seulement avecques ung de ses gens, où il se 
mist en defFense quelque peu ; mais doublant plus gros 
inconvénient, fist enfin ouvrir le logis où il fut prins 
prisonnier. Bref, nul n'en eschappa qui ne feust mort 
ou prins ; et fut ung des plus cruelz assaulx qu'on eust 
jamais veu , car des mors, tant des gens de guerre de 
la Seigneurie que de ceulx de la ville, y eut nombre 
de plus de vingt mille, et des François ne s'en perdit 
jamais cinquante, qui fut grosse fortune. Or, quant 
plus n'y eut à qui combatre, chascun se mist au pillage 
parmy les maisons. Et y eut de grosses pitiez ; car, 
comme povez entendre, en telz affaires il s'en trouve 
tousjours quelques-ungs meschans, lesquelz entrèrent 
dedans monastères, firent beaucoup de dissolutions, 
car ilz pillèrent et desrobèrent en beaucoup de façons, 
de sorte qu'on estimoit le butin de la ville à trois 
millions d'escuz^ Il n'est riens si certain que la prinse 
de Bresse fut en Ytalie la ruyne des François, car ilz 
avoient tant gaigné en ceste ville de Bresse que la 
pluspart s'en retourna et laissa la guerre; et ilz 
eussent fait bon mestier à la journée de Ravenne, 
que vous entendrez cy-après. 

11 fault sçavoir que devint le bon chevalier sans paour 
et sans reprouche après qu'il eut gaigné le premier fort, 

1. La prise de Brescia eut lieu le 19 février 1512. Les historiens 
les plus modérés estiment à huit à dix mille le nombre des per- 
sonnes tuées durant le sac de la ville; d'autres, tels que Fleu- 
range, portent ce chiffre à quarante mille. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 285 

et qu'on l'eut si lourdement blessé que contrainct avoit 
esté à son grant regret de demourer avecques deux de 
ses archiers. Quant ilz veirent la cytadelle gaignée, en 
la première maison qu'ilz trouvèrent desmontèrent ung 
huis sur lequel ilz le chargèrent, et le plus doulcement 
qu'ilz peurent, avecques quelque ayde qu'ilz trou- 
vèrent, le portèrent en une maison la plus apparente 
qu'ilz veirent là à l'entour; c'estoit le logis d'ung 
fort riche gentilhomme, mais il s'en estoit fuy en ung 
monastère, et sa femme estoit demourée au logis en 
la garde de Nostre-Seigneur, avecques deux belles 
filles qu'elle avoit, lesquelles estoient cachées en ung 
grenier dessoubz du foing. Quant on vint heurter à 
sa porte conmie constante d'attendre la miséricorde de 
Dieu, la va ouvrir. Si veit le bon chevalier, que on 
apportoit ainsi blessé, lequel fist incontinent serrer la 
porte et mist deux archiers à l'huys, ausquelz il dist : 
« Gardez sur vostre vie que personne n'entre céans, 
si ce ne sont de mes gens. Je suis asseuré que, quant 
on sçaura que c'est mon logis, personne ne s'efforcera 
d'y entrer. Et pour ce que, pour me secourir, je suis 
cause dont perdez à gaigner quelque chose, ne vous 
souciez, vous n'y perdrez riens. » Les archiers firent 
son commandement, et luy fut porté en une fort 
belle chambre, en laquelle la dame du logis le mena 
elle-mesme; et se gectant à genoulx devant luy, parla 
en ceste manière rapportant son langaige au françois : 
« Noble seigneur, je vous présente ceste maison et 
tout ce qui est dedans, car je sçay bien qu'elle est 
vostre par le debvoir de la guerre, mais que vostre 
plaisir soit de me saulver l'honneur et la vie, et de 
deux jeunes filles que mon mary et moy avons, qui 



286 fflSTOlRE DE BAYART 

sont prestes à marier. » Le bon chevalier, qui oncques 
ne pensa meschanseté, luy respondit : « Madame, je 
ne sçay si je pourray eschapper de la playe que 
j'ay, mais tant que je vivray, à vous ne à voz filles 
ne sera fait desplaisir non plus que à ma personne. 
Gardez-les seulement en voz chambres, qu'elles ne 
se voyent point , et je vous asseure qu'il n'y a 
homme en ma maison qui se ingère d'entrer en lieu 
que ne le veuillez bien, vous asseurant au surplus que 
vous avez céans ung gentilhomme qui ne vous pillera 
point, mais vous feray toute la courtoysie que je 
pourray. » Quant la bonne dame l'ouyt si vertueuse- 
ment parler, fut toute asseurée. Après il luy pria 
qu'elle enseignast quelque bon cirurgien, et quipeust 
hastivement le venir habiller^ ; ce qu'elle fist, et l'alla 
quérir elle-mesmes avecques ung des archiers, car il 
n'y avoit que deux maisons de la sienne. Luy arrivé, 
visita la playe du bon chevalier, qui estoit grande et 
profonde ; toutesfois il l'asseura qu'il n'y avoit nul 
dangier de mort. Au second appareil le vint veoir le 
cirurgien du duc de Nemours, appelle maistre Claude, 
qui depuis le pensa et en fist très bien son debvoir, 
de sorte qu'en moins d'ung moys fut prest à monter 
à cheval. Le bon chevalier habillé demanda à son 
hostesse où estoit son mary; la povre dame toute 
esplorée luy dist : « Sur ma foy. Monseigneur, je ne 
sçay s'il est mort ou vif. Bien me doubte, s'il est 
en vie, qu'il sera dedans ung monastère où il a grosse 
congnoissance. — Dame, dist le bon chevalier, 
faictes-le chercher, et je l'envoyeray quérir, en sorte 

1. Habiller, panser. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 287 

qu'il n'aura point de maP. » Elle se fist enquérir où 
il estoit et le trouva. Puis fut envoyé quérir par le 
maistre d'hostel du bon chevalier, et par deux 
archiers qui l'amenèrent seurement ; et à son arrivée 
eut de son hoste le bon chevalier joyeuse chère, et 
luy dist qu'il ne se donnast point de mélencolie et 
qu'il n'avoit logé que de ses amys. Après la belle et 
glorieuse prinse de la ville de Bresse par les François, 
et que la fureur fut passée, se logea le victorieux duc 
de Nemours, qui n'estoit pas l'éfigie du dieu Mars, 
mais luy-mesmes; et avant que boyre ne manger 
assembla son conseil, où furent tous les cappitaines, 
affin d'ordonner ce qui estoit nécessaire de faire. Pre- 
mier envoya chasser toutes manières de gens de 
guerre, qui estoient es religions^ et églises, et fist 
retourner les dames aux logis avecques leurs marys 
s'ilz n' estoient plus prisonniers, et peu à peu les 
asseura. Il convint diligenter à vuyder les corps mors 
de la ville par peur de l'infection, où on fut trois 
jours entiers sans autre chose faire , et en trouva l'on 
vingt et deux mille et plus. Il donna les offices qui 
estoient vaccans à gens qu'il pensoit bien qui les 
sceussent faire. Le procès du conte Loys Advogadre 
fut fait, lequel avoit esté cause de la trahison pour 
reprendre Bresse, et eut la teste trenchée, et mis 

1 . Incontinent que Bayard entra dedans, la dame et ses filles 
iuy vindrent au devant en pleurs et se gettèrent à genoulx devant 
luy, si luy cryarent mercy, disant la dame : « Seigneur, je vous 
« recommande mes filles seulement, prenez tous noz biens, saul- 
« vez Thonneur de mes filles, — Dame, dict Bayard, où est vostre 
« mary? » Dist la madame : « Je ne sçay s'il est avecques les 
« autres en la cité misérablement occis» (Ghampier, fol. xxxv). 

2. Religions, couvents. 



288 HISTOIRE DE BAYART 

après en quatre quartiers, et deux autres de sa fac- 
tion, dont l'ung s'appelloit Thomas del Duc, et l'autre 
Hiéronyme de Ryve. 

Sept ou huyt jours fut à Bresse ce gentil duc 
de Nemours, où une fois le jour pour le moins 
alloit visiter le bon chevalier, lequel il reconfor- 
toit le mieulx qu'il povoit, et souvent luy disoit : « Hé, 
monseigneur de Bayart, mon amy, pensez de vous 
guérir, car je sçay bien qu'il fauldra que nous don- 
nions une bataille aux Espaignolz entre cy et ung 
moys, et si ainsi estoit, j'aymerois mieulx avoir perdu 
tout mon vaillant que n'y feussiez, tant j'ay grant 
fiance en vous. » Le bon chevalier respondit : 
« Croyez, monseigneur, que s'il est ainsi qu'il y ait 
bataille, tant pour le service du roy mon maistre que 
pour l'amour de vous, et pour mon honneur qui va 
devant, je m'y feroye plustost porter en lictière que 
je n'y feusse. » Le duc de Nemours luy fist force pré- 
sens selon sa puissance, et pour ung jour luy envoya 
cinq cens escuz, lesquelz il donna aux deux archiers 
qui estoient demourez avecques luy quant il fut blessé. 

Quant le roy de France Loys douziesme fut adverty 
de la prinse de Bresse et de la belle victoire de son 
nepveu, croyez qu'il en fut très fort joyeulx. Toutesfois 
il congnoissoit assez que, tant que ses Espaignolz 
seroient rouans^ en la Lombardie, son Estât de Milan 
ne seroit jamais asseuré. Si en escrivoit chascun jour 
à sondit nepveu le noble duc de Nemours, le priant, 
tant affectueusement que possible luy estoit, qu'il luy 
gectast la guerre de Lombardie et qu'il mist peine 

i. Rouans, rôdants. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 289 

d'en chasser les Espaignolz, car il luy ennuyoit de 
soustenir les fraiz qu'il convenoit faire aux gens de 
pied qu'il avoit, et ne les povoit plus porter sans trop 
fouller son peuple, qui estoit la chose en ce monde 
qu'il faisoit à plus grant regret. Davantage qu'il sça- 
voit bien que le roy d'Angleterre luy brassoit ung 
brouet* pour descendre en France, et pareillement les 
Suysses, et que si cela advenoit luy seroit besoing de 
s'ayder de ses gens de guerre qu'il avoit en Ytalie ; 
et enfin c'estoit en toutes ses lettres la conclusion : de 
donner la bataille aux Espaignolz, ou les exterminer ^ 
si loing qu'ilz ne retournassent plus. Ce duc de 
Nemours avoit si grande amour au roy son oncle 
qu'en toutes choses se vouloit garder de le courroucer. 
Et davantage il sçavoit certainement que ses lettres ne 
luy venoient point sans grande raison. Si se mist en 
totalle délibération d'acomplir voluntairement le 
commandement qui luy estoit fait touchant mettre fin 
à la guerre. Si assembla tous ses cappitaines, gens de 
cheval et de pied, et à belles petites journées marcha 
droit à Boulongne, où là auprès arriva en son camp 
le duc de Ferrare, auquel il bailla son avant-garde à 
conduyre avecques le seigneur de la Palisse; et tant 
alla qu'il trouva l'armée du roy d'Espaigne et du pape 
à quinze mille de Boulongne, en ung lieu dit Gastel 
Sainct-Pedro^. C'estoit une des belles armées et des 
I mieulx esquipées pour le nombre qu'ilz estoient qu'on 

eust jamais veu. Domp Ray mon de Cardonne*, vis- 

1. Luy brassoit ung brouet, lui préparait un plat de sa façon. 

2. Exterminer, chasser hors des frontières. 

3. Castel San Pietro delV Emilia, province de Bologne. 

4. Raymond Folch, duc de Gardonna, vicomte de Villamura, 
gouverneur de Naples. Mort en 1522. 

19 



2190 HISTOIRE DE BAYART 

roy de Naples, en estoit le chief et avoit en sa com- 
paignie douze ou quatorze cens hommes d'armes, dont 
les huyt cens estoient bardez ; ce n'estoit que or et 
azur, et les mieulx montez de coursiers et chevaulx 
d'Espaigne que gens de guerre qu'on eust sceu veoir. 
Davantage il y avoit deux ans qu'ilz ne faisoient que 
aller et venir parmy ceste Rommaigne, qui est ung 
bon et gras pays et où ilz avoient leurs vivres à 
souhait. Il y avoit douze mille hommes de pied seul- 
lement, deux mille Ytaliens soubz la charge d'ung 
cappitaine Ramassot, et dix mille Espaignolz, Bys- 
cayns et Navarrès que conduysoit le conte Pedro 
Navarro\ et de toute la troppe des gens de pied 
estoit cappitaine général ; il avoit autresfois mené ses 
gens en Barbarye contre les Mores, et avecques eulx 
avoit gaigné deux ou trois batailles. Brief c'estoient 
tous gens aguerriz et qui sçavoient les armes à mer- 
veilles. Quant le gentil duc de Nemours les eut appro- 
chez, commencèrent Espaignolz tousjours à eulx 
retirer le long de la montaigne, et les François 
tenoient la plaine. Si furent bien trois sepmaines ou 
ung moys qu'ilz estoient les ungs des autres à six ou 
sept mille, mais bien se logeoient tousjours les Espai- 
gnolz en lieu fort, et souvent s'escarmouchoient en- 
semble, en façon que prisonniers se prenoient d'ung 
costé et d'autre quasi tous les jours. Tant y a que 

1. Ce personnage, originaire du nord de l'Espagne, fut très- 
célèbre au commencement du xvi^ siècle comme ingénieur. Après 
avoir d'abord servi les Espagnols, il accepta ensuite un comman- 
dement dans les armées françaises. Il quitta le parti des Espa- 
gnols parce que, après la bataille de Ravenne, à laquelle il avait 
été fait prisonnier, ils avaient refusé de payer sa rançon. On 
trouvera dans le ms. 26115 du fonds fr. de la Bibl. nationale 
(n" 214) une quittance de lui du 16 mars 1517. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 291 

tous les prisonniers françois rapportoient que c'estoit 
unetriumphe de veoir l'armée des Espaignolz. Toutes- 
fois le gentil duc de Nemours ne tous ses cappitaines 
et gens de guerre ne désiroient autre chose que à les 
combatre, mais qu'on les trouvast en lieu marchant. 
Geste finesse avoient, que tousjours se tenoient en 
fort; et encores les y alla l'on quérir le jour de la 
bataille de Ravenne, comme vous orrez. Mais premier 
parleray comment le bon chevalier sans paour et sans 
reprouche partit de Bresse pour s'en aller après le 
duc de Nemours, et de la grande courtoysie qu'il fist 
à son hostesse. 



CHAPITRE Ll. 

Comment le bon chevalier sans paour et' sans reprouche 
partit de Bresse pour aller après le duc de Nemours 
et r armée du roy de France; de la grande courtoysie 
qu'il fist à son hostesse au partir, et comment il 
arriva devant la ville de Ravenne. 

Environ ung mois ou cinq sepmaines fut malade le 
bon chevalier sans paour et sans reprouche de sa 
playe en la ville de Bresse, sans partir du lict; dont 
bien luy ennuyoit, car chascun jour avoit nouvelles 
du camp des François, comment ilz approchoient les 
Espaignolz, et espéroit l'on de jour en jour la bataille, 
qui à son grant regret eust esté donnée sans luy. Si 
se voulut lever ung jour et marcha parmy la chambre 
pour sçavoir s'il se pourroit soustenir. Ung peu se 
trouva foible, mais le grant cueur qu'il avoit ne luy 



292 HISTOIRE DE BAYART 

donnoit pas le loysir d'y longuement songer ; il envoya 
quérir le cyrurgien qui le pensoit alors et luy dist : 
« Mon amy, je vous prie, dictes-moy s'il y a point 
de dangier de me mettre à chemin ; il me semble que 
je suis guéry, ou peu s'en fault, et vous prometz, ma 
foy, que, à mon jugement, le demourer d'ores en 
avant me pourra plus nuyre que amender, car je me 
fasche merveilleusement. » Les serviteurs du bon 
chevalier avoient desjà dit au cyrurgien le grant désir 
qu'il avoit d'estre à la bataille, et que tous les jours 
ne regretoit autre chose ; parquoy ce sachant et aussi 
congnoissant sa complexion, luy dist en son langaige : 
« Monseigneur, vostre playe n'est pas encores close ; 
toutesfois par dedans elle est toute guérie. Vostre 
barbier vous verra habiller encores ceste fois , et mais 
que tous les jours au matin et au soir il y mette une 
petite tente ^ et une amplastre dont je luy bailleray 
l'oignement, il ne vous empirera point. Et si n'y a nul 
dangier, car le grant mal de playe est au dessus, et 
ne touchera point à la selle de vostre cheval. » Qui 
eust donné dix mille escus au bon chevalier, il n'eust 
pas esté si ayse. Son cyrurgien fut plus que bien con- 
tenté; et se délibéra de partir dedans deux jours, 
commandant à ses gens que durant ce temps ilz 
meissent en ordre tout son cas. 

La dame de son logis, qui se tenoit tousjours 
sa prisonnière, ensemble son mary et ses enfans, 
et que les biens meubles qu'elle avoit estoient 
siens aussi, car ainsi en avoient fait les François 
aux autres maisons, comme elle sçavoit bien, eut 

1 . Tente, mèche en charpie. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 293 

plusieurs ymaginacions , considérant en soy-mesmes 
que si son hoste la vouloit traicter à la rigueur et 
son mary il en tireroit dix ou douze mille escus, car 
ilz en avoient deux mille de rente. Si se délibéra luy 
faire quelque honneste présent, et qu'elle l'avoit 
congneu si homme de bien et de si gentil cueur que à 
son oppinion se contenteroit gracieusement. Le matin 
dont le bon chevalier devoit desloger après disner, 
son hostesse, avecques ung de ses serviteurs portant 
une petite boete d'acier, entra en sa chambre, où elle 
trouva qu'il se reposoit en une chaire après soy estre 
fort pourmené, pour tousjours peu à peu essayer sa 
jambe. Elle se gecta à deux genoulx , mais incontinent 
la releva et ne voulut jamais souffrir qu'elle dist une 
parolle que premier ne fust assise auprès de luy ; et 
puis commença son propos en ceste manière : « Mon- 
seigneur, la grâce que Dieu me fist, à la prise de ceste 
ville, de vous adresser en ceste vostre maison, ne 
me fut pas moindre que d'avoir sauvé la vie à mon 
mary, la myenne et de mes deux filles, avecques leur 
honneur qu'elles doivent avoir plus cher; et davan- 
tage, depuis que y arrivastes, ne m'a esté fait, ne au 
moindre de mes gens, une seulle injure, mais toute 
courtaysie, et n'ont pris voz gens des biens qu'ilz y 
ont trouvez la valleur d'ung quatrin^ sans payer. Mon- 
seigneur, je suis assez advertye que mon mary, moy, 
mes enfans et tous ceulx de la maison sommes voz 
prisonniers, pour en faire et disposer à vostre bon 
plaisir, ensemble des biens qui sont céans ; mais, con- 
gnoissant la noblesse de vostre cueur, à qui nul autre 

1 . Quatrin (quattrino), quatrième partie du denier. 



294 HISTOIRE DE BAYART 

ne pourroit attaindre, suis venue pour vous suplier 
très humblement qu'il vous plaise avoir pité de nous 
en eslargissant vostre acoustumée libéralité. Vecy 
ung petit présent que nous vous faisons ; il vous plaira 
le prendre en gré. » Alors prist la boete que le servi- 
teur tenoit, et l'ouvrit devant le bon chevalier qui la 
veit plaine de beaulx ducatz. Le gentil seigneur, qui 
oncques en sa vie ne fist cas d'argent, se prist à rire 
et puis dist : « Madame, combien de ducatz y a-il en 
ceste boete? » La povre femme eut paour qu'il feust 
courroucé d'en veoir si peu, luy dist : « Monseigneur, 
il n'y a que deux mille cinq cens ducatz ; mais si vous 
n'estes content, vous en trouverrons plus largement. » 
Alors il dist : « Par ma foy, madame, quant vous me 
donneriez cent mille escus, ne m'auriez pas tant fait 
de bien que de la bonne chère que j'ay eue céans et 
de la bonne Visitation que m'avez faicte, vous asseu- 
rant qu'en quelque lieu que je me trouve, aurez, tant 
que Dieu me donnera vie, ung gentilhomme à vostre 
commandement. De voz ducatz, je n'en vueil point et 
vous remercye; reprenez-les. Toute ma vie ay tous- 
jours plus aymé beaucoup les gens que les escuz, et 
ne pensez aucunement que je ne m'en voyse aussi 
content de vous que si ceste ville estoit en vostre dis- 
position et me l'eussiez donnée. » La bonne dame fut 
bien estonnée de se veoir esconduyte; si se remist 
encores à genoulx, mais guères ne luy laissa le bon 
chevalier, et relevée qu'elle fut, dist : « Monseigneur, 
je me sentirois à jamais la plus malheureuse femme 
du monde, si vous n'emportiez si peu de présent que 
je vous fais, qui n'est riens au pris de la courtoysie 
que m'avez cy-devant faicte et faictes encores à pré- 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 395 

sent par vostre grande bonté. » Quant le bon cheva- 
lier la veit ainsi ferme et qu'elle faisoit le présent 
d'ung si hardy courage, luy dist : « Bien doncques, 
madame, je le prens pour l'amour de vous; mais 
allez-moy quérir voz deux filles, car je leur vueil dire 
adieu. » La povre femme, qui cuydoit estre en para- 
dis de quoy son présent avoit enfin esté accepté, alla 
quérir ses filles, lesquelles estoient fort belles, bonnes 
et bien enseignées, et avoient beaucoup donné de 
passe-tems au bon chevalier durant sa maladie, parce 
qu'elles sçavoient fort bien chanter, jouer du luz * et 
de l'espinete, et fort bien besongner à l'esguille. Si 
furent amenées devant le bon chevalier, qui, cepen- 
dant qu'elles s'acoustroient , avoit fait mettre les 
ducatz en trois parties, es deux à chascune mille 
ducatz et à l'autre cinq cens. Elles arrivées se vont 
gecter à genoulx, mais incontinent furent relevées; 
puis la plus aisnée des deux commença à dire : 
« Monseigneur, ses deux povres pucelles à qui avez 
tant fait d'honneur que de les garder de toute injure 
viennent prendre congé de vous, en remerciant très 
humblement vostre seigneurie de la grâce qu'elles 
ont receue, dont à jamais pour n'avoir autre puis- 
sance seront tenues à prier Dieu pour vous. » Le bon 
chevalier, quasi larmoyant en voyant tant de doul- 
ceur et d'humilité en ses deux belles filles , respon- 
dit : « Mes damoyselles, vous faictes ce que je devrois 
faire ; c'est de vous remercier de la bonne compaignie 
que m'avez faicte, dont je m'en sens fort tenu et 
obligé. Vous sçavez que gens de guerre ne sont pas 

1. Luz, luth. 



296 HISTOIRE DE BAYART 

voulentiers chargez de belles besongnes pour pré- 
senter aux dames ; de ma part, me desplaist bien fort 
que n'en suis bien garny pour vous en faire présent 
comme je suis tenu. Vecy vostre dame de mère qui 
m'a donné deux mille cinq cens ducatz que vous voyez 
sur ceste table ; je vous en donne à chascune mille 
pour vous ayder à marier, et pour ma récompense 
vous prierez, s'il vous plaist, Dieu pour moy; autre 
chose ne vous demande. » Si leur mist les ducatz en 
leurs tabliers, voulsissent ou non; puis s'adressa à 
son hostesse, à laquelle il dist : « Madame, je pren- 
dray ces cinq cens ducatz à mon prouffit pour les 
départir aux povres religions de dames qui ont esté 
pillées, et vous en donne la charge, car mieulx enten- 
drez où sera la nécessité que toute autre. Et sur cela 
je prens congé de vous ^ » Si leur toucha à toutes en 
la main, à la mode d'Ytalie; lesquelles se misrent à 
genoulx, plorans si très fort qu'il sembloit qu'on les 
voulsist mener à la mort. Si dist la dame : « Fleur de 
chevalerie, à qui nul ne se doit comparer, le benoist 
Sauveur et Rédempteur Jésu-Christ, qui souffrit mort 
et passion pour tous les pécheurs, le vous vueille 
rémunérer en ce monde icy et en l'autre! » Après 
s'en retirèrent en leurs chambres. Il fut temps de 
disner ; le bon chevalier fist appeller son maistre 



1. Pro captivitate mulier patricia Brixiensis Bayardo , qui 
virum suum duasque puellas ab omni violentia militari defen- 
derat, bis mille et quingentos ducatos libère offerebat, rogans 
genibus flexis ut, pro majori summa sibi débita, bis contentus 
esset. Bayardus autem duo millia ducatorum puellis donavit ut 
bonestis nuberent, quinquagentos autem ducatos matri reliquit ut 
eos pauperibus distribu eret (Aymar du Rivail, p. 553). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 297 

d'hostel, auquel il dist que tout feust prest pour 
monter à cheval sur le midy. Le gentilhomme du logis 
qui jà avoit entendu par sa femme la grande cour- 
toysie de son hoste, vint en sa chambre, et le genoil 
en terre le remercia cent mille fois en luy offrant sa 
personne et tous ses biens, desquelz il luy dist qu'il 
povoit disposer comme siens à ses plaisir et vou- 
lenté, dont le bon chevalier le remercia et le fist 
disner avecques luy. Et après ne demoura guères 
qu'il ne demandast les chevaulx, car jà luy tardoit 
beaucoup qu'il n'estoit avecques la compaignie par 
luy tant désirée, ayant belle paour que la bataille se 
donnast devant qu'il y feust. Ainsi qu'il sortoit de sa 
chambre pour monter, les deux belles filles du logis 
descendirent et luy firent chascune ung présent qu'elles 
avoient ouvré durant sa maladie; l'ung estoit deux 
jolis et mignons braceletz faiz de beaulx cheveulx, 
de fil d'or et d'argent, tant proprement que mer- 
veilles; l'autre estoit une bource sur satin cramoisy, 
ouvrée moult subtilement. Grandement les remercia , 
et dist que le présent venoit de si bonne main qu'il 
estimoit dix mille escuz ; et pour plus les honnorer se 
fist mettre les bracelletz au bras, et la bource mist en 
sa manche, les asseurant que tant qu'ilz dureroient les 
porteroit pour l'amour d'elles * . 



1. Voici le discours que Ghampier met dans la bouche des 
deux jeunes filles : « Seigneur cappitaine, noz pouvres filles vous 
mercye cent mille foys de l'honneur, courtoysie, bienfaicts que 
avez faict à monseigneur nostre père et à madame nostre mère et 
encore plus de ce qu'estes cause que n'avons esté forcées et vio- 
lées des gendarmes comme ont esté plusieurs aultres. Seigneur, 
nous serons à tout jamais tenues à prier Dieu pour vostre noble 



298 HISTOIRE DE BAYART 

Sut* ces parolles monta à cheval le bon che- 
valier, lequel fut acompaigné de son grant com- 
paignon et parfiaict amy le seigneur d'Aubigny, 
que le duc de Nemours avoit laissé pour la garde 
de la ville, et de plusieurs autres gentilzhorames , 
deux ou trois mille; puis se dirent adieu. Les 
ungs retournèrent à Bresse et les autres au camp 
des François, où arriva le bon chevalier le mer- 
credy au soir, vu® d'avril devant Pasques. S'il fut 
receu du seigneur de Nemours, ensemble de tous les 
cappitaines, ne fault pas demander, et hommes 
d'armes et aventuriers en démenoient telle joye qu'il 
sembloit pour sa venue que l'armée en feust renforcée 
de dix mille hommes. Le camp estoit arrivé ce soir-là 
devant Ravenne et les ennemys en estoient à six 
mille ; mais le lendemain, qui fut le jeudy sainct, s'en 
approchèrent à deux mille. 



CHAPITRE LU. 

Comment le siège fut mis par le noble duc de Nemours 
devant Ravenne, et comment plusieurs assaulx y 

seigneurie, et affin qu'il vous souviengne de nous, chescune de 
nous vous présentons ung petit coffre plain de ctioses joyeuses 
faictes par nos mains; et pardonnant à vos petites ctiambrières ; et 
à tant prenons congé de vostre seigneurie. » Alors le seigneur 
Bayard les larmes aulx yeulx de pityé qu'il avoit quant il pensoit 
aux dangiers là où elles avoient esté leur respondit : « Adieu les 
belles damoiselles; Dieu par sa grâce vous vueille tousjours pré- 
server et avoir en sa garde comme il a esté à ceste foys » (Gham- 
pier, fol. XXX vi). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 99% 

furent donnez le vendredy sainct, où les François 
furent repoussez. 

Quant le gentil duc de Nemours fut arrivé devant 
Ravenne, assembla tous les cappitaines sçavoir^ qu'il 
estoit de faire, car le camp des François commen- 
çoit fort à souffrir par faulte de vivres qui y venoient 
à moult grant peine, et y avoit desjà faulte de pain 
et de vin, parce que les Véniciens avoient couppé les 
vivres d'ung costé et l'armée des Espaignolz tenoit 
toute la coste de la Rommaigne, de sorte qu'il failloit 
aux aventuriers manger chair et fromage par con- 
traincte^. Il y avoit encores ung gros inconvénient, 
dont le duc de Nemours ne nul des cappitaines n'es- 
toit adverty ; c'est que l'empereur avoit mandé aux 
cappitaines des lansquenetz que, sur leur vie, eussent 
à leur^ retirer, incontinent sa lettre veue, et qu'ilz 
n'eussent à combatre les Espaignolz. Entre autres 
cappitaines almans, y en avoit deux principaulx; 
l'ung s'appelloit Philippes de Fribourg, et l'autre 
Jacob, qui si gentil compaignon estoit, et de fait tous 
deux estoient vaillans hommes et duytz aux armes. 
Geste lettre de l'empereur estoit tumbée es mains du 
cappitaine Jacob. Il estoit allé veoir le roy de France 
quelquefois en son royaulme depuis qu'il estoit à son 
service, où il luy fut fait quelque présent, de façon 
que son cueur fut tout françois. Pareillement ce duc 
de Nemours avoit tant gaigné les gens, que tous ceulx 

1 . Sçavoir, c'est-à-dire pour savoir. 

2. C'est-à-dire qu'ils devaient employer la force pour se procurer 
des vivres. 

3. Leur, se. 



300 HISTOIRE DE BAYART 

qu'il avoit avecques luy feussent mors à sa requeste. 
Entre tous les cappitaines françois, n'y en avoit nul 
que le cappitaine Jacob aymast tant qu'il faisoit le 
bon chevalier, et commencea ceste amour dès le 
premier voyage de l'empereur devant Padoue, en l'an 
mil cinq cens et neuf, où le roy de France luy envoya 
cinq ou six cens hommes d'armes de secours. Quant 
il eut veu la lettre, et qu'il eut sceu la venue du bon 
chevalier, le vint visiter à son logis avecques son 
truchement seulement ; car de tout ce qu'il sçavoit de 
françois c'estoit : « Bonjour, Monseigneur. » Hz se 
firent grant chère l'ung à l'autre, comme la raison 
vouloit et que chascun cherche son semblable, et devi- 
sèrent de plusieurs choses, sans ce que personne les 
ouyst. Enfin le cappitaine Jacob déclaira au bon che- 
valier ce que l'empereur leur avoit mandé, et qu'il 
avoit encores les lettres que personne n'avoit veues 
que luy, et ne les vouloit monstrer à nul de ses com- 
paignons ; car il sçavoit bien que si leurs lansquenetz 
en estoient advertis, la pluspart ne vouldroit point 
combatre et se retireroient ; mais que de luy il avoit 
le serment au roy de France et sa soulde, et que pour 
mourir de cent mille mors ne feroit jamais ceste 
meschanceté qu'il ne combatist ; mais qu'il se falloit 
haster, car il estoit impossible que l'empereur ne 
renvoyast bientost autres lettres, lesquelles pourroient 
venir à la notice^ des compaignons de guerre; et que, 
par ce moyen les François pourroient avoir trop de 
dommage, car lesditz lansquenetz estoit la tierce part 
de leur force, pour y en avoir environ cinq mille. Le 

1. Notice^ connaissance. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 301 

bon chevalier, qui bien congnoissoit le gentil cueur 
du cappitaine Jacob, le loua merveilleusement, et luy 
dist par la bouche de son truchement : « Mon com- 
paignon, mon amy, jamais vostre cueur ne pensa une 
meschanceté. Vous m'avez autresfois dit qu'en Al- 
maigne n'avez pas de grans biens ; nostre maistre est 
riche et puissant comme assez entendez, et en ung 
jour vous en peult faire, dont serez riche et opulent 
toute vostre vie, car il vous ayme fort, et je le sçay 
bien ; l'amour croistra davantage quant il sera informé 
de l'honneste tour que luy faictes à présent, et il le 
sçaura, aydant Dieu, quant moy-mesmes je luy deb- 
veroys dire. Velà monseigneur de Nemours, nostre 
chef, qui a mandé à son logis tous les cappitaines au 
conseil ; allons-y vous et moy, et à part luy déclai- 
rerons ce que m'avez dit. — C'est bien advisé, dist le 
cappitaine Jacob, allons-y. » Quant ilz furent au logis 
dudit duc de Nemours se misrent en conseil qui dura 
longuement, et y eut de diverses oppinions; car les 
ungs ne conseilloient point le combatre, et avoient 
de bonnes raisons, disans que s'ilz perdoient ceste 
bataille, toute l'Ytalie estoit perdue pour le roy leur 
maistre, et que d'entre eulx nul n'en eschapperoit, 
parce qu'ilz avoient trois ou quatre rivières à passer; 
que tout le monde estoit contre eulx, pape, roy d'Es- 
paigne, Véniciens et Suysses, et que de l'empereur 
n'estoient pas trop asseurez; parquoy vauldroit 
mieulx temporiser que se bazarder en ceste manière. 
Autres disoient qu'il convenoit combatre ou mourir 
de faim comme meschans et lasches et que desjà 
estoient trop avant pour se retirer sinon honteuse- 
ment et en désordre. Bref chascun en dist son oppi- 



302 HISTOIRE DE BAYART 

nion. Le bon duc de Nemours qui avoit desjà parlé 
au bon chevalier et au cappitaine Jacob, avoit bien au 
long entendu ce que l'empereur avoit mandé, et sça- 
voit bien qu'il estoit force de combatre, aussi qu'il ne 
venoit poste que le roy de France son oncle ne luy 
mandast de donner la bataille, et qu'il n'attendoit 
l'heure d'estre assailly en son royaulme, par deux ou 
trois endroitz. Il demanda toutesfois encores l'oppinion 
du bon chevalier, lequel dist : « Monseigneur, vous sça- 
vez que je vins encores hier ; je ne sçay riens de Testât 
des ennemys. Messeigneurs mes compaignons qui les 
ont veuz et escarmouchez tous les jours, qui s'i con- 
gnoissent mieulx que moy, je les ay ouys, les ungs 
louer la bataille, les autres la blasmer; et puisqu'il 
vous plaist m'en demander mon oppinion, sauf vostre 
révérence, et de messeigneurs qui cy sont, je la 
vous diray. Qu'il ne soit vray que toutes batailles sont 
périlleuses, si est ; et qu'il ne faille bien regarder les 
choses avant que venir à ce point, si fait. Mais à con- 
gnoistre présentement l'affaire des ennemys et de 
nous, il semble quasi difficille que nous puissions 
départir sans bataille, la raison que desjà avez faict 
voz approuches devant ceste ville de Ravenne, laquelle 
demain matin voulez canonner, et la berche faicte y faire 
donner l'assault. Jà estes vous adverty que le sei- 
gneur Marc-Anthoine Colonne ^ qui est dedans puis 
huyt ou dix jours, y est entré soubz la promesse et 
foy jurée de domp Raymon de Cardonne, vis-roy de 
Naples, et chief de l'armée de noz ennemys, de son 

1. Marc-Antoine Golonna, fils de Pierre- Antoine Golonna. Il 
épousa Lucrèce Gara de Rovere, nièce du pape Jules II, et fut 
tué en 1522. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. SiQ 

oncle le seigneur Fabricio Colonne \ ensemble du 
conte Pedro Navarre et de tous les cappitaines, que, 
s'il peult tenir jusques à demain, ou pour le plus tard 
au jour de Pasques, qu'ilz le viendront secourir. Or, 
lesditz ennemys le luy monstrent bien, car ilz sont aux 
faulxbours de nostre armée. D'autre costé, tant plus 
séjournerez et plus maleureux deviendrons , car noz 
gens n'ont nulz vivres, et fault que noz chevaulx 
vivent de ce que les saulles gectent^ à présent. Et puis 
vous voyez le roy nostre maistre qui chascun jour 
vousescriptde donner la bataille, et que non seulement 
en voz mains repose la seureté de son duché de Milan, 
mais aussi tout son Estât de France, veu les enne- 
mys qu'il a aujourd'huy. Parquoy, quant à moy,jesuis 
d'advis qu'on la doibt donner, et y aller saigement, 
car nous avons afaire à gens cauteleux et bons com- 
batans. Qu'elle ne soit dangereuse, si est; mais une 
chose me réconforte ; les Espaignolz ont esté depuis 
ung an dans ceste Rommaigne, tousjours nourriz comme 
le poisson en l'eaue, et sont gras et repletz; noz 
gens ont eu et ont encores grant faulte de vivres, par- 
quoy ilz en auront plus longue alayne, et nous n'avons 
mestier^ d'autre chose ; car qui plus longuement com- 
batra, le camp lui demeurera. » Chascun commença 
à rire du propos, car si bien luy advenoit à dire ce 
qu'il vouloit que tout homme y prenoit plaisir. Les sei- 
gneurs de Lautrec, de la Palisse, le grand séneschal de 



i . Fabricio Golonna, duc de Pagliano, fils d'Odoard Colonna, 
duc de Marsi; il épousa Agnès de Montefeltre et mourut en 1520. 

2. De ce que les saulles gectent, des pousses de saules. 

3. Mestier, besoin. 



304 HISTOIRE DE BAYART 

Normandie, le seigneur de CrussoP, et tout ou la plus- 
part des cappitaines se tindrent àl'oppiniondu bon che- 
valier, qui estoit de donner la bataille, et dès l'heure 
en furent advertiz tous les cappitaines de gens de 
cheval et de pied. 

Le lendemain matin, qui fut le vendredy sainct, 
fut canonnée la ville de Ravenne bien asprement, 
de sorte que les ennemys de leur camp enten- 
doient bien à cler les coups de canon. Si délibé- 
rèrent, selon la promesse qu'ilz avoient faicte, de 
secourir le seigneur Marc-Anthoine Colonne dedans 
le jour de Pasques. Durant la baterie furent blessez 
deux gaillars cappitaines françois, l'ung le seigneur 
d'Espy, maistre de l'artillerie, et l'autre le seigneur 
de Ghastillon, prévost de Paris, de coupz de hacque- 
bute, l'ung au bras, l'autre à la cuysse, dont depuis 
ilz moururent à Ferrare, qui fut fort gros dommage. 
La berche faicte à la ville, ceulx qui avoient esté 
ordonnez pour l'assault, qui estoient deux cens 
hommes d'armes et trois mille hommes de pied, s'ap- 
prochèrent. Le reste de l'armée se mist en belle et 
triumphante ordonnance de bataille, laquelle désirée- 
ment ilz attendoient, et mille ans avoit que gens ne 
furent plus délibérez qu'ilz estoient, et à leurs gestes 
sembloit qu'ilz allassent aux nopces. Si tindrent 
escorte trois ou quatre grosses heures à leurs gens 
ordonnez pour assaillir, lesquelz firent à la ville de 



1. Jacques de Gnissol, capitaine de 200 archers, grand panetier 
de France, fils de Louis de Grussol, s' de Baudinar et de Jeanne 
de Lévis, dame de Florensac ; il épousa Simonne, vicomtesse 
d'Uzès, et mourut vers 1525. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. SOS 

lours et divers assaulx, et y fist très bien son debvoir 
le viconte d'Estoges^ lors lieutenant de messire 
Robert de la Marche^, et le seigneur Fédéric de 
Bazolo, car plusieurs fois furent gectez du hault du 
fossé au bas. Si les assaillans faisoient bien leur 
debvoir, ceulx de la ville ne se faignoient pas^ ; et là 
estoit en personne le seigneur Marc-Anthoine Gou- 
lonne, qui disoit à ses gens : « Messeigneurs, tenons 
bon, nous serons secouruz dedans demain ou di- 
menche, je vous en asseure sur mon honneur. La 
berche est fort petite; si nous sommes pris, il nous 
tournera à grande lascheté, et davantage il est fait de 
nous. » Tant bien les confortoit ce seigneur Marc- 
Anthoine que le cueur leur croissoit de plus en plus ; 
et à dire aussi la vérité la berche n'estoit pas fort 
raisonnable. Quant les François eurent donné cinq 
ou six assaulx et qu'ilz veirent qu'en ceste sorte 
n'emporteroient pas la ville, firent sonner la retraicte, 
et Dieu leur en ayda bien, car s'ilz l'eussent prise, 
jamais n'en eussent retiré les aventuriers pour le 
pillage, qui eust esté peult-estre occasion de perdre 
la bataille. Quant le duc de Nemours sceut que ses 
gens se retiroient de l'assault, il fist pareillement 



1. René d'Anglure, vicomte d'Estoges, lieutenant de Robert de 
La Mark, seigneur de Bouillon et de Sedan, fut chambellan du 
roi, capitaine de cent hommes d'armes : il était fils de Simon 
d'Anglure et de Jeanne de Neufchatel; il épousa Catherine du 
Bouzi et mourut en 1529. 

2. Robert de la Marck, seigneur de Sedan, surnommé le San- 
glier des Ardennes, fils de Robert et de Jeanne de Mailli, épousa 
Catherine de Croy-Chimay et mourut en 1535. 

3. Ne se faignoient pas, n'étaient pas fainéants. 

^0 



306 HISTOIRE DE BAYART 

retirer l'armée pour le soir, affin d'eulx reposer, car 
d'heure en autre estoit attendu le combat, pour estre 
leurs ennemys à deux mille ou environ d'eulx. Le 
soir après soupper, plusieurs cappitaines estoient 
au logis dudit duc de Nemours, devisans de plusieurs 
choses, mesmement de la bataille. Si adressa sa 
parolle au bon chevalier sans paour et sans reprouche 
icelluy seigneur de Nemours et luy dist : « Monsei- 
gneur de Bayart, avant vostre venue, les Espaignolz, 
par de noz gens qu'ilz ont prins prisonniers, deman- 
doient tousjours si estiez point en ce camp, et à ce 
que j'en ay entendu font grosse estime de vostre per- 
sonne. Je serois d'advis, s'il vous semble bon, car jà 
de long-temps congnoissez leur manière de faire, que 
demain au matin ilz eussent de par vous quelque 
escarmouche, de sorte que les puissez faire mettre en 
bataille et que voyez leur contenance. » Le bon cheva- 
her, qui pas mieulx ne demandoit, respondit : « Mon- 
seigneur, je vous prometz ma foy que. Dieu aydant, 
devant qu'il soit demain midy, je les verray de si 
près que je vous en rapporteray des nouvelles. » Là 
estoit présent le baron de Béarn, lieutenant du duc 
de Nemours, lequel estoit advantureux chevalier, et 
tousjours prest à l'escarmouche. Si pensa en soy- 
mesmes que le bon chevalier seroit bien matin levé 
s'il la dressoit plus tost que luy , et assembla aucuns 
de ses plus privez, ausquelz il déclaira son vouloir, à 
ce qu'ilz se tiensissent prestz au jour poignant*. Vous 
orrez ce qu'il en advint. 

1. Poignant, pointant. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 9K 



CHAPITRE LUI. 

D'une merveilleuse escarmouche qui fut entre les Fran- 
çois et les Espaignolz le jour devant la bataille de 
Ravenne, oii le bon chevalier fist merveilles d'armes. 

Suyvant la promesse que le bon chevalier a voit faicte 
au duc de Nemours, luy arrivé à son logis appella son 
lieutenant le cappitaine Pierrepont, son enseigne, son 
guydon et plusieurs autres de la compaignie, ausquelz 
il dist : « Messeigneurs, j'ay promis à Monseigneur 
d'aller demain veoir les ennemys, et luy en apporter 
des nouvelles bien au vray ; il fault adviser comment 
nous ferons, à ce que nous y ayons honneur. Je suis 
délibéré de mener toute la compaignie, et demain 
desployer les enseignes de monseigneur de Lorraine, 
qui n'ont encores point esté veues ; j'espère qu'elles 
nous porteront bonheur; ilz resjouyront beaucoup 
plus que les comètes. Vous, bastard du Fay, dist-il à 
son guydon, prendrez cinquante archiers et passerez 
le canal au dessoubz de l'artillerie des Espaignolz, et 
yrez faire l'alarme dedans leur camp, le plus avant 
que vous pourrez, et quant vous verrez qu'il sera 
temps de voife retirer sans riens bazarder, le ferez 
jusques à ce que trouvez le cappitaine Pierrepont, 
qui sera à vostre queue avecques trente hommes 
d'armes et le reste des archiers; et si tous deux 
estiez pressez, je seray après vous à* tout le reste de 

1. A, avec. 



308 HISTOIRE DE BAYART 

la compaignie pour vous secourir. Et si l'affaire est 
conduit comme je l'entends, je vous asseure sur ma 
foy que nous y aurons honneur. » Ghascun entendit 
bien ce qu'il avoit à faire, car non pas seullement les 
cappitaines de la compaignie, mais il n'y avoit homme 
d'armes en icelle qui ne méritas t bien avoir charge 
soubz luy. Tout homme s'en alla reposer jusques à 
ce qu'ilz ouyssent la trompette qui les esveilla au 
point du jour, que chascun s'arma et mist en ordre 
comme pour faire telle entreprise qu'ilz avoient en 
pensée. Si furent desployées et mises au vent les 
enseignes du gentil duc de Lorraine qu'il faisoit fort 
beau veoir, et cela resjouyssoit les cueurs des gentilz- 
hommes de la compaignie qui commencèrent à mar- 
cher, ainsi que ordonné avoit esté le soir précédent, 
en trois bendes, à trois gectz d'arc l'une de l'autre. 
Riens ne sçavoit le bon chevalier de l'entreprise du 
baron de Béarn, qui desjà s'estoit mis aux champs et 
avoit dressé ung chault alarme au camp des enne- 
mys, tant qu'il l'avoit quasi tout mis en armes, et y 
fist ledit baron très bien son devoir ; mais enfin donna 
de la part des ennemys deux ou trois coups de canon 
dans sa troppe, dont de l'ung fut emporté le bras 
droit d'ung fort gaillart gentilhomme appelle Bazillac^ 
et d'ung autre fut tué le cheval du seigneur de Ber- 
sac% galant homme d'armes, et tous deux de la com- 
paignie du duc de Nemours, lequel fut bien desplai- 
sant de l'inconvénient de Bazillac, car il l'aymoit à 

1. Pierre, baron de Bazillac, fils de Bernard de Bazillac; gen- 
tilhomme du Bigorre. 

2. Philippe de Bersaques, gentilhomme flamand, fils de Jacques 
de Bersaques. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 309 

merveilles. Après ces coups d'artillerie, tout d'une 
flote vont donner cent ou six vingtz hommes d'armes 
espaignolz et néapolitains sur le baron, qui contrainct 
fut de reculler le pas, du pas au trot et du trot au 
galop, tant que les premiers se vindrentembatre* sur 
le bastard du Fay, qui s'arresta et en advertit le bon 
chevalier, lequel luy manda incontinent qu'il se gec- 
tast en la troppe du cappitaine Pierrepont, et luy- 
mesmes s'avança tant qu'il mist toute sa compaignie 
ensemble. Si veit retourner le baron de Béarn et ses 
gens quasi desconfitz; et les suyvoient Espaignolz et 
Néapolitains hardiement et fièrement, lesquelz repas- 
sèrent le canal après luy. Quant le bon chevalier les 
veit de son costé n'en eust pas voulu tenir cent mille 
escus, si commença à cryer : « Avant, compaignons, 
secourons noz gens! » et dist à ceulx qui fuy oient : 
« Demourez, demourez, hommes d'armes, vous avez 
bon secours. » Si se mect le beau premier en une 
troppe des ennemys de cent à six vingtz hommes 
d'armes. Il estoit trop aymé, et fut bien suivy. De la 
première pointe en fut porté par terre cinq ou six. 
Toutesfois les autres se misrent en defîense très hon- 
nestement ; mais enfin tournèrent le dos et se misrent 
au grant galop droit au canal, lequel ilz repassèrent 
à grosse diligence. L'alarme estoit desjà en leur 
camp, de sorte que tout estoit en bataille, gens de 
pied et de cheval. Ce nonobstant, le bon chevalier les 
mena bâtant et chassant jusques bien avant en leur- 
dit camp, où il fist, et ceulx de sa compaignie, mer- 

]. Embatre, abattre. *^^*^ 



310 HISTOIRE DE BAYART 

veilles d'armes, car ilz abatirent tentes et pavillons, 
et poussèrent par terre ce qu'ilz trouvèrent. Le bon 
chevalier, qui avoit tousjours l'œil au boys*, va 
adviser une troppe de deux ou trois cens hommes 
d'armes qui venoient le grant trot, serrez en gens 
de guerre. Si dist au cappitaine Pierrepont : « Reti- 
rons-nous, car vecy trop gros effort. » La trompette 
sonna la retraicte, qui fut faicte sans perdre ung 
homme et repassèrent le canal marchans droit en 
leur camp. Quant les Espaignolz veirent qu'ilz estoient 
repassez et qu'ilz perdoient leur peine d'aller après, 
se retirèrent. Bien en passa cinq ou six qui deman- 
dèrent à rompre leur lance, mais le bon chevalier ne 
voulut jamais que homme tournast, combien que de 
plusieurs de ses gens en feust assez requis ; mais il 
doubtoit que par là se levast nouvelle escarmouche, 
et ses gens estoient assez travaillez pour le jour. Le 
bon duc de Nemours avoit desjà sceu comment tout 
l'affaire estoit allé, avant que le bon chevalier arri- 
vast, auquel, quant il l'apperceut, combien que très 
dolent feust de l'inconvénient de Bazillac, le vint em- 
brasser et luy dist : « C'est vous et voz semblables, 
monseigneur de Bayart, mon amy, qui doivent aller 
aux escarmouches, car bien sagement sçavez aller et 
retourner. » Tous ceulx qui estoient en ceste dure 
escarmouche disoient qu'oncques n'avoient veu 
homme faire tant d'armes ne qui mieulx entendist 
la guerre que le bon chevalier. Le lendemain y 
en eut une plus aspre et cruelle , et dont Fran- 
çois et Espaignolz mauldiront la journée toute leur 
vie. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 311 



CHAPITRE LIV. 

De la cruelle et furieuse bataille de Ravenne, où les 
Espaignolz et Neapolitains furent desconfitz, et de 
la mort du gentil duc de Nemours. 

Au retour de ceste chaulde escarmouche qu'avoit 
faicte le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
et après le disner, furent assemblez tous les cappi- 
taines, tant de cheval que de pied, au logis du ver- 
tueux duc de Nemours, le passe-preux de tous ceulx 
qui furent deux mille ans a ; car on ne lyra point en 
cronicque ne hystoire, d'empereur, roy, prince ne 
autre seigneur qui, en si peu de temps, ait fait de si 
belles choses que luy; mais cruelle mort le print en 
l'aage de vingt et quatre ans, qui fut abaissement et 
dommage irréparable à toute noblesse. Or, les cap- 
pitaines assemblez commença sa parolle le gentil duc 
de Nemours et leur dist : « Messeigneurs, vous voyez le 
pays où nous sommes et comment vivres nous deffail- 
lent ; et tant plus demourerions en ceste sorte et tant 
plus languirions. Ceste grosse ville de Ravenne nous 
fait barbe* d'ung costé; les ennemys sont à la portée 
d'ung canon de nous ; les Véniciens et Suysses, ainsi 
que m'escript le seigneur Jehan-Jacques, font myne 
de descendre ou duché de Milan, où vous sçavez que 
nous n'avons laissé gens sinon bien peu. Davantage 
le roy mon oncle me presse tous les jours de donner 

1. Faire barbe, narguer. 



31 â HISTOIRE DE BAYART 

la bataille, et croy qu'il m'en presseroit encores plus 
s'il sçavoit comment nous sommes abstrainctz* de 
vivres. Parquoy, ayant regard à toutes ces choses, 
me semble, pour le prouffit de nostre maistre et pour 
le nostre, que plus ne devons délayer^, mais 
avecques l'ayde de Dieu, qui y peult tout, aillons 
trouver noz ennemys. Si la fortune nous est bonne, 
nous l'en louerons et remercirons; si elle nous est 
contraire, sa voulenté soit faicte. De ma part et à 
mon souhait, povez assez penser que j'en désire le 
gaing pour nous, mais j'aymerois mieulx y mourir 
qu'elle feust perdue. Et si tant Dieu me veult oublier 
que je la perde, les ennemys seront bien lasches de 
me laisser vif, car je ne leur en donneray pas les 
occasions. Je vous ay icy tous assemblez afRn d'en 
prendre une occasion. » Le seigneur de la Palisse 
dist qu'il n'estoit riens plus certain qu'il failloit 
donner la bataille, et plustost se gecteroient hors de 
péril. De ceste mesme oppinion furent les seigneur de 
Lautrec, grant - séneschal de Normandie, grant- 
escuyer de France^, le seigneur de Crussol, cappi- 
taine Loys d'Ars et plusieurs autres, lesquelz prin- 
drent conclusion, que le lendemain, qui estoit le 
jour de Pasques, yr oient trouver leurs ennemys. Si 
fut dressé ung pont de bateaulx sur ung petit canal 
qui estoit entre les deux armées, pour passer l'artil- 
lerie et les gens de pied, car des gens de cheval ilz 



1. Abstrainctz, dépourvus. 

2. Délayer, retarder. 

3. Galeas de Saint-Séverin, gendre de Ludovic le More, duc de 
Milan; il fut grand écuyer de France de 1505 jusqu'à sa mort, 
arrivée à la bataille de Pavie (1524). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 313 

traversoient le canal bien à leur aise, parce que aux 
deux bortz on avoit fait des esplanades. Le bon che- 
valier sans paour et sans reprouche dist, présent toute 
la compagnie, qu'il seroit bon de faire l'ordonnance 
de la bataille sur l'heure, affin que chascun sceust 
où il deveroit estre, et qu'il avoit entendu par tout 
plain de prisonniers qui avoient esté au camp des 
Espaignolz qu'ilz ne faisoient que une troppe de tous 
leurs gens de pied et deux de leurs gens de cheval, et 
que sur cela se failloit renger ; les plus apparans de la 
compaignie dirent que c'estoit fort bien parlé et qu'il 
y failloit adviser sur l'heure; ce qui fut fait en ceste 
sorte : c'est que les lansquenetz et les gens de pied 
des cappitaines Molart, Bonnet, Maugiron, baron de 
Grantm.ont, Bardassan et autres cappitaines, jusques 
au nombre de dix mille hommes, marcher oient tous 
en une flote, et les deux mille Gascons du cappitaine 
Odet et du capdet de Duras à leur costé; lesquelz 
tous ensemble yroient eulx parquer à la portée d'ung 
canon des ennemys, et devant eulx seroit mise l'ar- 
tillerie ; et puis à coup de canon, les ungs contre les 
autres, à qui premier sortiroit de son fort; car les 
Espaignolz se logeoient tousjours en lieu avantageux, 
comme assez entendrez. Joignant les gens de pied, 
seroient le duc de Ferrare et seigneur de la Palisse, 
chefz de l'avant-garde, avecques leurs compaignons ; et 
quant et eulx les gentilzhommes, soubz le grant 
séneschal de Normandie, le grant escuyer, le sei- 
gneur d'Ymbercourt, la Crote, le seigneur Théode 
de Trévolz, et autres cappitaines, jusques au nombre 
de huyt cens hommes d'armes, et ungpeu au-dessus, 
et viz-à-viz d'eulx, seroit le duc de Nemours avecques 



314 HISTOIRE DE BAYART 

sa compaignie, le seigneur de Lautrec son cousin, 
qui fist merveilles d'armes ce jour, le seigneur 
d'Alègre, le cappitaine Loys d'Ars, le bon chevalier 
et autres, jusques au nombre de quatre à cinq cens 
hommes d'armes ; et les gens de pied ytaliens , dont 
il y avoit quatre mille ou environ, soubz la charge 
de deux frères gentilzhommes de Plaisance, les 
contes Nicolle et Francisque Scot, du marquis Males- 
pine^ et autres cappitaines ytaliens, demoureroient 
deçà le canal pour donner seureté au bagaige, de 
paour que ceulx de Ravenne ne sortissent. Et fut 
ordonné chief de tous les guydons le bastard duFay, 
qui passeroit le pont, et s'en donneroit garde^ jusques 
à ce qu'il feust mandé. 

Les choses ainsi ordonnées et le lendemain matin 
venu, commencèrent premier à passer les lansque- 
netz. Quoy voyant par le gentil seigneur de Molart 
dist à ses rustres : « Gomment, compaignons, nous 
sera-il reprouché que les lansquenetz soient passez 
du costé des ennemys plustost que nous ? J'aymerois 
mieulx, quant à moy, avoir perdu ung œil. » Si com- 
mencea, parce que les lansquenetz occupoient le pont, 
à se mettre tout chaussé et vestu au beau gué dedans 
l'eaue et ses gens après. Et fault sçavoir que l'eaue 
n'estoit point si peu profonde qu'ilz n'y feussent 
jusques au-dessus du cul ; et firent si bonne diligence 



1. Nicolas et François Scotti étaient d'une noble famille de 
Milan. 

Alberic Malaspina, marquis de Massa et Garrara, fils de 
Jacques Malaspina et de Thadée Pic de la Mirandole ; il épousa 
Lucrèce d'Este-Ferrare. 

2. S'en donner garde, en avoir la garde. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 315 

qu'ilz furent plustost passez que lesditz lansquenetz. 
Ce fait, fut toute l'artillerie passée et mise devant 
lesditz gens de pied qui tantost se misrent en 
bataille. Après passa l'avant-garde des gens de che- 
val et puis la bataille. 

Sur ces entrefaictes, fault que je vous face ung 
incident. Le gentil duc de Nemours partit assez 
matin de son logis, armé de toutes pièces, ex- 
cepté de l'armet. Il avoit ung fort gorgias acous- 
trement de broderie aux armes de Navarre et 
de Foix, mais il estoit fort pesant. En sortant de 
sondit logis, regarda le soleil jà levé qui estoit fort 
rouge ; si commencea à dire à la compaignie qui estoit 
autour de luy : « Regardez, messeigneurs, comme le 
soleil est rouge. » Là estoit ung gentilhomme qu'il 
aymoit à merveilles, fort gentil compaignon, qui 
s'appelloit Haubourdin\ qui luy respondit : « Sça- 
vez-vous bien que c'est à dire, monseigneur? il 
mourra aujourd'huy quelque prince ou grand cappi- 
taine; il fault que ce soit vous ou le vis-roy. » Le duc 
de Nemours se print à rire de ce propos, car il pre- 
noit en jeu toutes les parolles dudit Haubourdin. Si 
s'en alla jusques au pont veoir achever de passer son 
armée, laquelle faisoit merveilleuse diligence. Cepen- 
dant le bon chevalier le vint trouver qui luy dist : 
«t Monseigneur, allons nous esbatre ung peu le long 
de ce canal en attendant que tout soit passé. » A quoy 
s'accorda le duc de Nemours ; et mena en sa compai- 
gnie le seigneur de Lautrec, le seigneur d'Alègre et 



1. Fleuranges attribue cette réplique au Jiâtard de Ghimay. Le 
vicomte de Haubourdin était de la famille flamande de Ghastel. 



316 HISTOIRE DE BAYART 

quelques autres, jusques au nombre de vingt che- 
vaulx. L'alarme estoit gros au camp des Espaignolz, 
comme gens qui s'attendoient d'avoir la bataille en 
ce jour, et se mettoient en ordre comme pour rece- 
voir leurs mortelz ennemys. Le duc de Nemours, 
allant ainsi à l'esbat, commencea à dire au bon che- 
valier : « Monseigneur de Bayart, nous sommes icy 
en bute fort belle ; s'il y avoit des hacquebutiers du 
costé de delà cachez, ilz nous escarmoucheroient à 
leur aise. » Et sur ces parolles vont adviser une 
troppe de vingt ou trente gentilzhommes espaignolz, 
entre lesquelz estoit le cappitaine Pedro de Pas, chef 
de tous leurs genetaires, et est oient lesditz gentilz- 
hommes à cheval. Si s'avança le bon chevalier vingt 
ou trente pas, et les salua en leur disant : « Messei- 
gneurs, vous vous esbatez comme nous, en attendant 
que le beau jeu se commence. Je vous prie qu'on ne 
tire point de coups de hacquebute de vostre costé, 
et on ne vous en tirera point du nostre. » Le cappi- 
taine Pedro de Pas luy demanda qu'il estoit, et il 
se nomma par son nom; quant il entendit que c' es- 
toit le cappitaine Bayart qui tant avoit eu de renom- 
mée au royaulme de Naples, fut joyeulx à merveilles. 
Si luy dist en son langaige : « Sur ma foy, monsei- 
gneur de Bayart, encores que je soye tout asseuré que 
nous n'avons riens gaigné en vostre arrivée, mais 
par le contraire j'en tiens vostre camp enforcy de 
deux mille hommes, si suis-je bien aise de vous 
veoir. Et pleust à Dieu qu'il y eust bonne paix entre 
vostre maistre et le mien, à ce que peussions deviser 
quelque peu ensemble, car tout le temps de ma vie 
vous ay aymé par vostre grande prouesse. » Le bon 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 317 

chevalier, qui tant courtois estoit que nul plus, luy 
rendit son change au double. Si regardoit Pedro de 
Pas que chascun honnoroit le duc de Nemours, qui 
demanda : « Seigneur de Bayart, qui est ce seigneur 
tant bien en ordre et à qui voz gens portent tant d'hon- 
neur. » Le bon chevalier luy respondit : « C'est nostre 
chef, le duc de Nemours, nepveu de nostre prince 
et frère à vostre royne. » A grant peine il eut achevé 
son propos que le cappitaine Pedro de Pas et tous 
ceulx qui estoient avecques luy misrent pied à terre 
et commencèrent à dire adressans leurs parolles au 
noble prince : « Seigneur, sauf l'honneur et le ser- 
vice du roy nostre maistre, vous déclairons que nous 
sommes, et voulons estre et demourer à jamais voz 
serviteurs. » Le duc de Nemours, comme plein de 
courtoisie, les remercia, et puis leur dist : « Messei- 
gneurs, je voy bien que dedans aujourd'huy nous sçau- 
rons à qui demourera la campaigne, à vous ou à 
nous; mais à grant peine se desmeslera cest affaire 
sans grande effusion de sang. Si vostre vis-roy vou- 
loit vuyder ce différent de sa personne à la mienne, 
je ferois bien que tous mes amys et compaignons 
qui sont avecques moy s'i consentiront : et si je suis 
vaincu, s'en retourneront ou duché de Milan et vous 
laisseront paisibles par deçà; aussi s'il est vaincu, que 
tous vous vous en retourniez au royaulme de Naples.» 
Quant il eutachevé son dire, luy fut incontinent respondu 
par ung dit le marquis de la Padule : « Seigneur, je croy 
que vostre gentil cueur vous feroit voulentiers faire 
ce que vous dictes, mais, à mon ad vis, que notre vis- 
roy ne se fiera point tant à sa personne qu'il s'accorde 
à vostre dire. — Or, adieu doncques, messeigneurs, 



318 HISTOIRE DE BAYART 

dist le gentil prince; je m'en vois passer l'eaue, et 
prometz à Dieu de ne la repasser de ma vie que le 
camp ne soit vostre ou nostre. » Ainsi se despartit des 
Espaignolz le bon duc de Nemours. 

Allant et venant, veoient tout acier* les ennemys, et 
comment ilz se mettoient en bataille, mesmement leur 
avant-garde de gens de cheval, dont estoit chef le sei- 
gneur Fabricio Goulonne, et se montroiten belle veue et 
toute descouverte. Si en parlèrent le seigneur d'Alègre 
et le bon chevalier au duc de Nemours, et luy dirent : 
« Monseigneur, vous voyez bien ceste troppe de gens 
de cheval. — Ouy, dist-il, ilz sont en belle veue. — 
Par ma foy! dist le seigneur d'Alègre, qui vouldra 
amener icy deux pièces d'artillerie seulement on leur 
fera ung merveilleux dommage. » Gela fut trouvé 
très bon , et luy-mesmes alla faire amener ung canon 
et une longue coulevrine. Desjà les Espaignolz avoient 
commencé à tirer de leur camp, qui estoit fort à mer- 
veilles, car ilz avoient ung bon fossé devant eulx. 
Derrière estoient tous leurs gens de pied couchez sur 
le ventre pour doubte de l'artillerie des François; 
devant eulx estoit toute la leur en nombre de vingt 
pièces, que canons, que longues coulevrines, et envi- 
ron deux cens hacquebutes à croc, et entre deux 
hacquebutes, avoient sur petites charrettes à roues 
de grans pièces de fer acéré et trenchant, en manière 
d'un ronçon, pour faire rooller dedans les gens de 
pied quant ilz vouldroient entrer parmy eulx. A leur 
esle estoit leur avant-garde, que conduysoit le sei- 

1. Acier; je n'ai rencontré nulle part ce mot qui est peut-être 
une faute d'impression. Il pourrait s'écrire en deux mots, à cîer, 
et dans ce cas signifier avec certitude. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 319 

gneur Fabricio Colonne, où il y avoit environ huyt 
cens hommes d'armes ; et ung peu plus hault estoit 
la bataille, en laquelle avoit plus de quatre cens 
hommes d'armes que menoit le vis-roy domp Raymon 
de Cardonne ; et joignant de luy avoit seulement deux 
mille Ytaliens que menoit Ramassot ; mais quant à la 
gendarmerie, on n'en ouyt jamais parler de mieulx 
en ordre ne mieulx montez. Le duc de Nemours passé 
qu'il eust la rivière commanda que chascun marchast. 
Les Espaignolz tiroient en la troppe des gens de pied 
françois comme en une bute, et en tuèrent, avant que 
venir au combat, plus de deux mille; ilz tuèrent aussi 
deux triumphans hommes d'armes, l'ung appelé 
Jaffes et l'autre l'Hérisson. Aussi moururent ensemble 
d'ung mesme coup de canon ces deux vaillans cappi- 
taines, le seigneur de Molart et Philippes de Fri- 
bourg^, qui fut ung gros dommage et grand desa- 
vantage pour les François, car ilz estoient deux 
apparens et aymez cappitaines, surtout le seigneur de 
Molart, car tous ses gens se feussent faitz mourir pour 
luy. Il fault entendre que, nonobstant toute l'artillerie 
tirée par les Espaignolz, les François marchoient 
tousjours. Les deux pièces que le seigneur d'Alègre 
et le bon chevalier avoient fait retourner deçà le 
canal tiroient incessamment en la troppe du seigneur 

l. Fleuranges prétend (chap. xxix) que le capitaine Molart 
fut tué avec le capitaine Jacob, et non avec Philippe de Fri- 
bourg. ( M. de Molart et le capitaine Jacob, dit-il, s'eston- 
noient fort de l'artillerie, car ils avoient esté trois heures en ceste 
peine et n' avoient où se coucher. Se commencèrent à seoir luy et 
le capitaine Jacob et demandèrent à boire, et en buvant ung 
coup de canon les emporta tous deux, qui feust ung grant dom- 
maiare. » 



320 HISTOIRE DE BAYART 

Fabricio, qui luy faisoientung dommage non croyable, 
car il luy fut tué trois cens hommes d'armes , et dist 
depuis, luy estant prisonnier à Ferrare, que d'ung 
coup de canon luy avoit esté emporté trente-trois 
hommes d'armes. Gela faschoit fort aux Espaignolz, 
car ilz se veoyent tuez et ne sçavoient de qui ; mais 
le cappitaine Pedro Navarre avoit si bien conclud en 
leur conseil, qu'il estoit ordonné qu'on ne sortiroit 
point du fort jusques à ce que les François les y 
allassent assaillir, et qu'ilz se defFeroient d'eulx- 
mesmes. Il n'estoit riens si vrai; mais il ne fut plus 
possible au seigneur Fabricio de tenir ses gens, qui 
disoient en leur langage : « Coerpo de Bios, sommas 
matados del cielo; vamos combater los umhres!^ » Et 
commencèrent pour évader^ ces coups d'artillerie à 
sortir de leur fort et entrer en ung beau champ pour 
aller combatre. Hz ne prindrent pas le chemin droit 
à r avant-garde, mais advisèrent la bataille où estoit 
ce vertueux prince, duc de Nemours, avec petite 
troppe de gendarmerie si tirèrent à ceste part. 
Les François de la bataille, joyeulx d'avoir le premier 
combat, baissèrent la veue, et d'ung hardy courage 
marchèrent droit à leurs ennemys, lesquelz se mis- 
rent en deux troppes, pour par ce moyen enclorre 
ceste petite bataille. De ceste ruse s'apperceut bien 
le bon chevalier, qui dist au duc de Nemours : 
« Monseigneur, mectons nous en deux parties jusques 
à ce qu'ayons passé le fossé, car ilz nous veullent 
enclorre. » Gela fut incontinent faict et se depar- 

1. Pour : Cuerpo de Bios! Somos matados del cielo : vamos comr- 
bâter à los hombres. 

2. Évader, éviter. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 321 

tirent. Les Espaignolz firent ung bruyt et ung cry 
merveilleux à l'aborder : « Espaigne ! Espaigne ! 
Sant-Yago ! aux cavailles ! aux cavailles ! ^ » Furieuse- 
ment venoient, mais plus furieusement furent receuz 
des François qui cryoient aussi : « France ! France ! 
aux chevaulx, aux chevaulx! » Car les Espaignolz 
ne taschoient à autre chose, sinon d'arrivée^ tuer les 
chevaulx, pour ce qu'ilz ont ung proverbe qui dist : 
« Moerto el cavaillo, perdido Vumbre d'armes^. » Depuis 
que Dieu créa ciel et terre ne fut veu ung plus cruel 
ne dur assault que François et Espaignolz se livrè- 
rent les ungz aux autres, et dura plus d'une grande 
demy-heure ce combat. Hz se reposoient les ungz 
devant les autres pour reprendre leur alayne, puis 
baissoient la veue et recommenceoient de plus belle, 
criant : « France et Espaigne ! » le plus impétueuse- 
ment du monde. Les Espaignolz estoient la moytié 
plus que les François. Si s'en courut le seigneur 
d'Alégre droit à son avant-garde, et de loing advisa 
la bende de messire Robert de la Marche, qui por- 
toient en devise blanc et noir ; si leur escria : « Blanc 
et noir, marchez ! marchez ! et aussi les archiers de 
la garde ^. » Le duc de Ferrare et le seigneur de la 



1 . Le texte porte par erreur : aux canailles, qui est évidemment 
mis là pour : a los cavallos. Sur cette tactique des Espagnols de 
blesser les chevaux pour démonter les cavaliers, comparer le récit 
du combat de 13 contre 13 raconté au chap. xxii (p. 113). 

2. D'arrivée, dès le début. 

3. Pour : Muerto el caballo, perdido el hombre de armas. 

4. Yint M, d'Alègre prier à M. de la Palice en disant : « Mon- 
sieur, la bataille est perdue si vous ne nous envoyez la bande de 
M. de Sedan » et incontinent le vicomte d'Estoges qui la menoit 
partit et toute la bande avecques luy, criant : La Marche ! Et si 

21 



32i2 HISTOIRE DE BAYART 

Palisse pensèrent bien que sans grant besoing le sei- 
gneur d'Alègre ne les estoit pas venu quérir, si les 
firent incontinent desloger et à bride abatue vindrent 
secourir le duc de Nemours et sa bende, laquelle 
combien qu'elle feust de peu de nombre recuUoient 
tousjours peu à peu les Espaignolz. A l'arrivée de 
ceste fresche bende, y eut un terrible butin ^; car 
Espaignolz furent vivement assaillis. Les archiers de 
la garde avoient de petites coignées dont ilz faisoient 
leurs loges ^, quiestoient pendues à l'arson de la selle 
des chevaulx; ilz les misrent en besongne et don- 
noient de grans et rudes coups sur l'armet de ses 
Espaignolz , qui les estonnoit merveilleusement. 
Oncques si furieux combat ne fut veu; mais enfin 
convint aux Espaignolz habandonner le camp, sur 
lequel entre deux fossez moururent trois ou quatre 
cens hommes d'armes. Aucuns princes du royaulme 
de Naples y furent prins prisonniers, ausquelz on 
sauva la vie. Ghascun se vouloit mettre à la chasse; 
mais le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
dist au vaillant duc de Nemours, qui estoit tout plein 
de sang et de cervelle d'ung de ses hommes d'armes 
qui avoit esté emporté d'une pièce d'artillerie : 
« Monseigneur, estes-vous blessé? — Non, dist-il, 
Dieu mercy, mais j'en ay bien blessé d'autres. — 
Or, Dieu soit loué, dist le bon chevalier, vous avez 



les suivirent les deux cents archers de la garde qui portoient tous 
des haches, que menoit M. de Grussol, et vindrent donner dedans 
de telle sorte que le vice roy de Naples s'enfuit et toute la gen- 
darmerie (Fleuranges, chap. xxix). 

1. Hutin, choc. 

2. Loges, huttes de campement. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 323 

gaigné la bataille, et demourrez aujourd'huy le plus 
honnoré prince du monde ; mais ne tirez plus avant et 
rassemblez vostre gendarmerie en ce lieu , qu'on ne 
se mecte point au pillage encores, car il n'est pas 
temps. Le cappitaine Loys d'Ars et moy allons après 
ses fuyans, à ce qu'ilz ne se retirent derrière leurs 
gens de pied, et pour homme vivant ne départez 
point d'icy que ledit cappitaine Loys d'Ars ou moy 
ne vous viengnons quérir. » Ce qu'il promist faire, 
mais il ne le tint pas, dont mal luy en prit. 

Vous avez entendu comment les gens de pied des 
Espaignolz estoient couchez sur le ventre en ung fort 
merveilleux et dangereux à assaillir, car on ne les 
voyoit point. Si fut ordonné que les deux mille Gascons 
yroient sur la queue deslacher ^ leur traict, qui seroit 
cause les faire lever. Or les gens de pied françois 
n'en estoient pas loing de deux picques, mais le fort 
estoit trop désavantageux, car pour ne veoir point 
leurs ennemys, ilz ne sçavoient par où ilz dévoient 
entrer. Le cappitaine Odet et le capdet de Duras 
dirent qu'ilz estoient tous prestz d'aller faire lever 
les Espaignolz, mais qu'on leur baillast quelques gens 
de picque, à ce que, après que leurs gens auroient 
tiré, s'il sortoit quelques enseignes sur eulx, ilz 
feussent soustenuz. Cela estoit raisonnable, et y alla 
avecques eulx le seigneur de Moncavré- qui avoit 
mille Picars. Les Gascons deslachèrent très bien 



1. Deslacher, lancer. 

2. Jeau de Monchy, s' de Montcavrel, maître d'hôtel du roi, fils 
de Pierre de Monchy et de Marguerite de Lannoy ; il épousa en 
1490 Anne Picart, dame d'Estelau. 



324 HISTOraE DE BAYART 

leur traict, et navrèrent * plusieurs Espaignolz, à qui 
il ne pleut guères, comme ilz monstrèrent; car tout 
soubdainement se levèrent en belle ordonnance de 
bataille, et du derrière sortirent deux enseignes de 
mille ou douze cens hommes qui vindrent donner 
dedans ses Gascons. Je ne sçay de qui fut la faulte 
ou d'eulx ou des Picars, mais ilz furent rompuz des 
Espaignolz, et y fut tué le seigneur de Moncavré, le 
chevalier des Bories, lieutenant du cappitaine Odet, 
le lieutenant du capdet de Duras et plusieurs autres. 
A qui il ne pleut guères ce fut à leurs amys ; mais 
les Espaignolz en firent une grant huée, comme 
s'ilz eussent gaigné entièrement la bataille ; toutesfois 
ilz congnoissoient bien qu'elle estoit perdue pour 
eulx, et ne voulurent pas retourner en derrière ses 
deux enseignes qui avoient rompu les Gascons, mais 
se délibérèrent d'aller gaigner Ravenne, et se misrent 
sur la chaussée du canal où ilz marchoient trois ou 
quatre de fronc. Je laisseray ung peu à parler 
d'eulx, et retourneray à la grosse flote des gens de 
pied françois et espaignolz. C'est que quant lesditz 
Espaignolz furent levez, se vont présenter sur le 
bort de leur fossé, où les François hvrèrent fier, dur 
et aspre assault; mais ilz furent serviz de hacque- 
butes à merveilles, de sorte qu'il en fut beaucoup 
tué^. Mesmement le gentil cappitaine Jacob eut ung 
coup au travers du corps dont il tumba, mais soub- 
dain se releva, et dist à ses gens en aimant : < Mes- 
seigneurs, servons aujourd'huy le roy de France 



1. Navrer, tuer. 

2. Parmi les Français. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 325 

aussi bien qu'il nous a traictez. » Le bon gentilhomme 
ne parla depuis, car incontinent tumba mort^ Il avoit 
ung cappitaine soubz luy, nommé Fabien^, ung des 
beaulx et grans hommes qu'on veit jamais, lequel, 
quant il apperceut son bon maistre mort, ne voulut 
plus vivre, mais bien fist une des grandes hardiesses 
qu'oncques homme sceut faire; car ainsi que les 
Espaignolz avoient ung gros hoc^ de picques croy- 
sées, au bort de leur fossé, qui gardoit que les 
François ne pouvoient entrer, ce cappitaine Fabien 
voulut plustost mourir qu'il ne vengeast la mort de 
son gentil cappitaine, print sa picque par le travers 
(il estoit grant à merveilles), et tenant ainsi sa picque 
la mit dessus celles des Espaignolz qui estoient cou- 
chées, et de sa grande puissance leur fist mettre le 
fer en teire. Quoy voyant par les François, pous- 
sèrent roidement et entrèrent dedans le fossé; mais 
pour le passer y eut ung meurdre merveilleux, car 
oncques gens ne firent plus de deffense que les Espai- 
gnolz, qui, encores n'ayant plus bras ne jambe en- 
tière, mordoient leurs ennemys. Sur ceste entrée y 
eut plusieurs cappitaines françois mors, comme le 
baron de Grantmont, le cappitaine de Maugiron, qui 
y fist d'armes le possible, le seigneur de Bardassan; 
le cappitaine Bonnet eut ung coup de picque dedans 
le fronc, dont le fer luy demoura en la teste. Brief, 



1. Selon Paul Joye (vie de Léon X, chap. ii), le capitaine Jacob 
aurait été tué en combat singulier au milieu de la bataille par un 
capitaine espagnol, et sa mort aurait été le signal de l'effort des 
Français qui détermina la fuite des ennemis. 

2. Fabien de Schlabersdorf, saxon. 

3. Hoc, haie. 



3^6 HISTOIRE DE BAYART 

les François y receurent gros dommage, mais plus 
les Espaignolz, car la gendarmerie de l'avant-garde 
françoise leur vint donner sur le costé, qui les rom- 
pit du tout, et furent tous mors et mis en pièces, 
excepté le conte Pedro Navarre, qui fut prisonnier 
et quelques autres cappitaines. 

Il fault retourner à ses deux enseignes qui 
s'enfuyoient pour cuyder gaigner Ravenne; mais 
en chemin rencontrèrent le bastard du Fay et les 
guydons et archiers, qui leur firent retourner le 
visage le long de la chaussée. Guères ne les suy- 
vit le bastard du Fay, mais retourna droit au 
gros affaire où il servit merveilleusement bien. 
Entendre debvez que quant ces deux enseignes 
sortirent de la troppe et qu'ilz eurent deffaictz 
les Gascons, plusieurs s'enfuyrent, et aucuns jus- 
ques au lieu où estoit le vertueux duc de Nemours, 
lequel venant au devant d'eulx, demanda que c'estoit. 
Ung paillart respondit : « Ce sont les Espaignolz 
qui nous ont deffaictz. » Le povre prince, cuydant 
que ce feust la troppe de ses gens de pied, fut déses- 
péré, et sans regarder qui le suyvoit, se va gecter 
sur ceste chaussée par laquelle se retiroient ses deux 
enseignes qui le vont rencontrer en leur chemin, et 
bien quatorze ou quinze hommes d'armes. Hz avoient 
encores rechargé quelques hacquebutes qui vont des- 
lascher, et puis à coups de picque [se ruent] sur ce 
gentil duc de Nemours et sur ceulx qui estoient avec- 
ques luy, lesquelz ne se povoient guères bien remuer, 
car la chaussée estoit estroicte, et d'ung costé le canal 
où on ne povoit descendre; de l'autre, y avoit ung 
merveilleux fossé que l'on ne povoit passer. Brief, 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 327 

tous ceux qui estoient avecques le duc de Nemours 
furent gectez en l'eaue ou tumbez dedans le fossé. Le 
bon duc eut les jarretz de son cheval couppez; si se 
mist à pied l'espée au poing, et oncques Rolant ne 
fist à Roncevaulx tant d'armes qu'il en fîst là, ne 
pareillement son cousin le seigneur de Lautrec, lequel 
veit bien le grant dangier où il estoit, et cryoit tant 
qu'il povoit aux Espaignolz : « Ne le tuez pas, c'est 
nostre vis-roy, le frère à vostre royne. » Quoy que 
ce feust, le povre seigneur y demoura, après avoir 
eu plusieurs playes, car depuis le menton jusques au 
fronc en avoit quatorze ou quinze, et par là mons- 
troit bien le gentil prince qu'il n'avoit pas tourné le 
doz. Dedans le canal fut noyé le filz du seigneur 
d'Alègre, nommé Viverolz*, et son père tué à la 
deffaicte des gens de pied. Le seigneur de Lautrec y 
fut laissé pour mort, et assez d'autres. Ses deux 
enseignes se sauvèrent le long de la chaussée, qui 
duroit plus de dix mille , et quant ilz furent à cinq 
ou six mille du camp, rencontrèrent le bon chevalier 
qui venoit de la chasse avecques environ trente ou 
quarante hommes d'armes, tant las et travaillez que 
merveilles; toutesfois il se délibéra de charger ses 
ennemys, mais ung cappitaine sortit de la troppe, 
qui commencea à dire en son langaige : « Seigneur, 
que voulez-vous faire? Assez congnoissez n'estre pas 
puissant pour nous deffaire. Vous avez gaigné la 
bataille et tué tous noz gens, suffise vous de l'hon- 
neur que vous avez eu, et nous laissez aller la vie 

1 . Yves d'Alègre, qui avait perdu un autre fils Tannée précé- 
dente, ne voulut pas survivre à ce nouveau malheur et chercha 
la mort au milieu des bataillons ennemis. 



328 HISTOIRE DE BAYART 

sauve, car par la voulenté de Dieu sommes eschap- 
pez. » Le bon chevalier congneut bien que l'Espai- 
gnol disoit vray ; aussi n'avoit-il cheval qui se peust 
soustenir; toutesfois il demanda les enseignes qui 
luy furent baillées et puis ilz s'ouvrirent et il passa 
parmy eulx et les laissa aller. Las ! il ne sçavoit pas 
que le bon duc de Nemours feust mort, ne que ce 
feussent ceulx qui l'avoient tué, car il feust avant 
mort de dix mille mors qu'il ne l'eust vengé, s'il 
l'eust sceu. 

Durant la bataille et avant la totalle defiTaicte, 
s'enfuyt domp Raymon de Gardonne, vis-roy de 
Naples\ environ trois cens hommes d'armes, et le 
cappitaine Ramassot avecques ses gens de pied ; le 
demourant fut mort ou pris. Le bon chevalier et 
tous les François retournèrent de la chasse environ 
quatre heures après midy, et la bataille estoit 
commencée environ huyt heures de matin. Chas- 
cun fut adverty de la mort de ce vertueux et noble 
prince, le gentil duc de Nemours, dont ung dueil 
commença au camp des François, si merveilleux que 
je ne cuyde point, s'il feust arrivé deux mille hommes 
de pied fraiz et deux cens hommes d'armes, qu'ilz 
n'eussent tout deffaict, tant de la peine et fatigue que 
tout au long du jour avoient souffert, car nul ne fut 
exempté de combatre s'il voulut, que aussi la grande 



1. Sur la fin de la bataille, le vice-roy de Naples voUust des- 
cendre de son cheval et monter sur ung aultre moult beau, mais 
le noble Bayard le suyvit si près qu'il n'eust loysir de monter et 
se bouta en fuyte, et print Bayard le cheval sur lequel il vouloyt 
monter, lequel depuis donna à monseigneur le duc de Lorraine 
(Champier, fol. xxxix). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. S29 

et extresme douleur qu'ilz portoient en leur cueur 
de la mort de leur chef, lequel, par ses gentilz- 
hommes, en grans pleurs et plains, fut porté à son 
logis. Il y a eu plusieurs batailles depuis que Dieu 
créa ciel et terre, mais jamais n'en fut veu, pour le 
nombre qu'il y avoit, de si cruelle, si furieuse ne 
mieulx combatue de toutes les deux parties que la 
bataille de Ravenne^ 



CHAPITRE LV. 

Des nobles hommes qui moururent à la cruelle bataille 
de Ravenne, tant du costé des François que des 
Espaignolz, et des prisonniers . La prinse de la ville 
de Ravenne. Comment les François furent chassez 
deux moys après d'Ytalie, en Van mil cinq cens et 
douze. De la griefve maladie du bon chevalier. D'une 
fort grande courtoysie qu'il fist. Du voyage qui fut 
fait au royaulme de Navarre , et de tout ce qui 
advint en ladicte année. 

En ceste cruelle bataille fist le royaulme de France 



1. On trouvera à l'appendice la lettre de Bayart plusieurs fois 
reproduite dans laquelle il fait à son oncle l'évêque de Grenoble 
le récit de la bataille de Ravenne. Nous signalerons encore un 
document curieux à consulter sur cette bataille ; il est peu connu 
quoiqu' imprimé ; c'est le récit qu'en a fait le réformateur Zwingli, 
alors aumônier des Suisses à la solde de la France, intitulé : 
De Gestis inter Gallos et Helvetios ad Ravennam^ Papiam aliis que 
lods, et conventii apud thermos Helveticos anno 1512. Relatio Vdal- 
rià Zwinglii (Œuvres de Zwingli. Zurich, 1841. Vol. IV (2* des 
Œuvres latines), p. 167). 



330 HISTOIRE DE BAYART 

grosse perte, car le nompareil en prouesse qui 
feust au monde pour son aage y mourut. Ce fut le 
gentil duc de Nemours, dont, tant que le monde 
aura durée, sera mémoire. Il y avoit quelque intelli- 
gence secrète pour le faire roy de Naples s'il eust 
vescu, et s'en fut trouvé pape Julles mauvais mar- 
chant; mais il ne pleut pas à Dieu le laisser plus 
avant vivre. Je croy que les neuf preux luy avoient 
fait ceste requeste, car s'il eust vescu aage compé- 
tant les eust tous passez. 

Le gentil seigneur d'Alègre et son filz le sei- 
gneur de Viverolz y finérent leurs jours ; aussi firent 
le cappitaine la Grothe, le lieutenant du sei- 
gneur d'Ymbercourt, les cappitaines Molart, Jacob, 
Philippes de Fribourg, Maugiron, baron de Grant- 
mont, Bardassan et plusieurs autres cappitaines. Des 
gens de pied environ trois mille hommes et quatre- 
vingtz hommes d'armes des ordonnances du roy de 
France, avecques sept de ses gentilzhommes et neuf 
archiers de sa garde , et de ce qui en demoura la 
pluspart est oient blécez. Les Espaignolz y eurent 
perte dont de cent ans ne seront réparez, car ilz per- 
dirent vingt cappitaines de gens de pied, dix mille 
hommes, ou peu s'en faillit, et leur cappitaine général 
le conte Pedro Navarre y fut prisonnier. Des gens de 
cheval furent tuez domp Menaldo de Gardonne, domp 
Pedro de Goignes, prieur de Messine, domp Diego de 
Quynonnes, le cappitaine Alvarade, le cappitaine Alonce 
de l'Estreille, et plus de trente cappitaines ou chefz 
d'enseignes et bien huyt cens hommes d'armes, sans 
les prisonniers qui furent: domp Jehan de Gardonne*, 

1. Jean Folch de Gardonne, parent de Raymond Folch de Car- 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 331 

qui mourut en prison, le marquis de Betonte, le mar- 
quis de Licites le marquis de la Padule, le marquis 
de Pescare^, le duc de Trayete\ le conte de Conche, 
le conte de Populo^, et ung cent d'autres gros sei- 
gneurs et cappitaines, avecques le cardinal de Mé- 
dicis qui estoit légat du pape en leur camp. Hz per- 
dirent toute leur artillerie, hacquebutes et cariage. 
Brief de bien vingt mille hommes qu'ilz estoient à 
cheval et à pied, n'en eschappa jamais quatre mille 
que tous ne feussent mors ou pris. 

Le lendemain les adventuriers françois et lansquenetz 
pillèrent la ville de Ravenne, et se retira le seigneur 
Marc-Anthoine Coulonne dedans la cytadelle, qui estoit 
bonne et forte. Le cappitaine Jacquyn, qui avoit si bien 
parlé à l'astrologue de Carpy, en fut cause ^, par des- 
sus la deffence qui estoit fàicté, à l'occasion de quoy 
le seigneur de la Palisse le fist pendre et estrangler. 
11 y avoit bien entreprise d'aller plus avant, si le bon 
duc de Nemours feust demouré vif; mais par son 
trespas tout cessa, combien que Petre Morgant et le 



donne, vice-roy de Naples, ainsi que Menaldo Gardonne, cité 
quelques lignes plus haut. 

1 . Le marquis de Bitetto était de la famille Garaffa, celui de 
Licito de la famille Piccolomini. 

2. Ferdinand-François d'Avalos, marquis de Pescaire, fils d'Al- 
phonse d'Avalos et d'Hippolyte de Gardonne; il épousa Victoria 
Golonna et mourut en 1525, à 32 ans. 

3. Le duc de Traietto était un Garaffa. 

4. Gornelio Pepoli, comte Pepoli, de Bologne. 

5. Des pourparlers étaient près d'aboutir pour la reddition de la 
ville de Ravenne, lorsque Jacquin Gaumont aperçut une porte 
mal gardée, y entra avec ses aventuriers et commença le pillage. 
Voir sur ce Jacquin et sur la mort qui lui avait été prédite par 
l'astrologue de Garpy, le chap. xlvii, p. 262. 



333 HISTOIRE DE BAYART 

seigneur Robert Ursin* avoient très-bien fait leur 
devoir de ce qu'ilz avoient promis; aussi que le 
seigneur Jehan-Jacques escripvoit chascun jour que 
les Véniciens et les Suysses s'assembloient et vou- 
loient descendre en la duché de Milan , et l'empereur 
Maximilian commençoit desjà secrètement à se révolter^. 
Parquoy l'armée des François se mist au retour vers 
ladicte duché de Milan, où tous les cappitaines se 
trouvèrent en la ville ; lesquelz firent enterrer dedans 
le dosme^ le gentil duc de Nemours, en plus grant 
triumphe que jamais avoit esté enterré prince, car il 
y avoit plus de dix mille personnes portans le dueil, 
la pluspart à cheval, quarante enseignes prises sur 
ses ennemys, que l'on portoit devant son corps tray- 
nans en terre, et ses enseignes et guydons après et 
prochains de sa personne, en démonstrant que c'es- 
toient ceulx qui avoient abatu l'orgueil des autres. 
En ce doloreux obsèque y eut grans pleurs et gémis- 
semens. 

Après sa mort tous les cappitaines avoient esleu 
le seigneur de la Palisse pour leur chef, comme très- 
vertueulx chevalier, aussi que le seigneur de Lau- 



1 . Robert Orsini, comte de Pacentro, fils de Mario Orsini et de 
Catherine Zurla; il épousa Béatrix de San Severino. Voici ce 
qu'écrit Paul Jove dans sa Yie de Léon X (chap. ii), sur cette 
conspiration contre Jules II : « Robertus Ursinus et Petrus Maga- 
rinus summae nobilitatis et opinionis romani juvenes, a pontifice 
scelerata conspiratione defecerant, pecuniam a Gallis acceperant 
ut Urbe sacrosanctum pontificem exturbarent, quando facile ab 
his utriusque factionis perditi seditiosique homines ad patrandum 
facinus concitari posse viderentur. » 

2. 5e révolter, faire volte-face. 

3. La cathédrale. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 333 

trec estoit blessé à la mort, et avoit esté mené à 
Ferrare pour se faire garir; où il eut si bon et gra- 
cieulx traictement du duc et de la duchesse que revint 
en assez bonne santé. Le pape Julles, voulant tous- 
jours continuer en son charitable vouloir, fist du tout 
déclarer l'empereur ennemy des François; lequel 
manda à si peu de lansquenetz qui estoient demourez 
après la journée de Ravenne avecques les François 
qu'ilz eussent à se retirer, dont le principal cappi- 
taine estoit le frère du cappitaine Jacob, lequel à son 
mandement s'en retourna et les emmena tous, excepté 
sept ou huyt cens, que ung jeune cappitaine aven- 
turier, qui n'avoit que perdre en Allemaigne, retint. 
En ceste saison ainsi que les François cuydoient 
emmener le cardinal de Médicis en France fut recoux 
à Piètre de QuaS qui luy fut bonne fortune, et en fut 
bien tenu 2 à messire Mathe de Becarya de Pavye qui 
fist cest exploit, car depuis il fut pape. 

Peu après, l'armée des Véniciens, Suysses et gens 
de par le pape descendirent en gros nombre, qui trou- 
vèrent celle des François defifaicte et ruynée ; et combien 
qu'ilz feissent résistance en plusieurs passaiges, toutes- 
fois enfin furent contrainctz eulx venir retirera Pavye 
qui délibérèrent garder. Et furent ordonnez les cap- 
pitaines par les portes à fortifïier, chascun son quar- 

Prlu' 7^!^^^ ^' ^^^'"''^ P^'^^ "^^ ^é«" ^' fait prisonnier par 
Frédéric de Gonzague-Bozzolo au moment où il allait être mis à 
mort par des cavaliers albanais, fut enlevé par Rinaldo Zaccio, 
au moment ou les Français se préparaient à lui faire traverser le 
Pô et a 1 emmener en France. Tel est du moins le récit de Paul 
Jove dans sa Vie de Léon X (chap. n) 
2. Tenu, obligé. 



334 HISTOIRE DE BAYART 

tier, ce qu'ilz commencèrent très bien ; mais peu y 
demeurèrent, car les ennemys y furent deux jours 
après. Les François avoient fait faire ung pont sur 
bateaulx, combien qu'il y en eust ung de pierre audit 
Pavye, mais c'estoit afin que si aucun inconvénient 
leur advenoit eussent meilleure retraicte; ce qu'il 
advint bientost, car une journée je ne sçay par quel 
moyen ce fut, les Suysses entrèrent en la ville par le 
chasteau et vindrent jusques sur la place, où desjà, 
au moyen de l'alarme, estoient les gens de pied et 
plusieurs gens de cheval, comme le cappitaine Loys 
d'Ars, qui en estoit lors gouverneur, et y fist mer- 
veilles d'armes. Si fist aussi le seigneur de la Palisse 
et le gentil seigneur d'Ymbercourt. Mais sur tous, le 
bon chevalier fist choses non croyables, car il arresta 
avecques vingt ou trente de ses hommes d'armes les 
Suysses sur le cul plus de deulx heures, tousjours 
combatant , et durant ce temps luy fut tué deux che- 
vaulx entre ses jambes. Cependant se retiroit l'artil- 
lerie pour passer le pont; et sur ses entrefaictes le 
cappitaine Pierrepont, qui alloit visitant les ennemys 
d'ung costé et d'autre, vint dire à la compaignie qui 
combatoit en la place : « Messeigneurs, retirez-vous, 
car au dessus de nostre pont de boys en force petiz 
bateaulx passent les Suysses, dix à dix, et si une fois 
passent quelque nombre compectant, ilz gaigneront 
le bout de nostre pont et nous serons enclos en ceste 
ville et tous mis en pièces. » C'estoit ung saige et 
vaillant cappitaine, parquoy, à sa parolle tousjours com- 
batant se retirèrent les François jusques à leur pont, 
où pour estre vivement poursuyvis, y eut lourt et 
dur escarmouche. Toutesfois les gens de cheval pas- 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 335 

sèrent; et demeura environ troys cens lansquenetz 
derrière, pour garder le bort dudit pont. Mais ung 
grant malleur y advint ; car, ainsi que l'on achevoit de 
passer la dernière pièce d'artillerie, qui estoit une 
longue coulevryne nommée Madame de Fourly, et 
avoit esté regaignée sur les Espaignolz à Ravenne, 
elle enfondra* la première barque, parquoy les povres 
lansquenetz, voyant qu'ilz estoient perduz, se saul- 
vèrent au mieulx qu'ilz peurent ; toutesfois y en eut 
aucuns tuez, et d'autres qui se noyèrent au Tézin. 
Quant les François eurent passé le pont, ilz le rom- 
pirent, parquoy ne fiirent plus poursuyviz ; mais ung 
grant malleur advint au bon chevalier. Ce fut qu'ainsy 
qu'il estoit au bout du pont pour le garder, fut tiré 
ung coup de faulconneau de la ville, qui luy fraya^ 
entre l'espaule et le col, de sorte que toute la chair 
luy fut emportée jusques à l'oz. Ceulx qui virent le 
coup cuydoient bien qu'il feust mort; mais luy, qui 
ne s'effraya jamais de chose qu'il veist, combien 
qu'il se sentist merveilleusement blessé, et par ce 
aussi qu'il congnoissoit bien n'estre pas à l'heure 
saison de faire Festonné, dist à ses compaignons : 
« Messeigneurs, ce n'est riens. » On mist paine de 
l'estancher le mieulx qu'on peut avec mousse qu'on 
print aux arbres et linge que aucuns de ses souldars 
prindrent à leurs chemises, car il n'y avoit nul cyur- 
gien là à l'occasion du mauvais temps. Ainsi se retira 
l'armée des François jusques à Alexandrie, où le sei- 
gneur Jehan-Jacques estoit allé devant leur faire faire 



1. Enfondrer, effondrer. 

2. Fraya, passa. 



336 HISTOIRE DE BAYART 

ung pont. Guères n'y séjournèrent, mais leur convint 
du tout habandonner la Lombardie, excepté les chas- 
teaulx de Milan et Crémone, Lugan, Lucarne ^ la ville 
et le chasteau de Bresse, où estoit demouré le sei- 
gneur d'Aulbigny, et quelques autres places en la 
Vautelyne^. Les François repassèrent les mons et se 
logèrent quelque temps es garnisons qui leur avoient 
esté ordonnées. 

Le bon chevalier s'en retira droit à Grenoble, 
pour visiter l'évesque son bon oncle, lequel long- 
temps a n'avoit veu. G'estoit ung aussi vertueux 
et bien vivant prélat qu'il en feust pour lors ou 
monde. Il receut son nepveu tant honnestement que 
merveilles et le fist loger à l'évesché, où chascun jour 
estoit traicté comme la pierre en l'or ; et le venoient 
veoir les dames d'alentour Grenoble, mesmement 
celles de la ville, qui toutes ensemble ne se povoient 
saouller de le louer, dont il avoit grant honte. Or, en 
ces entrefaictes, ne sçay si ce fut par le grant labeur 
que le bon chevalier avoit souffert par plusieurs 
années, ou si ce fut par le coup du faulconneau qu'il 
eut à la retraicte de Pavye, mais une grosse fiebvre 
continue le va empoigner que luy dura dix-sept jours, 
de sorte que l'on n'y espéroit plus de vie^. Le povre 
gentilhomme, qui de maladie se voyoit ainsi abatu, 
faisoit les plus piteuses complainctes qu'on ouyt 



1. Lugano, Locarno, canton du Tessin. 

2. Vautelyne, Valteline. 

3. On trouvera à l'appendice une lettre de l'évêque de Grenoble 
donnant des détails sur la maladie de Bayart et sur certains 
projets de mariage auxquels la reine s'était intéressée à cette 
époque. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 337 

jamais , et à l'ouyr parler il eust eu bien dur cueur à 
qui les larmes ne feussent tumbées des yeulx. « Las ! 
disoit-il, mon Dieu ! puisque c'estoit ton bon plaisir 
m'oster de ce monde si tost, que ne fiz-tu ceste grâce 
de me faire mourir en la compaignie de ce gentil prince 
le duc de Nemours, et avecques mes autres compai- 
gnons à la journée de Ravenne, ou qu'il ne te pleut 
consentir que je finasse à l'assault de Bresse, où je 
fus si griefvement blessé ^ Hélas ! j'en feusse beaucoup 
mort plus joyeulx, car au moins j'eusse ensuivy mes 
bons prédécesseurs, qui sont tousjours demourez aux 
batailles. Mon Dieu ! et j'ay passé tant de gros dan- 
giers d'artilleries, en batailles, en assaulx et en ren- 
contres dont tu m'as faict la grâce d'estre eschappé, 
et il fault que présentement je meure en mon lict 
comme une pucelle. Toutesfois, combien que je le 
désirasse autrement, ta saincte voulenté soit faicte ! 
Je suis ung grant pécheur, mais j'ay espoir en ton 
infinie miséricorde. Hélas! mon Créateur, je t'ay par 
le passé grandement offencé, mais si plus longuement 
eusse vescu, j'avoys bon espoir, avecques ta grâce, 
de bien tost amender ma mauvaise vie. » Ainsi faisoit 
ses regretz le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche; et puis, parce qu'il brusloit de chaleur pour 
la grande fiebvre qui le tenoit, s'adressoit à monsei- 
gneur sainct Anthoyne^, en disant : « Hé, glorieux 
confesseur et vray amy de Dieu, sainct Anthoyne, 



1. Voir plus haut le chap. l, p. 281. 

2. Saint Antoine était l'un des saints les plus vénérés en Dau- 
phiné; c'était dans cette province, à Saint- Antoine en Viennois, 
que se trouvait l'abbaye chef d'ordre des Antonins. L'intercession 
de saint Antoine passait pour souveraine contre la fièvre. 

22 



338 HISTOIRE DE BAYART 

toute ma vie je t'ay tant aymé et tant eu de fiance en 
toy, et tu me laisses icy brusler en si extrême chal- 
leur que je ne désire fors que briefve mort me 
prengne. Hélas ! et as-tu point de souvenance que, 
durant la guerre contre le pape en Ytalie, moy estant 
logé à Rubère* en une de tes maisons, je la garday de 
brusler, et sans moy y eust esté mis le feu ; mais en 
commémoration de ton sainct nom, je me logé 
dedans, combien qu'elle feust hors de la forteresse, 
et ou dangier des ennemys, qui nuyt et jour me 
povoient venir visiter sans trouver chose qui les en 
eust sceu garder ; et toutesfois j'aymé mieulx demou- 
rer ung moys en ceste façon que ta maison feust des- 
truicte. Au moins je te supplie m'aléger de ceste 
grande challeur, et faire requeste à Dieu pour moy, 
ou que bientost il me oste de ce misérable monde, 
ou qu'il me donne santé. » Tant piteusement se dolo- 
soit^ le bon chevalier qu'il n'y avoit personne autour 
de luy qui ne fondist en larmes, mesmement son bon 
oncle l'évesque, qui sans cesse estoit en oraisons pour 
luy. Et non pas luy seullement, mais tous les nobles, 
bourgeois, marchans, religieux et religieuses, jour et 
nuyct estoient en prières et oraisons pour luy, et 
n'est possible qu'en tant de peuple n'y eust quelque 
bonne personne que Nostre- Seigneur voulut ouyr; 
comme assez apparut, car la fiebvre le laissa peu à 
peu, et commença à reposer et donner^ goust aux 
viandes, de sorte qu'en quinze jours ou trois sep- 
maines, avecques le bon traictement, qu'il en fust du 

1 . Rubbiera, ville dans les environs de Reggio (Emilie). 

2. Dolosoit, lamentait. 

3. Donner, trouver. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 339 

tout guéry et aussi gaillart qu'il avoit jamais esté. Et 
se print à aller ung peu à l'esbat près de la ville, visi- 
tant ses amys et les dames de maison en maison, à 
qui il faisoit force bancquetz pour se resjouyr. 

Et tellement que, comme assez povez entendre qu'il 
n'estoit pas sainct, ung jour luy print voulenté d'avoir 
compaignie françoyse. Si dist à ung sien varlet de 
chambre, qu'on nommoit le bastard Gordon : « Bas- 
tard! je te prie que aujourd'huy à coucher avecques 
moy j'aye quelque belle fille ; je croy que je ne m'en 
trouveray que mieulx. » Le bastard qui estoit diligent 
etvouloit bien complaire à son maistre, s'alla adresser 
à une povre gentil-femme qui avoit une belle fille de 
l'aage de quinze ans, laquelle, pour la grande povreté 
en quoy elle estoit, consentit sa fille estre baillée quel- 
que temps au bon chevalier, espérant aussi que après 
la marieroit. Si fut la fille langagée* par la mère, qui 
luy fist tant de remonstrances que, nonobstant le 
bon vouloir qu'elle avoit, se condescendit au marché, 
moytié par amour et moytié par force. Si fut emme- 
née secrèttement par le bastard au logis ^ du bon 
chevalier, et mise en une sienne garde-robbe. Le 
temps fut venu de se retirer pour dormir, si s'en 
retourna à son logis ledit bon chevalier, lequel avoit 
souppé en ung bancquet en la ville. Arrivé qu'il 
feust, le bastard luy dist qu'il avoit une des belles 
jeunes filles du monde et si estoit gentil-femme; si 
le mena en la garde-robbe et la luy monstra. Belle 
estoit comme ung ange, mais tant avoit ploré que 

1. Langagée, endoctrinée. 

2. C'était à l'évêché que Bayart était logé, comme on l'a vu 
plus haut. 



340 HISTOIRE DE BAYART 

tous les yeux luy en estoient enflez. Quant le bon 
chevalier la veit en ceste sorte, luy dist : « Gomment, 
ma mye, qu'avez-vous ? Ne sçavez-vous pas bien 
pourquoy vous estes venue icy? » La povre fille se 
mist à genoulx et dist : « Hélas ! ouy, monseigneur ; 
ma mère m'a dit que je feisse ce que vouldriez ; 
toutesfbis je suis vierge, et je ne feiz jamais mal de 
mon corps ; je n'avoys pas voulenté d'en faire si je 
n'y feusse contraincte; mais nous sommes si povres, 
ma mère et moy, que nous mourons de faim. Et 
pleust à Dieu que je feusse bien morte ; au moins ne 
seroye point au nombre des malheureuses filles et en 
déshonneur toute ma vie ! » Et disant ces paroUes 
ploroit si très fort qu'on ne la povoit appaiser. Quant 
le bon chevalier apperceut son noble courage, quasi 
larmoyant luy dist : « Vrayement, ma mye, je ne 
seray pas si meschant que je vous oste de vostre bon 
vouloir. » Et changeant vice à vertu, la prist par la 
main et luy fist afïubler ung manteau, et au bastard 
prendre une torche, et la mena luy-mesme coucher 
sur* une gentil-femme sa parente, qui se tenoit près 
de son logis , et le lendemain matin envoya quérir la 
mère, à laquelle il dist : « Venez ça, ma mye, ne me 
mentez point. Vostre fille est-elle pucelle? » Qui res- 
pondit : « Sur ma foy, monseigneur, quant le bastard 
la vint hier quérir jamais n'avoit eu congnoissance 
d'homme. — Et n'estes vous doncques bien malheu- 
reuse, dist le bon chevalier, de la vouloir faire mes- 
chante? » La povre femme eut honte et paour, et ne 
sceut que respondre, sinon qu'elles estoient si povres 

1. Sur, chez. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 341 

que riens plus^ « Or, dist le bon chevalier, ne faictes 
jamais ung si lasche tour que de vendre vostre fille; 
qui estes gentil-femme, on vous en debveroit plus 
griefvementpugnir. Venez çà; avez-vous personne qui 
la vous ait jamais demandée en mariage? — Ouy 
bien, dist-elle, ung mien voisin honneste homme, 
mais il demande six cens florins, et je n'en ay pas 
vaillant la moytié. — Et s'il avoit cela, l'espouseroit- 
il? dist le bon chevalier. — Ouy, seurement, dist- 
elle. » Alors il pristune bourse qu'il avoit fait prendre 
au bastard, et luy bailla trois cens escus, disant : 
« Tenez, ma mye, velà deux cens escus, qui val lent six 
cens florins de ce pays et mieulx, pour marier vostre 
fille, et cent escus pour l'abiller. » Et puis fist encores 
compter cent autres escus qu'il donna à la mère, et 
commanda au bastard qu'il ne les perdist jamais de veue 
qu'il n'eust veu la fille espousée ; qu'elle fut trois jours 
après, et a fait depuis ung très honorable mesnage. 
Elle retira sa mère en sa maison et ainsi par la grande 
courtoysie et libéralité du bon chevalier la chose fut 
ainsy menée qu'il est cy dessus récité, et je croy que 
vous n'avez guères leu en cronicque ny hystoire d'une 
plus grande honnesteté. 

Icelluy bon chevalier fut encores quelque temps après 
ou Daulphiné, faisant grosse chère, jusques à ce que 
le roy de France son maistre envoya une armée en 
Guyenne, soubz la charge du duc de Longueville^, pour 

1. Que riens plus, que davantage n'était pas possible. 

2. Cette armée, composée de vingt-cinq mille hommes, était 
sous les ordres de Charles, duc de Bourbon, et de Louis I, duc 
de Longueville, auxquels le roi avait adjoint comme chef nomi- 
nal François d'Angoulême , son héritier présomptif. Elle devait 



342 HISTOIRE DE BAYART 

cuyder recouvrer le royaulme de Navarre, que depuis 
ung peu avoit usurpé par force le roy d'Arragon sur 
celluy qui le tenoit à juste tiltre et n'y trouva occasion 
sinon qu'il estoit du party du roy de France. Je ne 
sçay comment il alla de ce beau voyage, mais, après 
y avoir longuement esté sans riens exécuter, la grosse 
armée s'en retourna, et firent passer les montz Piré- 
nées à une partie d'icelle, dont fut chief le seigneur de 
la Palisse. Et puis, aucun temps après, luy fut envoyé 
de renfort le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche, qui luy mena quelques pièces de grosse 
artillerie. Le roi de Navarre déchassé estoit avecques 
eulx. Hz prindrent quelques petis fortz, puis vindrent 
mettre le siège devant Pampelune. Cependant le bon 
chevalier alla prendre ung chasteau, où il eut gros 
honneur, comme vous entendrez. 



CHAPITRE LVI. 

Comment le bon chevalier prist ung chasteau d'assault 
ou royaulme de Navarre, cependant qu'on assist le 
siège devant la ville de Pampelune, où il fist ung 
tour de sage et appert chevalier. 

' Cependant que le gentil seigneur de la Palisse plan- 
toit avecques le roy de Navarre le siège devant la 
ville de Pampelune, fut advisé qu'il seroit bon d'aller 

faire rentrer Jean d'Albret, roi de Navarre par son mariage avec 
Catherine de Foix, en possession de son royaume, conquis en quel- 
ques jours par le duc d'Albe. Cette campagne fut une des plus 
malheureuses du règne de Louis XII. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 343 

prendre ung chasteau à quatre lieues de là, qui nuy- 
soit merveilleusement au camp des François. Je croy 
bien qu'en la place n'y povoit pas y avoir grosse 
force, toutesfois, parce que l'on se doubtoit que 
dedans une petite ville près de là, appellée le Pont- 
la-Royne*, y pourroient estre quelques gens qui peult- 
estre la vouldroient secourir, fut advisé qu'on 
mèneroit assez bonne bende de gens de cheval et de 
pied. Le roy de Navarre et seigneur de la Palisse 
prièrent au bon chevalier qu'il voulsist prendre ceste 
entreprinse en main ; et luy qui jamais ne fut las de 
travail qu'on luy sceust bailler, l'accorda incontinent. 
Il prist sa compaignie et celle du cappitaine Bonne- 
val, hardy chevalier, quelque nombre d'adventuriers 
et deux enseignes de lansquenetz, qui estoient de 
chascune quatre cens hommes, et ainsi s'en alla tout 
de plain jour devant ceste place. Il envoya ung trom- 
pette pour faire entendre à ceulx qui estoient dedans 
qu'ilz eussent à la mettre entre les mains de leur 
souverain, le roy de Navarre, et qu'il les prendroit 
à mercy et les laisseroit aller, leurs vies et bagues 
saufves; autrement, s'ilz estoient pris d'assault, 
seroient mis en pièces. Ceulx de la forteresse estoient 
gens de guerre, que le duc de Nagère ^ et l'alcado de 
las Donzelles^, lieutenant oudit royaulme pour le roy 
d'Espaigne, y avoient mis, et estoient tous bons et 
loyaulx serviteurs à leur maistre; firent responce 

1. Puente-de-la-Reyna, à 1 1. S. 0. de Pampelune. 

2. Pierre Manrique de Lara, dit le Fort, duc de Nagera, fils de 
Diego-Gomez Manrique et de Marie de Sandoval. Il naquit en 
1443, épousa Guiomare de Castro et mourut en 1515. 

3. Diego Fernandez de Gordova, alcade de Las Donzellas. 



344 HISTOIRE DE BAYART 

qu'ilz ne rendroient point la place et eulx encores 
moins. La trompeté en vint faire son rapport, lequel 
ouy par le bon chevalier, ne fist autre délay, sinon 
de faire asseoir quatre grosses pièces d'artillerie qu'il 
avoit, et bien canonner la place et vivement. Ceulx de 
dedans, qui estoient environ cent hommes, avoient 
force hacquebutes à croc et deux faulconneaux qui 
firent très bien leur devoir de tirer à leurs ennemys ; 
mais si bien ne sceurent jouer leur roolle qu'en moins 
d'une heure n'y eust berche à leur place assez gran- 
dete, mais mal aysée pour ce qu'il failloit monter. Or 
en telles matières fault autre chose que souhaiter. Si 
fist le bon chevalier sonner l'assault, et vint aux lans- 
quenetz, les enhortant^ d'y aller. Leur truchement 
parla pour eulx, et dist que c'estoit leur ordonnance 
que, toutesfois qu'il se prenoit place d'assault, 
qu'ilz dévoient avoir double paye, et que, si on 
leur vouloit promettre yroient audit assault, autre- 
ment non. Le bon chevalier n'entendoit point ses 
ordonnances; toutesfois il leur fist responceque, sans 
nulle faulte, s'ilz prenoient la place, qu'ilz auroient ce 
qu'ilz demandoient et leur en répondoit pour ce qu'il 
ne vouloit pas demourer longuement là. Il eut beau pro- 
mettre, mais au dyable le lansquenet qui monta jamais 
à la berche. Les adventuriers y allèrent gaillardement, 
mais ilz furent lourdement repoussez par deux ou 
trois fois; et de fait ceulx qui defïendoient mons- 
troient bien qu'ilz estoient gens de guerre. Quant le 
bon chevaher congneut leur cueur, pensa bien qu'il 
ne les auroit jamais de ceste lute ; si fîst sonner la 

1. Enhortant, exhortant. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 345 

retraicte, laquelle faicte, fist encores tirer dix ou 
douze coups d'artillerie, faisant myne qu'il vouloit 
agrandir la berche, mais il avoit autre chose en pen- 
sée ; car cependant qu'on tiroit l'artillerie, vint à ung 
de ses hommes d'armes, fort gentil compaignon, qu'on 
nommoit Petit Jehan de la Vergue ^ auquel il dist : 
« La Vergue, si vous voulez, ferez ung bon service et 
qui vous sera rémunéré. Voyez vous bien ceste grosse 
tour qui est au coing de ce chasteau; quant vous 
verrez que je feray recommencer l'assault, prenez 
deux ou trois eschelles, et, avecques trente ou qua- 
rante hommes, essayez de monter en ceste tour, car, 
sur ma vie ! n'y trouverrez personne pour la def- 
fendre; et si vous n'entrez en la place par là, dictes 
mal de moy. » L'autre entendit très bien le conunan- 
dement. Si ne demoura guères que l'assault ne feust 
recommencé plus âpre que devant, où tous ceulx de 
la place vindrent pour defïendre la berche, et 
n'avoient regard ailleurs, car ilz n'eussent jamais 
pensé qu'on eust entré par autre lieu, dont ilz furent 
trompez; car La Vergue fist très bien sa charge, et, 
sans estre d'eulx apperceu, dressa ses eschelles, par 
lesquelles il monta dedans ceste tour, et plus de cin- 
quante compaignons avecques luy, lesquelz ne furent 
jamais veuz des ennemys qu'ilz ne feussent dedans la 
place, où ilz crièrent : « France, France ! Navarre, 
Navarre ! » et vindrent ruer par le derrière sur ceulx 
qui estoient à defifendre la berche, qui pour estre 
surpris furent estonnez à merveilles. Toutesfois ilz 

1. Jean de la Vergne, s' de la Valette, fils d'Antoine, s' de 
Tressan. Il paraît dans la montre de la compagnie de Bayart 
sous le nom- de Jean de la Bergnie. 



346 HISTOIRE DE BAYART 

se mirent en deffence et firent devoir de bien com- 
batre; mais leur prouesse ne leur servit de guères, 
car les assaillans entrèrent dedans, qui misrent tout 
en pièces, ou peut s'en faillit, et fut toute la place 
courue^ et pillée. 

Ce fait, le bon chevalier y laissa ung des gen- 
tilzhommes du roy de Navarre, avecques quel- 
ques compaignons, puis se mist au retour droit 
au camp. Ainsi qu'il vouloit partir, deux ou trois 
cappitaines des lansquenetz vindrent devers luy, et 
par leur truchement luy firent dire qu'il leur tiensist 
sa promesse, de leur faire bailler double paye, et que 
la place avoit esté prise. De ce propos fut le bon che- 
valier si fort fasché que merveilles , et respondit tout 
courroucé au truchement : « Dictes à voz coquins 
de lansquenetz que je leur ferois plus tost bailler 
chascun ung licol pour les pendre. Les meschans 
qu'ilz sont n'ont jamais voulu aller à l'assault, et ilz 
demandent double paye ! J'en parleray à monseigneur 
de la Palisse et à monseigneur de SufFoc% leur cappi- 
taine général, mais ce sera pour les faire casser; ilz 
ne vallent pas putains. » Le truchement leur dist le 
propos, et incontinent commencèrent ung bruit mer- 
veilleux ; mais le bon chevalier fist sonner à l'esten- 
dart et assembla ses gens d'armes et adventuriers, 
de façon que s'ilz eussent fait semblant de rien, estoit 
délibéré de les mettre en pièces. Hz s'appaisèrent 

1. Courue, envahie. 

2. Richard Poole, duc de Suffolk, commandant de six mille 
lansquenets et surnommé la Rose-Blanche. Il était fils de Jean 
Poole et d'Elisabeth d'Angleterre et fut tué à la bataille de Pavie 
(1524) au service de la France. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 347 

petit à petit et s'en vindrent au camp devant Pampe- 
îune, en troppe comme les autres. Il fault faire icy 
ung petit discours pour rire. 

Quant le bon chevalier fut arrivé, eut grant 
chère du roy de Navarre, du seigneur de la Pa- 
lisse, du duc de Suffoc , et de tous les cappitaines, 
ausquelz il compta la manière de faire des lans- 
quenetz, dont il y eut assez ris. Le soir il donna 
à soupper à tout plain de cappitaines, et entre 
autres y estoit le duc de Suffoc, cappitaine général de 
tous les lansquenetz qui estoient au camp, dont il y 
avoit six ou sept mille. Ainsi qu'ilz achevoient de 
soupper, va arriver ung lansquenet qui avoit assez 
bien beu, et quant il entra ne sçavoit qu'il devoit 
dire, sinon qu'il cherchoit le cappitaine Bayart pour 
le tuer, pour ce qu'il ne leur vouloit point faire bailler 
d'argent. Il parloit quelque peu de françois et assez 
mauvais. Le cappitaine Pierrepont l'entendit, qui dist 
au bon chevalier en ryant : « Monseigneur, vecy ung 
lansquenet qui vous cherche pour vous tuer. » Ces- 
toit la plus joyeuse et récréative personne qu'on eust 
sceu trouver. Si se leva de table, l'espée au poing, 
et s'adressa au lansquenet en luy disant : « Esse-vous 
qui voulez tuer le cappitaine Bayart ? Le vecy, defifen- 
dez-vous. » Le povre lansquenet, quelque yvre qu'il 
feust, eut belle paour, et respondit en assez mauvais 
langaige. « Ce n'est pas moy qui veulx tuer le cappi- 
taine Bayart tout seul, mais ce sont tous les lansque- 
netz. — Ha! sur mon ame ! dist le bon chevalier qui 
pasmoit de rire, je le quicte , et ne suis point délibéré 
moy seul de combatre sept mille lansquenetz. Ap- 
poinctement, compaignon, pour l'amour de Dieu! » 



348 HISTOIRE DE BAYART 

Toute la compaignie se print si très fort à rire du 
propos que merveilles, et fut assis à table le lans- 
quenet viz-à-viz du bon chevalier, qui le fist achever 
d'abiller^ comme il estoit commencé, de sorte que, 
avant qu'il partist de là, promist que tant qu'il vivroit 
deffendroit le cappitaine Bayart envers et contre tous, 
et jura qu'il estoit homme de bien et qu'il avoit bon 
vin. Le roy de Navarre et le seigneur de la Palisse le 
sceurent le soir, qui en rirent comme les autres. 

Le lendemain de l'arrivée du bon chevalier, commença 
l'artillerie à tirer contre la ville de Pampelune, qui 
fut batue assez bien , et y voulut-on donner l'assault, 
qui fut essayé; mais si bien se deffendirent ceulx de 
dedans qu'on la laissa là, et y eurent les François 
grosse' perte. Dedans estoit ce gentil chevalier espai- 
gnol que l'on nommoit l'alcado de las Donzelles. Ce 
fut ung voyage assez malheureux ; car les François à 
leur entrée en Navarre gastèrent et dissipèrent tous 
les biens, rompirent les moulins et firent beaucoup 
d'autres choses, dont ilz eurent depuis grande indi- 
gence; car la famine y fut si grosse que plusieurs 
gens en moururent , et si n'y eut jamais en armée si 
grande nécessité de souliers, car une meschante paire 
pour ung lacatz^ coustoit ung escu. Brief, tous ses 
malheurs assemblez, et aussi que le duc de Nagère 
estoit arrivé au Pont-la-Reyne, près de Pampelune, 
avecques ung secours de huyt ou dix mille hommes, 
fut le roy de Navarre conseillé par le seigneur de 
la Palisse et tous les cappitaines de se retirer jusques 



1 . C'est-à-dire : qui acheva de l'enivrer. 

2. Lacatz, laquais. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 349 

à une autre saison. Si fut levé le siège en plain jour 
de devant Pampelune, et l'artillerie mise à chemin ; 
mais peu de journées fut conduicte, car les mon- 
taignes par où elle devoit passer estoient trop 
estranges. Si furent contrainctz les François, après 
que à force de gens et d'argent l'eurent menée trois 
journées, la laisser au pied d'une montaigne où ilz 
la rompirent; au moins la misrent en sorte que leurs 
ennemys ne s'en feussent sceu ayder. 

Il fault entendre que , au repasser des montai- 
gnes Pirénées , y eust de grandes povretez par 
le deffault des vivres, et si n'estoit heure au jour 
qu'il n'y eust alarme chault et aspre. Le duc de 
SufFoc, dit la Blanche Roze, cappitaine général des 
lansquenetz, y estoit, qui grande et parfaicte amy- 
tié avoit avecques le bon chevalier. Ung jour qu'il 
avoit tant travaillé que plus n'en povoit, car toute 
ceste journée n'avoit beu ne mangé , ainsi qu'on 
se vouloit retirer d'une escarmouche, sur le soir 
bien tard vint trouver icelluy bon chevalier, auquel 
il dist : « Cappitaine Bayart, mon amy, je meurs 
de fain; je vous prie, donnez-moy aujourd'huy à 
soupper, car mes gens m'ont dit qu'il n'y a riens à 
mon logis. » Le bon chevalier, qui ne s'estonna 
jamais de riens, respondit : « Ouy vrayement, mon- 
seigneur, et si serez bien traicté. » Puis devant luy 
appella son maistre d'hostel, auquel il dist : « Mon- 
seigneur de Myheu^ allez devant faire haster le soup- 

4. Imbert de Vaux, s' de Milieu, gentilhomme dauphinois. Il 
fut tué au siège de Mézières (1521). 



350 HISTOIRE DE BAYART 

per, et que nous soyons ayses comme dedans Paris. » 
De laquelle parolle le duc de Suffort rist ung quart 
d'heure, car desjà y avoit deux jours qu'ilz ne man- 
geoient que du pain de milet. 

Bien vous asseure que sans perdre gens que 
de famyne les Françoys firent une aussi belle 
retraicte que gens de guerre firent oncques, et sur 
tous y acquist ung merveilleux honneur le bon 
chevalier, qui tousjours demoura sur la queue tant 
que le dangier fust passé; car voulentiers luy a l'on 
tousjours fait cest honneur aux affaires, qu'en allant a 
tousjours esté mis des premiers et aux retraictes des 
derniers. Bien joyeulx furent les François quant par 
leurs journées eurent gaigné Bayonne, car ilz man- 
gèrent à leur ayse; mais plusieurs gens de pied qui 
estoient affamez mangèrent tant qu'il en mourut tout 
plain; ce fust ung assez fascheux voyage. 

En ceste année mourut le pape Julles, ce bon Fran- 
çois*, et fut eslu en son lieu le cardinal de Médicis, pape 
Léon nommé. Il vint aussi en la coste de Bretaigne quel- 
que armée des Angloys, qui ne firent pas grant chose. 
Ung jour, entre les autres, ung gros navire d'Angle- 
terre dicte la Régente, et une nef de la royne de 
France, duchesse de Bretaigne, nommée la Cordelière, 
se trouvèrent et s'acrochèrent pour combatre. Durant 
le combat, quelc'un gecta du feu dedans l'une des 
nefz; mais finablement furent toutes deux bruslées. Les 
Anglois y firent grosse et lourde perte, car sur ladicte 
Régente y avoit gros nombre de gentilzhommes, qui 

1. Le 18 février 1513. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 351 

y moururent sans leur estre possible trouver le moyen 
d'eschapper ^ . 



CHAPITRE LVII. 

Comment le roy Henry d'Angleterre descendit en France 
et comment il mist le siège devant Thérouenne. D'une 
bataille dicte la Journée des Espérons, où le bon 
chevalier fist merveilles d'armes et gros services en 
France. 

En l'an mil cinq cens et treize, vers le commence- 
ment, le roy de France renvoya une armée en Ytalie 
soubz la charge de la Trimoille. Jà avoit esté fait 
l'appoinctement entre le roy de France et les Véni- 
ciens qui y portoient faveur; toutesfois le cas alla 
assez mal pour les François, car ilz perdirent une 
journée contre les Suysses , et y furent les enfans de 
messire Robert de la Marche, qui avoient charge de 
lansquenetz, quasi laissez pour mors, et les alla quérir 
leur père dedans ung fossé ^. Si convint encores aux 
Françoys habandonner la Lombardie pour ceste 
année. A leur retour fut adverty le roy de France 
comment Henry, roy d'Angleterre, alyé de l'empe- 
reur Maximilian, estoit descendu à Calays avecques 

1 . La flotte française était sous les ordres de Hervé Portzmo- 
guer, dit Primauguet, amiral breton; plus de deux mille hommes 
périrent par le feu sur les deux navires amiraux enflammés. Voir 
sur Primauguet un intéressant article de M. Jal dans son Diction- 
naire de biographie et d'histoire. 

2. Voir pour les détails de cette bataille de Novare ou de Tra- 
cas le chap. xxxvii des Mémoires de Fleuranges. 



352 HISTOIRE DE BAYART 

grosse puissance pour entrer en son pays de Picardie, 
ouquel pour y résister envoya incontinent grosse puis- 
sance et fist son lieutenant général le seigneur de 
Pyennes^, gouverneur oudit pays. Les Angloys, entrez 
qu'ilz feussent en la campaigne de pleine arrivée, 
allèrent planter le siège devant la ville de Théroenne, 
qui estoit bonne et forte, où pour icelle garder 
estoient commis deux très hardiz et gaillars gen- 
tilzhommes, l'ung le seigneur de Théligny, séneschal 
de Rouergue, cappitaine saige et asseuré, et ung 
autre du pays mesmes, appelle le seigneur de Pont- 
dormy^, avecques leurs compaignies, quelques aven- 
turiers françoys, avecques aucuns lansquenetz soubz 
la charge d'ung cappitaine Brandec. Hz estoient 
tous gens de guerre et pour bien garder la ville lon- 
guement s'ilz eussent eu vivres ; mais ordinairement 
en France ne se font pas voulentiers les provisions de 
saison ne de raison. Le siège assis par les Anglois 
devant ladicte ville de Théroenne, commencèrent à la 
canonner; encores n'y estoit pas la personne du roy 
d'Angleterre ; ains, pour ses lieutenans y estoient le 
duc de Suffoc, messire Charles Brandon % et le cappi- 

1. Philippe de Hallwyn, seigneur de Piennes, gouverneur de 
Picardie. Il était fils de Louis de Halwyn et de Jeanne de Ghis- 
telles, il épousa Françoise de Bourgogne et mourut vers 1517. 

2. Antoine de Créqui, seigneur de Pont-de-Remy, dit Pon- 
dormy, bailli d'Amiens, fils de Jean de Créqui, seigneur de 
Ganaples, et de Françoise de Rubempré. Il épousa Jeanne de 
Saveuse et fut tué au siège d'Hesdin (1521). 

3. Charles Brandon, favori de Henri VIII, qui le créa duc de 
Suffolk après avoir dépouillé la famille des Poole, ducs de Suffolk, 
de ses titres et de ses biens. Il épousa la veuve de Louis XII, et 
après la mort de cette princesse se remaria pour la quatrième 
fois. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 353 

taine Talbot^ Mais peu de jours après y arriva, qui 
ne fut pas sans avoir une grande frayeur, entre Calays 
et son siège de Théroenne, auprès d'ung village dit 
Tournehan^, car bien cuyda là estre combatu par les 
François, qui estoient en nombre de douze cens 
honïmes d'armes tous bien délibérez; mais avecques 
eulx n'avoient pour l'heure nulz de leurs gens de 
pied, qui leur fut gros malheur; et luy par le con- 
traire n'avoit nulz gens de cheval, mais environ douze 
mille hommes de pied, duquel nombre estoient quatre 
mille lansquenetz. Si s'approchèrent les deux armées 
à une portée de canon l'une de l'autre. Quoy voyant 
par le roy d'Angleterre eut paour d'estre trahy, si 
descendit à pied et se mist au meillieu des lansque- 
netz. Les François vouloient donner dedans, et mes- 
mement le bon chevalier, qui dist au seigneur de 
Piennes plusieurs fois : < Monseigneur, chargeons- 
les ; il ne nous en peult advenir dommage sinon bien 
peu, car si à la première charge les ouvrons, ilz sont 
rompuz; s'ilz nous repoussent, nous nous retirerons 
tousjours; ilz sont à pied et nous à cheval. » Quasi 
tous les François furent de ceste oppinion ; mais ledit 
seigneur de Piennes disoit : « Messeigneurs, j'ay 
charge sur ma vie du roy nostre maistre de ne riens 
bazarder, mais seullement garder son pays ; faictes ce 
qu'il vous plaira, mais de ma part je ne m'y consen- 
tiray point. » Ainsi demoura ceste chose, et passa le 

1. Georges Talbot, comte de Shrewsbury, autre favori de 
Henri VIII; il était fils de Jean Talbot et de Catherine Straffort. 
Il épousa Anne Hastings, puis Elisabeth Walden de Erithe , et 
mourut en 1541. 

2. Tournehem (Pas-de-Calais). 

23 



354 HISTOIRE DE BAYART 

roy d'Angleterre et sa bende au nez des François. Le 
bon chevalier, qui envis eust laissé départir la chose 
en ceste sorte ^ , va donner sur la queue avecques sa 
compaignie, et les fîst serrer si bien qu'il leur convint 
habandonner une pièce d'artillerie dicte Saint-Jehan; 
et en avoit le roy d'Angleterre encores unze autres 
de ceste façon, et les appelloit ses douze apostres ; 
ceste pièce fut gaignée et amenée au camp des Fran- 
çois. 

Quant le roy d'Angleterre fut arrivé au siège de Thé- 
roenne avecques ses gens, ne fault pas demander s'il 
y eut joye démenée, car il estoit gaillart prince et 
assez libéral. Trois ou quatre jours après arriva l'em- 
pereur Maximilian avecques quelque nombre de 
Hennuyers et de Bourguignons; si se firent les 
princes grant chère l'ung l'autre. Après ce furent 
faictes les approuches devant la ville et icelle canon- 
née furieusement. Ceulx de dedans respondoient de 
mesmes et faisoient leurs rampars au mieulx qu'ilz 
povoient, mais sans doubte ilz avoient nécessité de 
vivres. Le roy de France estoit marché jusques à 
Amyens, lequel mandoit tous les jours à son lieute- 
nant général le seigneur de Piennes que, à quelque 
péril que ce feust, on advitaillast Théroenne. Gela ne 
se povoit faire sans grant hazart, car elle estoit toute 
enclose d'ennemys; toutesfois, pour complaire au 
maistre, fut conclud qu'on yroit avecques toute la 
gendarmerie dresser ung alarme au camp, et cepen- 
dant que quelques-ungs ordonnez à porter des lartz 



1 . Qui envis eust laissé départir la chose en ceste sorte, qui eut 
bien malgré lui laissé la chose se terminer ainsi. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 355 

pour mettre dedans la ville les yroient gecter dedans 
les fossez et que après ceulx de la garnison les retire- 
roient assez. Si fut pris le jour d'exécuter ceste entre- 
prinse dont le roy d'Angleterre et l'empereur furent 
advertiz, comme povez entendre par quelques espies 
dont assez s'en trouve parmy les armées et y en 
avoit alors de doubles qui faignoient estre bons Fran- 
çois et ilz estoient du contraire party. 

Le jour ainsi ordonné d'aller advitailler la ville de 
Théroenne montèrent les cappitaines du roy de France 
à cheval avecques leurs gensdarmes. Dès le poinct du 
jour le roy d'Angleterre qui sçavoit ceste entreprinse 
avoit fait mectre au hault d'ung tertre dix ou douze 
mille archiers anglois et quatre ou cinq mille lansque- 
netz avecques huyt ou dix pièces d'artillerie, affin que, 
quant les François seroient passez oultre, ilz descen- 
dissent et leur couppassent chemin ; et par le devant 
avoit ordonné tous les gens de cheval, tant Anglois, 
Bourguignons que Hennuyers, pour les assaillir. Il 
fault entendre une chose , que peu de gens ont sceu , 
et qui ont donné blasme de ceste journée aux gen- 
tilzhommes de France à grant tort ; c'est que tous les 
cappitaines françois déclarèrent à leurs gens d'armes 
que ceste course qu'ilz faisoient estoit seulement pour 
refreschir ceulx de Théroenne et qu'ilz ne vouloient 
aucunement combatre, de sorte que s'ilz rencon- 
troient les ennemys en grosse troppe, ilz vouloient 
qu'ilz retournassent au pas, et s'ilz estoient pressez, 
du pas au trot, et du trot au galop, car ilz ne vou- 
loient riens bazarder. Or, commencèrent à marcher 
les François et approchèrent la ville de Théroenne 
d'une lieue près et plus, où commença l'escarmouche 



356 HISTOIRE DE BAYART 

forte et rudde. Et très bien fist son devoir la gendar- 
merie françoise jusques à ce qu'ilz vont veoir sur le 
costeau ceste grosse troppe de gens de pied en deux 
bendes, qui estoient marchez plus avant qu'ilz n'es- 
toient et vouloient descendre pour les enclorre ; quoy 
voyant fut la retraicte sonnée par les trompettes des 
François. Les gensdarmes, qui avoient leur leçon de 
leurs cappitaines, se misrent le grant pas au retour ; 
ilz furent pressez et allèrent le trot, puis au grant 
galop, tellement que les premiers se vindrent gecter 
sur le seigneur de la Palisse, qui estoit en la bataille 
avec le duc de Longueville^ en si grande fureur qu'ilz 
misrent tout en désordre. Les chassans qui très bien 
poursuyvoient leur pointe, voyant si povre con- 
duite, poussèrent tousjours oultre tellement qu'ilz 
firent du tout tourner le doz aux François. Le sei- 
gneur de la Palice et plusieurs autres y firent plus 
que leur debvoir, et cryoient à haulte voix : « Tourne, 
homme d'armes, tourne; ce n'est riens. » Mais cela ne 
servoit de riens, ains chascun taschoit de venir gai- 
gner leur camp où estoit demourée l'artillerie et les 
gens de pied. En ce grant désordre fut prins prison- 
nier le duc de Longue ville et plusieurs autres, comme 
le seigneur de la Palice, mais il eschappa des mains 
de ceulx qui l'avoient pris^. Le bon chevalier sans 

1 . Louis I, marquis de Rothelin, puis duc de Longueville, fils de 
François I, comte de Dunois et de Longueville, et d'Agnès de 
Savoie. Il fut grand chambellan, gouverneur de Provence, et 
mourut en 1516. Il avait épousé Jeanne de Hochberg. 

2. Parce que les espérons servirent plus que l'espée, fut nom- 
mée la journée des espérons. En ladicte roupte furent pris le duc 
Louis de Longueville, le seigneur de la Palice (mais ils furent 
rescous), le capitaine Bayard, le seigneur de Glermont d'Anjou, 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 357 

paour et sans reproche se retiroit à grant regret et 
tousjours tournoit sur ses ennemys menu et souvent, 
avecques quatorze ou quinze hommes d'armes qui 
estoient demeurez auprès de luy. Si vint en se reti- 
rant à trouver ung petit pont où il ne pouvoit passer 
que deux hommes à cheval de fronc, et y avoit ung 
gros fossé plain d'eaue, qui venoit de plus de demye- 
lieue loing et alloit à bien demy-quart de lieue plus 
bas faire mouldre ung moulin. Quant il fut sur ce 
pont, il dist à ceulx quy estoient avecques luy : 
« Messeigneurs, arrestons-nous icy, car d'une heure 
noz ennemys ne gaigneront ce pont sur nous ; » et 
puis il appela ung de ses archiers auquel il dist : 
« Allez vistement à nostre camp et dictes à monsei- 
gneur de la Palice que j'ay arresté les ennemys sur 
le cul, du moins d'icy à demye-heure, et que cepen- 
dant il face chascun mettre en bataille et qu'on ne 
s'espovente point, ains qu'il me semble qu'il doibt 
tout bellement marcher en çà; car si les gens ainsi 
desroyez poussoient jusques là , ilz se trouveroient 
defifaictz. » L'archer va droit au camp, et laissa le 
bon chevalier, avecques si peu de gens qu'il avoit, 
gardant ce petit pont où il fîst d'armes le possible. 
Les Bourguignons et Hennuyers y vindrent; mais là 
convint-il combatre, car bonnement ne povoient 
passer à leur aise, et l'arrest qu'ilz firent là donna 
loysir aux François qui estoient retournez en leur 
camp d'eulx mettre en ordre et en defîense si besoing 
en eust esté. Quant les Bourguignons veirent que si 

lieutenant de Monsieur d'Angoulesme , le seigneur de Bussy 
d'Amboise et plusieurs autres tant cappitaines que soldats 
(Du Bellay, Mémoires, liv. D. 



358 HISTOIRE DE BAYART 

peu de gens leur faisoient barbe, commencèrent à 
crier qu'on fist venir des archiers en diligence, et 
aucuns d'eulx les allèrent haster. Cependant plus de 
deux cens chevaulx chevauchèrent le long de ce ruys- 
seau et allèrent trouver le moulin où ilz passèrent. 
Ainsi fut encloz le bon chevalier des deux costez, 
lequel dist à ses gens : « Messeigneurs, rendons-nous 
à ces gentilzhommes, car nostre prouesse ne nous 
serviroit de riens. Noz chevaulx sont recreuz; ilz sont 
dix contre ung ; noz gens sont à trois lieues d'icy ; et 
si nous attendons encores ung peu, et les archiers 
anglois arrivent, ilz nous mettront en pièces. » Sur ces 
paroUes vont arriver ces Bourguignons et Hennuyers, 
crians : « Bourgongne ! Bourgongne ! » et firent grosse 
envahye sur les François qui , pour n'avoir moyen 
d'eulx plus deffendre, se rendoient l'ung çà et l'autre 
là, aux plus apparens. Et ainsi que chascun taschoit à 
prendre son prisonnier, le bon chevalier va adviser 
ung gentilhomme bien en ordre soubz de petitz 
arbres, lequel, pour la grande et extresme chaleur 
qu'il avoit, de façon qu'il n'en povoit plus, avoit osté 
son armet, etestoit tellement affligé^ et travaillé qu'il 
ne se daignoit amuser aux prisonniers. Si picqua son 
cheval droit à luy, l'espée au poing qu'il luy vient 
mettre sur la gorge, en luy disant : « Rendz-toy, 
homme d'armes, ou tu es mort. » Qui fut bien 
esbahy? ce fut le gentilhomme, car il pensoit bien 
que tout feust prins. Toutesfois il eut paour de mou- 
rir, et dist : « Je me rends doncques, puisque prins 
suis en ceste sorte. Qui estes-vous? — Je suis, dist 

1. Affligé, épuisé. ' • " 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 359 

le bon chevalier, le cappitaine Bavard, qui me rends 
à vous ; et tenez mon espée, vous supliant que vostre 
plaisir soit moy emmener avecques vous ; mais une 
courtoysie me ferez ; si nous trouvons des Anglois en 
chemin qui nous voulsissent tuer, vous me la ren- 
drez. » Ce que le gentilhomme luy promist , et le luy 
tint, car en tirant au camp, convint à tous deux jouer 
des cousteaulx contre aucuns Anglois qui vouloient 
tuer les prisonniers, où ilz ne gaignèrent riens. 

Or, fut le bon chevalier mené au camp du roy d'An- 
gleterre, en la tente de ce gentilhomine qui luy fist 
très bonne chère pour trois ou quatre jours; au 
cinquiesme le bon chevalier luy dist : « Mon gentil- 
homme, je vouldrois bien que me voulsissiez faire 
mener seurement au camp du roy mon maistre, car 
il m'ennuye desjà icy. — Comment, dist l'autre, en- 
cores n'avons-nous point ad visé de vostre rançon. — 
De ma rançon? dist le bon chevalier, mais à moy de 
la vostre, car vous estes mon prisonnier; et si depuis 
que j'euz vostre foy me suis rendu à vous, ce a esté 
pour me sauver la vie et non autrement. » Qui fut 
bien estonné? ce fust le gentilhomme, car encores luy 
dist plus le bon chevalier : « Ce fut^ mon gentil- 
homme ; où ne me tiendrez promesse, je suis asseuré 
qu'en quelque sorte j'eschapperay, mais croyez après 
que j'auray le combat à vous. » Ce gentilhomme ne 
sçavoit que respondre, car il avoit assez ouy parler 
du cappitaine Bayart, et de combat n'en vouloit pas ; 
toutesfois il estoit assez courtoys chevalier, et enfin 
dist : « Monseigneur de Bayart, je ne vous veulx faire 

1. Ce fut, cela s'est passé ainsi. 



360 HISTOIRE DE BAYART 

que la raison ; j'en croiray les cappitaines. » Il fault 
entendre qu'on ne sceut si bien celer le bon cheva- 
lier qu'il ne feust sceu parmy le camp ; et sembloit 
advis, à ouyr parler les ennemys, qu'ilz eussent gaigné 
une bataille. L'empereur l'envoya quérir, et fut 
mené à son logis, qui luy fist une grande et merveil- 
leuse chère, en luy disant : « Cappitaine Bayart, mon 
amy, j'ay très grant joye de vous veoir; que pleust 
à Dieu que j'eusse beaucoup de telz hommes que 
vous ; je croy que avant qu'il feust guères de temps 
je me sçaurois bien venger des bons tours que le roy 
vostre maistre et les François m'ont faiz par le passé. » 
Encore luy dist-il en riant : « 11 me semble, monsei- 
gneur de Bayart, que autresfois avons esté à la guerre 
ensemble, et m'est advis qu'on disoit dans ce temps- 
là que Bayard ne fuyoit jamais. » A quoy le bon che- 
valier respondit : « Sire, si j'eusse fuy, je ne feusse 
pas icy. » En ces entrefaictes arriva le roy d'Angle- 
terre, à qui fist congnoistre le bon chevalier, qui luy 
fist fort bonne chère et il luy fist la révérence comme à 
tel prince appartenoit. Si commencèrent à parler de 
ceste retraicte, et disoit le roy d'Angleterre que 
jamais n'avoit veu gens si bien fuyr et en si gros 
nombre que les François qui n'estoient chassez que de 
quatre à cinq cens chevaulx ; et en parloient en assez 
povre façon l'empereur et luy. « Sur mon ame ! dist 
le bon chevaher, la gendarmerie de France n'en doit 
aucunement estre blasmée, car ilz avoient exprès com- 
mandement de leurs cappitaines de ne combatre 
point, parce qu'on se doubtoit bien, si veniez au 
combat, amèneriez toute vostre puissance, comme 
avez fait, et nous n'avions ne gens de pied ny artille- 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 361 

rie. Et jà sçavez, haulx et puissans seigneurs, que la 
noblesse de France est renommée par tout le monde. 
Je ne dis pas que je doive estre du nombre. — 
Vrayement, dist le roy d'Angleterre, monseigneur de 
Bayart, si tous estoient voz semblables, le siège que 
j'ay mis devant ceste ville me seroit bientost levé; 
mais quoy que ce soit, vous estes prisonnier. — 
Sire, dist le bon chevalier, je ne le confesse pas, et 
en vouldrois bien croire l'empereur et vous. » Là 
présent estoit le gentilhomme qui l'avoit amené et à 
qui il s'estoit rendu depuis qu'il avoit eu sa foy. Si 
compta tout le faict ainsi que cy-dessus est récité; à 
quoy le gentilhomme ne contredit en riens, ains 
dist : « Il est vray ainsi que le seigneur de Bayart le 
compte. î» L'empereur et le roy d'Angleterre se 
regardèrent l'ung l'autre; puis commença à parler 
l'empereur, et dist que à son oppinion le cappitaine 
Bayart n'estoit point prisonnier, mais plustost le 
seroit le gentilhomme de luy. Toutesfois, pour la 
courtoysie qu'il luy avoit faicte, demoureroient quictes 
l'ung envers l'autre de leur foy, et le bon chevalier 
s'en pourroit aller quant bon sembleroit au roy d'An- 
gleterre*, lequel dist qu'il estoit bien de son oppi- 
nion, et que s'il vouloit demourer six sepmaines sur 
sa foy sans porter armes, que après luy donnoit 
congé de s'en retourner, et que cependant il allast 
veoir les villes de Flandres. De ceste gracieuseté 
remercia le bon chevalier très-humblement l'empe- 
reur et le roy d'Angleterre, puis s'en alla esbatre par 

1. Suivant Ghampier, dont le récit (f. xLin) diffère sensible- 
ment de celui du Loyal serviteur, l'empereur fixa la rançon de 
Bayart à mille écus que celui-ci paya avant de rentrer en France. 



362 HISTOIRE DE BAYART 

le pays jusques au jour qu'il avoit promis. Le roy 
d'Angleterre durant ce temps le fist praticquer pour 
estre à son service, luy faisant présenter beaucoup 
de biens ; mais il perdit sa peine, car son cueur estoit 
du tout Françoise Or, fault entendre une chose que, 
combien que le bon chevalier n'eust pas de grans 
biens, homme son pareil ne s'est trouvé de son 
temps qui ait tenu meilleure maison que luy ; et tant 
qu'il fut es pays de l'empereur, la tint opulentement 
aux Hennuyers et Bourgongnons. Et néantmoins que 
le vin y soit fort cher, si ne leur failloit-il riens quant 
ilz s'alloient coucher; et fut tel jour qu'il despendit 
vingt escus en vin. Plusieurs eussent bien voulu qu'il 
n'en feust jamais party ; toutesfois il s'en retourna en 
France quant il eut achevé son terme , et fut conduit 
et très bien accompaigné jusques à trois lieues du 
pays de son maistre. 

Quelques jours demourèrent l'empereur et le 
roy d'Angleterre devant Théroenne, qui enfin se 
rendit faulte de vivres ; et fut la composition : que 
les cappitaines et gens de guerre sortiroient, vies 
et bagues sauves, et que mal ne seroit faict aux 
habitans de la ville , ni icelle desmolie. Ce qu'on 
promist aux gens de guerre fut bien tenu, mais 
non pas à ceulx de la ville, car le roy d'Angleterre 

1. Le roi d'Angleterre ne fut pas le seul prince qui chercha 
à s'attacher Bayart : « Au retour de Garillan, écrit Ghampier, 
le pappe Julles II voulut faire capitaine de l'Église le noble che- 
valier Bayard, mais oncques ne le voulut accepter; si respondit 
qu'il remercioit le pappe de son bon vouloir grandement, mais 
qu'il avoit un seigneur au ciel et un autre en terre. G'estoit Dieu 
au ciel et le roy de France en terre et que autre ne serviroit en 
ce monde. Dont fut très desplaisant le pappe Jules. » 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 363 

fist abatre les murailles et mettre le feu en plusieurs 
lieux, qui fut grosse pitié; toutesfois, depuis, les 
François la remisrent en bonne ordre et plus forte 
que jamais. De là levèrent leur siège l'empereur et le 
roy d'Angleterre et l'allèrent planter devant la ville 
de Tournay, qui se feust assez deffendue si les habi- 
tans eussent voulu accepter le secours des François 
qu'on leur vouloit bailler; mais ilz dirent qu'ilz se 
defiendroient bien d'eulx-mesmes, dont mal leur en 
print, car leur ville fut prinse et mise es mains du 
roy d'Angleterre qui la fortifïîa à merveilles. L'y ver 
estoit desjà avancé, parquoy fut l'armée rompue, et se 
retira le roy d'Angleterre en son royaulme et l'empe- 
reur en Almaigne. Pareillement le camp du roy de 
France se defïist , et se logea l'on par les garnisons 
sur les frontières de Picardie. 

Il fault sçavoir une chose qui est digne d'estre 
mis par escript; c'est que, durant le camp du 
roy d'Angleterre et de l'empereur en Picardie, les 
Suysses, ennemys pour lors du roy de France, 
le seigneur du Vergy', et plusieurs lansquenetz, 
en nombre de bien trente mille hommes de guerre, 
descendirent en Bourgongne, où gouverneur estoit 
le vertueux seigneur de la Trimoille, qui pour 
l'heure estoit au pays ; et pour n'avoir puissance à les 
combatre aux champs, fut contrainct se retirer dedans 
Dyjon, devant laquelle ville il espéroit arrester ceste 

1 . Guillaume de Vergi, seigneur de Vergi, baron de Bourbon- 
Lanci, maréchal de Bourgogne, fils de Jean de Vergi et de Paule 
de Miolans; il épousa Marguerite de Vergi, sa cousine, puis Anne 
de Rochechouart-Mortemart, et mourut en 1520. 



364 HISTOIRE DE BAYART 

grosse armée, qui peu après y vint mettre le siège 
en deux lieux, et icelluy assis, la canonnèrent furieu- 
sement. Le bon seigneur de la Trimoille faisoit son 
devoir en ce qui estoit possible, et luy-mesmes jour 
et nuyt estoit aux rempars; mais quant il veit les 
berches faictes, et si mal garny de gens de guerre 
qu'il estoit, congneut à l'œil que la ville s'en alloit 
perdue, et par conséquent le royaulme de France en 
gros dangier, car si Dyjon eust esté prins ilz feussent 
allez jusques à Paris. Si fist secrètement traicter 
avecques les Suysses, et leur fist faire plusieurs belles 
remonstrances des biens et honneurs qu'ilz avoient 
receuz de la maison de France, et qu'il espéroit qu'en 
brief seroient encores amys plus que jamais, et que, 
quant ilz entendroient bien leurs affaires, la ruyne de 
la maison de France estoit à leur grant désavantage. 
Hz entendirent à ces propos, et encores sur sauf-con- 
duit furent d'accord qu'il allast parler à eulx, ce qu'il 
fist; et si bien les mena et de si belles parolies, aussi 
moyennant certaine grosse somme de deniers qu'il 
leur promist (pour seureté de laquelle leur bailla pour 
hostaiges son nepveu le seigneur de Maizières, le sei- 
gneur de Rochefort, filz du chancelier de France S et 
plusieurs bourgeois de la ville) qu'ilz s'en retour- 



1, René d'Anjou, sieur de Mézières, né en 1483, fils de Louis 
d'Anjou et d'Anne de la Trémouille; il épousa Antoinette de 
Ghabannes et mourut vers i 521 . 

Jean de Rochefort, seigneur de Pleuvant, bailli de Dijon, 
écuyer du roi, ambassadeur à Rome et à Venise, fils de Guy 
de Rochefort, chancelier de France, et de Marie Chambellan; il 
épousa Antoinette de Ghâteauneuf et mourut en 1536. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 365 

nèrent. De ceste composition fut blasmé ledit seigneur 
de la Trimoille de plusieurs ; mais ce fut à grant tort, 
car jamais homme ne fist si grant service en France 
pour ung jour que quant il fist retourner les Suysses 
de devant Dyjon; et depuis l'a-on bien congneu en 
plusieurs manières ^ 

Le bon roy Loys douziesme, en ceste année mil 
cinq cens et treize eut de terribles affaires , et 
de ses alliez aussi , dont l'ung des plus apparans 
estoit le roy d'Escosse, qui en une bataille , cuydant 
entrer en Angleterre, fut deffaict par le duc de 
Norfort ^, lieutenant du roy d'Angleterre , et luy- 
mesmes y fut tué. Or, quelque chose qu'il y eust, le 
roy de France estoit tant aymé de ses subjectz que à 
leur requeste Dieu luy ayda ; et combien que la plus- 
part des princes d'Europe eussent juré sa ruyne, et 
mesmement tous ses voisins, garda très-bien son 
royaulme. Du partement de Picardie s'en retourna 
par ses petites journées en la ville de Bloys, qu'il 
aymoit fort parce qu'il y avoit prins sa naissance; 
mais guères n'y séjourna que ung grant et irrépa- 
rable malheur luy advint, comme vous orrez. 



1. Le traité conclu avec les Suisses par La Trémouille stipulait 
que le roi de France renoncerait au Milanais, promettrait de ne 
rien attenter contre le pape et donnerait quatre cent mille écus à 
l'armée assaillante. Ce traité imposé à La Trémouille par les cir- 
constances était tellement onéreux que Louis XU refusa absolu- 
ment de le ratifier. 

2. Thomas Howard, comte de Sutry, duc de Norfolk. Il vain- 
quit à la bataille de Flodden , le 9 septembre 1513 , Jacques IV, 
roi d'Ecosse, qui perdit la vie dans le combat. Il était fils de Jean 
Howard et mourut en 1524 à l'âge de 70 ans. 



3Ô6 HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE LVIII. 

Du trespas de la magnanyme et vertueuse princesse 
Anne, royne de France et duchesse de Bretaigne. Du 
mariage du roy Loys X/P avecques Marie d'Angle- 
terre, et de la mort dudit roy Loys. 

Le bon roy de France Louis XIP, après avoir passé 
toutes ses fortunes en ceste année mil cinq cens et 
treize et qu'il eut fait asseoir ses garnisons en Picar- 
die, s'en retourna en sa ville de Bloys où il se vouloit 
resjouyr quelque peu, mais le plaisir qu'il y pensoit 
prendre luy tourna en grande douleur et tristesse; 
car, environ le commencement de janvier, sa bonne 
compaigne et espouse Anne, royne de France et 
duchesse de Bretaigne, tumba malade fort grièvement, 
car, quelques médecins que le roy son mary ny elle 
eussent pour luy ayder à recouvrer santé, en moins 
de huyt jours rendit l'ame à Dieu, qui fut dommage 
nom-pareil pour le royaulme de France et dueil per- 
pétuel pour les Bretons. La noblesse des deux pays y 
fist perte inestimable, car de plus magnanyme, plus 
vertueuse, plus sage, plus libéralle ne plus acomplie 
princesse n'avoit porté couronne de France depuis 
qu'il y a eu tiltre de royne * . Les François et Bretons 
ne plaignirent pas seuUement son trespas, mais es 

1. Anne de Bretagne mourut le 13 février 1513. Dans la céré- 
monie des funérailles, Bayart marcha près du corps de la reine 
(Godefroy, Cérémonial de France, 1619, p. 124). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 3€7 

Almaignes, Espaignes, Angleterre, Escosse, et en tout 
le reste de l'Europe fut plaincte et plorée. Le roy son 
mary ne donnoit pas les grans sommes de deniers de 
paour de fouller son peuple, mais ceste bonne dame y 
satisfaisoit ; et y avoit peu de gens de vertus en ses 
pays à qui une fois en sa vie n'eust fait quelque pré- 
sent. Pas n'avoit trente et huyt ans acomplis la gen- 
tille princesse, quant cruelle mort en fist si grant 
dommage à toute noblesse. Et qui vouldroit ses 
vertus et sa vie descripre comme elle a mérité, il 
fauldroit que Dieu fist ressusciter Cicero pour le latin 
et maistre Jehan de Meung pour le françois, car les 
modernes n'y sçauroient attaindre. De ce tant lamen- 
table et très piteux trespas en fut le bon roy Loys 
si affligé que huyt jours durant ne faisoit que lar- 
moyer, souhaitant à toute heure que le plaisir de 
Nostre-Seigneur feust luy aller tenir compaignie. Tout 
le reconfort qui luy demoura, c'estoit que de luy et 
de la bonne trespassée estoient demourées deux bonnes 
et belles princesses, Claude et Renée, qui avoit envi- 
ron trois ans. Elle fut menée à Sainct-Denys, et là 
enterrée ; et luy fut fait son service tant audit Bloys 
que audit lieu de Sainct-Denys, autant sollempnel qu'il 
fut possible, plus de trois moys entiers par tout le 
royaulme de France ; et par la duché de Bretaigne 
n'eust-on ouy parler d'autre chose que de ce lacry- 
mable trespas. Et croy certainement qu'il en sou- 
vient encores à plusieurs ; car les grans dons, le doulx 
recueil et gracieulx parler qu'elle faisoit à chascun la 
rendront immortelle. 

Environ le moys de may après, qu'on disoit mil 
cinq cens et quatorze, épousa monseigneur François, 



368 HISTOIRE DE BAYART 

duc de Valois et d'Angolesme, prochain héritier de la 
couronne, madame Claude, aisnée fille de France et 
duchesse de Bretaigne, au lieu de Sainct-Germain-en- 
Laye. 

En ladicte année, et environ le moys d'octobre, 
par le moyen du seigneur de Longueville, luy estant 
prisonnier, qui avoit traicté le mariage en Angle- 
terre du roy Loys et de madame Marie, seur 
audit roy d'Angleterre, fut icelle dame amenée à 
Abbeville, où ledit seigneur l'espousa. Il n'avoit 
pas grant besoing d'estre marié, pour beaucoup 
de raisons et aussi n'en avoit-il pas grant vou- 
loir; mais parce qu'il se voyoit en guerre de tous 
costez, qu'il n'eust peu soustenir sans grandement 
fouUer son peuple, ressembla au pellican ; car, après 
que la roy ne Marie eut fait son entrée à Paris, qui fut 
fort triumphante, et que plusieurs joustes et tournois 
furent achevez, qui durèrent plus de six sepmaines * , 
le bon roy, qui à cause de sa femme avoit changé 
toute manière de vivre, car où il souloit disner à huyt 
heures convenoit qu'il disnast à midy, où il se souloit 
coucher à six heures du soir, souvent se couchoit à 
minuyt, tumba malade à la fin du moys de décembre, 
de laquelle maladie tout remède humain ne le peult 
garantir qu'il ne rendist son ame à Dieu le premier 
de janvier ensuyvant, après lami-nuyct. Ce fut en son 

1. Bayart prit part aux tournois donnés à l'entrée de la reine 
Marie à Paris : le Livre des Joutes qui furent faictes à Paris à 
l'entrée de la royne Marie d'Angleterre constate qu'il rompit dix 
lances (Bibl. nation., Ms. Fr. 5103). Ses principaux adversaires 
dans ces tournois furent Montmorency, Maugiron, Dampierre, la 
Baume, Ghandos, etc. 



PAR LE LOYAL SERVITEUIl. 369 

vivant ung bon prince, saige et vertueux, qui maintint 
son peuple en paix sans le fouller aucunement fors que 
par contraincte. Il eut en son temps du bien et du mal 
beaucoup, parquoy il avoit ample congnoissance du 
monde; plusieurs victoires obtint sur ses ennemys, 
mais sur la fin de ses jours fortune luy tourna ung 
peu son effrayé visaige. Le bon prince fut plainct et 
ploré de tous ses subjectz, et non sans cause, car il 
les avoit tenuz en paix et en grande justice, de façon 
({ue après sa mort et toutes louenges dictes de luy, 
fut appelle père du peuple; ce tiltre luy fut donné à 
bonne raison. Il n'avoit pasencores cinquante-six ans 
quant il paya le tribut de nature. On le porta enterrer 
à Sainct-Denys, avecques ses bons prédécesseurs, en 
grans pleurs et criz, et au grant regret de ses subjectz. 
Après luy succéda à la couronne Françoys, pre- 
mier de ce nom, en l'aage de vingt ans, beau 
prince autant qu'il en y eust point au monde, lequel 
avoit espousé madame Claude de France, fille aisnée 
du roy son prédécesseur et duchesse de Bretaigne. 
Jamais n'avoit esté veu roy en France de qui la no- 
blesse s'esjouyst autant. Et fut mené sacrer à Reims, 
acompaigné de tous ses princes, gentilzhommes et 
officiers, dont il y avoit si grant nombre que c'est 
quasi chose incroyable. Et fault dire que les logis 
estoient pressez, car il n'y avoit grant, moyen ne 
petit qu'ilz ne voulsissent estre de la feste. 

CHAPITRE LIX. 

Comment le roy de France Françoys , premier de ce 
nom, passa les montz, et comment il envoya devant 

214 



370 HISTOIRE DE BAYART 

le bon chevalier sans paour et sans reprouche, et de 
la prinse du seigneur Prospre Coulonne par sa sub- 
tilité, 
lî 

Après le sacre du roy François, premier de ce nom, 
et sa couronne prinse à Sainct-Denys, s'en revint 
faire son entrée à Paris, qui fut la plus gorgiase et 
triumphante qu'on ait jamais veu en France ; car de 
princes, ducz, contes et gentilzhommes en armes, y 
avoit plus de mille ou douze cens. L'entrée fàicte, y 
eut plusieurs joustes et tournoiz en la rue Sainct- 
Antoine, où chascun fist le mieulx qu'il peut. Ledit 
seigneur s'y tint jusques après Pasques, où cependant 
se traicta l'appoinctement de luy et de l'archeduc conte 
de Flandres*, moyennant le mariage de luy et de 
madame Renée de France, belle-seur du roy. Il y fut 
aussi fait d'aultres mariages, comme de madame 
Marie d'Angleterre, lors vefve du feu roy Loys dou- 
ziesme et douairière de France, avec le duc de Suf- 
fort, messire Charles Brandon-, qui estoit fort aymé 
du roy d'Angleterre, son maistre, et du conte de 
Nansso à la seur du prince d'Orenge^. Le duc de 
Bourbon fut faict connestable de France*, et environ le 



1. Depuis empereur sous le nom de Charles-Quint. 

2. Charles Brandon, duc de Suffolk, avait accompagné Marie 
lorsqu'elle vint en France épouser Louis XII ; lorsque cette prin- 
cesse fut retournée en Angleterre après la mort du roi, elle épousa 
secrètement Charles Brandon. Le roi Henri VIII, d'abord mé- 
content de cette union, finit par la ratifier. La reine Marie mourut 
en 1533. 

3. Henri de Nassau épousa Philiberte, fille de Jean, prince 
d'Orange. 

4. Charles de Bourbon, fils de Gilbert, duc de Montpensier, 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 817*1 

mois de may partirent de Paris, en l'an mil cinq 
cens XY, et s'en vindrent leurs belles petites journées 
à Amboise, où le gentil duc de Lorraine* espousa la 
seur germaine dudit duc de Bourbon. 

Durant toutes ces choses, faisoit le roi de 
France secrètement préparer son voyage pour la 
conqueste de sa duché de Milan, et peu à peu 
envoyoit son armée vers le Lyonnois et le Daul- 
phiné, où desjà estoit le bon chevalier, lors son 
lieutenant au pays, ouquel il estoit autant aymé 
que s'il eust esté leur naturel seigneur. Or, comme 
par cy-devant avez entendu en plusieurs passaiges, 
tousjours en allant sur les ennemys estoit vou- 
lentiers le bon chevalier mis devant, et au retourner 
derrière, comme encores il fut en ce voyage ; car il 
fut envoyé avecques sa compaignie et troys ou quatre 
mille hommes de pied sur les confins du Daulphiné et 
des terres du marquis de Saluées, lesquelles il avoit 
toutes perdues, excepté ung chasteau appelle RaveP, 
assez fort. Es places du marquis de Saluées y avoit 
gros nombre de Suysses en garnison ; et mesmement 
y faisoit résidence le seigneur Prospre Coulonne ^, lors 



né en 1489, tué à l'assaut de Rome le 6 mai 1527, fut pourvu en 
1515 de l'office de connétable ; nommé gouverneur du Milanais, 
il fut rappelé par suite des intrigues de Louise de Savoie, qui lui 
disputait un héritage. Il ourdit alors une vaste conspiration qui 
fut découverte, ce qui le força à se réfugier près de l'empereur. 

1. Antoine, qui épousa Renée de Bourbon, sœur du conné- 
table. 

2. Revello, à une lieue de Saluées. 

3. Prospère Colonna, duc de Trajetto, comte de Fondi, fils 
d'Antoine, prince de Salerne, épousa Isabelle Caraffa et mourut 
en 1523. 



372 HISTOIRE DE BAYART 

lieutenant général du pape, qui tenoit tout le pays en 
apatis* et en faisoit ce qu'il vouloit. Fort bien estoit 
acompaigné, comme de trois cens hommes d'armes 
d'eslite, montez comme Sainct-George, et si avoit 
quelques chevaulx légiers. Le bon chevalier secrète- 
ment sentoit^ par ses espies ouquel lieu ce seigneur 
Prospre repairoit^ le plus souvent; et tant en enquist 
qu'il congneut à la vérité que, s'il avoit puissance 
pareille à la sienne, quant aux gens de cheval, il luy 
feroit une mauvaise compaignie. Si en advertit le duc 
de Bourbon, connestable de France, qui estoit à 
Brianson ou Daulphiné, lequel le fist entendre au roy 
qui desjà estoit à Grenoble pour parachever son 
voyage. Et selon la demande que faisoit le bon che- 
vaUer, furent soubdainement envoyez trois cappitaines 
triumphans avec leurs bendes, les seigneurs de la 
Palisse, d'Ymbercourt et d'Aubigny. Il estoit venu 
quelques bonnes nouvelles au bon chevalier, par- 
quoy, par ung lieu appelle Dronyez^, descendit en la 
playne du Pyémont, dont fut adverty ce seigneur 
Prospre; mais parce qu'il entendit qu'il n'avoit que 
sa compaignie, n'en fist pas grosse estime, et disoit 
souvent en son langaige : « Quoesto Bayardo a pas- 

sato gly monte ^; de Vavro como uno pipione in la 

gabbia. » De toutes ces parolles estoit bien adverty le 

il 

1. En apatis, à contribution. 

2. Sentait, entendait. 

3. Repairoit, faisait sa résidence, se retirait. 

4. Dronero, province de Goni. 

5. Pour : Questo Daiardo passato a gli monti : inpoco l'avro corne 
un pippione in gabbia. Nous avons cru devoir remplacer par des 
points les mots ynanee poco de que donne le texte et qui n'ont 
aucun sens. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 373 

bon chevalier, et aussi estoit acertené comment les 
bons cappitaines marchoient pour parachever l'entre- 
prise. Le seigneur de Moréte, de la maison du Solier* 
et ung sien cousin pymontois, s'enmesloient d'une 
grande ruse et en faisoient très bien leur debvoir ; de 
sorte que la chose feut conclute que l'on yroit trouver 
le seigneur Prospre dedans la ville de Garmaignolle, 
en laquelle de nuyt on entroit par le chasteau, ouquel 
on avoit intelligence, mais que les cappitaines Fran- 
çois feussent arrivez, qui ne séjournèrent guères. Et 
se vindrent tous rendre en la plaine du Pymont, en 
une petite ville dicte Saveillan^, en laquelle ilz trou- 
vèrent le bon chevalier qui les receut au mieulx qu'il 
peut. Bien leur dist : « Messeigneurs, il ne nous fault 
pas reposer icy ; car si le seigneur Prospre scet vostre 
arrivée, nostre entreprise s'en va rompue; car il se 
retirera ou bien il appellera les Suysses à son secours, 
dont il y a bon nombre à Pynerol et à Saluées. Je 
suis d'advis que nous facions bien repaistre noz che- 
vaulx ceste nuyt, et puis, au point du jour, nous 
parachèverons nostre affaire. Il y a grosse eaue à 
passer ; mais le seigneur de Morete que vecy présent, 
scet ung gué où il nous mènera sans dangier. » Ainsi 
fut la chose conclute, et s'en alla chascun reposer ung 
petit, mais on regarda premier si riens failloit aux 
chevaulx ; et quant se vint deux ou trois heures après 
la my-nuyt, tout homme monta à cheval sans grant 
bruyt. Le seigneur Prospre estoit dedans Garmai- 



{. Charles de Solar, seigneur de Moretto. 
2. Savigliano, à trois lieues de Saluées. 



374 HISTOIRE DE BAYART 

gnolle^ et avoit bien entendu par ses espies, que les 
François estoient à la campaigne. Il ne s'en effrayoit 
guères, car pas ne cuydoit qu'il y eust autre compai- 
gnie en la plaine que celle du bon chevalier, et n'es- 
toit point délibéré de desloger de Carmaignolle, n'eust 
esté que le soir, dont les François luy cuydoient 
trouver le matin, il eut des nouvelles pour se retirer 
à Pynerol, affin d'entendre aux affaires, parce qu'on 
sçavoit au vray que les François estoient aux passages. 
Si deslogea non pas trop matin , et se mist à chemin 
très bien en ordre pour s'en aller disner à une petite 
villette à sept ou huit mille de là, appellée Ville- 
franche-. Quant les François furent arrivez devant le 
chasteau de Carmaignolle, parlèrent au castelan^, qui 
leur dist comment il n'y avoit pas ung quart d'heure 
que le seigneur Prospre et ses gens estoient deslogez ; 
dont ilz furent si très marriz qu'on ne pourroit pen- 
ser, et se misrent en conseil qu'ilz dévoient faire. 
Les ungs vouloient aller après, autres faisoient des 
doubtes; mais quant chascun eut parlé, le bon che- 
valier dist : « Messeigneurs, puisque nous sommes si 
avant, je suis d'advis que nous poursuyvons. Si nous 
les rencontrons à la campaigne, il y aura beau hutin, 
s'il ne nous en demoure quelcun. — Par Dieu ! dist le 
seigneur d'Ymbercourt, oncques homme ne dist 
mieulx. » Les seigneurs de la Palisse et d'Aubigny 
n'allèrent pas à l' encontre, et commencèrent à mar- 
cher ; mais devant envoyèrent, en habit dissimulé, le 

1. Garmagnola, à 6 lieues de Turin. 

2. Villafranca-Piemonte, dans le marquisat de Saluées. 

3. Castelan, châtelain. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 375 

seigneur de Morete, pour entendre en quel estât 
seroient leurs ennemys. Si fist si bonne diligence qu'il 
sceut au vray que le seigneur Prospre et sa bende 
disnoient à Villefranche. llz furent bien aises, et con- 
clurent en leur affaire qui fut tel : c'est que le sei- 
gneur d'Ymbercourt marcheroit devant, avec cent 
archiers, et, ung ject d'arc après, le suyvroit le bon 
chevalier avec cent hommes d'armes ; et les seigneurs 
de la Palisse et d'Aubigny yroient après, avec tout le 
reste de leurs gens. Or entendez qu'il advint; le sei- 
gneur Prospre avoit bonnes espies , et fut adverty en 
allant à la messe, dedans ceste petite ville de Ville- 
franche, que les François estoient aux champs en gros 
nombre. Il fist response en son langage qu'il sçavoit 
bien qu'il n'y avoit que le cappitaine Bayart et sa 
bende, si les autres ne sont voilez par dessus les 
montaignes. Ainsi qu'il retournoit de la messe, vin- 
drent encores d'autres espies qui luy dirent : « Sei- 
gneur, je vous advertyz que j'ay laissé près d'icy plus 
de mille chevaulx des François, et vous viennent 
trouver icy. » Il fut ung peu esbahy ; si regarda ung 
gentilhomme des siens auquel il dist : « Prenez vingt 
chevaulx et allez le chemin de Garmaignolle jusques à 
deux ou trois mille d'icy et regardez si verrez riens 
qui puisse nuyre. » Cependant il commanda au mares- 
chal des logis de ses bendes qu'il fist sonner la trom- 
pette et qu'il allast faire le logis à Pynerol où il le 
suyvroit, mais qu'il eust mangé ung morceau. Il fist 
son commandement sur l'heure. Les François mar- 
choient tousjours, selon l'ordonnance cy devant dicte, 
et approchèrent Villefranche d'environ mille etdemyoù 
en sortant d'ung petit tailliz vont rencontrer ceulx que le 



376 HISTOIRE DE BAYART 

seigneur Prospre envoyoit pour les descouvrir. Les- 
quelz quant ilz les advisèrent commencèrent à tourner 
le doz et à bride abatue retourner devers Villefranche. 
Le gentil seigneur d'Ymbercourt leur donna la chasse 
à tire de cheval, et manda au bon chevalier, par ung 
archer, qu'il se hastast. Il ne luy convint pas dire 
deux fois. Avant que les gens du seigneur Prospre 
eussent gaigné Villefranche, ou tout le moins ainsi qu'ilz 
voul oient rentrer en la porte, les ataignit le seigneur 
d'Ymbercourt qui commença à crier : « France! 
France! » On voulut serrer la porte, mais il les en 
garda tant qu'il peut, et y fist d'armes le possible, 
sans estre blessé, fors ung peu au visaige. Cependant 
va arriver le bon chevalier qui fist ung bruyt mer- 
veilleux, en sorte qu'ilz gaignèrent la porte. Ce mares- 
chal des logis qui jà estoit monté à cheval avecques 
aucuns gens d'armes, et s'en cuydoit aller à Pynerol, 
ouyt le bruyt ; si se va gecter en la place et se voulut 
mettre en deffence, mais tout cela fut poussé par terre 
et en fut tué une partie. Les seigneurs de la Palisse 
et d'Aubigny arrivèrent, qui misrent garde à la pre- 
mière porte, et en allèrent garder une autre affin que 
personne ne s'eschappast, car il n'y en avoit que ses 
deux en la ville ; mais il ne fut possible de si bien les 
garder que, par dessus la petite planchete qui est 
joignant du pont leviz, ne se sauvassent deux Alba- 
noys, qui, comme si tous les dyables les eussent em- 
portez, coururent dire à une troppe de quatre mille 
Suysses, qui n'estoient que à trois mille de là, le 
meschief^ qui estoit advenu au seigneur Prospre, 

1. Meschief, malheur. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 377 

lequel cependant fut assailly en son logis où il disnoit 
et se voulut deffendre comme homme de guerre qu'il 
estoit ; mais quant il congneut que peu luy vauldroit 
son effort et qu'il entendit les noms des cappitaines 
qui estoient là assemblez, se rendit au plus grant 
regret du monde, mauldissant sa fortune d'avoir ainsi 
esté surpris, et que Dieu ne luy avoit fait ceste grâce 
d'avoir trouvé les François aux champs. Le bon che- 
valier oyans ces parolles le réconfortoit le mieulx qu'il 
povoit, en lui disant : « Seigneur Prospre, c'est l'heur 
de la guerre! une fois perdre et l'autre gaigner. » 
Mais tousjours y avoit-il meslé quelque mot joyeulx ; 
et disoit encores : « Seigneur Prospre, vous souhaitez 
nous avoir trouvez à la campaigne ; je vous prometz 
ma foy que ne le devriez pas vouloir pour la moytié 
de vostre bien, car à la fureur et ou talent de bien 
combatre qu'estoient noz gens, eust esté bien diffi- 
cille que vous, ne nulz des vostres feussiez eschappez 
vifz. » Le seigneur Prospre respondoit froidement : 
« J'eusse bien voulu, s'il eust pieu à Nostre Seigneur, 
prendre sur ce hazard, l'adventure. » 

Quant et le seigneur Prospre furent pris le conte Poli- 
castreS PetreMorgant et Charles Cadamosto, lesquelz 
estoient cappitaines des gens de guerre estans là, qui 
furent aussi prisonniers. Et puis chascun se mist au 
pillage, qui fut fort grant pour si petite compagnie, car 
s'il eust esté bien mené on en eust tiré cent cinquante 
mille ducatz. Et entre autres choses c'estoit ung 
trésor des chevaulx qui y furent gaignez, où il y en 



1. Frédéric Garaffa, comte de Policastro, fils de Jean Garaffa. Il 
mourut assassiné à Naples. 



378 HISTOIRE DE BAYART 

avoit six ou sept cens, dont les quatre cens estoient 
de pris, tous coursiers ou chevaulx d'Espaigne. Et 
a l'on depuis ouy dire au seigneur Prospre que ceste 
prinse luy cousta cinquante mille escus, tant en vais- 
selle d'or et d'argent, argent monnoyé, que autres 
meubles ^ . Les François n'eurent pas loysir de tout 



1. Arrivé [à Ambrun, le roy] eut advertissement comme Pros- 
père Colonne, grand capitaine romain qui estoit venu avec quinze 
cens chevaux envoyés par le pape Léon au secours des Suisses, 
estoit logé au pied des montagnes dans le Piedmont, ne se doub- 
tant de rien, parce que les Suisses tenoient tous les destroits et 
passages des montagnes. Mais il fut rapporté par quelques bons 
guides qui estoient à messire Charles de Soliers, seigneur de Mo- 
rette, qu'il y avoit un passage près de Rocque-Esparvière, auquel 
les Suisses ne faisoient point de garde parce qu'on n'y avoit 
jamais veu passer gens de cheval, et que par là on pourroit sur- 
prendre ledict Prospère Colonne. Ledict rapport faict le roy des- 
pescha le mareschal de Chabannes, le seigneur d'Imbercourt, le 
seigneur d'Aubigny, le seigneur de Bayart, le seigneur de Bussy 
d'Amboise et le seigneur de Montmorency, pour lors lieutenant 
de la compagnie du grant maistre de Boisy, pour exécuter ladicte 
entreprinse sous la conduicte dudit seigneur de Morette et de ses 
guides. Ayant nos gens descendus à la plaine sans allarme furent 
advertis que ledict Prospère et sa cavalerie estoient à Villeneufve 
de Soliers, parquoi prindrent leur chemin, auquel lieu arrivé 
trouvèrent qu'ils estoient allés à Villefranche, qui est une petite 
ville assise sur le Pau à deux milles de là... Le seigneur d'Imber- 
court, qui avoit charge des coureurs, arriva à la porte de Ville- 
franche sur l'heure du disner; quelques-uns estans dedans la ville 
voyans approcher lesdicts gens de cheval coururent fermer les 
portes, mais deux hommes d'armes dudict d'Imbercourt, l'un 
nommé Beauvais le Brave, Normant, et l'autre Hallancourt, Pi- 
card, donnèrent contre la porte à bride abbatue de cul et de teste, 
de sorte que iceluy Hallancourt du choq de son cheval tomba dans 
les fossés. Si est-ce qu'il esbranla ceux qui vouloient fermer la 
porte, tellement que Beauvais eut loysir de jetter sa lance dedans 
la porte et empescha qu'elle ne peust soudain estre fermée, car 
incontinant arriva le seigneur d'Imbercourt, lequel mettant pied 



PAR LE LOYAL SERVITEUR, 379 

emporter, car nouvelles vindrent que les Suysses, 
devers lesquelz ses deux Albanoys estoient allez, mar- 
choient le grant trot et estoient desjà bien près ; si 
furent entre eulx-mesmes conseillez d'eulx mettre au 
retour, et sonna la trompette à ceste fin. Ghascun 
prist le meilleur de son butin, misrent leurs prison- 
niers devant eulx, puis s'en retournèrent ; et comme 
ilz sortoient par une porte, les Suysses entroient par 
l'autre , mais les ungs estoient à pied et les autres à 
cheval qui ne s'en soucyoient guères. Ce fut une des 
belles entreprinses qui deux cens ans devant eust esté 
faicte, et le seigneur Prospre qui se ventoit qu'il 
prendroit le bon chevalier comme le pyjon dedans 
la caige, eut le contraire sur luy-mesmes, et tout par 
la vigilance d'icelluy bon chevalier. 

Le roy de France estoit desjà par les montaignes où 
jamais n'avoit passé armée, et eut les nouvelles de 
ceste belle deffaicte à la montaigne de Sainct-Pol*, 
dont il fut joyeulx à merveilles ; si fut toute sa com- 
paignie. Or n'est-il riens si certain que la prinse de 
Prospre Goulonne fist moult de service aux François ; 
car sans cela se feust trouvé à la bataille qui fut quel- 
que temps après , et par son moyen s'i feussent trou- 
vez tous les Espaignolz et le reste de l'armée du 

à terre força la porte. Pendant ce temps arriva le mareschal de 
Ghabannes et tout le reste et entrèrent tous à cheval dedans la 
ville où fut surpris ledit Prospère Colonne estant à table... Ce 
faict, nos gens craignant les Suisses, qui estoient à Gosny, avec 
leurs prisonniers et chevaulx se retirèrent à Fossan (Du Bellay, 
liv. I). On trouve des détails peu différents sur cette affaire, qui 
se passa le 15 août 1515, dans Marillac (Vie du connétable de 
Bourbon), Champier (fol. xlviii) et Aymar du Rivail (fol. 559). 
1. Saint-Paul-sur- Ubaye (Basses- Alpes). 



380 HISTOIRE DE BAYART 

pape, qui eulx assemblez eussent fait nombre de 
mille hommes d'armes, qui estoient pour faire de 
l'ennuy et de la fascherie, dont on se passa bien. 



CHAPITRE LX. 

De la bataille que le roy de France François, premier 
de ce nom, eut contre les Suysses à la conqueste 
de sa duché de Milan, où il demoura victorieux; 
et comment, après la bataille gaignée, voulut estre 
fait chevalier de la main du bon chevalier sans paour 
et sans reprouche. 

Le roy de France, qui fut bien joyeulx de la prinse 
du seigneur Prospre, aussi avoit-il raison, marcha 
avecques son armée le plus légièrement qu'il peut; 
et vint par dedans le Pymont à Thurin, où le duc 
de Savoy e, son oncle, le receut honnestement. Les 
Suysses qui s'estoient mis sur les passages, quant 
ilz sceurent la prinse du seigneur Prospre et la 
rotte de sa bende, les habandonnèrent et se reti- 
rèrent vers Milan, où ilz furent tousjours poursuyviz. 
Quelque propos d'appoinctement se mist sus * , et le 
tenoit l'on quasi conclud ; parquoy le duc de Gueldres^, 
alyé et tousjours loyal serviteur de la maison de 
France, lequel avoit amené une troppe de dix mille 



1 . Se mist sus, survint. 

2. Charles d'Egmont, duc de Gueldre, fils d'Adolphe d'Egmont 
et de Catherine de Bourbon; il épousa Elisabeth de Brunswick 
et mourut sans postérité en 1538. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 381 

lansquenetz au service du roy, s'en retourna en ses 
pays, mais il laissa ses gens à son nepveu le seigneur 
de GuyseS frère de ce gentil prince le duc de Lor- 
raine, et à ung sien lieutenant qu'on appelloit le cappi- 
taine MiqueL Ce propos continua tousjours que l'ap- 
poinctement se feroit, tant que l'armée du roy 
approcha à douze ou quinze mille de Milan, où s'es- 
toient retirez les Suysses avecques se bon prophète 
le cardinal de Syon, qui toute sa vie a esté ennemy 
mortel des François, comme encores bien le monstra 
à ceste fois ; car néantmoins que le seigneur de Lau- 
trec feust allé porter les deniers à Galezas pour satis- 
faire au pourparlé appoinctement, ung jeudy au soir 
prescha si bien ses Suysses et leur remonstra tant de 
choses que, comme gens désespérez, sortirent de 
Milan et vindrent ruer sur le camp du roy de France-. 
Le connestable duc de Bourbon qui menoit l'avant- 
garde, se mist en ordre incontinent, et advertit le 
roy qui se vouloit mettre au soupper; mais il laissa 
là, et s'en vint droit, vers ses ennemys qui estoient 
desjà meslez à l'escarmouche, qui dura longuement 
devant qu'ilz feussent au grant jeu. Le roy de France 
avoit gros nombre de lansquenetz , et voulurent faire 



1, Claude de Lorraine, duc de Guise, fils de René et frère 
d'Antoine, tous deux ducs de Lorraine. Il naquit en 1496, épousa 
Antoinette de Bourbon et mourut en 1550. 

2. On avait offert aux Suisses sept cent mille écus s'ils vou- 
laient retourner dans leur pays; ce traité était accepté et Lautrec 
portait la somme promise lorsque les Suisses, changeant d'avis 
après une vigoureuse harangue du cardinal de Sion, attaquèrent 
l'armée française et furent même sur le point de s'emparer de 
Lautrec et de l'argent dont il était porteur. La bataille de Mari- 
gnan eut lieu les 13 et 14 septembre 1515. 



382 HISTOIRE DE BAYART 

une hardiesse de passer ung fossé pour aller trouver 
les Suysses, qui en laissèrent passer sept ou huyt 
renés, puis les vous poussèrent de sorte que tout ce 
qui estoit passé fut gecté dedans le fossé, et furent fort 
effrayez lesditz lansquenetz. Et n'eust esté le seigneur 
de Guyse qui résista à merveilles et enfin fut laissé 
pour mort, le duc de Bourbon, connestable, le gentil 
conte de Sainct-Pol^ le bon chevalier et plusieurs 
autres, qui donnèrent au travers de ceste bende des 
Suysses, ilz eussent fait grosse fascherie, car il estoit 
jà nuyt, et la nuyt n'a point de honte. Par la gendar- 
merie de l'avant-garde fut le soir rompue ceste bende 
de Suysses, où une partie d'environ deux mille vint 
passer viz-à-viz du roy qui gaillardement les chargea ; 
et y eut lourt combat, de sorte qu'il fut en gros 
dangier de sa personne, car sa grant bufFe y fut per- 
cée à jour d'ung coup de picque. Il estoit desjà si tard 
que l'on ne voyoit pas l'ung l'autre, et furent con- 
trainctz pour ce soir les Suysses se retirer d'ung 
costé et les François d'ung autre, et se logèrent 
comme ilz peurent ; mais je croy bien que chascun 
ne reposa pas à son ayse. Et y prist aussi bien en gré 
la fortune, le roy de France, que le moindre de ses 
souldars , car il demoura toute la nuyt à cheval comme 
les autres. 

Il fault sçavoir une chose du bon chevaher sans 
paour et sans reprouche, qui fut bien estrange 
et très dangereuse pour luy. A la dernière charge 

1. François de Bourbon, comte de Saint-Pol, grand -oncle de 
Henri IV, fils de François de Bourbon et de Marie de Luxem- 
bourg, comtesse de Saint-Pol. Il épousa Adrienne d'Estoute- 
\ille et mourut en 1545. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 

qu'on fist sur les Suysses le soir, il estoit monté 
sur ung gaillart coursier qui estoit le second, car 
à la première charge luy en fut tué ung entre ses 
jambes. Ainsi qu'il voulut donner dedans, fut tout 
enferré de picques, de façon que sondit cheval fut 
desbridé. Quant il se sentit sans frain, se mist à la 
course, et en despit de tous les Suysses ne de leur 
ordre passa tout oultre , et emportoit le bon cheva- 
lier droit en une autre troppe de Suysses, n'eust esté 
qu'il rencontra en ung champ de seps de vigne qui 
tiennent d'arbre en arbre, où il par force s'arresta. 
Le bon chevalier fut bien effrayé, et non sans cause, 
car il estoit mort sans nul remède s'il feust tumbé 
entre les mains des ennemys. Il ne perdit toutesfoyes 
point le sens, mais tout doulcement se descendit et 
gecta son armet et ses cuyssotz, et puis le long des 
fossez, à quatre beaulx piedz, se retira à son oppi- 
nion vers le camp des François, où il oyoit crier 
« France ! > Dieu luy fist la grâce qu'il y parvint sans 
dangier ; et encores, qui mieulx fut pour luy, c'est 
que le premier homme qu'il trouva fut le gentil duc 
de Lorraine, l'ung de ses maistres, qui fut bien 
esbahy de le veoir ainsi à pied. Si luy fist ledit 
duc incontinent bailler ung gaillart cheval qu'on nom- 
moit le Carman, dont luy-mesmes autresfois luy 
avoit fait présent, et fut gaigné à la prinse de Bresse ; 
et à la journée de Ravenne fut laissé pour mort , et 
en descendit le bon chevalier, parce que il avoit deux 
coups de pique aux flancs et en la teste plus de vingtz 
coups d'espée ; mais le lendemain quelc'un le trouva 
qu'il paissoit, et commença à bannir; parquoy fut 
ramené au logis du bon chevalier, qui le fist guarir ; 



384 HISTOIRE DE BAYART 

mais c'estoit une chose non croyable que de son faict, 
car comme une personne se laissoit coucher et mettre 
tentes en ses playes sans remuer aucunement. Et 
depuis, quant il voyoit une espée, couroit l'empoigner 
à belles dens; ne jamais ne fut veu ung plus hardy 
cheval, et y feust Bucifal, celluy de Alexandre. Quoy 
que ce soit, le bon chevalier fut bien joyeulx de se 
veoir eschappé de si gros dangier et remonté sur ung 
si bon cheval ; mais il luy faschoit qu'il n'avoit point 
d'armet, car en telz affaires fait moult fort dangereux 
avoir la teste nue. 11 advisa ung gentilhomme fort son 
amy, qui faisoit porter le sien à son paige, auquel il 
dist : « J'ay paour de me morfondre pour ce que 
j'ay sué d'avoir si longuement esté à pied; je vous 
prie, faictes-moy bailler vostre armet, que vostre 
homme porte, pour une heure ou deux. » Le gentil- 
homme, qui ne pensoit pas à ce que le bon chevalier 
entendoit, le luy fist bailler, dont il fut bien ayse, car, 
depuis ne le laissa que la bataille ne feust finye, qui 
fut le vendredy environ dix ou unze heures. 

Car dès le point du jour, les Suysses voulurent recom- 
mencer, et vindrent droit à l'artillerie desFrançois, dont 
ilz furent bien serviz. Toutesfois, jamais gens ne comba- 
tirent mieulx, et dura l'affaire trois ou quatre bonnes 
heures ; enfin furent rompuz et deffaictz, et en mourut 
sur le camp dix ou douze mille. Le demourant, en 
assez bon ordre, le long d'ung grant chemin se reti- 
rèrent à Milan, où ilz furent conduytz à coups d'es- 
pée, tant par les François que par le cappitaine 
général de la seigneurie de Venise, messire Barthe- 
lomé d'Alvyano, qui peu devant estoit arrivé avecques 
le secours des Véniciens, et y perdit, en une charge 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 385 

qu'il fîst, deux ou trois cappitaines, entre lesquelz 
fut le filz du conte Petilano^ Les François y firent 
grosse perte, car du jeudy ou du vendredy moururent 
François monsieur de Bourbon, le gentil cappitaine 
Ymbercourt, le comte de Sanxerre et le seigneur de 
Mouy, et y furent blessez le prince de Talmont^ et le 
seigneur de Bucy, dont depuis moururent. 

Le roy se mist en conseil pour veoir si l'on poursuy- 
vroit les Suysses ou non. Plusieurs furent de diverses 
oppinions ; enfin il fut advisé pour le mieulx que on les 
laisseroit aller, car on en pourroit bien avoir à faire 
le temps advenir. Le jour qu'ilz deslogèrent du camp 
demourèrent à Milan, et le lendemain en partirent 
tirans en leurs pays; ilz ftirent poursuyviz de quel- 
ques gens ; mais non pas à l'extrémité, car si le roy 
eust voulu, ne s'en feust pas sauvé ung. Le soir du 
vendredy, dont fina la bataille à l'honneiu* du roy de 
France, fut joye démenée parmy le camp, et en parla 
l'on en plusieurs manières , et s'en trouva de mieulx 
faisans les ungs que les autres; mais sur tous fut 
trouvé que le bon chevalier par toutes les deux jour- 
nées s'estoit monstre tel qu'il avoit acoustumé es 
autres lieux où il avoit esté en pareil cas. Le roy le 
voulut grandement honorer, car il print l'ordre de 

1. Ghiapino Orsini, fils naturel de Nicolas Orsini, comte de 
Petigliano et de Noie. 

2. Charles du Bueil, comte de Sancerre, fils de Jacques du 
Bueil. 

Jean de Mouy, seigneur de la Meilleraye, qui portait la cornette 
blanche. 

Charles de la Trémouille, prince de Talmont, fils de Louis de 
la Trémouille et de Gabrielle de Bourbon; il épousa Louise de 
Goëtivi, comtesse de Taillebourg. 

25 



386 HISTOIRE DE BAYART 

chevalerie de sa main; il avoit bien raison, car de 
meilleur ne l'eust sceu prendre^. Le seigneur Maxi- 
milian Sforce^, qui occupoit la duché, comme son 
père le seigneur Ludovic avoit fait autresfois, demoura 
ou chasteau de Milan, où on mistle siège, mais guères 

1. Le roi avant de créer les chevaliers appella le noble cheva- 
lier Bayard, si luy dist : « Bayard, mon amy, je veulx que 
aujourd'huy soye faict chevalier par voz mains pour ce que le 
chevalier qui a combatu à pied et à cheval en plusieurs batailles 
entres tous aultres est tenu et réputé le plus digne chevalier... » 
Aulx parolles du roy respond Bayard : « Sire, celluy qu'est cou- 
ronné, loué et oing de l'uyle envoyé du ciel et est roy d'un si 
noble reaulme, le premier fils de l'Église, est chevalier sur tous 
aultres chevaliers. » Si dist le roy : « Bayard, despeschez-vous. » 
Alors print son espée Bayard et dict : « Sire, autant vaille que si 
estoit Roland ou Olivier, Godefroy ou Baudoin son frère. Certes, 
vous estes le premier prince que oncques fist chevalier; Dieu 
veuille que en guerre ne preniez la fuyte. » Et puys après par 
manière de jeu il cria aultement l'espée en la main dextre : c Tu 
es bien heureuse d'avoir aujourd'huy à ung si beau et puissant 
roy donné l'ordre de chevalerie. Certes, ma bonne espée, vous 
serez moult bien comme reliques gardée et sur toutes aultres 
honnorée et ne vous porteray jamais si ce n'est contre Turcs, 
Sarrasins ou Mores. » Et puys fist deulx saults et après remist 
au fourreau son espée (Champier, fol. xlix). 

Finito conflictu rex a Bayardo fieri miles voluit et de 

more, ipsius Francisci régis humeros ter nudo ense percussit et 
licet in castris essent Carolus, dux Borbonius conestabilis, et Ven- 
docinensis cornes, ac Sabaudiae, Ferrarrae que duces et fere omnes 
Galliae et Italise principes ac proceres quorum intererat regem 
creare militem, hoc tamen honore Franciscus Bayardum ob insi- 
gnem ejus virtutem donavit (Du Rivail, p. 561). 

Paul Jove (Vie de Gonsalve de Cordoue, lib. II et V) et Du 
Bellay {Mémoires, 1. I) racontent également le même fait avec peu 
de différences. 

2. Maximilien Sforce, fils de Ludovic le More et de Béatrix 
d'Esté, né en 1491, s'empara un instant du Milanais, mais bientôt 
fut obligé de se remettre entre les mains du roi de France. II 
mourut à Paris en 1530, sans alliance. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 387 

ne demoura qu'il ne se rendist, et luy futfaicte com- 
position dont il se contenta ; et s'en allèrent ceulx qui 
estoient dedans, leurs bagues saufves. 

J[e laisseray à parler de tout ce qui advint en deux 
moys, mais ou moys de décembre alla le roy de 
France visiter le pape en la cité deBoulongne, qui luy 
fist gros recueil. Hz eurent devis ensemble de plu- 
sieurs choses dont je n'empescheray ^ aucunement 
ceste histoire. 



CHAPITRE LXI. 

De plusieurs incidences qui advindrent en France, 
Ytalie et Espaigne, en V espace de trois ou quatre 
ans. 

Au retour de Bolongne, le roy de France vint à 
Milan, où après avoir laissé le duc de Bourbon, con- 
nestable de France, son lieutenant général, s'en 
retourna en ses pays; et alla droit en Prouvence, où 
il trouva sa bonne et loyalle espouse et madame sa 
mère, qu'il avoit à son partement laissée régente en 
son royaulme. 

Vers ceste saison trespassa Ferrande, roy d'Ar- 
ragon-, qui en son vivant a eu de belles et grosses 
victoires. Il estoit vigilant, cault et subtil, et ne 

1. Empescher, encombrer. 

2. Ferdinand le Catholique mourut le 13 janvier 1516 d'une 
hydropisie causée par un philtre que lui avait fait prendre Ger- 
maine de Foix, sa seconde femme. 



388 HISTOIRE DE BAYART 

trouve l'on guères d'histoires qui facent mention 
qu'on l'aye trompé en sa vie; ains durant icelie 
augmenta merveilleusement les biens de son succes- 
seur. Le seigneur Julian de Médicis, qu'on appella duc 
de Modène, frère du pape Léon, alla aussi de vie à 
trespas^ Il eut espouse la duchesse de Nemours, 
fille de Savoye et tante du roy de France. 

L'empereur Maximilian, desplaisant de la belle vic- 
toire qu'avoiteue le roy de France sur les Suysses et de ce 
qu'il avoit conquesté sa duché de Milan, assembla gros 
nombre de lansquenetz et quelques Suysses des cantons 
de Zuric et de la ligue Grise et s'en vint en personne 
oudit duché de Milan, où, pour la grosse puissance 
qu'il avoit, le connestable ne fut pas conseillé de 
l'attendre à la campaigne , et se retira avecques son 
armée dedans la ville de Milan, où peu de jours après 
luy vindrent huyt ou dix mille Suysses de secours. 
Quoy voyant par l'empereur, qui estoit le plus sous- 
peçonneux homme du monde, se retira en ses pays. 
Il n'eust pas grant honneur en son entreprinse, et le 
connestable y acquist gros renom-. Le bon chevalier 
fist plusieurs courses sur les Almans et en print de 



1. Julien de Médicis, duc de Nemours, gonfalonnier et lieute- 
nant général des armées du pape, fils de Laurent de Médicis et de 
Clarisse Orsini. Frère du pape Léon X, il épousa Philiberte de 
Savoie, sœur de Louise de Savoie, mère de François I, et mourut 
en 1516. 

2. Les dix mille Suisses qui vinrent rejoindre l'armée française 
retournèrent dans leur pays après avoir touché leur solde, mais 
sans avoir pris part à aucun engagement. Cependant l'em- 
pereur, effrayé de leur seule arrivée, rebroussa chemin en toute 
hâte. Peu après, le connétable fut rappelé en France à son grand 
déplaisir et remplacé par Lautrec. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 389 

prisonniers beaucoup, mais jamais n'en avoit que la 
picque et la dague ^ 

L'année ensuyvant, Jehan, roy de Navarre, qui 
en avoit été spolié par Ferrande, roy d'Arragon, 
alla de vie à trespas^. Oudit an, environ le moys 
de juillet, fut faict certain appoinctement entre le 
roy de France et le roy de Castille, Charles, para- 
vant archiduc d'Austriche, moyennant le mariage 
de luy et de Loyse, fille aisnée de France ; il fut con- 
clud en la ville de Noyon, mais il ne dura guères. Je 
ne ferav nul discours dudit traicté, car il est assez 
escript ailleurs^. Environ le moys d'octobre fut donné 
le pardon de la croisade en France par le pape Léon, 
dont il sortit beaucoup de scandalles et de mocqueries 
à l'occasion des prédicateurs, qui disoient beaucoup 
plus que la bulle ne portoit. 

Le dernier jour de février mil cinq cens dix sept, 
la bonne, sage et très parfaicte royne de France, 
Claude , accoucha de son premier filz , Françoys , 
daulphin du Viennoys, en la ville d'Amboise, qui 
fut gros esjouyssement par tout le royaulme de 
France. Et entre autres villes, celle d'Orléans fist 
merveilles ; car durant ung jour entier y eut devant 
la maison de la ville deux fontaines qui gectoient 
vin cleret et blanc, et par ung petit tuyau sortoit 
de l'ypocras, auquel beaucoup de gens après qu'ilz 
en avoient tasté, se tenoient. Le daulphin fut bap- 

1. C'est-à-dire qu'ils étaient trop pauvres pour payer rançon. 

2. Jean d'Albret mourut le 17 juin 1516. 

3. Deux traités entre François I et Charles-Quint furent, à 
cette occasion, conclus à Noyon les 13 août et 29 septembre 1516. 



390 HISTOIRE DE BAYART 

Usé en ladicte ville d'Amboise^ et furent parrains 
pape Léon (mais son nepveu, le magnificque Laurens 
de Médicis, le tint pour luy), le duc de Lorraine, et 
madame la duchesse d'Alençon*, commère. Il y fut 
fait fort grosse chère. Ce seigneur Laurens de Médicis 
en ce temps espousa une des filles de Boulongne et 
l'emmena en Ytalie, mais elle n'y vesquit guères ne 
luy après elle ; toutesfois d'eulx deux est demourée 
une fille ^. 

L'an mil cinq cens dix-neuf, alla de vie à trespas 
l'empereur Maximilian*, qui mist beaucoup de gens 
en peine. Il avoit esté en son vivant de bonne nature, 
libéral autant que le fut jamais prince , et s'il eust 
esté puissant de biens, eust achevé beaucoup de 
choses, mais il estoit povre selon son cueur. Le filz 
de son filz, Charles, roy des Espaignes, fut esleu 
empereur après luy. 

CHAPITRE LXII. 

Comment messire Robert de la Marche fist quelques 

1. François, dauphin, duc de Bretagne, naquit le 28 février 
1517, et mourut le 10 août 1536. 

2. Marguerite d'Orléans, fille de Charles d'Orléans, comte 
d'Angoulème, et de Louise de Savoie, épousa Charles de Bour- 
bon, duc d'Alençon, se remaria en 1527 avec Henri d'Albret, roi 
de Navarre, et mourut en 1549. 

3. Laurent II de Médicis épousa en 1513 Madelaine de la Tour- 
Boulogne, qui mourut en 1519. Il mourut lui-même le 4 mai 
de la même année, ne laissant qu'une fille, qui fut Catherine de 
Médicis. 

4. Le 12 janvier. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 391 

courses sur les pays de Vesleu empereur, qui dressa 
grosse armée, et ce qu'il en advint. 

Peu de temps après, ne sçay qui en donna le con- 
seil, le seigneur de Sedan, qu'on nomme messire 
Robert de la Marche, qui pour lors estoit au service 
du roy de France, fist quelques courses sur les pays 
de l'esleu empereur, qui commença à lever grosse 
armée, et telle qu'il fut maistre et seigneur de la 
campai gne. Les chiefz de son armée estoient le conte 
de Nansso* et ung autre cappitaine Francisque-, gail- 
lart homme à la guerre, et avoit bon crédit parmy 
les compaignons. Hz estoient bien en nombre, tant 
de cheval que de pied, quarante mille hommes ou 
plus. Durant cest affaire, le roy de France et ledit 
esleu empereur estoient en paix, et ne demandoient 
riens l'ung à l'autre; parquoy l'armée des Almans 
tira droit aux places dudit seigneur de Sedan, et en 
furent les aucunes assiégés et defifendues. Toutesfois 
enfin s'en perdirent quatre, c'est à savoir : Floranges, 
Buillon, Loigneet Messancourt, et peu de gens eschap- 
pèrent vifz desdictes places. Ledit seigneur de Sedan 
estoit dedans sa place de Sedan, qui est quasi impre- 

1 . Henri de Nassau-Dillembourg, né en 1483, fils de Jean ni 
et d'Elisabeth de Hesse; il mourut en 1538 après s'être marié 
trois fois. 

2. Frantz de Sickingen, fils de Schweichart, grand maréchal 
du Palatinat et de Marguerite de Hohemburg. Il naquit en 1481, 
épousa Hedwige de Flersheim et mourut en 1523 d'une blessure 
reçue au siège de Landstahl. Albert Durer Fa représenté sous les 
traits du Chevalier de la Mort, dans la célèbre gravure de ce nom ; 
Goethe en a fait un des personnages de son drame de Go'étz de 
Berlichingen. 



3921 HISTOIRE DE BAYART 

nable; parquoy fut exempte de siège. Et pareille- 
ment ceulx qui estoient dedans une de ses autres 
places nommée Jamais^. 

Le roy de France, deuement acertené de ceste 
grosse armée qui costoyoit sa conté de Cham- 
paigne, eut doubte qu'on luy jouast quelque finesse. 
Si envoya son beau-frère, le duc d'Alençon^, avec- 
ques quelque nombre de gens d'armes sur la fron- 
tière, et tira jusques à Reims. Les Almans usoient 
d'une subtilité pour parvenir à leurs attainctes; car 
ilz ne prenoient riens es pays du roy de France sans 
bien payer, et faisoit semer parmy son camp le conte 
de Nansso que l'empereur son maistre le luy avoit 
ainsi enchargé, comme délibéré de demourer tous- 
jours en l'amytié qu'il avoit avecques France. Ce 
néantmoins, sans faire autrement sommation de 
guerre, s'en vint planter le siège devant une petite 
ville appellée Mozon^, de laquelle estoit gouverneur 
et cappitaine le seigneur de Montmor^, grant-escuyer 
de Bretaigne pour le roy de France ; et avoit quelques 



1. Jametz (Ardennes). 

2. Charles de Bourbon, duc d'Alençon, gouverneur de Cham- 
pagne, Perche et Normandie, pair de France, fils de René de 
Bourbon et de Marguerite de Lorraine, épousa Marguerite d'Or- 
léans et mourut en 1525. 

3. Le siège de Mouzon commença le 21 août 1521. On trou- 
vera à l'appendice les lettres échangées à cette occasion par les 
capitaines français et allemands. 

4. Louis de Hangest, s' de Montmor et Chaleranges, grand 
écuyer de Bretagne, capitaine de 30 lances, fils de Jean de Han- 
gest et de Marie d'Amboise. Sa conduite à propos du siège de 
Mouzon fut discutée; les uns l'accusèrent d'impéritie ou de 
lâcheté, les autres le plaignirent de n'avoir pas pu se faire obéir 
de ses soldats. Voir à l'appendice plusieurs lettres à ce sujet. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 393 

gens de pied avecques sa compaignie en la ville, qui 
n'estoit guères bien munye d'artillerie ny de vivres, 
et qui pis est les compaignies qui estoient dedans ne 
se trouvèrent pas du vouloir de leur cappitaine et 
gouverneur, qui délibéroit jusques à la mort garder 
la ville; et quelques remonstrances qu'il sceust faire 
aux gens de pied, se trouva en dangier dedans et 
dehors ; parquoy, pour éviter plus gros inconvénient, 
rendit la ville, leurs vies saufves. On en murmura en 
beaucoup de sorte, et disoient aucuns que le cappi- 
taine ne s'estoit pas bien porté ; mais les gens d'hon- 
neur et de vertu congneurent bien qu'il ne se povoit 
faire autrement, et qu'il n'avoit pas tenu audit sei- 
gneur de Montmor qu'il n'estoit mort sur la berche ; 
car si tous ceulx qui estoient avec luy eussent esté 
de son cueur, les Almans ne fussent pas tirez plus 
oultre. Or, la ville de Mozon rendue si soubdaine- 
ment donna quelque tiltre d'esbahyssement aux Fran- 
çois, qui ne pensoient jamais que l'empereur eust 
voulu rompre la trefve. Toutesfois en telles choses le 
souverain remède est de prompte provision. On 
regarda que Maizières estoit la plus prochaine ville, 
après Mozon, et qu'il failloit entendre à la garder et 
deffendre; car si elle se perdoit, la Champaigne s'en 
alloit en mauvais party. Le roy de France en fut 
adverty, lequel manda soubdainement qu'on envoyast 
le bon chevalier sans paour et sans reprouche dedans 
ladicte ville de Maizières, et qu'il ne congnoissoit 
homme en son royaulme en qui il se fiast plus; 
davantage que son espoir estoit qu'il la garder oit si 
bien et si longuement que sa puissance seroit assem- 
blée pour résister aux surprinses que l'empereur luy 



394 HISTOIRE DE BAYART 

vouloit faire. De ce commandement n'eust pas voulu 
tenir le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
cent mille escuz, car tout son désir estoit de faire 
service à son maistre et d'acquérir honneur. Il s'en 
alla gecter dedans Maizières, avecques le jeune sei- 
gneur de Montmorency* et quelques autres jeunes 
gentilzhommes qui de leur gré l'acompaignèrent, et 
d'ung nombre de gens de pied, soubz la charge de 
deux jeunes gentilzhommes, l'ung nommé le cappi- 
taine Boncal, de la maison de Reffuge, et l'autre le 



seigneur Montmoreau. 



CHAPITRE LXIII. 

Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
garda la ville de Maizières contre la puissance de 
r empereur y où il acquist gros honneur. 

Quant le bon chevalier fut entré dedans Maizières, 
trouva la ville assez mal en ordre pour attendre siège, 
ce qu'il espéroit avoir du jour à lendemain. Si voulut 
user de diligence, qui en telle nécessité passe tout sens 

1. Bayart, Anne de Montmorency, futur connétable de France, 
Jacques de Silly, bailli de Gaen, Jean d'Albret, seig«eur d'Orval, 
Pierrepont, Boncal, Antoine de Glermont, Guigo Guiffrey de 
Boutières, François de Sassenage, Montmoreau, etc., entrèrent 
dans Mézières les premiers jours du mois d'août. On trouvera à 
l'appendice des lettres de Bayart, du duc d'Alençon, de d'Orval 
et de Ghâtillon donnant des renseignements détaillés sur la com- 
position de la garnison et les travaux de fortification auxquels 
elle se livra avec une extrême ardeur en attendant l'arrivée de 
l'ennemi. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 395 

humain, et commença à faire ramparer jour et nuyt, 
et n'y avoit homme d'armes ny homme de pied qu'il 
ne mist en besongne ; et luy mesmes pour leur donner 
courage, y travailloit ordinairement et disoit aux 
compaignons de guerre : « Conmient, Messieurs, nous 
sera-il reprouché que par nostre faulte ceste ville 
soit perdue, veu que nous sommes si belle compai- 
gnie ensemble et si gens de bien. Il me semble que 
quant nous serions en ung pré, et que devant nous 
eussions fossé de quatre piedz, que encores comba- 
trions-nous ung jour entier avant que estre deffaictz. 
Et Dieu mercy ! nous avons fossé, muraille et ram- 
part, où je croy, avant que les ennemys mettent le 
pied, beaucoup de leurs compaignies dormiront aux 
fossez. » Bref, il donnoit tel courage à ses gens qu'ilz 
pensoient tous estre en la meilleur et plus forte place 
du monde. 

Deux jours après fut le siège assis devant Mai- 
zières en deux lieux, l'ung deçà de l'eaue et l'autre 
delà. L'ung des sièges tenoit le conte Francisque, qui 
avecques luy avoit quatorze ou quinze mille hommes, 
et en l'autre estoit le conte de Nansso avec plus de 
vingt mille. Le lendemain du siège lesditz conte de 
Nansso et seigneur Francisque envoyèrent ung hèrault 
devers le bon chevalier, pour luy remonstrer qu'il 
eust à rendre la ville de Maizières, qui n'estoit pas 
tenable contre leur puissance, et que, pour la grande 
et louable chevalerie qui estoit en luy, seroient mer- 
veilleusement desplaisans s'il estoit prins d'assault, 
car son honneur grandement en amoindriroit, et par 
adventure luy cousteroit-il la vie; et qu'il ne failloit 
que ung malheur en ce monde venir à ung homme 



396 HISTOIRE DE BAYART 

pour faire oublier tous les beaulx faictz qu'il auroit 
menez à fin en son vivant; et que, là où il vouldroit 
entendre à raison, luy feroient si bonne composition 
qu'il se deveroit contenter. Plusieurs autres beaulx 
propos luy mandèrent par ce hérault, qui, après avoir 
esté ouy et bien entendu par le bon chevalier, se 
print ^ à soubzrire et ne demanda conseil pour res- 
pondre à homme vivant ; mais tout soubdain luy dist : 
« Mon amy, je m'esbays de la gracieuseté que me font 
et présentent monseigneur ^ de Nansso et le seigneur 
Francisque, considéré que jamais n'euz praticque ny 
grande congnoissance avecques eulx, et ilz ont si 
grant paour de ma personne. Hérault, mon amy, 
vous vous en retournerez, et leur direz : que le roy 
mon maistre avoit beaucoup plus de suffisans person- 
nages en son royaulme que moy pour envoyer garder 
ceste ville qui vous fait frontière ; mais, puisqu'il m'a 
fait cest honneur de s'en fier en moy, j'espère, 
avecques l'ayde de Nostre-Seigneur, la luy conserver 
si longuement qu'il ennuyra beaucoup plus à voz 
maistres d'estre au siège que à moy d'estre assiégé ; 
et que je ne suis plus enfant qu'on estonne de 
paroUes. » Si commanda qu'on festoya fort bien le 
hérault, et qu'on le mist hors de la ville. Il s'en 
retourna au camp et rapporta la responce que le bon 
chevalier luy avoit faicte, qui ne fut guères plaisante 
aux seigneurs, en présence desquelz estoit ung cap- 
pitaine nommé Grant-Jehan Picart^, qui toute sa vie 
avoit esté au service des roys de France en Ytalie, et 

1. Se print, Bayart se prit. 

2. Le texte porte par erreur messeigneurs. 

3. Voyez sur ce personnage le chapitre xxxiii, p. 160. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 397 

mesmement où le bon chevalier avoit eu charge, qui 
dist tout hault adressant sa parolle au conte de Nansso 
et au seigneur Francisque : « Messeigneurs, ne vous 
attendez pas, tant que vive monseigneur de Bayart, 
d'entrer dedans Maizières ; je le congnois, et plusieurs 
fois m'a mené à la guerre , mais il est d'une condition 
que, s'il avoit les plus couars gens du monde en sa 
compaignie, il les fait hardis. Et sachez que tous ceulx 
qui sont avecques luy mourront à la berche, et luy le 
premier, devant que nous mections le pied dedans la 
ville; et quant à moy je vouldrois qu'il y eust deux 
mille hommes de guerre davantage et sa personne n'y 
feust point. » Le conte de Nansso respondit : « Cap- 
pitaine Grant-Jehan, le seigneur de Bayart n'est de 
fer ny d'acier nem plus que ung autre ; s'il est gentil 
compaignon, qu'il le monstre, car devant qu'il soit 
quatre jours, je luy feray tant donner de coups de 
canon qu'il ne sçaura de quel costé se tourner. — 
Or, on verra que ce sera, dist le cappitaine Grant- 
Jehan, mais vous ne l'aurez pas ainsi que vous en- 
tendez. » Ces parolles cessèrent et ordonnèrent le 
conte de Nansso et seigneur Francisque leurs bateries 
chascun en son endroit et de faire tous les efifors 
qu'on pourroit pour prendre la ville ; ce qui fut fait, 
et en moins de quatre jours , il fut tiré plus de cinq 
mille coups d'artillerie ^ ; ceulx de la ville respondoient 

1. Les péripéties du siège de Mézières sont décrites dans 
Du Bellay (Mémoires^ 1. I), S. Ghampier (f. l), Aymar du Rivail 
(p. 567). 

Ce fut surtout dans les derniers jours de l'investissement que 
les ennemis firent contre la ville un feu terrible. Voir à l'appen- 
dice la lettre que Robert de la Marck écrit à ce sujet. 

Dans le cours même du siège, le roi de France témoigna son 



398 HISTOIRE DE BAYART 

fort bien selon l'artillerie qu'ilz avoient, mais du 
camp de Francisque se faisoit grant dommage en la 
ville parce qu'il estoit logé sur ung hault et batoit 
beaucoup plus à son ayse que ne faisoit le conte de 
Nansso. 

Le bon chevalier, combien qu'il feust tenu ung 
des plus hardis hommes du monde, avoit bien une 
autre chose en luy autant à louer, car c'estoit ung 
des vigillans et subtilz guerroyeurs qu'on sceu 
trouver. Si ad visa en soy-mesmes comme il pourroit 
trouver moyen de faire repasser l'eaue au seigneur 
Francisque, car de son camp estoit-il fort dommage. 
Si fist escripre unes lettres à messire Robert de la 
Marche, qui estoit à Sedan, lesquelles estoient en 
ceste substance* : « Monseigneur mon cappitaine, je 
croy qu'estes assez adverty comme je suis assiégé en 
ceste ville par deux endrois, car d'ungcosté est le conte 
de Nansso, et deçà la rivière le seigneur Francisque. 
Il me semble que puis demy an m'avez dit que voulez 
trouver moyen de le faire venir au service du roy 

contentement aux défenseurs de Mézières par une lettre que l'on 
trouvera également à l'appendice. 

1. Nous ferons remarquer que le Loyal serviteur est le seul des 
auteurs contemporains qui ait parlé de cette ruse de guerre em- 
ployée par Bayart. Ghampier lui-même, panégyriste souvent exa- 
géré de son héros et généralement bien informé, n'en dit pas un 
mot. La levée du siège de Mézières doit être attribuée non pas 
seulement à cette lettre de Bayart, mais à la défense acharnée 
des assiégés, aux préparatifs considérables du roi de France pour 
les secourir, à la saison froide qui s'approchait et à la jalousie 
qui n'avait pas tardé à éclater entre les deux chefs de l'armée 
impériale. Le siège fut levé le 27 septembre; depuis quelques 
jours déjà on prévoyait ce résultat. Voir à l'appendice une lettre 
du bâtard de Savoie sur ce sujet. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 399 

nostre maistre, et qu'il estoit votre alyé. Pour ce qu'il a 
bruyt d'estre très gentil galant, je le désirerois à 
merveilles ; mais si vous cognoissez que cela se puisse 
conduyre, vous ferez bien de le sçavoir de luy, mais 
plustost aujourd'huy que demain. S'il en a le vouloir, 
j'en seray très ayse , et s'il l'a autre, je vous advertiz 
que, devant qu'il soit vingt et quatre heures, luy et tout 
ce qui est en son camp sera mis en pièces; car à 
trois petites lieues d'icy viennent coucher douze mille 
Suysses et huyt cens hommes d'armes, et demain à la 
pointe du jour doivent donner sur son camp, et je 
feray une saillye de ceste ville par ung des costez, de 
façon qu'il sera bien habille homme s'il se sauve. Je 
vous en ay bien voulu advertir, mais je vous prie que 
la chose soit tenue secrète. » Quant la lectre fut 
escripte, prist ung paysant auquel il donna ung escu, 
et luy dist : « Va-t'en à Sedan, il n'y a que trois 
lieues d'icy, porter ceste lectre à messire Robert, et 
luy dis que c'est le cappitaine Bayart qui luy envoyé. » 
Le bon homme s'en va incontinent. Or sçavoit bien 
le bon chevalier que impossible seroit qu'il passast 
sans estre pris des gens du seigneur Francisque, 
comme il fut, avant qu'il feust à deux gectz d'arc de 
la ville» Incontinent fut amené devant ledit seigneur 
Francisque, qui luy demanda où il alloit. Le povre 
homme eut belle paour de mourir, aussi estoit-il en 
grant dangier, si dist : t Monseigneur, le grant cap- 
pitaine qui est dedans nostre ville m' envoyé à Sedan 
porter unes lettres à messire Robert, » que le bon 
homme tira d'une boursette où il l'avoit mise. Quant 
le seigneur Francisque tint ceste lettre, l'ouvrit et 
commença à lire ; et fut bien esbahy quant il eut veu 



400 raSTOIRE DE BAYART 

le contenu. Si se commença à doubler que par envye 
le conte de Nansso luy avoit fait passer l'eaue afïin 
qu'il feust defFaict, car auparavant y avoit eu quelque 
peu de picque entre eulx, parce que icelluy seigneur 
Francisque ne vouloit pas bien obéyr au conte. A 
grant peine eut-il achevé de lyre la lectre qu'il com- 
mença à dire tout hault : « Je congnois bien à ceste 
heure que monseigneur de Nansso ne tasche que à 
me perdre, mais, par le sang Dieu! il n'en sera pas 
ainsi. » Si appella cinq ou six de ses plus privez et leur 
déclaira le contenu en la lectre, qui furent aussi 
estonnez que luy. Il ne demanda point de conseil 
mais fait sonner le tabourin et à l'estandart, charger 
tout le bagaige et se mist au passage de l'eaue. Quant 
le conte de Nansso ouyt le bruit, fut bien estonné, 
et envoya sçavoir que c'estoit par ung gentilhomme, 
lequel, quant il arriva, trouva le camp du seigneur 
Francisque en armes. Il s'enquist que c'estoit. On luy 
dist qu'il vouloit passer du costé du conte de Nansso. 
Le gentilhomme le luy alla dire; dont il fut bien 
esbahy, car en ceste sorte se le voit le siège de devant 
la ville. Si envoya ung de ses plus privez dire au sei- 
gneur Francisque qu'il ne remuast point son camp que 
premier n'eussent parlé ensemble, et que s'il le faisoit 
autrement, ne feroit pas bien le service de son 
maistre. Le messagier luy alla dire sa charge, mais 
Francisque, tout esmeu et courroucé, luy respondit : 
« Retournez dire au conte de Nansso, que je n'en 
feray riens, et que à son appétit je ne demoureray 
pas à la boucherie. Et s'il me veult garder de loger 
auprès de luy, nous verrons par le combat à quy 
demourera le camp, à luy ou à moy. » Le gentil- 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 401 

homme du conte de Nansso s'en retourna, et luy dist 
ce qu'il avoit ouy de la bouche du seigneur Francisque. 
Jamais homme ne fut si esbahy qu'il fut; toutesfois 
pour n'estre point surpris, fist mettre tous ses gens en 
bataille. Cependant passèrent les gens du seigneur 
Francisque, et eulx passez, se misrent pareillement en 
bataille ; et à les veoir sembloit qu'ilz voulsissent com- 
batre les ungs les autres, et sonnoient tabourins impé- 
tueusement. Le povre homme qui avoit porté la lectre 
à l'occasion de laquelle c'estoit élevé ce bruit, ne sçay 
comme Dieu le voulut, eschappa, et s'en retourna 
bien esbahy, comme ung homme qui pensoit estre 
eschappé de mort, dedans Maizières devers le bon 
chevalier, auquel il alla faire ses excuses, disant qu'il 
n'avoit peu aller à Sedan, qu'on l'avoit pris en che- 
min, et mené devant le seigneur Francisque qui avoit 
veu ses lectres, et que incontinent s'estoit deslogé. 
Le bon chevalier se prist à rire à plaine gorge, et 
congneut bien que sa lectre l'avoit mis en pensement. 
Il s'en alla sur le rampart avecques quelques gentilz- 
hommes, et veit ses deux camps en bataille l'ung 
devant l'autre. « Par ma foy, dist-il, puisqu'ilz ne 
veuUent commencer à combatre, je vois ^ moy-mesmes 
commencer. » Si fist tirer cinq ou six coups de canon 
au travers des ennemys, qui, par gens lesquelz 
allèrent d'ung costé, puis d'autre, se rapaisèrent et 
se logèrent. Le lendemain troussèrent leurs quilles, 
et levèrent le siège sans jamais y oser donner assault, 
et tout pour la crainte du bon chevalier. Si tost ne 



1. Vois, vais. 

26 



402 HISTOIRE DE BAYART 

se fist pas la paix du costé du conte de Nansso et du 
seigneur Francisque, car plus de huyt jours furent 
sans loger ensemble ; et s'en alla Francisque vers la 
Picardie, du costé de Guy se, mettant le feu partout , 
et plus hault marchoit le conte de Nansso ; mais peu 
après se rapaisèrent et furent amys. 

Ainsi, par la manière que dessus avez ouy, fut levé le 
siège de devant Maizières, où le bon chevalier sans paour 
et sans reproucheacquist couronne de laurier^; car bien 
qu'on ne livrast nul assault, il tint les ennemys trois 
sepmaines durant en aboy^. Pendant lequel tems, le 
roy de France leva grosse armée, et assez puissante 
pour combatre ses ennemys, et vint luy-mesmes en 
personne dedans son camp, où le bon chevalier luy 
alla faire la révérence, et en passant reprist la ville 
de Mozon. Le roy son maistre luy fist recueil mer^ 
veilleux, et ne se povoit saouller de le louer devant 
tout le monde. Il le voulut honnestement récom- 
pencer du grant et recommandable service qu'il luy 
venoit freschement de faire. Il le fist chevalier de son 
ordre, et luy donna cent hommes d'armes en chef; 
puis marcha après ses ennemys, qu'il expulsa hors de 
ses pays, et les chassa jusques dedans Valenciennes, 

1. On trouvera à l'appendice la lettre circulaire adressée par le 
roi aux parlements à l'occasion du siège de Mézières et une autre 
lettre de la reine Louise de Savoie où elle parle avec les plus 
grands éloges de Bayart et de Montmorency et des récompenses qui 
leur sont destinées. En ce qui concerne Bayart, ces promesses ne 
reçurent pas d'exécution et il ne retira de son fait d'armes que 
l'ordre de Saint-Michel, beaucoup d'honneur et la jalousie des 
courtisans. 

2. Tenir en aboy, tenir en suspens. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 4^3 

OÙ le bon chevalier se porta, comme il avoit tousjours 
de coustume ^ . Les Almans firent en Picardie beaucoup 
de mal par le feu, mais les François ne furent point 
ingratz, et le leur rendirent au double en Hainault^. 

1. « Après que les AUemans eurent levé le siège de devant 
Mézières, le noble Bayard bouta garnison pour garder la ville, et 
veint devant Mouzon qui incontinent se rendit au roy sans aucune 
résistance. Après preint son chemin Bayard devers le roy et feut 
moult bien receu de luy et de toute la court, et luy donna à celle 
heure le roy cent hommes d'armes en chef, car par avant estoit 
lieutenant de la compagnie de monseigneur de Lorraine, et outre 
plus luy donna en signe de mémoire des nobles gestes qu'il avoit 
faicts l'ordre de chevalerie de Saine t-Michel... Le roy avec toute 
sa gendarmerie passa une rivière fort estroicte mais moult pro- 
fonde et fist faire ung petit pont de bateaulx là où passarent tous 
en armes et allèrent bien deulx lieulx oultre la rivière, et estoit 
Bayard tousjours des premiers, lequel courut jusques à Valen- 
cienne, et s'il eu&t esté suyvy, le roy, comme l'on disoit, eust 
prins Valencienne, mais à l'apétit d'aucuns print un autre che- 
min... Aucuns cappitaines estoient desplaisans de ce que Bayard 
estoit aymé et loué d'ung chascun et que l'on disoit plus de bien 
de Bayard que des aultres, et aulcuns dès lors conceurent contre 
Bayard grosse rencune. Et depuis eust les longs voyages, nonobs- 
tant ce que le roy l'aymoit moult fort sur tous aultres, comme 
bien il méritoit... Depuis la chasse des Ennuyers et Brabançons, 
le noble Bayard n'eust grant charge ny crédit et despuis ne fust 
chief en aulcun lieu de guerre » (Ghampier, fol. lu). Il faut attri- 
buer la disgrâce de Bayart dans les dernières années de sa vie 
non seulement à son succès à Mézières et dans la Flandre, comme 
le prétend Ghampier, mais à sa liaison avec le connétable de 
Bourbon, dont tous les amis, même les plus fidèles au roi, étaient 
alors devenus suspects. Bayart était très-lié avec le connétable 
et avait même armé chevalier son fils aîné : < Sedatis in Italia 
rébus, écrit Aymar du Rivail, Bayardus ad regem profectus 
est et Molini ducis Borbonii primogenitum in cunabulis, mili- 
tem, iter transeuntem, créa vit. Magni enim dux Borbonius 
ipsum Bayardum faciebat, et bonum omen esse credebat si ab 
ipso Bayardo filius miles fieret » (A. du Rivail, p. 564). 
2. Voir dans l'appendice une lettre de Bayart à ce sujet. 



404 HISTOIRE DE BAYART 

Au retour que le roy fist en la ville de Gom- 
piègne, eut quelques nouvelles de Gennes, et qu'il 
estoit besoing y envoyer quelque sage, hardy et 
advisé chevalier; parquoy ledit seigneur sachant la 
bonne nature du bon chevalier sans paour et sans 
reprouche, et que jamais ne se lassoit de faire ser- 
vice, luy en bailla la commission, le priant très fort 
que, pour l'amour de luy, voulsist faire ce voyage, 
car il avoit grant espoir en sa personne. Il l'accepta 
d'aussi bon cueur qu'on le luy bailla , puis passa les 
montz, et fut à Gennes très bien receu, tant du gou- 
verneur, des gentilzhommes, que de tous leshabitans; 
et tant qu'il y demoura, fut honnoré et prisé d'ung 
chascun * . 

Il y eut plusieurs affaires en Ytalie, dont ne vous 
feray aucune mention pour beaucoup de raisons; 
mais vous viendray à déclairer le trespas du bon che- 
valier sans paour et sans reprouche, qui fut ung grief 
irréparable. Dolente et malheureuse la journée pour 
toute la noblesse de France ^ ! 



1. On trouvera à l'appendice plusieurs lettres de Bayart datées 
de Gênes et écrites au roi. Hieronimo Adorno, banni de Gênes, 
avait tenté avec quelques-uns de ses amis et trois mille Espa- 
gnols d'y faire éclater une sédition contre les Français, telle fut la 
cause de l'envoi de Bayart dans cette ville. Parti de Grenoble le 
17 janvier, il arriva à Gênes le 21 du même mois, accompagné de 
Charles AUeman, Gumin de Romanche, Balthazard de Beau- 
mont, etc. (A. du Rivail.) 

2. Le Loyal serviteur, peut-être parce qu'il avait quitté à cette 
époque le service de Bayart, passe ici sous silence les actions 
de son héros pendant près de deux ans. Il nous suffira de dire 
qu'après son voyage à Gênes Bayart alla dans le Milanais, 
assista au combat de la Bicoque (29 avril 1522) et revint en 
Dauphiné avec les débris des troupes françaises. Vers le 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 405 



CHAPITRE LXIV. 

Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche, 
en une retraicte qu'il fist en Ytalie, fut tué d'ung 
coup d'artillerie. 

Au commencement de l'an mil cinq cens xxnn, le 
roy de France avoit une grosse armée en Ytalie, soubz 
la charge de son admirai, le seigneur de Bonnyvet^ à 
qui il en avoit donné la charge, car il luy vouloit 
beaucoup de bien. Il avoit en sa compaignie force 
bons cappitaines; mesmement y estoit nouvellement 
arrivé ung jeune prince de la maison de Lorraine, 
nommé le conte de Vaudemont^, lequel désiroit à 
merveilles sçavoir les armes, et suyvre par œuvres 
vertueuses ses ancestres. Or le camp du roy de France 
se tenoit pour lors en une petite ville nommée Biagras^, 

mois de septembre 1523 il écrivit au roi pour lui demander 
de faire partie de la nouvelle expédition qui se préparait pour 
reconquérir le Milanais. François I*' lui répondit par une lettre 
dont la traduction latine nous a été conservée par Aymar du 
Rivail et qu'on pourra lire à l'appendice. Sous les ordres de 
Bonnivet, au cotnmencement de l'année 1524, Bayart s'empara 
de Lodi, de Trevi, assiégea inutilement Crémone, prit une part 
active à tous les combats de cette désastreuse campagne et fut 
blessé devant Milan. 

1. Guillaume Gouffier, seigneur de Bonnivet, grand amiral de 
France, tué à Pavie (1524), fils de Guillaume Gouffier et de Phi- 
lippe de Montmorency. 

2. Louis de Lorraine, comte de Vaudemont, fils de René, duc 
de Lorraine; il mourut en 1528. 

3. Biagrasso, hameau de la commune de Groppo, province 
d'Alexandrie. 



406 HISTOIRE DE BÂYART 

OÙ eulx estans là, le chef de l'armée qui estoit l'ad- 
mirai, appella ung jour le bon chevalier et luy dist : 
« Monseigneur de Bayart, il fault que vous allez loger 
à Rebec^ avec deux cens hommes d'armes et les 
gens de pied de Lorges^, car par ce moyen, travaille- 
rons merveilleusement ceulx de Milan, tant pour les 
vivres, que pour mieulx entendre de leurs affaires. » 
Il fault sçavoir que, combien que le bon chevalier ne 
murmurast jamais de commission qu'on luy baillast, 
ne se povoit bonnement contenter de ceste là pour la 
congnoistre dangereuse et doubteuse, et respondit 
comme ^ à son lieutenant de roy : « Monseigneur, je 
ne sçay comment vous l'entendez, car pour garder 
Rebec, au lieu où il est assis, la moytié des gens qui 
sont en nostre camp y feroient bien besoing. Je con- 
gnois noz ennemys; ilz sont vigilans, et suis bien 
asseuré qu'il est quasi difficile que je n'y reçoive de 
la honte. Car il m'est bien advis que, si quelque 
nombre de noz ennemys y estoient, par une nuyt les 
y rois res veiller à leur désavantage. Et pour ce. Mon- 
seigneur, je vous supplie que vous advisez bien où 
vous me voulez envoyer. » L'admirai luy tint plu- 
sieurs propos qu'il ne se souciast point, car il ne sor- 
tiroit pas une soris de Milan qu'il n'en feust adverty, 
et tant luy en dist d'unes et d'autres, que le bon 
chevalier, avecques grosse fascherie, s'en alla avecques 
les gens qu'on luy avoit baillez, dedans Rebec; mais 
il n'y mena que deux grans chevaulx, car ses muletz 

1. Robecco sul Naviglio, province de Milan. 

2. Jacques de Montgommery, seigneur de Lorges, colonel de 
l'infanterie française, capitaine des gardes du roi. 

3. Comme, voici comment. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 407 

et tout le reste de son train envoya dedans Novare, 
quasi prévoyant perdu ce qu'il détenoit avec luy. 
Venuz qu'ilz feussent en ce village de Rebec, advi- 
sèrent comment ilz le fortiffieroient, mais nul moyen 
n'y trouvèrent, sinon faire barrières aux venues; 
mais par tous les costez on y povoit entrer. Le bon 
chevalier escripvit plusieurs fois à l'admirai qu'il 
estoit en lieu très dangereux, et que s'il vouloit qu'il 
s'i tiensist longuement, luy envoyast du secours; 
mais il n'en eut point de response. Les ennemys qui 
estoient dedans Milan, en nombre de quatorze ou quinze 
mille hommes, furent advertiz par leurs espies que le 
bon chevalier estoit dedans Rebec, à petite compai- 
gnie, dont ilz furent très joyeulx. Si délibérèrent par 
une nuyt l'aller surprendre et defifaire. Et suyvant ce 
vouloir se misrent aux champs environ mynuyt, en 
nombre de six à sept mille hommes de pied, et quatre 
à cinq cens hommes d'armes. Hz estoient guydez par 
des gens qui sçavoient le village et les logis des plus 
apparans. Le bon chevalier, qui tousjours se doub- 
toit, mettoit quasi toutes les nuyctz la moytié de ses 
gens au guet et aux escoutes, et luy-mesmes y passa 
deux ou trois nuytz, tellement qu'il tumba malade tant 
de mélencolie que de froidure, beaucoup plus fort 
qu'il n'en faisoit le semblant ; toutesfois contrainct fut 
de garder la chambre ce jour. Quant se vint sur le 
soir, il ordonna à quelques cappitaines qui estoient 
avecques luy aller au guet, et adviser bien de tous 
costez à ce qu'ilz ne feussent surpris. Jlz y allèrent ou 
firent semblant d'y aller ; mais par ce qu'il plouvinoit 
ung peu, se retirèrent tous ceulx qui estoient au 
guet, réservé trois ou quatre povres archiers. Les 



408 HISTOIRE DE BAYART 

Espaignolz marchoient tousjours, et avoient, pour 
mieulx se congnoistre la nuyt, chascun une chemise 
vestue par dessus leur harnois. Quant ilz appro- 
chèrent d'ung gect d'arc du village, turent bien 
esbahis qu'ilz ne trouvèrent personne, et eurent pen- 
sement que le bon chevalier avoit esté adverty de 
leur entreprinse, et qu'il s'estoit retiré à Byagras. 
Toutesfois ilz marchoient tousjours, et ne furent pas 
cent pas loing, qu'ilz ne trouvassent ce peu d'archiers 
qui estoient demeurez au guet, lesquelz sans escrier 
commencèrent à charger. Les povres gens ne firent 
point de résistence, ains se misrent à la fuyte, en 
criant : « Alarme ! alarme ! » Mais ilz furent si 
vivement suyviz, que lesditz ennemys furent aux bar- 
rières aussi tost que eulx. Le bon chevalier, qui en 
tel dangier ne dormoit jamais que vestu, garny de 
ses avanbraz et cuyssolz, et sa cuyrasse auprès de 
luy, se leva soubdainement et fist brider ung coursier 
qui jà estoit sellé, sur lequel il monta, et s'en vint 
avecques cinq ou six hommes d'armes des siens, droit 
à la barrière, où incontinent survint le cappitaine 
Lorges et quelque nombre de ses gens de pied qui se 
portèrent^ très bien. Les ennemys estoient à l'entour 
du village, cherchant le logis du bon chevalier, car 
s'ilz l'eussent prins, peu leur estoit le demeurant; 
mais encores ne le tenoient-ilz pas. La huée fut grosse 
et l'alarme chault. Durant ce combat, à la barrière, le 
bon chevalier va ouyr les tabourins des gens de pied 
aux ennemys, qui sonnoient l'alarme tant dru que 
merveilles. Alors il dist au cappitaine Lorges : 

1. Portèrent, comportèrent. ^ 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 408 

« Lorges, mon amy, vecy jeu mal party. S'ilz pas- 
sent ceste barrière nous sommes fricassez; je vous 
prie, retirez voz gens, et serrez le mieulx que pour- 
rez, marchez droit à Byagras, car, avecques les gens 
de cheval que j'ay, demoureray sur le derrière; il 
fault laisser nostre bagage aux ennemys, il n'y a 
remède, saulvons les personnes s'il est possible. » 
Incontinent que le bon chevalier eut parlé, le cappi- 
taine Lorges fist son commandement et se retira 
cependant qu'ilz faisoient ceste résistance à la barrière. 
La pluspart de tous les François montèrent à cheval 
et se retirèrent selon la fortune très-gaillardement, et 
ne perdirent point dix hommes. Les ennemys estoient 
descenduz la pluspart et par les maisons, et de tous 
costez cherchoient le bon chevalier, mais il estoit 
desjà à Byagras, où luy arrivé, eut quelques paroUes 
fascheuses à l'admirai. Toutesfois je n'en feray aucune 
mention ; mais si tous deux eussent vescu plus longue- 
ment qu'ilz ne firent, feussent peult-estre allez plus 
avant. Le bon chevalier cuyda mourir de dueil du 
malheur qui luy estoit advenu, mesmement que ce 
n' estoit pas par sa faulte; mais en guerre y a de 
l'heur et du malheur plus qu'en toutes autres choses*. 

1. Erat in Rabecca vico juxta emissariam ex Ticino amne 
Baiardus, inter Gallos duces pugnacissimus, cum equitibus utrius- 
que armaturœ circiter mille et tribus peditum vexillis, quatuor 

fere miliarum intervallo a majoribus disjunctus castris Qua 

fretus propinquitate castrorum Baiardus, per se vir impiger et 
elatus, valide que innixus praesidio, ut plerunque strenuis accidit, 
negligentius excubebat. Hune cum opprimere statuisset [Pesca- 
rius] tria milia Hispanorum délecta Mediolano de prima vigilia 
educit ; iis imperat ut tunicas linteas thoracibus superinduant ut 
eo candore per tenebras ab hostibus dinoscantur... Porro Caro- 



410 HISTOIRE DE BAYART 

Quelque peu de temps après ceste retraicte de Rebec, 
le seigneur admirai congnoissant son camp admoin- 



lum Lanoium monet ut instructa acie cum reliquis coplis ad 
sextum usque lapidem diluculo subsequatur, ut si Bonivettus 
Baiardo auxilium ferre velit, Hispanis ad integram aciem detur 
receptus... Itaque Piscarius noctu confecto itinere paulo ante 
lucem Rabeccam pervenit, Joannem Medicem cum equitatu vias 
egressusque omnes ita obsidere jubet ut silentio équités ad Abia- 
tum excurrant, ne Bonivettus, si quid fortasse senserit, ad feren- 
dam opem improvisus adveniat. Ipse ante alios scuto gladioque 
contentus stationem adoritur : Galli semisomnes arma capiunt, 
ad portam tumultuariae munitionis Egidius Gortonensis cum 
vexillo Gorsorum impigre resistit. Sed dum frenantur equi, dum 
e stratis, tuba exciti, sese équités ejiciunt et in omnes vici partes 
discurrunt, irrumpente Piscario, Egidius interficitur, cœduntur 
Gorsi, Galli inermes fœda fuga undique dilabentes capiuntur. 
Baiardus uti erat discinctus, relictis signis militaribus, evasit; 
reliqui ferme omnes équités aut in vico capti sunt, aut in Medices 
turmas, dum profugerent, inciderunt (Paul Jove, Vie de Pescaire, 
1. m, p. 357). 

Los Franceses medio adormidos toman las armas ; el capitan 
Egidio de Gortono con una vandera de Gorços, animosamente 
resistio a la puerta con un reparo, pero en tanto que se enfre- 
navan los caballos y la gente de arma despertada por las trom- 
petas se levantava de las camas y discurria por todas partes, 
entrando el marques de Pescara con furia, fue muerto el capitan 
Egidio y los Gorços rompidos, y los Franceses desarmados 
huyendo afrentosamente por todas partes fueron presos. El 
capitan Bayardo assi desarmado como estava se salvô dexando 
las vanderas militares, y los otros cavalleros casi todos fueron 
prendidos en la ciudad, o huyendo cayeron en la gente del capitan 
Juanis de Medicis (Historia del fortissimo y prudentissimo capitan 

don Hernando de Avalos, marques de Pescara recopilada por el 

maestro Vallès. Anvers, 1578, in-8% p. 95). 

Le village estoit plein des ennemys ; si combatirent bien deulx 
heures de nuyt, qui fust cause que plusieurs Françoys eurent 
loisir soy armer et se saulver. Quant les Espaignols virent que il 
n'estoit possible avoir Bayard, si ce renforcèrent de plus fort que 
jamais. Quant Bayard veist que les Espaignolz estoient tous 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 411 

drir de jour en jour, tant par faulte de vivres que de 
maladie qui couroit parmy ses gens, tint conseil 
avecques les cappitaines, où pour le mieulx fut déli- 
béré qu'on se retireroit, et ordonna ses batailles, où 
en Tarrière-garde, comme tousjours estoit sa cou- 
tume aux retraictes, demoura le bon chevalier * . Les 



après luy et que il les avoit abusés affin que les Françoys eussent 
loisir de eulx saulver, si se retira tousjours sedeffendantd'eulx... 
si faisoit son cousin [Gaspard du Terrail de Bernin] qui estoit 
fort jeune, puissant et hardy, et firent tant qu'ilz se deffirent de 
leurs ennemys (Ghampier, fol. lv). 

Il marchese de Pescara... avendo notitia che nella terra di 
Rebecco allogiavano con monsignore di Bayardo trecento cavalli 
leggieri e molti fanti, chiamato in compagnia Giovanni de Me- 
dici, assaltatigli improvisamente, presa la maggior parte de gli 
uomini e de cavalli, dissipati e missi in fuga gli altri, ritorno 
subito a Milano per non dar tempo a nimici ch' erano in Bia- 
grassa de segutarlo (Guichardin, 1. VI, p. 458). 

Pauci, in quibus Baiardus etEgidiusGortonensis, memores pris- 
tinœ virtutis hosti occurrere, multos dejecere ; reliqui fuga sibi 
consulere. Ita factum ut multis caesis Robecho hostes potirentur. 
Terralius, qui se unum peti non ignorabat, cum duodecim equi- 
tibus, ferro via aperta, viam sibi fecit et ad Gouffierum pervenit 
(Ferron., 1. VH, p. 140). 

1. Bonnivet blessé abandonna le commandement de l'armée en 
retraite à Bayart et à Vandenesse : î« Bonivetus, écrit Beaucaire, 
ne in Borbonii, hominis inimicissimi, manus incideret veritus, 
imperio se abdicavit ac Baiardo reducendi exercitus munus 
delegavit; quem Baiardus militari libertate excipiens : « Si rébus 
integris, inquit, munus hoc mihi delegasses ne gallicae existima- 
tioni, exercituique melius consulisses; quantumvis autem res nos- 
trse afflictae sunt, eam nihilhominus quam debeo patriœ fortem 
operam praestabo. » Bonivetus statim ex acie excessit ac mox 
lectita vectus se subduxit. Baiardus ac Vendenessius, Palicii 
frater, cum fortissimis equitum, postremam aciem clauserunt. 
Fœderati, numéro aucti, altéra impressione in nostros invaserunt; 
sed ita Baiardo ac Vendenessio, Gallis que equitibus repulsi sunt 
ut nostris in posterum negotium facessere ausi non sunt ; verum 



41^ HISTOIRE DE BAYART 

Espaignolz les suyvirent de jour en jour, et mar- 
choient en belle bataille après les François, et souvent 
s'escarmouchoient ; mais quant venoit à charger, 
tousjours trouvoient en barbe le bon chevalier 
avecques quelque nombre de gens d'armes, qui leur 
monstroit ung visage si asseuré qu'il les faisoit 
demourer tout coy, et menu et souvent les rembar- 
roit* dedans leur grosse troppe. Hz gectèrent aux 
deux esles d'ung grant chemin, force hacquebutiers 
et hacquebouziers, qui portent pierres aussi grosses 
que une hacquebute à croc, dont ilz tirèrent plusieurs 
coups, et de l'ung fut frappé le gentil seigneur de 
Vendenesse^, dont il mourut quelque temps après, qui 
fut ung gros dommage pour la France. Il estoit de 
petite corpulence, mais de haultesse de cueur et de 
hardiesse personne ne le passoit. Ce jeune seigneur 



uterque in eo conflictu sclopetorum furcis impositorum glandibus 
caesus est (Beaucaire, Comment., p. 542). 

Estonces el capitan Boniveto porque con el dolor de la herida 
yendo en una litera no podia hazer el officio de capitan, dio todo 
el cargo y govierno al capitan Bayardo y le rogô muy encares- 
ciendamente que, por la honra de la nacion francesa, quisiesse 
defender la artilleria y vanderas que estavan encomandadas a su 
fe y virtud, pues en todo el exercito no avia ninguno que fuesse 
meior que el de manos ni en conseio. Respondio el diziendo : «Bien 
quisiera oy, monsegnor capitan, que uvierades entregado esse 
cargo honroso en fortuna mas favorable a nosotros : pero como 
quiera que la ventura se tratare comigo, yo alomenos hare lo que 
en mi fuere, denfendiendola valerosamente y entre tan to que yo 
viviere, ella no vendra en manos del enemigo. » (Vallès, p. 105). 

Voyez en outre Brantôme, sur la mort de Bayart (Édit. de la 
Soc. de l'Hist. de France, vol. II, p. 382). 

1. Rembarroit, rejetait. 

2. Jean de Ghabannes, seigneur de Vandenesse, capitaine de 
mille hommes de pied, frère du maréchal de la Palisse. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 44 S 

de Vaudemont, qui de nouvel estoit au mestier des 
armes, s'i porta tant gaillardement que merveille, et 
fist tout plein de belles charges, tant qu'il sembloit 
que jamais n'eust fait autre chose. En ces entre- 
faictes, le bon chevalier, asseuré comme s'il eust 
esté en sa maison, faisoit marcher les gens d'armes, 
et se retiroit le beau pas, tousjours le visage droit 
aux ennemys, et l'espée au poing, leur donnoit plus 
de craincte que ung cent d'autres ; mais comme Dieu 
le voulut permettre, fut tiré ung coup de hacque- 
bouze, dont la pierre le vint frapper au travers des 
rains, et luy rompit tout le gros os de l'eschine. 
Quant il sentit le coup, se print à crier : c Jésus! > et 
puis dist : « Hélas ! mon Dieu, je suis mort. » Si print 
son espée par la poignée et baisa la croisée en signe 
de la croix, et en disant tout hault : « Miserere mei, 
Deus^ secundum magnam misericordiam tuam; » et 
devint incontinent tout blesme, comme failly des 
esperitz, et cuyda tumber; mais il eust encores le 
cueur de prendre l'arson de la selle, et demoura en 
estant^ jusques à ce que ung jeune gentilhomme, son 
maistre d'hostel'^, luy ayda à descendre et le mist 
soubz ung arbre. Ne demoura guères qu'il ne feust 
sceu parmy les amys et les ennemys que le cappi- 
taine Bayart avoit esté tué d'ung coup d'artillerie, 
dont tous ceulx qui en eurent les nouvelles furent à 
merveilles desplaisans^. 

1. En estant, debout. 

2. Maître d'hôtel ou prévôt de sa maison; il se nommait 
Jacques Joffrey, était de Saint-Chef en Viennois (Aymar du 
Rivail, p. 577) et avait remplacé Ymbert de Vaux-Milieu. 

3. Si vint un coupt par le vouloir de Dieu, frappa le noble Bayard 
par le my du corps : quant le noble chevalier sentit qu'il estoit 



414 HISTOIRE DE BAYART 



CHAPITRE LXV. 

Du grcmt dueil qui fut démené pour le trespas du bon 
chevalier sans paour et sans reprouche. 

Quant les nouvelles furent espandues parmy les 
deux armées, que le bon chevalier avoit esté tué ou 

■ainsi blecé, si ce fist descendre de cheval soubz ung arbre, si 
demanda ung prestre pour soy confesser et ordonna son testament 
estre faict ensuyvant celluy de son père Aymé Terrail, lequel 
avoit substitué après ses frères son cousin Gaspard Terrail; si 
fist son éxéquatur testamentaire le seigneur d'Alègre qui estoit 
présent (Ghampier, fol. lvi). 

En quai rencuentro mienta que el capitan Bayardo hazia bolver 
la cavalleria para retirarse poco a poco, fue herido de un tiro de 
arcabuz en un lado, y cayo... Fue tomado de los cavalleros vizinos 
para llevarlo en medio de la batalla de la infanteria, pero el luego 
que entendio, rompidas las entranas, que estava cercano al fin de 
su vida, les rogô que lo dexassen en aquel campo en donde avia 
combatido : porque, como convenia a hombre de guerra y él 
antes siempre lo avia desseado, muriesse armado (Vallès, p. 105). 

Baiardus dum equitum alas ad suos se recipiat volubilis cir- 
cumagit, se sub latere dextro glande plumbea ictus corruit, ac 
sese circa vicinam quercum proternens christum optimum maxi- 
mum obtestatus est (Ferron., 1. VII, p. 143). 

Le capitaine Bayard et le seigneur de Vandenesse estans 
demourez sur la queue, soustindrent l'effort de ceste charge, 
mais tous deux y demourèrent. Le seigneur de "Vandenesse mou- 
rut sur le champ et le capitaine Bayard fut blessé d'une arque- 
bouzade au travers du corps, lequel, persuadé de ses gens de se 
retirer, ne le voulut consentir, disant n'avoir jamais tourné le 
derrière à l'ennemy. Et après les avoir repoulsés se feit descendre 
par ung sien maistre d'hostel, lequel jamais ne l'abandonna, et se 
feit coucher au pied d'ung arbre le visaige devers l'ennemy (Du 
Bellay, liv. I). 

Ce fut à dix heures du matin que Bayart fut frappé du coup 
mortel (Aym. du Rivail, ibid.). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 415 

pour le moins blessé à mort, mesmement au camp 
des Espaignolz, combien que se feust l'ung des 
hommes du monde dont ilz eussent greigneur* 
craincte, en furent tous, gentilzhommes et souldars, 
desplaisans merveilleusement pour beaucoup de rai- 
sons ; car quant en son vivant faisoit courses et il en 
prenoit aucuns prisonniers, les traictoit tant humaine- 
ment que merveilles, et de rançon tant doulcement 
que tout homme se contentoit de luy. Ilz congnois- 
soient que par sa mort noblesse estoit grandement 
affoiblie ; car sans blasmer les autres, il a esté parfaict 
chevalier en ce monde. Faisant la guerre avec luy, 
s'adressoient leurs jeunes gentilzhommes^. Et dist ung 
de leurs principaulx cappitaines, qui le vint veoir 
devant qu'il rendist l'ame, nommé le marquis de Pes- 
care, une haulte parolle à sa louenge, qui fut telle, en 
son langage : « Pleust à Dieu, gentil seigneur de Bayart, 
qu'il m'eust cousté une quarte de mon sang, sans 
mort recevoir, je ne deusse manger chair de deux 
ans, et je vous tiensisse en santé mon prisonnier, car 
par le traictement que je vous feroye, auriez con- 
gnoissance de combien j'ay estimé la haulte prouesse 
qui estoit en vous. Le premier loz que vous don- 
nèrent ceulx de ma nation quant ont dist : Mouches 
Grisonnes et paucos Bayardos"^, ne vous fut pas donné 



1 . Greigneur, plus grande. 

2. C'est-à-dire que les jeunes gentilshommes ennemis se dres- 
saient parfaitement à l'art de la guerre en combattant contre 
Bayart. 

3. Pour : « Muchos Grisones e pocos Bayardos. » Il y a beaucoup 
de grisons, mais peu de bayards. 



416 HISTOIRE DE BAYART 

à tort; car depuis que j'ay congnoissance des armes, 
n'ay veu ne ouy parler de chevalier qui en toutes 
vertus vous ait approuché. Et combien que je deusse 
estre bien aise vous veoir ainsi, estant asseuré que 
l'empereur, mon maistre, en ses guerres n'avoit 
point de plus grant ne rude ennemy, toutesfois, quant 
je considère la grosse perte que fait aujourd'huy toute 
chevalerie, Dieu ne me soit jamais en ayde si je ne 
vouldroys avoir donné la moytié de mon vaillant^, et 
il feust autrement. Mais puisque à la mort n'a nul 
remède, je requiers cil qui tous nous a créez à sa 
semblance, qu'il vueille retirer vostre ame auprès 
de luy. » Telz piteux et lachrymables regretz faisoit 
le gentil marquis de Pescare et plusieurs autres cappi- 
taines sur le corps du bon chevaHer sans paour et 
sans reprouche, et croy qu'il n'y en eut pas six de 
toute l'armée des Espaignolz qui ne le viensissent 
veoir l'ung après l'autre^. Or, puisqu'ainsi est que les 
ennemys si efforcéement ploroient sa mort, peult-on 
assez considérer la grande desplaisance qui en fiit 



1. Mon vaillant, mon bien. 

2. Le Loyal serviteur ne parle pas de la célèbre rencontre de 
Bayart et du connétable de Bourbon. « Le duc de Bourbon, » dit 
Du Bellay (liv. I), « lequel estoit à la poursuite de nostre camp, 
le vint trouver et dict audict Bayard qu'il avoit grant pitié de luy 
le voyant en cest estât, pour avoir esté si vertueux chevalier. Le 
capitaine Bayard luy feit responce : « Monsieur, il n'y a point de 
« pitié pour moy; car je meurs en homme de bien, mais j'ay pitié 
« de vous, de vous veoir servir contre vostre prince et vostre patrie 
« et vostre serment. » Et peu après ledict Bayard rendit l'esprit. » 

Semianimis adhuc venienti Borbonio ejusque consolanti nihil 
aliud respondit quam : « Sero et ubinam fides, hère? » (Ferron., 
LYII, p. 143). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 417 

par tout le camp des François, tant des cappitaines, 
gens d'armes que gens de pied ; car de chascun en sa 
qualité se faisoit aymer à merveilles ! Vous eussiez dit 
qu'il n'y avoit celluy qui n'eust perdu son père ou sa 
mère. Mesmement les povres gentilzhommes de sa 
compaignie faisoient dueil inestimable. « Las ! di- 
soient-ilz parlans à la mort, desloyalle fïirie! que 
t'avoit meffaict ce tant parfaict et vertueux chevalier? 
tu ne t'es pas vengée de luy tout seul ; mais nous tous 
as mis en douleur, jusques à ce que tu ayes fait ton 
chef-d'œuvre sur nous comme sur luy. Soubz quel 
pasteur yrons-nous plus aux champs! Quelle guyde 
nous pourra désormais Dieu donner, où nous feus- 
sions en telle seureté que quant nous estions avecques 
luy? car il n'y avoit celluy qui en sa présence ne feust 
aussi asseuré qu'en la plus forte place du monde. Où 
trouverrons-nous doresnavant cappitaine qui nous 
rachapte quant nous serons prisonniers, qui nous 
remonte quant serons desmontez, et qui nous nour- 
risse comme il le faisoit? Il est impossible. 
cruelle mort ! c'est tousjours ta façon que tant plus 
est ung homme parfait, de tant plus prens-tu tes 
esbas à le destruire et le defFaire. Mais si ne sçaurois- 
tu si bien jouer qu'en despit de toy, combien que tu 
luy ayes osté la vie en ce monde, que renommée et 
gloire ne luy demoure immortelle tant qu'il durera, car 
sa vie a esté si vertueuse qu'elle laissera souvenir à 
tous les preux et vertueux chevaliers qui viendront 
après luy. » Tant piteusement se démenoient les 
povres gentilzhommes que, si le plus dur cueur du 
monde eust esté en présence, l'eussent contrainct 

27 



418 fflSTOiRE DE BAYART 

partir^ àleurdueil. Ses povres serviteurs domesticques 
estoient tous transsiz ; entre lesquelz estoit son povre 
maistre d'ostel, qui ne l'abandonna jamais , et se con- 
fessa le bon chevalier à luy par faulte de prestre. Le 
povre gentilhomme fondoit en larmes, voyant son bon 
maistre si mortellement navré que nul remède en sa 
vie n'y avoit. Mais tant doulcement le réconfortoit 
icelluy bon chevalier, en luy disant : « Jaques, mon 
amy, laisse ton dueil; c'est le vouloir de Dieu de 
m'oster de ce monde ; je y ay, la sienne grâce, lon- 
guement demouré, et y ay receu des biens et des 
honneurs plus que à moy n'appartient ; tout le regret 
que j'ay à mourir, c'est que je n'ay pas si bien fait 
mon devoir que je devoys, et bien estoit mon espé- 
rance, si plus longuement eusse vescu, d'amender les 
faultes passées. Mais puisqu'ainsi est, je supplie mon 
Créateur avoir pitié, par son infinie miséricorde, de 
ma povre ame , et j'ay espérance qu'il le fera, et que, 
par sa grande et incompréhensible bonté n'usera point 
envers moy de rigueur de justice. Je te prie. 
Jaques mon amy, qu'on ne m'enliève point de ce 
lieu ; car quant je me remue, je sens toutes les dou- 
leurs que possible est de sentir, hors la mort, laquelle 
me prendra bientost. » 

Peu devant que les Espaignolz arrivassent au 
lieu où avoit esté blessé le bon chevalier, le sei- 
gneur d'Alègre, prévost de Paris, parla à luy, et 
luy- déclaira quelque chose de son testament. 



1. Partir à, partager, 

2. Et luy, et Bayart lui. 



PAR LE LOYAL SERVITEIIR. 4! 9 

Aussi y vint ung cappitaine des Suysses, nommé 
Jehan Dyesbac^ qui l'avoit voulu emporter sur des 
picques, avecques cinq ou six de ses gens, pour le 
cuyder sauver ; mais le bon chevalier, qui congnois- 
soit bien comment il luy estoit, le pria qu'il le laissast 
pour ung peu penser à sa conscience, car de l'oster 
de là ne seroit que abrègement de sa vie. Si convint 
aux deux gentilzhommes en grans pleurs et gémisse- 
mens, le laisser entre les mains de leurs ennemys; 
mais croyez que ce ne fut pas sans faire grans regretz, 
car à toutes forces ne le vouloient habandonner ; mais 
il leur dist : « Messeigneurs, je vous supplie, allez- 
vous-en ; autrement vous tumberiez entre les mains 
des ennemys, et cela ne me proufïiteroit de riens, car 
il est fait de moy. A Dieu vous command', mes bons 
seigneurs et amys. Je vous recommande ma povre 
ame, vous suppliant, au surplus (adressant sa parolle 
au seigneur d'Alègre), que me saluez le roy nostre 
maistre, et que desplaisant suis que plus longuement 
ne luy puis faire service, car j'en avois bonne vou- 
lenté; à messeigneurs les princes de France, et à tous 
messeigneurs mes compaignons, et générallement à 
tous les gentilzhommes du très honnoré royaulme de 
France, quant les verrez. » En disant lesquelles pa- 
rolles, le noble seigneur d'Alègre ploroit tant piteuse- 
ment que merveilles, et print en cest estât congé de 
luy~. Il demoura encores en vie deux ou trois heures; 

1. Jean de Diesbach, fils de Guillaume, avoier de Berne, com- 
mandant des bandes suisses. 

2. Quant le noble Bayard sentit que les ennemis venoient droict 
à luy si dict à Monsieur d'Alègre et à ceulx qui estoient présens : 
« Monsieur, je vous prie, saulvez vous et vostre compaignie, que 



420 HISTOIRE DE BAYART 

et par les ennemys luy fut tendu ung beau pavillon et 
ung lict de camp sur quoy il fut couché ^ et luy fut 
amené ung prestre auquel dévotement se confessa, et 
en disant ces propres motz : « Mon Dieu, estant 
asseuré que tu as dit que celluy qui de bon cueur 
retournera vers toy, quelque pécheur qu'il ait esté, 
tu es tousjours prest de le recevoir à mercy et luy 
pardonner. Hélas! mon Dieu, créateur et rédempteur, 
je t'ay offencé durant ma vie griefvement, dont il me 
desplaist de tout mon cueur; je congnois bien que 
quant je serois aux désers mille ans, au pain et à 
l'eaue, encores n'esse pas pour avoir entrée en ton 
royaulme de paradis, si par ta grande et infinie bonté 
ne t'y plaisoit me recevoir ; car nulle créature ne peult 
mériter en ce monde si hault loyer. Mon Père et Sau- 
veur, je te supplie qu'il te plaise n'avoir nul regard 
aux faultes par moy commises, et que ta grande misé- 
ricorde me soit préférée à la rigueur de ta justice. » 
Sur la fin de ces paroUes, le bon chevalier sans paour 



ne soyez prins des ennemys. — Certes, dist le seigneur d'Alègre, 
ne feray, capitaine, car je ne vous laisseray point. — Alors, luy 
dict Bayard, si ne le faictes me ferez très grant desplaisir, car je 
suys mort et en moy n'a nul remède fors que de recommander 
mon âme à Dieu et si ne veulx personne avecques moy, car bien- 
tost rendray l'âme à Dieu auquel je prie que, par sa saincte pas- 
sion, vueille avoir mercy de mon âme et à ma fin vueille par- 
donner comme il fit au bon larron qui pendoit en croix avecques 
luy. » Alors print Monsieur d'Alègre congié du noble Bayard les 
larmes aulx yeulx (Ghampier, f. lvi). 

1 . El marques [de PescaraJ despues que recibio al capitan 
Bayardo diputandole gardas que le serviessen diligentemente 
quando espirasse y trabaiassen que no recibesse ninguna fuerça 

ni injuria de ningun soldado avariento o ignorante (Vallès, 

p. 105.) 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 424 

et sans reprouche rendit son ame à Dieu, dont tous 
les ennemys eurent dueil non croyable. 

Par les chiefz de l'armée des Espaignolz , furent 
commis certains gentilzhonmies pour le porter à 
l'église, où luy fut fait solennel service durant 
deux jours, puis par ses serviteurs fut mené en 
Daulphiné K Et en passant par les terres du duc 
de Savoye , où son corps reposoit , luy fîst faire 
autant d'honneur que s'il eust esté son frère. 
Quant les nouvelles de la mort du bon chevalier 
furent sceues ou Daulphiné , ne fault point parti- 
culièrement descripre le dueil qui y fut fait, car les 
prelatz, gens d'église, nobles et populaire le faisoient 
égallement ; et croy qu'il y a mille ans qu'il ne mourut 
gentilhomme du pays plainct de la sorte. On alla au- 
devant du corps jusques au pied de la montaigne , et 
fut amené d'église en église en grant honneur jusques 
auprès de Grenoble 2, où au-devant du corps une 

1. Fut baillé un sauf conduict à son maistre d'hostel pour 
porter son corps en Dauphiné, dont il estoit natif (Du Bellay, 
liv. I). 

2. Quelque temps après le corps de Bavard fut porté à Gre- 
noble et fut par messieurs de justice et les gentilzhommes du 
pays et par ceulx de la ville receu en moult honneur et grant 
dueil, plain d'ung chascun tant de la noblesse que de messieurs 
de justice que du populaire, et ne fust de vie d'homme tant 
regretté seigneur ny aultre d'ung chascun que le noble Bayard. 
Après que fust le corps porté à Grenoble, fust mys au couvent et 
monastère des Minimes, lequel avoit fondé et faict édiffier mon- 
seigneur Laurens des Allemans, oncle dudict Bayard, seigneur et 
evesque de Grenoble, et pour ce que en son trespas le seigneur de 
Bayard avoit ordonné estre sépulture avec son père et mère au 
lieu de Grenion, furent assemblés les parens là où il devoit estre 
inhumé et fust dict que pour ce qu'il avoit esté lieutenant du 



422 HISTOIRE DE BAYART 

demye lieue furent messeigneurs de la court de par- 
lement du Daulphiné, messeigneurs des comptes, 
quasi tous les nobles du pays, et la plus part de tous 
les bourgeois, manans et habitans de Grenoble, les- 
quelz convoyèrent le trespassé jusques en l'église 
Nostre-Dame dudit Grenoble, où le corps reposa ung 
jour et une nuyt, et luy fut fait service fort solennel. 
Le lendemain, ou mesme honneur qu'on l'avoit fait 
entrer en Grenoble, fut conduit jusques à une religion 
de Mynymes, à demye lieue de la ville, que autres- 
fois avoit fait fonder son bon oncle, l'évesque dudit 
Grenoble, Laurens Aiment, où il fut honnorablement 
enterré, puis chascun se retira en sa maison; mais 
on eust dit durant ung moys que le peuple du Daul- 
phiné n'attendoit que ruyne prochaine, car on ne 
faisoit que plorer et larmoyer, et cessèrent festes, 
dances, bancquetz, et tous autres passetemps. Las ! 
ilz avoient bien raison, car plus grosse perte n'eust 
sceu advenir pour le pays. Et quiconques en eut dueil 
au cueur, croyez qu'il touchoit de bien près aux 
povres gentilzhommes, gentilzfemmes, vefves et aux 
povres orphelins, à qui secrètement il donnoit et 
départoit de ses biens. Mais avecques le temps toutes 
choses se passent, fors Dieu aymer.- Le bon chevalier 
sans paour et sans reprouche l'a craint et aymé du- 
rant sa vie; après sa mort renommée luy demeure. 



gouverneur du pays et que Grenoble estoit le chief de la justice 
Daulphinale seroit meilleur qu'il fut en sépulture au couvent des 
Minimes... Et furent les obsèques et funérailles faictes comme 
s'il eust esté non ung lieutenant ou gouverneur, mais ung prince 
(Ghampier, fol. Lvin). 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 4SS 

comme il a vescu en ce monde, entre toutes manières 
de gens^ 

CHAPITRE LXVI ET DERNIER. 

Des vertus qui estaient au bon chevalier sans paour et 
sans reprouche. 

Toute noblesse se debvoit bien vestir de dueil le 
jour du trespas du bon chevalier sans paour et sans 
reprouche, car je croy que depuis la création du 
monde, tant en la loy chrestienne que payenne, ne 
s'en est trouvé ung seul qui moins luy ait fait de 
déshonneur ne plus d'honneur. Il y a ung commun 
proverbe qui dit que nul ne veit sans vice; ceste 
reigle a failly à l'endroit du bon chevalier, car j'en 
prens à tesmoing tous ceulx qui l'ont veu, parlans à 
la vérité, s'ilz en congneurent jamais ung seul en luy ; 
mais au contraire, Dieu l'avoit doué de toutes les 
vertus qui pourroient estre en parfaict homme, 
èsquelles chascune par ordre se sçavoit très bien con- 
duyre. Il aymoit et craignoit Dieu sur toutes choses; 
ne jamais ne le juroit ne blasphesmoit, et en tous ses 
affaires et nécessitez a voit à luy seul son recours, 
estant bien certain que de luy et de sa grande et infinie 
bonté procèdent toutes choses. Il aymoit son prochain 

1. Les ennemis de la France eux-mêmes rendirent justice à 
Bayart après sa mort, ainsi que le témoigne une lettre écrite par 
Adrien de Croy, seigneur de Beaurain, à l'empereur Charles- 
Quint. On la trouvera à l'appendice : c'est un des plus éclatants 
hommages rendus à la mémoire du bon chevalier. 



4^4 HISTOIRE DE BAYART 

comme soy-mesmes ; et bien l'a monstre toute sa vie , 
car oncques n'eut escu qui ne feust au commande- 
ment du premier qui en avoit à besongner, et sans en 
demander. Bien souvent en secret en faisoit bailler 
aux povres gentilzhommes, qui en avoient nécessité, 
selon sa puissance. 

Il a suivy les guerres soubz les roys Charles VHP, 
Louis XIP et François premier de ce nom, roys 
de France, par l'espace de xxxnii ans, où durant 
le temps ne s'est trouvé homme qui l'ait passé en 
toutes choses servans au noble exercice des armes; 
car de hardiesse, peu de gens l'ont approché; de 
conduyte, c'estoit ung Fabius Maximus; d'entre- 
prinses subtiles, ung Coriolanus; et de force et magna- 
nimité, ung second Hector, furieux aux ennemys, 
doulx, paisible et courtois aux amys. Jamais souldart 
qu'il eust soubz sa charge, ne fut démonté, qu'il ne 
remontast; et pour plus honnestement donner ces 
choses, bien souvent changeoit ung coursier ou cheval 
d'Espaigne, qui valloit deux ou trois cens escuz, à ung 
de ses hommes d'armes, contre ung courtault de six 
escuz, et donnoit à entendre au gentilhomme que le 
cheval qu'il luy bailloit luy estoit merveilleusement 
propre. Une robe de veloux, satin ou damas chan- 
geoit tous les coups contre une petite cape, afiRn que 
plus gracieusement et au contentement d'ung chas- 
cun il peust faire ses dons. On pourroit dire : il ne 
povoit pas donner de grans choses, car il estoit 
povre ; autant estoit-il honnoré d'estre parfaictement 
libéral selon sa puissance que le plus grant prince du 
monde, et si a gaigné durant les guerres en sa vie 
cent mille francz en prisonniers qu'il a départis à 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 42î5 

tous ceulx qui en ont eu besoing. Il estoit grant 
aumosnier et faisoit ses aulmosnes secrètement. Il 
n'est riens si certain qu'il a marié en sa vie, sans en 
faire bruyt, cent povres filles orphelines, gentilz- 
femmes ou autres. Les povres veufves consoloit et 
leur départoit de ses biens. Avant que jamais sortir 
de sa chambre, se recommandoit à Dieu, disoit ses 
heures à deux genoulx, en grande humilité, mais ce 
faisant ne vouloit qu'il y eust personne. Le soir quant 
il estoit couché, et il congnoissoit que ses varletz de 
chambre estoient endormis, feust y ver ou esté, se 
levoit en sa chemise, et tout le long de son corps 
s'estendoit et baisoit la terre. Jamais ne fut en pays 
de conqueste que, s'il a esté possible de trouver 
homme ou femme de la maison où il logeoit, qu'il ne 
payast ce qu'il pensoit avoir despendu. Et plusieurs 
fois luy a l'on dit : « Monseigneur, c'est argent perdu 
ce que vous baillez; car au partir d'icy, on mettra le 
feu céans, et ostera l'on ce que vous avez donné. » Il 
respondoit : « Messeigneurs, je fais ce que je doy. 
Dieu ne m'a pas mis en ce monde pour vivre de 
pillage, ne de rapine; et davantage ce povre homme 
pourra aller cacher son argent au pied de quelque 
arbre, et quant la guerre sera hors de ce pays, il s'en 
pourra ayder et priera Dieu pour moy. » Il a esté en 
plusieurs guerres où il y avoit des Almans, qui au 
desloger mectent voulentiers le feu en leurs logis : le 
bon chevalier ne partit jamais du sien qu'il ne sceust 
que tout feust passé, ou qu'il n'y laissast gardes affin 
qu'on n'y mist point le feu. Entre toutes manières de 
gens, c'estoit la plus gracieuse personne du monde, 
qui plus honnoroit gens de vertu, et qui moins par- 



426 HISTOIRE DE BAYART 

loit des vicieux. Il estoit fort mauvais flateur et adula- 
teur; tout son cas estoit fondé en vérité, et à quelque 
personne que ce feust, grant prince ou autre, ne 
fléchissoit jamais pour dire autre chose que la raison. 
Des biens mondains, il n'y pensa en sa vie; et bien 
l'a montré , car à sa mort il n'estoit guères plus riche 
que quant il fut né^ Quant on luy parloit des gens 
puissans et riches où il pensoit qu'il n'y eust pas 
grande vertu faisoit le sourt et en respondoit peu, et 
par le contraire ne se pouvoit saouUer de parler des 
vertueux. Il estimoit en son cueur ung gentilhomme 
parfait, qui n'avoit que cent francs de rente, autant 
que ung prince de cent mille, et avoit cela en son 
entendement que les biens n'anoblissent point le 
cueur. 

Le cappitaine Loys d'Ars le nourrit en jeu- 
nesse, et croy bien que soubz luy aprist le commen- 
cement des armes. Aussi toute sa vie lui a-il porté 
autant d'honneur que s'il eust esté le plus grant roy 
du monde; et quant on parloit de luy, le bon cheva- 
lier y prenoit plaisir merveilleux, et n'estoit jamais las 
d'en bien dire. Il ne fut jamais homme suyvant les 
armes qui mieulx en congneust l'ypocrisie, et souvent 

1. Il y a quelque exagération dans cette affirmation si absolue 
du Loyal serviteur. Bayart quitta la maison paternelle sans aucun 
bien. Il acheta plus tard les terres de Grignon et Saint-Maxi- 
min, ainsi qu'il résulte d'un acte d'acquisition daté du 31 octobre 
1521 et conservé aux Archives de l'Isère (Quartus liber alienatio- 
num. Pièce 40), et laissa entre les mains de ses frères des sommes 
assez fortes pour que, après sa mort, ils pussent donner en 
dot à sa fille naturelle quatorze cents écus d'or, ce qui repré- 
sente une valeur intrinsèque de dix-sept mille francs et une 
valeur dix fois supérieure à la puissance actuelle de l'argent. 



PAR LE LOYAL SERVITEUR. 427 

disoit que c'est la chose en ce monde où les gens sont 
plus abusez, car tel fait le hardy breneux en une 
chambre, qui, aux champs devant les ennemys, est 
doulx comme une pucelle. Peu a prisé en son temps 
gens d'armes qui habandonnent leurs enseignes pour 
contrefaire les hardis, ou aller au pillage. C'estoit le 
plus asseuré en guerre qu'on ait jamais congneu , et à 
ses parolles eust fait combatre le plus couart honmie 
du monde. 11 a fait de belles victoires en son temps, 
mais jamais on ne l'en ouyt venter, et s'il convenoit 
qu'il en parlast, en donnoit tousjours la louenge à 
quelque autre. Durant sa vie a esté à la guerre 
avecques Anglois, Espaignolz, Almans, Ytaliens et 
autres nations, et en plusieurs batailles gaignées et 
perdues ; mais où elles ont esté gaignées, Bayart en 
estoit tousjours en partie cause, et où elles se sont 
perdues, s'est trouvé tousjours si bien faisant que 
gros honneur luy en est demouré. Oncques ne voulut 
servir que son prince, soubz lequel n'avoit pas de 
grans biens , et luy en a on présenté beaucoup plus 
d'ailleurs en son vivant; mais tousjours disoit qu'il 
mourroit pour soustenir le bien public de ses pays. 
Jamais on ne luy sceut bailler commission qu'il refu- 
sast; et si luy en a on baillé de bien estranges. Mais 
pour ce que tousjours a eu Dieu devant les yeulx, 
luy a aydé à maintenir son honneur, et jusques au 
jour de son trespas, on n'en avoit pas osté le fer 
d'une esguillette. 

Il fut heutenant pour le roy son maistre ou Daul- 
phiné, ouquel si bien gaigna le cueur tant des nobles 
que des roturiers, qu'ilz feussent tous mors pour 
luy. S'il a esté prisé et honnoré en ses pays ne se 



428 HISTOIRE DE BAYART. 

fault pas esmerveiller ; car trop plus l'a esté par 
toutes autres nations, et cela ne luy a pas duré ung 
ne deux ans mais tant qu'il a vescu, et dure encores 
après sa mort, car la bonne et vertueuse vie qu'il a 
menée luy rend louenge immortelle. Oncques ne fut 
veu qu'il ait voulu soustenir le plus grant amy qu'il 
eust eu ou monde contre la raison ; et tousjours disoit 
le bon gentilhomme que tous empires, royaulmes et 
provinces sans justice sont forestz pleines de brigans. 
Es guerres a eu tousjours trois excellentes choses et 
qui bien affièrent* à parfaict chevalier : assault de 
lévrier, deffense de sanglier et fuyte de loup. 

Brief, qui toutes ses vertus vouldroit descripre il y 
conviendroit bien la vie d'ung bon orateur, car moy 
qui suis débile et peu garny de science n'y sçauroy 
attaindre ; mais de ce que j'en ay dit supplie humble- 
ment à tous lecteurs de ceste présente histoire le 
vouloir prendre en gré, car j'ay faict le mieulx que 
j'ay peu, mais non pas ce qui estoit bien deu pour la 
louenge d'ung si parfaict et vertueux personnage que 
le bon chevalier sans paour et sans reprouche, le gen- 
til seigneur de Bayart, duquel Dieu par sa grâce 
Yueille avoir l'ame en paradis. Amen. 

1. Affièrent, conviennent. 



APPENDICE 



I. 

(Voir p. 3.) 

La famille de Bayart. 

La famille Terrail n'est pas d'une illustration fort ancienne ; 
les généalogistes n'en trouvent pas de traces avant le xiv* siècle : 
elle appartenait à cette petite noblesse héroïque et pauvre dont 
le principal privilège fut déverser son sang pour la France pendant 
tout le moyen-âge. Voici, d'après Ghorier, la liste des aïeux de 
Bayart : Aubert ou Albert, tué à la bataille de Varey (^326) ; — 
Robert, châtelain de la Buissière, combat à Varey (-1 326-'f 333) ; 

— Philippe, tué à la bataille de Poitiers (^350) ; — Pierre, fait 
construire le château de Bayart [\ 404) , est tué à Azincourt (^ 4^ 5) ; 

— Pierre, combat à la bataille d'Anthon [\ 430) , est tué à celle 
de Montlhéry (4465) ; — Aymon, blessé à la bataille de Gui- 
negate, épousa Hélène Alleman et fut père de Bayart. 

Bayart eut trois frères et quatre sœurs : Jacques et Philippe 
entrèrent dans les ordres et devinrent successivement évêques 
deGlandevez; Catherine fut religieuse au monastère de Pré- 
mol ; Jeanne devint abbesse de celui de N. -D. des Haïes ; Marie 
épousa Jacques du Pont et fut mère du capitaine Pierrepont, 
dont il est parlé si souvent dans les récits du Loyal Ser- 
viteur; Claudie épousa Antoine de Theys. Georges, frère aîné 
de Bayart, épousa Claudie d'Arvillars et eut deux filles: Barbe, 
qui ne se maria pas, et Françoise, qui épousa Charles Copier. 

Bayart eut de Barbe de Tresca, appartenant à une noble 
famille de Lombardie, une fille naturelle nommée Jeanne qui 
épousa en 4525 François de Bocsozel; nous publierons plus loin 
son contrat de mariage. 



430 APPENDICE. 

Une autre branche de la famille Terrail est issue de Jacques, 
fils de Philippe ; elle prit le surnom de Bernin, de même que 
la branche aînée avait pris celui de Bayart. Elle finit en -1660 
par Thomas, seigneur de Bernin, et François, seigneur de 
Saussan et Pignan, morts tous deux sans alliances. Cette 
branche avait embrassé le protestantisme. La famille Terrail 
est entièrement éteinte aujourd'hui; ses armoiries étaient: 
d'azur au chef d'argent chargé d'un lion naissant de gueules^ 
au filet d'or mis en bande brochant sur le tout. 

Parmi les pièces relatives à la famille Terrail nous citerons 
les lettres patentes du gouverneur du Dauphiné en date du 
4 mars 4404 autorisant Pierre Terrail à construire une maison 
forte au lieu de Bayart, au mandement d'Avalon ; l'hommage 
prêté par le même le 3^ octobre ^4^3 pour les biens qu'il pos- 
sédait dans le mandement d'Avalon; ces deux actes sont con- 
servés aux archives de l'Isère. Dans les pièces originales du 
cabinet des titres de la Bibliothèque nationale nous trouvons 
une ordonnance du gouverneur du Dauphiné du < 5 octobre 
-1424 enjoignant au receveur de l'aide de la province de payer 
à Pierre Terrail ses gages et ceux de sa compagnie, qui se com- 
posait de quatre hommes d'armes, lui compris. Cette ordon- 
nance est accompagnée de la montre de cette compagnie con- 
tenant les noms de Pierre Terrail, écuyer banneret, Anthoine 
Acquent, Jehan Ronde et le bâtard Terrail, et de la quittance 
avec signature autographe donnée par le même Pierre Terrail 
le 48 octobre '1424 au trésorier qui l'a payé. -^ 

II. 

(Voir p. 139.) 

Ordonnance du roi de France du i2 janvier 1508 
relative à la conduite des gens de pied et promesse 
des capitaines de l'observer^. 

C'est Tordre que le roy veult estre observée et gardée par les 
1. Bibl. nat., ms. Dupuy, vol. 85, p. 26. Original. 



APPENDICE. 431 

cappitaines des gens de pié que ledict seigneur a retenuz pour 
la conduite desdits gens de pié en l'armée qu'il fait présente- 
ment pour aller delà les monts. 

Et premièrement, que lesdictz cappitaines ne prandront que 
tous bons compaignons de guerre et que soient pour bien 
servir ledict seigneur. 

Item, et après que lesdicts compaignons seront levez, lesdicts 
cappitaines les conduiront et mèneront sans les habandonner 
et ne souflfreront qu'ilz pillent et facent maulx au peuple ainsi 
que par cy-devant c'est fait, et si aucuns desdicts gens de pié 
faisoient le contraire, lesdicts cappitaines seront tenuz les 
mectre entre les mains de la justice pour en faire faire répara- 
tion telle qu'il appartient, et s'ilz en estoient reffusans ledict 
seigneur s'en prandra à eulx et en respondront sur leur vie. 

Item, la montre desdicts gens de pié faicte et quMlz auront 
eu paiement, lesdicts cappitaines les feront vivre en bon ordre 
et police et paier les vivres qu'ilz prandront à pris raison- 
nable. 

Item, et ne bailleront lesdicts cappitaines aucunes charges 
ou commissions à gens qu'ilz soient, pour lever lesdicts com- 
paignons et les conduire, qu'ilz ne soient gens de bien et dont 
ilz respondent sUlz faisoient aucuns abbuz ou pilleries. 

Item, et ne lèveront ou mectront sus plus grant nombre de 
compaignons que leur sera ordonné sur peine de s'en prandre 
à eulx. 

Item, lesdicts cappitaines desdicts gens de pié pour chascune 
compaignie de cinq cens hommes auront davantaige xxv payes 
pour départir à leurs lieutenans, porteurs d'enseignes, chefz 
et autres bons personnages de leurs bendes à la discrétion des- 
dicts cappitaines, et ainsi des autres bendes de plus plus et de 
moinls moints à ladicle raison; et seront baillez lesdictes 
payes à ceulx qui seront nommés par lesdicts cappitaines 
sans mectre l'argent es mains d'iceuU cappitaines. 

Item, quant la monstre desdicts gens de pié se fera, les cap- 
pitaines feront sérement es mains des commissaires qu'ilz ne 
feront point de faulces monstres et qu'ilz ne présenteront per- 
sonnages qu'ilz ne sachent véritablement avoir servy et estre 



432 APPENDICE. 

pour servir pour le temps que seront paiez ; et s'il est trouvé 
le contrère ledict seigneur s^en prandra ausdicls cappitaines. 

Item, et ne pourront lesdicts cappitaines remplir leurs roolles 
de ceulx qui seront morts ou absens ; mais si ou lieu d'iceulx 
on y en mectoit d'autres, ilz les feront enrooller par les comis- 
saires et contrerolleurs à la dernière monstre pour estre payez 
à la monstre ensuivant. 

Fait à Bloys, le xij* jour de janvier l'an mil cinq cens et 
huit. 

Lois. — Gedoin. 

Nous, cappitaines cy-dessoubz nommez, confessons avoir 
veu et entendu l'ordonnance qu'il a pieu au roy faire sur le 
fait de ses gens de pié, laquelle chascun en nostre endroit 
nous promectons entretenir selon ladicte ordonnance et le 
voulloir et intention dudict seigneur. En tesmoing de ce nous 
avons signé ces présentes de noz mains le xv""* jour de janvier 
l'an mil cinq cens et huit. 

Gallet d'Aydïe. — Raimon de Daillon. — 

Ph. de Rychemont. — Olivier de Sillt. 

— Bayart, — Uriage^ 

m. 

(Voirp. 3H.) 

Lettre de Bayart relative à la bataille de Ravenne 

(1512). 

[A Monsieur Tévêque de Grenoble 2. ] 

Monsieur, si très humblement que faire je puis à vostre 

\. La signature qui suit le pom de Bayart est celle de Soffrey 
Alleman, s"" d'Uriage, plus connu sous le nom de capitaine 
Molart, dont il est parlé à plusieurs reprises dans notre chro- 
nique. Les autres sont celles de Gallet d'Aydie, s^" de Les- 
cun, surnommé le capitaine Odet, d'Olivier de Silly, s"" de la 
Chapelle, et enfin de Raymond de Daillon, fils du seigneur du 
Lude. Nous ignorons l'origine de Philippe de Richement. 

2. Archives de l'Isère, B 2906, n» 364. Copie. Publié dans les 



APPENDICE. 433 

bonne grâce me recommande. Depuis que dernièrement vousay 
écrit, avons eu, comme jà avez peu savoir, la bataille contre 
noz ennemis, mais pour vous enadverlirbien au long, la chose 
fut telle. 

C'est que nostre armée vint loger auprès de ceste ville de 
Ravenne ; noz ennemis y furent aussi tost que nous afin de 
donner cœur à ladicte ville et au moyen tant d'aucunes nou- 
velles qui couroient chaque jour de la descente des Suisses, 
qu'aussi le manque de vivres qu'avions en nostre camp, Mon- 
sieur de Nemours se délibéra de donner la bataille et dimanche 
dernier passa une petite rivière qui estoit entre nosdits ennemis 
et nous. Si les vinsmes rencontrer; ils marchoient en très-bel 
ordre et estoient plus de dix-sept cens hommes d'armes, les 
plus gorgias et triomphans qu^on vit jamais, et bien quatorze 
mille de pied aussi gentils galands qu'on sçauroit dire. Si 
vindrent environ mille hommes d'armes des leurs comme gens 
désespérés de ce que nostre artillerie les affoloit, ruer sur 
nostre bataille en laquelle estoit Monsieur de Nemours en per- 
sonne, sa compagnie, celle de Monsieur de Lorraine, de Mon- 
sieur d''Ars et autres jusques au nombre de quatre cens 
hommes d'armes ou environ, qui receurent lesdits ennemis de 
si grand cœur, qu'on ne vit jamais mieux combatre. Entre 
nostre avant-garde qui estoit de mille hommes d'armes et nous 
il y avoit de grands fossez et aussi elle avoit affaire ailleurs 
que nous pouvoir secourir. Si conveint à ladite bataille de 
porter le faiz desdits mille hommes ou environ ; en cet endroit 
Monsieur de Nemours rompit sa lance entre les deux batailles 
et perça un homme d'armes des leurs tout à travers et demie 
brassée davantage. Si furent lesdits mille hommes d'armes 
deffaits et mis en fuite et ainsi que leur donnions la chasse 
vinsmes rencontrer leurs gens de pied auprès de leur artillerie 
avec cinq ou six cens hommes d'armes qui estoient parquez 
et au devant d'eux avoient des charretes à deux roues sur les- 
quelles il y avoit un grand fer à deux aisles de la longueur de 
deux ou trois brasses et estoient nos gens de pied combattus 

notes d'Expilly sur la vie de Bayart. Grenoble. Jean Nicolas, 
4650. 

S8 



434 APPENDICE. 

main à main. Leursdits gens de pied avoient tant d'arque- 
butes que quand ce vint à l'aborder ilz tuèrent quasi tous nos 
capitaines de gens de pied en voye d'esbranler et tourner le 
dos. Mais ils furent si bien secourus des gens d'armes qu'après 
bien combatre nosdits ennemis furent deffaits, perdirent leur 
artillerie et sept ou huit cens hommes d'armes qui leur furent 
tuez et la plupart de leurs capitaines avec sept ou huict mille 
hommes de pied. Et ne sçait-on point qu'il se soit sauvé 
aucuns capitaines que le vice-roi, car nous avons prisonniers 
les seigneurs Fabrice Colonne, le cardinal de Médicis, légat du 
pape, Petro Navarre, le marquis de Pesquiere, le marquis de 
Padule, le fils du prince de Melfe , dom Jean de Cardonne, le 
fils du marquis de Betonde, qui est blessé à mort, et d'autres 
dont je ne sçais le nom ; et ceux qui se sauvèrent furent chassez 
huict ou dix mille et s'en vont par les montagnes écartez et 
encore, dit-on, que les vilains les ont mis en pièces. 

Monsieur, si le Roy a gagné la bataille je vous jure que les 
pauvres gentilhomraes l'ont bien perdue, car ainsi que nous 
donnions la chasse, Monsieur de Nemours vint trouver quelques 
gens de pied qui se rallioient, si voulut donner dedans, mais 
le gentil prince se trouva si mal accompagné qu'il y fut tué, dont 
toutes les desplaisances et dueils qui furent jamais faits ne fut 
pareil que celuy qu'on a démené et qu'on démène encore en 
nostre camp ; car il semble que nous ayons perdu la bataille. 
Bien vous promets-je, Monsieur, que c'est le plus grand dom- 
mage que de prince qui mourut de cent ans a; et s'il eust 
vescu âge d'homme il eust fait des choses que oncques prince 
ne fît, et peuvent bien dire ceux de deçà qu'ils ont perdu leur 
père, et de moi. Monsieur, je ne sçaurois vivre qu'en mélan- 
cholie, car j'ai tant perdu que je ne le sçaurois escrire. 

En d'autres lieux furent tuez Monsieur d'Alègre et son fils. 
Monsieur du Molar, six capitaines alemands et le capitaine 
Jacob, leur colonel; le capitaine Maugiron, le baron de Grand- 
Mont et plus de deux cens gentilshommes de nom et tous d'es- 
time, sans plus de deux mille hommes de pied des nostres, et 
vous asseure que de cent ans le royaume de France ne recou- 
vrera la perte qu'y avons eue. 

Monsieur, hier matin fut amené le corps de feu Monsieur à 



APPENDICE. 435 

Milan ayec deux cens hommes d'armes au plus grand honneur 
qu'on a sçeu adviser, car on porte devant lui dix-huict ou 
vingt enseignes les plus triumphantes qu'on vid jamais qui ont 
esté en cette bataille gagnée. Il demeurera à Milan jusques à ce 
que le Roy ayt mandé s'il veut qu'il soit porté en France ou non. 

Monsieur, nostre armée s'en va temporisant par cette 
Romagne en prenant toutes les villes pour le concile ^ ; ils ne 
se font point prier d'eux rendre au moyen de ce qu'ils ont peur 
d'estre pillez comme a esté cette ville de Ravenne, en laquelle 
n'est rien demeuré, et ne bougerons de ce quartier que le Roy 
n'ayt mandé ce quHl veut que son armée face. 

Monsieur, touchant le frère du Poste dont m'avez écrit, in- 
continent que Tenvoyerez il n'y aura point de faute que je ne 
le pourvoye. Puisque cecy est despéché je croy qu'aurons 
abstinence de guerres; toutesfois les Suisses font quelque 
bruict tousjours; mais quand ils sçauront cette deffaite peut- 
être ils mettront quelque peu d'eau en leur vin. Incontinent 
que les choses seront un peu appaisées je vous iray voir. Priant 
Dieu, Monsieur, qu'il vous donne très-bonne vie et longue. 
Escrit au camp de Ravenne ce ^ 4* jour d'avril. 

Vostre humble serviteur. 
Bat ART. 
IV. 

(Voir p. 336.) 

Lettre de Laurent Alleman, évêque de Grenoble, à la 
reine Anne de Bretagne, relative à la maladie de 
Bayart (1512). 

A la Royne ma souveraine dame 2. 
Madame, j'ay receu les lettres qu'il vous a pieu m'envoyer 

1. Pour le concile convoqué par Louis XII àPise en opposition 
à celui que Jules II réunit à Rome à Saint-Jean-de-Latrati, et qui, 
transféré à Milan, fut dissous après avoir déposé le pape. Ses déci- 
sions n'eurent aucune autorité et ne furent pas mises à exécution. 

2. Cabinet de M. de Terrebasse. Original. Publié dans la Vie de 
Bayart par M. de Terrebasse. Vienne, 1870, in-8% p. 461. 



436 APPENDICE. 

par maistre Pierre, vostre médecin, et entendu par luy vostre 
vouloir et commandement. Madame, soyez toute asseurée que 
en toutes les heures, prières et suffrages qu'il se dist journel- 
lement à nostre seigneur Dieu en vostre pays de Graysivodan 
et mesme par les gens réformez avec grans abstinences, le roy 
et vous, Madame, avec Testât de voz royaulme et seigneurie, 
estes singulièrement et affectueusement recommandez et n'est 
possible, Madame, que tant de prières et larmes gectées ne 
soyent exaulcez pour vous profiter en ce monde et en l'autre. 
Madame, la venue de vostredit médecin est cause de guérir 
mon nepveu Bayart, car les médecins d'icy n'avyont cognois- 
sance d'une fièvre lante qu'il avoit en l'estomac et tellement l'a 
secouru que dedens trois ou quatre jours s'en va en Guyenne 
en vostre service. 

Madame, j'ay parlé audit Bayart du mariaige duquel il vous 
a pieu parler au vicomte de Rodes \ dont luy et moy avons 
bien cause d'estre très que adonnez et soigneulx de vous faire 
service agréable, quant il vous plaist entendre à l'affaire d'un 
si petit vostre serviteur comme luy. Il m'a dit qu'il est encore 
bien mal fondé en biens pour supporter les charges de ce 
mariaige et que encores il ne vous a faict quelque bon service 
ainsi qu'il a bien espoir de faire, mais que il s'en ira en 
Guyenne pour se mectre en debvoir d'obeyr au commande- 
ment du roy et de vous et pour ayder à résister aux gros 
affaires et vous y faire quelque bon service ainsi qu'il a bien 
espoir, car il n'a comme il dit, aultre désir en ce monde; et 
comme que l'on vous ayt dit d'ung fils, il n'y a que troys filles 
qui sont de deux mères donct l'aynée est seule de la première ; 
et à ce que j^entens de luy il ne scet encores que veult dire se 
marier. Mais s'il vous plaist. Madame, vous l'aurez pour 
recommandé. Madame, je prie au benoit fils de Dieu vous 
donner très bonne et très longue vie. A la Plaine ^, ce vje de 
septembre. 

Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur, 

L'ÉVESQUE DE GbENOBLE. 

1. Il s'agit probablement ici de Guillaume de Garmain, vicomte 
de Rodez. 

2. Château des évêques de Grenoble. 



APPENDICE. 437 

V, 

(Voir p. 392.) 

Lettres de Frantz de Sickingen, de Louis de Hangest, 
seigneur de Montmor, de Charles de Bourbon, duc 
d'Alençon , et de Gaspard de Coligny, maréchal de 
Châtillon, relatives au siège de Mouzon (1521). 

[ÂuRoiV] 

Monseigneur, j'ay veu les lettres qu'il vous a pieu m'escripre 
par lesquelles me mandez adviser avec Messieurs d'Orval et 
mareschal de Chastillon quelle provision l'on pourroit promp- 
tement donner au fait de Tournay. Monseigneur, comme hier 
je vous feis entendre par Fors monsieur d'Orval est à Mézières 
devers lequel j'ay envoyé le capitayne Bayard, le bailly de 
Caen, Boucal, Pierrepont et Suzanne, lieutenant de l'artillerie, 
pour veoir ce qui luy est nécessaire pour ledict Mézières et n'y 
a de ceste heure icy que messieurs de Saint-Pol, mareschal de 
Chastillon et moy. Toutesfois ledict mareschal lequel a ce jour 
d'huy depesché le messagier de Tournay, vous escript au long 
ce qui luy en semble. Au demeurant je vous advise. Monsei- 
gneur, que tout à ceste heure ay veu lettres par lesquelles l'on 
advertit monsieur de Montmor que le bruict est que le siège 
s'en va devant Mouzon, et pour ce qu'il m'escript donner pro- 
vision à ce qui luy est nécessaire je luy fais response, pour le 
doubte que j'ay de ne luy pouvoir bailler gens qui assez tost 
peussent estre vers luy, qu'il lieve en toute diligence ce qu'il 
congnoistrà qu'il luy en fault, ou s'il voyt que une bande de 
gens de pyè d'icy peust estre assez à temps vers luy qu'il le 
mande et incontinent je les y feray marcher, et que au demeu- 
rant il fasse retirer dedans la ville tant de vivres qu'il pourra. 
Monseigneur, de ce que j'entendray vous advertyray tousjours 
incontinent pour y pourveoir selon le bon plaisir de vous, 

1. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 319, p. 5995. Copie. 



438 APPENDICE. 

Monseigneur. Pryant le créateur vous donner, Monseigneur, 
très longue vie et très bonne santé. 
De Reims, ce dernier juillet. 

Vostre très humble et très hobéyssant suget et serviteur, 

Charles. 



Au.cappitaine de Mouzon, sieur de Montmor^ 

Cappitaine, je vous adverty que me suis trouvé hier devers 
monseigneur de Nassau et autres gens du conseil de guerre de 
la très sacrée majesté de l'empereur, entre lesquelz a esté 
advisé et conclu de vous assiéger. Et pour ce que, à mon retour 
du Roy vostre maistre, me feistes en vostre maison de Cha- 
vronge de l'honneur, bonne chère beaucoup, et de bonnes 
offres et des présentations, je seray mary estre ingrat envers 
moy2; et pour ce que je considère, et qu'il est vraysemblable 
que la ville de Mouzon estant à présent soubz vostre charge, 
comme en suis vérifié, n'est à résister contre telle foule, vous 
prie que ayez la considération de la puissance dudict seigneur 
empereur et de ma présente armée, que ne mectez aucune dif- 
ficulté de vous départir, ensemble et voz gens de guerre avec 
leur bagage, de ladicte ville en la mectant en mes mains ; et je 
vous asseure de vous en laisser départir, ensemble et voz gens 
comment dict est; autrement la diligation à laquelle sera 
faicte, et par tel ordre et debvoir que n'est à présupposer estre 
à vous possible de la garder, et ne sera à moy, vous, ne à voz 
gens rendre aucunement gratuite, dont me déplairoit, espérant 
que ma trompette porteur par ces présentes, me ferez responce. 

Escript au camp auprès de Stanay-sur-Mouzon, ce xxj' jour 
d'aoust l'an v= xxi. 

Feanciscus de SiciNGEN, mauu propria. 



1. Bibl. nat., mss. français, vol. 3092, p. 121. Copie du temps. 
On ne s'étonnera pas du style de cette lettre en se rappelant 
qu'elle est écrite par un Allemand. 

2. Il y a bien moy dans le texte; mais c'est vous qu'il faudrait. 



APPENDICE. 439 

Au cappitaine le seigneur Francisque' . 

Cappitaine, j'ay à ceste heure veu vostre lettre dattée du 
xxj' d'aoust v<= XXI par vostre messager et trompette, par 
laquelle vous dictes que du jour d'hier vous estes trouvé 
avecques monsieur de Nassau et autres gens du conseil de 
l'empereur entre lesquelz dictes avoir esté advisé de me assié- 
ger, et que pour quelque bonne chère que dictes que vous ay 
fait à ma maison de Chaberonges et plusieurs bonnes offres et 
présentations, et à l'occasion de ce, me vouldriez fere plaisir 
à moy et aux cappitaines et gens de guerre qui sont en ceste 
ville et autres choses contenues en vostre dicte lettre dont vous 
tiens assez recouz. Pour responce : il a j)leu au roy très chres- 
tien mon souverain seigneur de me bailler la garde de ceste 
ville de Mouzon, avecques beaucoup de bons cappitaines et 
gens de guerre qui sont icy, lesquelz eulx et moy sommes 
délibérez de faire nostre debvoir et le bien et loyaument servir 
en actendant son bon plaisir, et du contenu de vos dictes 
lettres l'advertiray à toute diligence. Bien est vray que je 
trouve estrange, veu ancienes lettres que m'a escript monsieur 
de Nassau, par lesquelles il m'a toujours escript qu'il n'avoit 
charge de l'empereur faire guerre sur les pays et subgetz du 
roy mondict souverain seigneur et n'ay point entendu qu'il y 
ayt aucune déclaration de guerre entre nos princes et souve- 
rains seigneurs. Quant à moy, où je vous pourrois faire plaisir 
je le ferey de bon cueur, mon honneur saulve. 

Escript à Mouzon, ce xxj^ jour d'aoust v<: xxi. 

Locis DE Hasgest. 



Au Roy mon souverain seigneur 2. 
Sire, je vous eseripviz hier comme j'avois mandé tous les 

1. Bibl. nat., mss. français, vol. 3092, p. 120. Copie du temps. 

2. Bibl. nat., mss. français, vol. 2967, p. 48. Original. 



440 APPENDICE. 

chefz des bendes qui furent mises dedans Mouzon pour en- 
tendre au vray la manière de la reddition de la ville. Sire, je 
les ay ouyz parler, présens plusieurs gens de bien de la com- 
paignie qui est par deçà, lesquelz m'ont dit l'inconvénient estre 
advenu par les gens de pyed qu'ilz se mutinèrent disans qu'ilz 
ne combatroient ny ne se mectroient en deffence, s'ilz n'es- 
toient payez d'un mois; et voyant, monsieur de Montmor, 
ensemble les gens de bien qui estoient avecques luy, estre en 
ceste nécessité, et que sans lesdicts gens de pyed qui estoient 
la plus grosse force qu'ilz eussent ilz ne pouvoient faire résis- 
tance à rencontre de la puissance qui estoit devant eulx, fut 
ledict sieur de Montmor contrainct de rendre ladicte ville à 
telle composition que avez esté adverty. Sire, ledit sieur de 
Montmor, avecques le plus de ses gens qu'il a peu remonter et 
armer, s'en va vers Saincte-Ménéhoult sur les passaiges et le 
long de la lizière de Lorraine pour faire et donner tout l'ennuy 
et empeschement qu'il pourra aux Bourgongnons et à leurs 
vivres principallement, et croy, Sire, qu'il vous y fera ung 
grant service, car luy et la pluspart de ses gens congnoissent 
ce pays là. Sire, quant au fait de Mezières, il ne nous est venu 
aucunes nouvelles de ceulx de dedans, car les ennemys les 
pressent et bâtent merveilleusement de deux coustez et les 
tiennent si bien encloz qu'il n'en peut sortir personne. Sire, 
je prie Nostre-Seigneur qu'il vous doint très bonne vie et 
longue. 
A Reims, le iij* jour de septembre. 

Vostre très humble et très hobéissant suget et servyteur, 

Ghastillon. 

A mon très redoubté et souverain seigneur ^ 

Monseigneur, par Poton^ avez entendu la composition de 
Mouzon et depuis est icy venu le sieur de Montmor qui a prié 
que, en la présence des gens de bien qui y sont, les cappitaines 

1. Bibl. nat., mss. français, vol. 2967, p. 6. Original. 

2. Antoine Raffin, dit Poton, écuyer, s'' de Puychaunais. 



APPENDICE. 441 

et chefz des bandes estans audict Mouzon avecques luy fussent 
oyz, ce que j'ay bien voulu ; et après avoir le tout entendu vous 
asseure qu'ilz n'en ont dit chose dont il sceust avoir reprouche 
ne blasme, mais y a fait tout ce que homme de bien peut, 
s'offrant tousjours de mourir le premier à la bresche, et sans 
I estre contrainct par les gens de pyé ne fust point venu là de 

ceste sorte, mais d'avoir à combatre ceulx de dedans et de 
dehors luy estoit trop difficile; car nomméement la pluspart 
des gens de pyé et presque tous, luy dirent que sans estre paiez 
d'un moys après le premier coup de canon lyre ilz ne comba- 
troient point et ne feroient guect ne escoute, ne iroyent sur la 
muraille, quelque remonstrance que leur peussent faire leurs 
cappitaines, lesquelz y ont fait ce qu'ilz ont peu. Et à ceste 
cause voyant par ledict sieur de Montmor que impossible luy 
estoit de résister, ne plus tenir, par l'opinyon de tous les gen- 
tilzhommes et gens de bien estans avecques luy y a fait ce que 
voyez et avez peu savoir. Au demeurant. Monseigneur, voyant 
qu'il est merveilleusement en bonne voulenté de vous faire bon 
service et se revancher luy ay donné commission d'assembler 
de sa compaignie ceulx qui pourront recouvrer harnois et 
chevaulx à Saincte-Menehoust, et avecques celle de monsieur de 
Florenges se retirer vers la rivière, sur les passaiges et au 
quartier de Lorrayne, dont viennent les vivres des Bourgui- 
gnons, pour leur rompre chemyn et faire le plus d'ennuy qu'il 
pourra. Monseigneur, je supplye le Créateur vous donner très 
longue vye en très bonne santé. 
De Reyms, ce iiij^ jour de septembre. 

Vostre très humble et très hobeyssant suget et servyteur, 

Charles. 

VI. 

(Voir p. 393.) 

Lettres du Roi, de Louise de Savoie, de Bayart, de 
Montmorency, du maréchal de Châtillon, de Charles 
duc d'Alençon, de Jean d'Albret, seigneur d'Or- 



442 APPENDICE. 

val, de Robert de la Marck et de René, grand bâtard 
de Savoie, relatives au siège de Mézières (1521). 

A mon très redouté et souverain seigneur ^ 

Monseigneur, pour ce que je n'ay point encores eu de res- 
ponse de monsieur d'Orval s'il viendroit ou non, doubtantque 
par faulte de donner prompte provision aux places l'on peut 
estre surprins, j'ay ce matin assemblé messeigneurs le mares- 
chal de Chaslillon, cappitaine Bayart et les autres, lesquelz 
j'avoyz envoyez visiter Mézières, et après avoir ouy leur rap- 
port combien que de ceste heure elle ne soit en estât d'attendre 
ung siège, ledit sieur de Bayard pense que estant dedans 
avecques sa compagnie, celle de monsieur d'Orval, qui y est, 
et les bandes du baron de Montmoreau et Boucal, qu'il la 
pourra garder. A ceste cause les ay incontinent depeschez pour 
les y envoyer, saichant que si les Bourguignons passent oultre 
on pourra tousjours retirer ses bandes. Monseigneur, j'euz 
hier soir nouvelles que leur siège est devant Bouillon, mais ce 
ne sont que les Lyegois ; toutesfois aux gens qui sont dedans 
la place, je ne fais nul doubte qu'elle ne soit incontinant prinse. 
D'avantaige l'autre bande de leur armée devoyt aujourd'huy 
venir coucher à Donzy^, qui n'e^t que à une bonne lieue de 
Mouzon, qui sont toutes les nouvelles que j'ay entendu, fors 
ce que vous dira ce porteur qui en vyent, auquel j'ay fait 
bailler la poste afin que, s'il vous plaist de l'ouyr, vous entendez 
à la vérité où est le roy catholicque et de ses entreprinses. 
Monseigneur, quant au surplus j'ay envoyé la bande de Poif- 
fou à Mouzon, où il y a bien deux cens cinquante hommes et 
aujourd'huy ay mandé au sieur de Montmor lever jusques à 
mille hommes de pyé parce que des gens de cheval il ne peut 
avoir que sa compagnie. Qui sera pour la fin, après vous avoir 
supplyé. Monseigneur, vouloir donner ordre au fait de l'argent 
car nous en sommes fort pressez icy et n'a l'on envoyé à mon- 

4. Bibl. nat., mss. français, vol. 2962, p. 99. Original. 
2. Douzy, arrondissement de Sedan (Ardennes). 



APPENDICE. 443 

sieur le général que des parties en papier qui ne sont aysées à 
recouvrer soubdainement. Monseigneur, je supplye le Créateur 
vous donner très longue vie en très bonne santé. 
De Reims, ce iiij* jour d'aoust. 

Vostre très humble et très hobéyssant sugel et serviteur, 

Ghàeles. 



[Au Roi^] 

Sire, j'ay receu à ce soir les lettres qu'il vous a pieu m'es- 
cripre du premier jour de ce mois, par lesquelles, Sire, je vois 
bien qu'on vous a donné à entendre que ceste ville de Mai- 
sières n'est pas tenable ni gardable. Toutesfois, Sire, il me 
semble que je suis aussy creable de ceste affaire, qui suis gou- 
verneur et vostre lieutenant en ce pays passé a xxxvi ans, que 
ceulx qui n'y furent jamais, et croy que vous avez bien ceste 
fiance en moy que ne vouldroys perdre voz gens ne vostre 
artillerie ne moy avecques, ne les mettre en hasard que ne 
feust à bonne cause et qu'il soit ainsi que je dis vray. Sire, et 
qu'en ce qu'on vous a escript c'est par des gens qui ne con- 
gnoissent pas la ville ne le pays. Il a pieu à Monseigneur ^ 
envoyer en cestedicte ville depuis quatre ou cinq jours mes- 
sieurs de Bayart, le bailly de Gaen, Pierrepont et maistre de 
l'artillerye Suzanne qui l'ont trouvée telle qu'elle ne se doibt 
habandonner, mais chèrement garder pour l'importance de 
vostre royaume et qu'elle le vault et est bien tenable avecques 
les réparations qu'on y faict et avecques les gens et artillerie 
que j'ay demandez, et tel a esté leur rapport faicl à mondict 
seigneur comme pourrez veoir par ses lettres qu'il m'a depuis 
escriptes après avoir ouy leur dit rapport et croy qu'il ne tien- 
dra à mondict seigneur qu'il ne soit pourvu à toutes choses 
comme il appartient et que cestedicte ville ne soit bien gar- 
dée. Toutesfois, Sire, vostre bon plaisir en soit faict, car, sup- 
posé que je y perde, la perte sera trop plus grande pour vous 

1. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 319, p. 6089. Copie. 

2. Le duc d'AIençon. 



444 APPENDICE. 

que pour moy, et s'il vous plaist ainsy il me doibt bien plaire. 
Sire, vous saurez le demourant par ce gentilhomme présent 
porteur que j'envoye pour ceste cause vers vous lequel il vous 
plaise croire. Sire, je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne 
vie et longue. 
Escript de Maizières, le iiije jour d'aoust, 
Vostre très humble et très hobeissant subject et serviteur, 

D'Albebet. 

[Au Roi ^] 

Sire, il se fait diligence extresme en ceste ville de Maizières 
de la pourveoir et remparer en telle manière que j'espère que 
si nous avons encores loisir de dix ou douze jours elle nous 
fera tel service que vous en contenterez aultant que de lieu où 
vous ayez mis vostre argent. Monseigneur m'a envoyé l'artil- 
lerie que je demandoys et les gens pareillement qui seront icy 
aujourd'huy ou demain, et dès hyer arrivèrent messieurs de 
Bayard et baron de Montmoreau, et vous advertis, Sire, que 
vous avez icy une compagnie de gens qui sont bien délibérez 
de vous faire service. Sire, j'ay souvent adverty mondict sei- 
gneur de tout ce qu^il m'est venu depuis que je suis icy pour 
vous en advertir encores promptement, luy envoyé quelques 
autres advertissements pour les vous envoyer. Sire, je prie à 
Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue. 

Escript à Maizières, ce 8' jour d'aoust. 

Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur, 

D'Alebret. 

[Au Roi 2.] 

Sire, l'on a mis dedans Mézières ii^ hommes d'armes et 
II*" hommes de pied qui est au plus qu^on y sauroit mectre pour 

1. BibI, nat., mss. Clairambault, vol. 319, p. 6153. Copie. 

2. Bibl. nat., mss. français, vol. 2975, p. 17. Original. 



APPENDICE. 445 

la deffendre sans espérance de secours, car ilz sçavent bien que 
nous ne les sçaurions secourir de ce que nous aurons icy; et à 
ce qu'iiz mandent tous les jours je pense qu'elle se deffendra 
et qu'iiz^ ne l'emporteront point qui ne leur couste du temps 
beaucoup, et cependant si voz Suysses venoient je ne ditz pas 
que on ne essayast bien de les lever^. Quant à Mouzon, il n'est 
si bien equippé, car il n'a sceu avoir que m ou nii^ aventu- 
riers, le reste jusque à mil hommes ce sont gens du pays, et n'a 
compaignie de gens d'armes que la sienne. Pour ceste raison 
je feiz hier partir la gendarmerie qui pourront estre environ 
iiic hommes d'armes et iront jusques aux portes dudict Mouzon 
qui les favorisera fort, et d'adventaige ilz mectront xxx hommes 
d'armes de la bende de Monseigneur, de monseigneur de 
Guyze et de la myenne, et ne sçauroient venir audict Mouzon 
que les Bourgongnons ne les veoient entrer dedans, mais la 
rivière de Meuze est entre deux et ne bougeront lesdicts gens 
d'armes de là autour qu'iiz ne veoient ce que lesdicts Bourgon- 
gnons vouldront faire. Et s'ilz passent la rivière leur rom- 
pront les vivres et feront tous les ennuyz que possible leur 
sera. Mondict sieur de la Roche ^ s'en va demain au matin après 
qui aydera à conduire cela 

Sire, je prie Nostre-Seigneur qu'il vous doint très bonne vie 
et longue. 

A Reims, le xiij° jour d'aoust. 

Vostre très humble et très hobeyssant suget et servyteur, 

Ghastillon. 

Au Roy, mon souverain seigneur*. 

Sire, tant et si très humblement que je puis me recom- 
mande à vostre bonne grâce. Sire, j'ay receu la lettre qu'il 

i . Les ennemis. 

2. De faire lever le siège. 

3. Anne de Montmorency, s' de la Rochepot ou de la Roche du 
Maine. 

4. Bibl. nat., mss. français, vol. 2975, p. 21. Original. Publié 
dans la Vie de Bayart par M. de Terrebasse. 



446 APPENDICE. 

VOUS a pieu m'escripre par laquelle me faictes sçavoir que 
monseigneur d'Alençon vous a escript la bonne volante que 
j'ay à vous faire service et mesmement en Taffere de Mesières, 
là où je suis venu, où j'ay treuvé monsieur d'Orval, lequel n'en 
a point bougé et y a donné si bon ordre que je n'y auray pas 
grant peyne : toutesfois si l'affere y venoit là ou ailleurs vous 
me treuverez vray gentilhomme. Sire, je prie à Dieu qu'il vous 
doint très bonne vie et longue. 
A Mesières, le xiij d'aoust. 

Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur, 

Bataet. 

A Monseigneur, Monseigneur duc d'Alençon ^ . 

Monseigneur, ce jourd'uy, environ l'heure de mydy, sont 
venuz quinze ou seize enseignes de messieurs les Bourgui- 
gnons devant ceste ville à ung gect d'arc près de nous, toutes- 
foiz ne nous ont point encores salluez d'artillerye, combien 
qu'ilz nous ont assiégez de deux costez, et croy que si n'eus- 
sions bruUé les faulxbourgs qu'ilz feussent de ceste heure 
dedans. Nous vous en avons bien vouUu advertir pour vous 
fère tousjours entendre de noz nouvelles, vous advisant, Mon- 
seigneur, que l'argent est venu si bien à point qui n'y a celluy 
en la compaignye qui n'ait merveilleusement bonne volenté de 
bien servir le roy. Monseigneur, nous mectr[ons peine] d'enc- 
tendre tousjours nouvelles de noz ennemys pour vous en 
advertir, ensemble de ce qui surviendra, le plus souvent que 
nous pourrons. Qui sera fin de lettre, suppliant Nostre-Sei- 
gneur, Monseigneur, vous donner très bonne et longue vie. 

A Mesuères, ce vendredy au soir 2. 

Vos très humbles et très obeissans serviteurs, 
Bataet. — Montmoeancï. 

1, Bibl. nat., ms. français, vol. 2967, p. 32. Original publié par 
M. de Terrebasse, p. 465. 

2. C'est le vendredi 30 août 1521 que commença le si^e de 
Mézières et que cette lettre fut adressée au duc d'Alençon. 



APPENDICE. 447 

Au Roy, mon souverain seigneur ^ 

Sire, j'ay présentement eu lettres venues de Mezières de 
monsieur de la Roche et de Bayard où ilz m'escripvent que dès 
vendredy les Bourgongnons les sont venuz assiéger, mais 
encores ne tire leur artillerie à cause que le feu est dedans les 
faulxbourgs qui les garde de aproucher. J'ay eu à ceste heure 
lettres de mon lieutenant qui est à Rethel que ceste nuyt sont 
parties deux bendes de noz gensdarmes, l'une va droit audict 
Mezières pour entendre des nouvelles s'il est possible et l'autre 
va entre Sedan et ledict Mezières pour veoir s'ilz departiroient 
point leur armée pour aller en quelque autre endroit; et sans 
point de faulte, avecques le peu de gens qu'on a, on fait ce 
qu'on peut, mais ce n'est pas que la pouvre gendarmerie ne 
soit fort fouUée, parquoy. Sire, s'il vous plaist ferez haster 
celle qui est ordonnée venir par deçà 

Sire, je prie Nostre-Seigneur qu'il vous doint très bonne vie 
et longue. 

A Reims, le premier jour de septembre. 

Vostre très humble et très hobeissant suget et servyteur, 

Ghastillon. 

A Monsieur, Monsieur le mareschaP. 

Monsieur, nous avons receu vostre lettre et sommes très 
aises de ce que les forces du roy sont ensemble, vous adver- 
tissans que depuys deux ou troys jours noz ennemys ne nous 
ont pas tant pressez d'artillerye comme ilz faisoient par avant 
et ne savons si c'est par faulte d'amonycion ^ ou de craincte 

1. Bibl. nat., mss. français, vol. 2968, p. 11. Origiaal. Publié 
par M. de Terrebasse. 

2. Bibl. nat., mss. français, vol. 2962, p. 18. Original. C'est au 
maréchal de Ghàtillon qu'est adressée cette lettre; elle a été 
publiée par M. de Terrebasse comme adressée au duc d'Alençon 
(p. 464). 

3. Amonycion, munition. 



448 APPENDICE. 

qu'ilz ont de l'armée dudict seigneur. Au surplus, Monsieur, 
quant à ce que nous mandez si nous pouvions tenir jusques 
vers l'affin de ceste sepmaine, nous ne vous y mectrons point 
de terme, mais vous supplions croire que ce sera tant que 
nostre honneur et noz vies se pourront estandre pour le service 
du maistre. Qui sera l'affm de lettre, suppliant Nostre-Sei- 
gneur. Monsieur, vous donnez bien bonne et longue vie. 
A Mesuères, ce mardy à dix heures de nuyt^ 
Voz plus humbles serviteurs, 

MONTMOBANCY. — BaYART. 



[A Monsieur le baillif de Gaen^.] 

Monsieur le baillif, je me recommande bien fort à vostre 
bonne grâce. Je vous advise pour le commencement de ma 
lettre que nous la ferons assez courte pour ce que nous escrip- 
vons au Roy tout au long comme vous voirez, mais bien vous 
veuil advertir que nos ennemis ont déjà bien grant faim aux 
dents et ne leur vient plus de vivres par terre, c'il ne leur en 
vient par mer; et contraignons de faire dilligence tant de bat- 
terie que d'autre chose, de diligenter de leurs affaires, et espère 
que tout viendra si bien à l'honneur du maistre que ses enne- 
mis et les nostres y auront dommaige et honte, et ne sçavent 
pas bien comment entendre cette famine icy et Tennuy qu'on 
leur fait. Des ^ nouvelles de Mezières, ilz ont faict une merveil- 

1 . Le maréchal de Ghâtillon envoya la lettre précédente, à lui 
adressée, au roi en l'accompagnant d'une lettre dont nous 
extrayons le passage suivant : 

« Sire, à ce matin ay eu lettre du bailly de Gaen et mon lieute- 
nant de quelque petite exécution qui fut faicte hier ainsi que 
pourrez voir par les lettres dudict bailly que monseigneur vous 
envoyé; pareillement celle de messieurs de la Roche et de 
Bayard par lesquelles pourrez aussi entendre comme ils se portent 
dedans leur ville qui n'ont que bien, Dieu mercy. » 9 septembre. 
(Bibl. nat. mss. Glairambault, 320, p. 6747.) 

2. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 321, p. 6871. Gopie. 

3. Des, quant aux. 



APPENDICE. 449 

leuse batterie toute cesle nuit et tout ce jour, mais en récom- 
pense de cela ilz ont eu de la pluye tout leur sou, que je croy 
que, s'il continue dans ce pays, ce ne sera pas leur avantaige. 
Ils ont esté toute cesle nuyt icy nous faire une alarme, la plus 
grosse qu'ils se sont pu adviser, mais ce qu'ils y ont gangné 
ne leur coustera guères à emporter. Monsieur le bailly, je vous 
prie que me mandez de voz nouvelles, qui sera la fin de ma 
lettre, en vous disant à Dieu, qui vous doint tout ce que désirez. 
A Sedan, ce xx* jour de septembre. 

Geluy qui est et sera le meilleur de vos amis, 
■.::^:iù.^i Robert de la Marche. 



A Monsieur de la Rochepot, mon bon frère et ami ' . 

Mon bon frère, j'ay reçeu voz lettres par ce porteur et aupa- 
ravant vous en avois escript unes que ay depuis sçeu ne vous 
ont encores esté envoyées et baillées avec ces présentes. Mon 
bon frère, je vous asseure que avez faict très aise le Roy et la 
compaignie des bonnes nouvelles que luy avez mandées, et est 
à croire que les ennemys, veu la constance et preudhommie 
qu'ilz voyent en ceulx à qui ilz ont affaire, qui ne les craignent 
guières, qu'ilz se retireront, et y a de l'apparence puis qu'ilz 
commencent à deslouger leur artillerie comme escripvez. Vous 
sçaurez, mon bon frère, toutes nouvelles par ce pourteur qui 
me gardera vous faire plus longue lettre et à tant prie à Dieu 
vous donner ce que désirez. 

A ce matin est arrivé Monsieur le connestable qui s'en est 
retourné pour haster sa compagnie qui de brief sera icy et 
nostre force assemblée pour vous aller veoir de plus près. 

Escript à Sainct-Thierry, le xxvj« jour de septembre. 
Vostre bon frère et amy, 

Le bastard de Savoie^. 

1. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 321, p. 6947. Copie. 

2. René de Savoie, grand bâtard de Savoie, comte de Villars, 
tils de Philippe II, duc de Savoie, et de Libéria Portoneria. Il 
épousa Anne Lascaris, dame de Tenda, et mourut en 1524. 

29 



450 APPENDICE. 

iJ.'ii 

[A Messieurs de Montmorency et Bajart^] r,r, 

Montmorency et vous Bayart, j'ay veu ce que vous m'avez 
escript et faict sçavoir par le cappitaine Pierreponl, lequel je 
vous renvoyé, et sachant que vous le croirez de ce qu'il vous 
dira je ne vous diray autre, fors que je vous advertis que non 
seullement je suis content de vous, mais povez estre seurs que 
j'en feray telle démonstration que tout le monde le cognoistra. 
Priant Dieu qu'il vous ait en sa saincte garde. 

Escript à Sainct-Thierry, ce xxvj* jour de septembre. 

François. — Robehtet. 



[Au Roi2.] 

Sire, à ce matin est arrivé l'une des espies que la Roche du 
Mayne a accoustumé lousjours d'envoyer, qui est bien seur, 
qui dit que hier environ neuf heures du malin les deux 
bandes, c'est à savoir le comte de Nanssou et Francisque se 
jettèrent aux champs en bataille et parlèrent ensemble, ledict 
sieur de Nanssou et Francisque ayans grosses parolles en- 
semble et reproches, en façon que le comte de Horn et le 
comte de Félix furent contraints eulx getter entre deux, autre- 
ment se vouloient courir sus, et dirent tous deux que jamais 
ne seroient au service de l'empereur l'un avecques l'autre, et 
ledict espie dit qu'il vit ledit Francisque marcher droit à Don- 
chery. Sire, ledict espie dit davantage que au camp dudit sieur 
de Nanssou le bruit est tout commun qu'ils s'en vont à Tour- 
nay, disant que l'empereur l'a assiégé, et ce ne fust cela qu'ils 
ne se fussent encore levez de devant Mezières Ce sont nou- 
velles d'espies ; vous les prendrez pour le poix qu'on le mes a 

baillées Sire, je prie Nostre-Seigneur qu'il vous doint très 

bonne vie et longue. 

De Rhetel, le 26* jour de septembre. 

Vostre très humble et très obéissant serviteur, 

Ghastillon. 

1. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 321, p. 6945. Copie. 

2. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 321, p. 6949. Copie. 



APPENDICE. 451 



[AuRoi^. 



Sire, présentement est arrivé ung homme que messieurs de 
la Roche et Bayard m'ont envoyé, par lequel m'ont mandé que 
le camp des Bourguignons s'en va tirant le chemin de Guyse 
et que la bende de Francisque s'est revenue joindre avecques 
eulï, et n'y a riens plus vray que hier ilz se séparèrent et 
qu'ils eurent les parolles que vous ai escriptes et en sçavent 
nos gens la vérité par deux hommes de la bende des Espai- 
gnolz qui sont venus en leur camp. Sire, au chemyn qu'ils 
prennent il semble qu'ils veullent tenir le chemyn dudict 
Guyse, toutesfois ledict sieur de la Roche et Bayard m'ont 
mandé que à ce qu'ils ont entendu qu'ils ont entreprinse sur 
Sainct-Quentin, par quoy. Sire, adviserez d'y faire pourveoir. 
Sire, ils ont envoyé dedans Mouzon quatre enseignes de gens 
de pyed, c'est à savoir Grant-Jehan le Picard, Grant-Jehan des 
Bordes, le beau Vauldray et le bailly de Haynault. Sire, il me 
semble qu'ilz ont mis ces bendes là dedans que c'est pensant 
que vous y veuillez amuser pour la reprendre et cependant 
qu'ils aillent faire leur effort audict Sainct-Quentin ou à Tour- 
nay ; parquoy, Sire, me semble que y devez prendre une bonne 
résolution, car je ne crains que le temps qui vous contraigne. 
Vous manderez vostre bon plaisir et on mectra peine de l'ac- 
complir, 

A Rethel, le xxvij" jour de septembre. 

Vostre très humble et très obeyssant suget et serviteur, 

Ghastillon. 

De par le Roy'. 

Très chers et bien amez, nous avons esté présentement 
advertis que nos ennemys et de nostre royaume estans en 
grand nombre tant de cheval que de pyé et grosse bande d'ar- 

1. Bibl. nat., mss. Clairambault, vol. 321, p. 6955. Copie. 

2. Bibl. nat., mss. Clairambault, vol. 321, p. 6975. Copie. 



452 APPENDICE. 

tillerie devant Mezières et l'avoir ung mois durant tenue assié- 
gée, voyans les provisions par nous faictes pour assembler en 
toute diligence toute nostre force et autres choses nécessaires à 
la conduite d'icelle, et ayant à leur barbe mys dedans ladicte 
ville de Mezières le sieur de Lorges avec mil hommes de 
pyé desquels il a la charge sans ce qu'ils ayent fait aucun 
semblant de le vouloir erapescher, ayant pareillement eu nou- 
velles par leurs espies de la délibération par nous prise de 
marcher et nous mettre en camp pour nous approucher et que 
pour ce faire avons fait dresser ledict camp et pris en icelluy 
logeiz pour toute nostredicte force et armée qui est de deux 
mil hommes d'armes, douze mille Souysses et vingt quatre mil 
hommes de pyé françois avecques grosse bende d'artillerie, et 
ayant fait lesdicts ennemis le plus grand et le plus gros effort 
qu'il est possible de faire contre icelle ville et y avoir tiré quatre 
mil coups de canon et longues couleuvrines et fait bresche rai- 
sonnable pour y donner Passault, n'ayant jamais l'osé entre- 
prendre ne exécuter, quelque apprest que ils eussent fait sur 
le bord du foussé, tant d'eschelles, de fagots que autres choses 
à ce requises; et après avoir fait tout ce que faire se pouvoit 
jusques à les assaillir et essayer d'y entrer, hier matin sça- 
chans que nous estions sur nostre parlement pour aller en 
nostredit camp et les approucher, ils se sont levez, deslogez 
et retirez honteusement, habandonnant leur siège, au plus 
grand désordre et confusion que feirent oncques gens de guerre 
et se sont séparez en deux bandes et pris deux chemins, c'est 
asçavoir le sieur de Nanssou le chemin de Dynan et Francisque 
cellui qu'il avoit fait quant il vint et s'en vont en grand mur- 
mure et malcontantement les ungs des autres, mourans de 
faim sans victuailles ne payement; vous advisant que s'ils 
eussent encore demouré deux jours nous les eussions approu- 
chez de si près que pour le moins leur artillerie y fust demou- 
rée. Desquelles choses nous avons bien voulu vous advertir 
pour estre nouvelles telles que de leur cousté se peut tenir la 
guerre faillie et qu'il touche maintenant à nous pour le leur 
rendre si bon nous semble. Et pour ce que non-seulement 
devant ledict Mezières mais devant nostre ville et cité de 
Parme nous avons eu et obtenu victoire sur nosdicts ennemys 



APPENDICE. 453 

et que nous tenons et reputons procéder de Dieu nostre créa- 
teur qui est servateur de nostre cueur et qui congnoist nostre 
bonne intencion et juste querelle, nous vous prions, requérons 
et mandons que incontinant ces présentes receues vous 
vueillez envers nostredit Créateur en rendre et faire rendre 
grâces, louenges et mercys et par prières, oraisons et autres 
démonstrations de joye accoustumées estre faictes en tel cas 
inciter nostre peuple à continuer lesdictes prières en manière 
qu'il plaise à nostredict Créateur préserver et garder nous et 
nos armées, nous donner victoire contre nos ennemys ou les 
humilier de venir à paix honnorable, seure, proufîtable pour 
nous et nostre royaume, à l'honneur, prouffit, repos, utilité et 
soulagement d'icelluy et de nostre peuple qui est la chose de ce 
monde que plus désirons. 

Donné à Sainct-Thierry, le xxviij' jour de septembre. 

François. 

A Monsieur le trésorier Robertet^ 

Monsieur le trésorier, j'euz hier deux lettres de vous, l'une 
escripte à Athygny et l'autre à Rethel : par la première vous 
me faictes savoir comme les ennemys sont encores vers Ver- 
vins, de la bonne santé du roy, ce qu'il a faict au camp des 
Suisses et ce que vous a dit votre nepveu de ma part, la venue 
de Baiard et Montmorency vers ledict seigneur-, par l'autre 
l'arrivée dudict seigneur à Rethel, ce qu'il a sceu de la néces- 
sité de Tournay et le renvoy qu'il a fait du cordelier et prestre 
secuUier, comme ledict seigneur a ordonné que lesdictz Baiard 
et Montmorency courroient la part que estoient les ennemys, 
les propoz que ledict seigneur a tenuz du bon traiclement qu'il 
veut faire audict Baiard, du fait de monsieur d'Albanye, ce que 
ledict seigneur avoit sceu d'Ytalie et des Suisses 

Monsieur le trésorier, vous congnoissez la bonne nature du 
roy et suis bien asseuré que pour recueillir gens qui luy ont 

1. Bibl. nat., mss. français, vol. 2962, p. 23. Original. Publié 
en partie par M. de Terrebasse. 



454 APPENDICE. 

fait tel service que Baiard et Montmorency qu'il n'a riens oublié 
de ce qu'il y fault faire; et au regard du bon traicteraent qu'il 
tient propoz faire audict Baiard en suis très aise et sçay bien 
quMl le fera tel qu'il pourra et aussi est-ce en endroit ou ledict 
seigneur ne sçauroit rien perdre d'y user de sa débonnaire et 
grande libéralité, car c'est pour ung personnaige qui vault et 
mérite tant et tant que pour luy l'on ne sçauroit trop faire. . . 

A tant vous direy adieu, Monsieur le trésorier, lequel je prye 
vous avoir en sa saincte garde. 

Escript de Meaulx, ce xij* jour d'octobre. 

LoiSB. 

...„. ,7 , ., VII. 

(Voir p. 403.) 

Lettre de Bayart au Roi , relative à la campagne de 
Picardie (1521). 

Au Roy, mon souverain seigneur ^ 

Sire, j'ay reçeu les lettres qu'il vous a pieu me mander, 
datées du vu* de ce moys par lesquelles me mandes que je 
assamble le plus gros nombre de gensd'armes que je pourray 
pour aller faire une grosse course au pays de Henault, ce que 
je ne puis faire sans gens de pié car il fault passer par boys et 
par passaiges fort estroitz et en desca estre en quelque endroict 
la ou il me failloit laisser aux passaiges quelque nombre de 
gensd'armes, comme je vous ay adverti par monsieur de Barbe- 
zieux ; et si n'ay des bandes qu'il vous a pieu ordonner icy que 
celle de monsieur de Lorraine, et monsieur de Mullebert avec- 
ques celle de monsieur [de] Guyse, et Sepoys qui a quarante ou 
cinquante chevaulx, qui est la plus grosse bande de chevaux 
legiers qui soit en ce quartier icy. Demain je partiray d'icy 
deux heures devant jour avecques le nombre que j'ay pour 

1. Bibl. nat., mss. fr., vol. 2962, p. 22. Original. Publié par 
M. de Terrebasse, p. 466. 



APPENDICE. 455 

aller de l'autre costé et feray le plus gros bruyet que je pourray 
mais de grand dommaige ne leur puis-je pas faire. J'avoys 
amené icy la bande de gens de pié de Longueval pour m'en 
cuider aider et quant je leur ay parlé de les mener aux champs 
pour vous faire service ils m'ont respondu qu'ilz n'yroient 
point sans argent et s'en sont allez, et n'y a pas grand perte 
car ilz n'estoient que soixante ou quatre vings qui ne valoient 
riens. Sire, il y a dans le Quesnoy huit cens chevaulx et de 
piétons de sept à huict cens Namuroys et iiii c. lansquenets et 
d'autres gens du pays jusques au nombre de trois ou quatre 
mille et vouloient faire quelque course en ce pays mais jusques 
icy ilz n'ont encores riens fait et ay sceu cecy par quelques 
paysans qui ont esté prins en un villaige des leurs et par ung 
homme de cheval et ung varlet. Sire, en passant par Bapames 
je vis les gens de monsieur de Sorce qui estoient si nymces' et 
si petit nombre que je luy ay mandé qu'il ne bougeast de Saint- 
Quentin. Sire, je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne vie et 
longue. 
A Guyse, ce ix« de novembre. 

Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur. 

Bayast. 

VIII. 

(Voir p. 404.) 

Lettres de Bayart et de Lautrec, relatives au 
voyage de Gênes (1521-1522). 

Au Roy mon souverain seigneur^. 

Sire, a cest' heure j'ay receu deux paires de voz lettres, la 
première du iii« de ce moys, l'autre du iin«= et par la première 

1. Nymces, mal équipés. 

2. Bibl. nat., mss. français, vol. 3005, p. 97. Original. 
Publié par M. de Terrebasse. C'est peut-être de la lettre 
précédente que parle Bonnivet dans une lettre à Montmo- 
rancy, dont nous extrayons ce qui suit : « Je vous envoyé ce que 
Monsieur de Bayard escript au roy, et par cela congnoistrez la 



456 APPENDICE. 

me faictes seavoir que je m'en aille à Saluées et par l'autre que 
je m'en aille à Gennes devers les Gouverneur et Arcevesque 
dudict lieu pour leur aider à garder et conserver la ville et le 
pays, et que je face marcher ma compaignie le plus dilligemment 
qu'il me sera possible sur les confins dudict Gennes. Sire, vous 
scavez que de la compaignie vous m'en donnastes cinquante 
de ceulx de monseigneur de Lorraine quant je partis d'avecques 
vous lesquelz estoient encores pour lors à Saint-Quentin et les 
autres cinquante ne sont pas encores faitz et ne voy point qu'il 
y ait ordre soubdainement de vous pouvoir faire service de 
ladicte compaignie veu que la moitié est encores audict Saint- 
Quentin ou par chemin qui s'en alloient en Champaigne en 
leur garnison, et que l'autre moitié n'est pas encores de tout 
dressée et à cestuy-la qui meyne les cinquante je luy avoys 
donné charge de dresser le demeurant. Je luy escripz qu'il s'en 
vienne à la meilleur dilligence qu'il pourra sur les confins 
dudict Gennes. Sire, pour ce que par voz premières lettres me 
mandiez que je m'en allasse à Saluées pour garder les passaiges, 
et que avant mon partement du Daulphiné je dressasse quelques 
cappitaines de gens de pié et que je leur fisse tenir prestz troys 
ou quatre mil hommes des meilleurs qu'ilz pourront recouvrer 
pour vous en servir au lieu et ainsi que leur ferez seavoir, à 
ceste cause je m'en vois passer par le Daulphiné pour y donner 
le plus brief et meilleur ordre qu'il sera possible et ce fait je 
partiray incontinent pour m'en aller audict Gennes ou je me 
essaieray d'y faire ce qu'il vous a pieu me mander en actendant 
ma compagnie que ne porra eslre là si tost. Sire, je prie à 
Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue. 
A Lyon, le vii^ de décembre. 

Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur. 

Baïart. 



bonne voulenté de mes Daulphynois que je vous prie faire en- 
tendre au roy, afin qu'il soit asseuré qu'ilz n'ont moindre vou- 
loir de luy faire service que leur gouverneur. Faictes commander 
les lectres qu'il escript pour le faict de l'arrière-ban de Daulphiné, 
aussy pour leur faire avoir des picques et hallebardes. » Bibl. nat., 
mss. Glairambault, vol. 314, p. 3403. Copie. 



APPENDICE. 457 



A monsieur Tescuyer Francisque, conte de Pontremuly<. 

Monsieur Tesouyer, je vous escripvys hier par vostre homme 
et vous feiz response à ce que vous m'avez par luy escript, et 
afin que ne faillez d'estre adverty du contenu en mesdictes 
lettres je veulx bien vous prier derechef que de vostre cousté 
sollicitiez la venue des lansquenets en la plus grand diligence 
que faire se pourra et que, des incontinent qu'ils seront arrivez 
de Gennes, Monsieur de Bayart les m'amène, sans les laisser 
séjourner la ne autre part, par la voye de Pontremuly ou Valde- 
nevre, et m'advertissez soigneusement, soudainement et par 
divers messaigiers, de leur arrivée et du chemin qu'ils auront 
advisé de tenir affin que je les aille recueillir et me joindre avec 
eulx. J^escripts à monsieur le gouverneur de Gennes que des 
trois mille hommes qu'il a présentement à la solde il m'en 
envoyé les deux mille avecques la personne du capitaine 
Nicolo Furgoso, à quoy vous le conforterez de vostre cousté 
luy faisant entendre qu'il a du cousté de la marine et qu'il ne 
scauroit faire plus grant ne meilleur service au Roy pour ceste 
heure que de m'envoyer lesdicts deux mille hommes avecques 
lesdicts lansquenets, car si une fois nous sommes ensemble non 
seuUement nous recouvrerons Millan mais ferons que le Roy 
pourra commander par toute l' Ytalie, laquelle nous luy nettoye- 
rons de ses ennemis. Vous tiendrez la main que monsieur de 
Bayart m'amène lesdicts lansquenets incontinent qu'ils seront 

1. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 323, p. 8043. Copie. Lau- 
trec avait également informé le roi des espérances qu'il avait 
conçues à la venue de Bayart en Italie ainsi que le témoigne 
l'extrait suivant d'une lettre qu'il lui adressa à ce sujet : « Sire, 
incontinent que j'ai sceu que monsieur de Bayart estoit venu à 
Gennes, j'ay envoyé cinq ou six messaigers devers luy pour le 
solliciter de me amener les lansquenets, par la voye de Pontre- 
muly ou du val de Nure, aussi tost qu'ils seront arrivés et je pas- 
seray le pont que j'ay fait faire sur le Pau à l'endroit de cette 
ville et m'en iray joindre avecques luy. » (Bibl. nat., mss. Glai- 
rambault, vol. 323, p. 8127.) 



458 APPENDICE. 

aryvés et monsieur le gouverneur de Gennes de m'envoyer 
quantité desdicts lansquenets, le capitaine Nicolo Furgoso avec 
les deux mille hommes dont dessus est faict mention. Priant 
Dieu, monsieur l'écuyer qu'il vous doint ce que plus desirez. 

Il me semble que vous ferez bien de vous envenir avecques 
monsieur de Bayart et lesdiets lansquenets et vous me ferez 
grant plaisir; j'escripts présentement au Roy et envoyé le 
pacquet de mes lettres à monsieur le Gouverneur lequel vous 
solliciterez de les envoyer incontinent par courrier exprès ou 
par la poste. 

Escript à Grémonne, le vi» jour de janvier. 

Le tout vostre 
Odet de Foix. 

Au Roy, mon souverain .seigneur*. 

Sire, dernièrement je escripvis qu'il n'y avoit point d'alTeres 
en vostre pays de Gennes et depuys n'y est riens survenu 
comme vous dira Glémens, présent pourteur, qui vient de 
Romme et de voz autres afferes d'Ytalie. Le Gouverneur de 
ceste ville vous en escript tous les jours ce qu'il en peult scavoir 
de tous costez ; parquoy je ne vous en mande riens. Sire, je 
prie à Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue. 

A Gennes, le xxii de janvier. 

Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur. 

Baiaet. 

Au Roy, mon souverain seigneur 2. 

Sire, j'ai reçeu la lettre qu'il vous a pieu m'escripre faisant 
mention que depuis que je suis par deçà n'avez point heu de 
mes lettres et que je vous escripve là ou je suis. Sire, il vous 
pleust me mander que je m'en vinsse incontinent en ceste ville 

1. Bibl. nat., mss. français, vol. 2930, p. 166. Original. Publié 
par M. de Terrebasse. 

2. Bibl. nat., mss. français, vol. 2992, p. 2. Original. Publié 
par M. de Terrebasse. 



APPENDICE. 459 

pour aider au Gouverneur et à l'Arcevesque à conduyre leurs 
gens de pié pour la garde de ceste ville et du pays de Gennes 
et n'en fusse pas bougé que je n'en eusse esté chassé par force 
ou que m'eussiez mandé quelque autre chose. Sire, je vous ay 
escript plusieurs fois qu'il n'y avoit point d'afferes icy et que 
j'estoys bien marry de ce que je me sejournoys et que je n'aves 
quelques gens pour aller trouver monsieur de Lautrec et vous 
faire quelque service en vostre duché de Myllan, et m'en suis 
plaint à démens quant il passa par cy pour le vous dire ; car 
se j'eusse heu deux ou troys mil hommes de pié françoys je 
vous eusse fait quelque bon service, car de ceulx qui estoient 
en ceste ville on ne les vouloit point bouger pour la garde de 
la ville. Aussi, Sire, je vous ay escript que, si les Soysses 
mectoient vos afferes à la longue, qu'il estoit necessere que envois- 
siez cinq ou six mil hommes de pié à monsieur de Lautrec, car 
s'ils fussent venus il y a quinze jours, ou s'ils y estoient à ceste 
heure, vous recouvreriez vostre duché de Myllan bien toust, et 
le principal est de y faire toute dilligence qu'il vous sera 
possible et cependant j'ay toujours fait gros bruyt de sorte que 
le cardinal de Medicis et vos ennemys auront grand crainte 
qu'il n'y eust quelques gens en ceste ville pour aller à Florence, 
tellement que ledict Cardinal a habandonné Romme pour venir 
garder ledict Florence et y a fait venir les gens qui estoient à 
Bonlougne tant pour la crainte du duc d'Urbin que de celle de 
ceste ville. Sire, par vos lettres me mandes qu'avez escript à 
monsieur le Grand maistre qu'il face bonne dilligence de fere 
marcher ung nombre de Soysses droict à Myllan en actendant 
le demourant, et avez merveilleusement bien fait. Aussi j'ay 
veu par vos lettres le bon ordre qu'avez donné en vos bonnes 
villes pour la préservation de vostre royaulme qui est une très 
bonne chose et vous mercie très humblement de ce que vous a 
pieu le me fere scavoir. Sire, de tout plein d'autres afferes de 
par deçà monsieur le Gouverneur d'icy et monsieur l'Arcevesque 
son frère m'en parlent souvent et m'ont dict qu'ils vous en 
escripvent; aussi fait l'escuyer Francisque. Sire, je rescripvis 
dernièrement à Sucie puis qu'il n'avoit point de maistre que 
s'il vouloit estre à vous que vous le traicteriez bien, et que si 
ainsi il le vouloit qu'il le me fisl scavoir et que je vous en 



460 APPENDICE. 

advertiroys. L'abé du Bourgueul m'en a escript une lettre que 
je vous envoyé. Sire, je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne 
vie et longue. 
A Gennes, le dernier jour de janvier. 

Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur. 

Baïart. 



ÏX. 



Lettres écrites par Bayart pendant son séjour en 
Dauphiné (1522-1523). 

A Monsieur, Monsieur le mareschal de Montmorancy * . 

Monsieur, je me recommande bien humblement à vostre 
bonne grâce. Monsieur, monsieur de Grenoble a une abbaye à 
Tholose qui s'appelle Saint-Sernyn, et pour ce que, quant il va 
là, il ne se veut point amuser d'aller à la chasse ny estre 
amoureux, sinon de continuer et hanter gens de bien, sçavans 
et pleins de bonne volante, à ceste cause il m'a prié. Monsieur, 
vous vouloir escripre qu'il vous plaise vous employer à luy 
faire avoir du Roy une place de conseiller audict Tholose quant 

1. Bibl. nat., mss. français, vol. 3005, p. 100. Original. Publié 
par M. de Terrebasse, p. 467. 

Cette lettre et les trois suivantes, écrites toutes quatre de Gre- 
noble, nous paraissent avoir été écrites pendant le séjour de près 
de deux ans que fit Bayart en Dauphiné, en 1522-1523. Il était à 
cette époque lieutenant du gouverneur de cette province. Cet éloi- 
gnement des affaires était un véritable exil; Bayart en effet était 
alors tombé en disgrâce à cause de ses relations amicales avec le 
connétable de Bourbon, poursuivi par la haine de Louise de Sa- 
voie. Il avait été à plusieurs reprises visiter le connétable dans ses 
terres du Bourbonnais et il avait même eu l'honneur d'armer 
chevalier son fils aîné; c'en était assez pour que les courtisans, 
jaloux de la gloire qu'il avait acquise au siège de Mézières, le 
fissent reléguer dans sa province. Il n'en sortit que pour aller 
mourir sur le champ de bataille de Biagrassa. 



APPENDICE. 461 

il y yra afin qu'il puisse entrer audict parlement et en icelluy 
oppiner et avoir sa voix tout ainsi que fait monsieur l'abbé de 
Saint-Denys au parlement de Paris sans aucuns gaiges. Mon- 
sieur, je vous supplie que pour amour de moy la luy veuillez 
faire avoir suivant le mémoire que je vous envoyé. Monsieur, 
je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue. 
A Grenoble, le iij® de février. 

Vostre humble et bien bon serviteur, 

BiïABT. 



A Monseigneur, Monseigneur le mareschal 
de Montmorency ^ 



ri 



Monseigneur, je me recommande bien humblement à vostre 
bonne grâce. Monseigneur, j'ay receu les lettres que m'avez 
escriptes par Monsieur de Monleynarda et vous mercie de la 
bonne souvenance qu'avez de moy et vous prometz ma foy. 
Monseigneur, que vous n'avez pas tort, car je suis aussi fidelle 
pour la case ^ de Montmorency que vous mesmes. Monseigneur, 
monsieur de la Val ^ a prins fantesie de s'en aller en court pour 
vous voir et remercier de tout plein d'onnestes propoz que vous 
avez tins de luy et pour vous parler de ses afferes, s'il y en a 
point -, il vous dira beaucoup de choses, mais je croy que vous 
ne le croirez pas de tout. Monseigneur, je prie à Dieu qu'il 
vous doint bonne vie et longue. 

A Grenoble, le xxiij* de février. 

Vostre bon soudart et bien bon serviteur, 

Baïart. 

A Monsieur du Ghastellard ^. 
Monsieur du Ghastellard, aux estatz dernièrement tenuz, 

1. Bibl. nat., mss. français, vol. 3014, p. 53. Original. Publié 
par M. de Terrebasse. 

2. Louis de Monteynard, d'une illustre famille dauphinoise, 
mort en 1549. 

3. Case, maison. 

4. Personnage de la famille dauphinoise des AUeman. 

5. Appartient à M. Veyron-Lacroix , à Grenoble. Original. 



462 APPENDICE. 

ceulx du pays accordarent mectre sus dix mil hommes embas- 
tionnez^ pour la deffence du pays, qui esta raison de deux 
hommes pour feu ; et pour ce qu'il est plus que nécessaire que 
Jesdicts X mil hommes soyent bientost prestz, je escriptz par 
tous les baillages qu'ilz fassent faire leurs monstres et péréqua- 
tions à deux hommes par feu et qu'ilz choisissent des plus 
gentilz compaignons et myeulx embastionnez sans nul espar- 
gner, et leur escriptz que quant ils feront lesdictz montrez 
qu'ilz vous y appellent ainsi qu'il a esté conclud par lesdictz 
estatz, qui vous ont esleu pour avoir la conduite de ceulx que 
montrera votre parti. Je vous prie d'en faire ung roulie et les 
faire tenir prestz pour les mener là ont je vous manderay, sans 
toutesfoys les mectre ne faire gecter aux champs jusques à ce que 
je le vous mande pour obvier à la foulle du peuple. Vous disant à 
Dieu, Monsieur du Chastellard, qui vous doint ce que vous désirez. 

Je vous advertiz que quant l'affaire viendra que je serey 
quant et quel ^ vous, et espère que à l'ayde de Dieu nous ferons 
quelque bon service au Roy pour la deffence du pays et quelque 
honorable efîect. 

A Grenoble, le iij* de mars. 

Vostre bon amy, 

Baïart. 

A Monsieur de VantoUet^. 

Monsieur de Vantollet, j'ay donné charge à Monsieur de 

Publié dans le Bulletin de l'Académie delphinale, année 1866, 
p. 25. Cette lettre est probablement adressée à François de Boc- 
sozel, S"" du Ghâtelart, qui deux ans après épousa la fille naturelle 
de Bayart; elle est, avec la suivante, la seule lettre authentique 
de lui qui existe en dehors de celles que l'on trouve à la Biblio- 
thèque nationale. „, . 

1. Embastionnez, armés. 

2. Quant et quel, avec et comme vous. 

3. Appartient à M. Veyron-Lacroix, à Grenoble. Original. 
Publié dans le Bulletin de l'Académie delphinale. Année 1867, 
p. 26. Cette lettre est adressée à Jean Ventolet, greffier du par- 
lement de Grenoble (1498-1 5 ), fils de Claude Ventolet, huissier 

du même parlement (1483) et père de François Ventolet, auditeur 
à la chambre des comptes (1544). 



APPENDICE. 463 

Glandèves mon frère, vous soliciter pour estre rambourcé des 
mil escuz que je prestis à feu Monsieur l'esleu de Valence, jà 
comme sçavez. Je vous prie vouloir fere dilligence ad ce que 
ladicte somme me soit rendue; et je m'en vois prier Dieu, Mon- 
sieur de VantoUet, qu'il vous doint ce que désirez. 
A Grenoble, le xxiiii d'aoust. 

Vostre bon amy, 

Bayart. 

X. 

(Voir p. 404.) 

Lettre de François /" à Bayart, lui promettant de 
l'emmener avec lui en Italie (1523)*. 

Bayarde, recepi tuas brèves litteras quae mihi singulariter 
placuere, et tibi gratias agimus vehementer, quod semper sis 
bonae voluntatis ; et longe antequam tuas litteras recepissemus, 
deliberaveram, si belli occasio occurreret, te non relinquere 
tam otiosum sicut ab reditu tuo ex Italia fiiisti. Et propono 
quod, durante negotio, non distabimus longo intervallo, et 
semper compertum habebis hominem armorum quem tua manu 
militem fecisti, ita bono corde valebit, quod non erit tibi dede- 
cori. Et vale. 

Scriptum Parisiis, décima nona decembris. 

Franciscds. 

Amanuensis, Brito. 

XL 

(Voir p. 423.) 

Lettre d'Adrien de Croy sur la mort de Bayart. 

[A l'Empereur 2.] 
Sire, nostre camp se logea ledit jour sur le bort de la Seze, 

1. Cette lettre nous est connue seulement par la traduction 
latine qu'en a donnée Aymar du Rivail (De Allobrogibus, 1844, 
p. 578); il n'y a néanmoins, croyons-nous, aucune raison d'en 
suspecter l'authenticité. 

2. Archives de Belgique. Documents historiques, t. II, p. 130. 



464 APPENDICE. 

lequel partit le lendemain devant le jour pour les suivre, mais 
avant povoir passer ladicte rivière, ilz estoient jà loing. Nos 
chevaulx légiers et quelques gens de piet Espaignolz, sans 
ordre, les syevirent et ruèrent sur la queue de si bonne sorte 
qu'ils destroussèrent force bagaiges et raunicions d'artillerie, 
tuèrent quelque deux cens Suysses et deffirent la bende des 
Escochois. Ils avoient gaignet deux autres pièces d'artillerye ; 
quoy voyant, le capitaine Bayart retourna avec aucuns chevau- 
cheurs françois et quatre ou cinq enseignes de gens de piet. Si 
rebouta noz gens et rescouvrit lesdites pièces d'artillerie que 
mieulx luy eut vallu laisser perdre; car, ainsi qu'il se cuidoit 
retourner, il eut ung cop de harquebuse, duquel il mourut le 
soir mesme, et fut monsieur de Vandenesse qui luy tenoit 
compaignye fort blessé. Sire, combien que ledit sieur Bayart 
fust serviteur de vostre ennemy, si a ce esté dommaige de sa 
mort, car c'estoit ung gentil chevalier, bien aymé d'ung chas- 
cun et qui avoit aussi bien vescu que fit jamais homme de son 
estât. Et, à la vérité, il a bien monstre à sa fin, car ce a esté 
la plus belle que je ouys oncques parler. La perte n'est point 
petite pour les François et aussi s'entournèrent-llz bien estoû- 
nez, de tant plus que tous ou la pluspart de leurs capitaines 
sont malades ou blessez. 

Du camp de Biroux, le 5 mai 4524. 1 ii^» 

Sire, 

De Vostre Majesté, 

Vostre bien humble et obéissant subgect et serviteur, 

Adrien de Gboï. 

, , XII. 

Quittances de Bayart. 
Nous, Pierre de Terrel, seigneur de Bayart, chevalier de 

Copie incomplète. Publié dans le Bulletin de la Commission 
royale de Belgique, t. V, p. 320. L'auteur de cette lettre est 
Adrien de Croy, s"" de Beaurain. Elle est écrite du camp de Perosa 
(val Pérouse) sur les frontières de la France et du marquisat de 
Saluées. 



APPENDICE. 465 

l'ordre du roy nostre sire et cappitaine de cent lances fournies 
de ses ordonnances, confessons avoir eu, receu comptant de 
maistre Jehan de Ponchier, conseiller et trésorier des guerres 
dudit seigneur, la somme de troys cens livres tournois ainsi 
ordonnées pour nostre estât et devoir de cappitaine desdictes 
cent lances pour le quartier d'avril, may et juing dernier passé, 
qui est au feurs de xx sols pour chascune lance fournye par 
moys. De laquelle somme de iii^ livres tournois nous tenons 
contant et en quictons ledict maistre Jehan de Ponchier et tous 
autres, tesmoing nostre seing et scel de noz armes icy mis le 
xij""^ jour de décembre l'an mil cinq cens vingt et deux. 

Bayart ' . 

Nous, Pierre de Bayart, chevalier de l'ordre, confessons avoir 
receu de maistre Jehan Testu , conseiller du roy, nostre sei- 

1. Bibl. nat. Cabinet des titres. Pièces originales. Art. Terrait. 
Le désir de publier tous les autographes de Bayart nous a engagé 
à faire imprimer cette quittance et les quatre suivantes malgré 
leur peu de valeur au point de vue historique. On ne connaît en 
effet jusqu'à présent aucun autographe authentique de Bayart en 
dehors de ceux que nous publions, et cette rareté a précisément 
engagé les faussaires à exercer leur coupable industrie. Nous signa- 
lerons parmi les plus curieuses lettres fausses de Bayart celle qui 
se trouve à Grenoble entre les mains de M. Veyron-Lacroix. Cette 
pièce, adressée à l'évoque de Grenoble, a été fabriquée à la fin du 
xvi« siècle pour favoriser certaines prétentions de la famille de 
Bocsozel, dont un membre avait épousé, comme nous venons de 
le dire, la fille naturelle de Bayart. Celui-ci y apprend à l'évêque 
son oncle qu'il a contracté un mariage secret avec Barbe de 
Tresca, mère de cette fille, mais qu'il ne croit pas devoir encore 
le rendre public. Les Bocsozel, en faisant composer cette lettre, 
espéraient effacer la tache imprimée à leur nom par un 
mariage avec une bâtarde et peut-être aussi se ménager des 
droits à la succession de la famille de Tresca. Un assez grand 
nombre d'autres faux autographes de Bayart ont été jetés dans 
la circulation il y a quelques années. Plusieurs sont assez habi- 
lement faits pour tromper même de fins connaisseurs. Nous signa- 
lons comme sortant de cette officine trois lettres de Bayart à 
Louis XII, deux à d'Alègre et deux à Robertet. 

30 



466 APPENDICE. 

gneur, trésorier et receveur général de ses finances es pays 
de Languedoc, Lyonnois, Forestz et Beaujeulet, la somme de 
cinq mil cent livres tournois, en deux décharges, escriptes du 
xvje jour du présent moys de juillet, levées ainsi qu'il s'ensuit. 
C'est asçavoir unners equivallente deux mil livres et unners 
octroy prochain trois mil cent livres, qui est ladite somme de 
cinq mil cent livres à nous ordonnée par le roy, nostredict 
seigneur, pour nostre pension et entretenement en son service 
durant ceste présente année, commençant le premier jour de 
janvier dernier passé; de laquelle somme de cinq mil cent 
livres nous tenons pour content et acquictons ledict Testu, 
trésorier susdict. En tesmoing de ce nous avons signé ces pré- 
sentes de nostre main et faict sceller du scel de nos armes le 
xix^ jour de juillet l'an mil cinq cens vint trois. 

Baïart ^ . 

1. Bibl. nat. , mss. Glairambault , vol. 120, publiée par 
M. de Terrebasse, p. 472. — A cette quittance, ^insi qu'aux 
trois suivantes, est suspendu, sur double queue de parche- 
min, le sceau de Bayart en cire rouge, revêtue de papier. 




Sa forme est orbiculaire et le type représente l'écu de la famille 
Terrail, penché, timbré d'un heaume de profil, orné de lambre- 
quins et surmonté, comme cimier, de la partie antérieure d'un 
lion. La légende est mes'"^ pierre de bayart chlr s'' dvd* liev. 
Cette légende est singulière en ce qu'elle qualifie Bayart de mes- 
sire, titre fort rare sur les sceaux, quoique non sans exemple, et 
en ce qu'elle le nomme Pierre de Bayart et non Pierre Terrail : 
le nom de Terrail s'était etîacé devant celui de Bayart, entouré 
d'une si légitime illustration. Nous ajouterons une observation 



APPENDICE. 467 

Nous, Pierre de Terrail, chevalier, seigneur de Bayart, cap- 
pitaine de cent lances fournies des ordonnances du roy nostre 
sire, confessons avoir eu et receu de maistre René Thizart, 
conseiller d'icelluy seigneur et trésorier de ses guerres, la 
somme de trois cens livres tournois à nous ordonnée par ledict 
seigneur pour nostre estât et droict de cappitaine desdictes 
cent lances du quartier de juillet, aoust et septembre l'an mil 
cinq cens vingt deux derrenier passé, qui est au feur de vingt 
sols tournois pour chascune lance fournie par mois. De laquelle 
somme de trois cens livres tournois nous tenons content et 
bien paie et en avons quicté et quictons ledict maistre René 
Thîzard, trésorier des guerres dessusdict et tous autres. En 
tesmoing de ce nous avons signé ces présentes de nostre main 
et fait sceller du seel de nos armes le dernier jour d'aoust l'an 
rail cinq cens et vingt trois. 

Bayart ^ 

Nous, Pierre de Terrail, chevalier, seigneur de Bayart, cap- 
pitaine de cent lances fournies des ordonnances du roy nostre 
sire, confessons avoir et receu de maistre René Thizart, con- 
seiller du Roy nostre sire et trésorier de ses guerres, la somme 
de trois cens livres tournois à nous ordonnées par ledict sei- 
gneur pour nostre estât et droit de cappitaine desdits cent 
lances du quartier de janvier, février et mars mil cinq cens et 
vingt deux dernier passé qui est au feur de vingt solz tournois 
pour chascune lance fournie par moys. De laquelle somme de 
iii«^ livres tournois nous tenons content et bien payé et en avons 
quicté et quictons ledict maistre René Thizart, trésorier des- 
dictes guerres, devant nommé, et tous autres; en tesmoing de 
ce nous avons signé ces présentes de nostre main et faict 

sur le titre de seigneur de Bayart qui lui est donné dans son 
sceau et dans la plupart de ses quittances : le véritable seigneur 
du château de Bayart était Georges Terrail, son frère aîné; tout 
au plus Bayart avait-il une faible part dans cette seigneurie et 
encore cela est-il loin d'être certain. 

1. Bibl. nat. Gab. des Titres. Pièces originales. Art. Terrail. 



468 APPENDICE. 

sceller du seel de noz armes, le xxviije jour d'octobre l'an mil 
cinq cens et vingt trois. 

Batart ' . 



Nous, Pierre de Terrail, chevalier de l'ordre, seigneur de 
Bayart et cappitaine de cent lances fournies des ordonnances 
du roy nostre sire, confessons avoir eu et receu de maistre 
René Thizart, aussi conseiller dudict seigneur et trésorier de 
ses guerres, la somme de trois cens livres tournois à nous 
ordonnée par icelluy seigneur pour nostre estât et droict de 
cappitaine desdictes cent lances, du quartier d'avril, may et 
juing mil cinq cens et vingt trois dernier passé, qui est au feur 
de vingt solz tournois pour chascune lance fournie par moys. 
De laquelle somme de iii^ livres tournois nous tenons autant et 
bien payé, en avons quicté et quictons ledict maistre René Thi- 
zard, trésorier des guerres dessusdict et tous autres. En tes- 
moing de ce nous avons signé ces présentes de nostre main et 
fait seeler du seel de nos armes, le premier jour de novembre 
l'an mil cinq cens et vingt trois. 

Bayart ^. 

XIII. 

Montre de la compagnie de Bayart^. 

Roole de monstre et reveue faicte à Gassan en Italie le vingt 
et quatriesme jour d'octobre l'an mil cinq cens vingt trois, de 
quatre vingt dix neuf hommes d'armes et deux cens archiers 
du nombre de cent lances fournies de l'ordonnance du roy 
nostre seigneur, estans soubs la charge et conduicte de messire 
Pierre de Bayart, seigneur dudict lieu, chevalier de l'ordre 
dudict seigneur, leur cappitaine, sa personne y comprinse, par 

4. Bibl. nat. Gab. des Titres. Pièces originales. Art. Terrail. 

2. Bibl. nat. Gab. des Titres. Pièces originales. Art. Terrail. 

3. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 247. Original. 



APPENDICE. 



469 



nous, Pierre de Berard, conte de Dizenne et seigneur de la 
Foucaudière, commis et ordonné, ladicte monstre et reveue 
servant à l'acquit de maistre René Tizart, conseiller du Roy et 
trésorier de sa guerre pour le quartier de janvier, février et 
mars dernier passé. Desdicts hommes d'armes et archiers les 
noms et surnoms s'ensuivent. 



Hommes d'armes. 

Monsieur de Bayart 
Guigo Guiffrey 
Germain d'Eurre 
Jacques du Pont 
Anthoine de la Villette 
Gaspard Terrel (Terrail) 
Jacques de Corbon 
Le bastard Turpin 
Tybault Ronan 
Jacques de Monteynart 
Georges de Saint-Gilles 
Anthoine de Bazincourt 
Michel le Blanc 
Charles de l'Artaudière 
Dizimieu 

Anthoine de Clermont 
Le baron de Sassonnaige 
Anthoine de Rommaneche 
Benoist de Montorcier 
La Bastide 
Jehan de la Bergnie 
Jehan de la Roche 
François de Ghissey 
Gabriel Genton 
Bertrand de la Barme 
Sebastien de Vescq 
Pierre le Blanc 
Estienne du Puys 
Pierre de la Cardonnière 



Humbert d'Anconne 
Jacques le Blanc 
Georges de Boulle 
Henri du Moustier 
Geoffrey Bovan 
René de Rouedde 
Gracien de Ghigoye 
Bernard de Sainte-Columbe 
Guillem de Mousse 
Claude de Musset 
Pierre de la Rocque 
Claude Genton 
Mericq de Gensac 
Maynault de la Rocque 
François de Grenues 
Adrien de Lestic 
Hurban Surtet 
Pierre de Pagas 
François de Rissac 
Gaillard de Mortaigne 
Claude de Vachières 
Claude de Vaulx 
Guigo Francque 
Anthoine de Beaumont 
Anthoine de Ruyn 
Anthoine de la Grune 
Bertrande de Modins 
Françoys l'Alement de Champs 
André Arnault 
Guillem d'Ières 
Jehan de Suze 



470 



APPENDICE. 



Saint-André 
Jehan le Mestral 
Anthoine Roux 
Claude de Loras 
Philibert Vallier 
Jehan Pauveau 
Jacques de Pys 
Claude de Marrieu 
Jehan-Françoys de Gorbières 
Prançoys Lotier 
Claude de Musse 
Laurent de Beaufort 
Pierre de Beaufort 
Ambroise de la Croix 
Pierre de Montfort 
Lyonnet de Thèze (Theys) 
Charles Bernier 
Jehan de Ternay 
René d'Aubigny 
Charles de Cordon 
Claude Baronnat 
Girard de Florenvillc 
Jehan de Fleury 
Phelix de Gennas 
Georges de Cordon 
Tallebart 

Jehan de Saint-Jehan 
Gaspard de Froussas 
Claude de la Croix 
Constans de Trennes 
Françoys l'AUement 
Charles de Conillien 
Claude Perier 
Guillem de Chastillon 
Balthazar de Beaumont 
Pierre Gley 
Jacques Geoffrey 
Humbert de la Cardonnière 



Michel Galbert. 

Archiers. 

Benoist de Reyn 
Guillaume Golumbeau 
Vincent de Surich 
Humbert de la Vallée 
Jehan de Montbrun 
Jehan Vigier 
Le bastard de Cordon 
Alexandre Bernart 
Claude Mroin (Morin) 
Claude Chaffart 
Loys Bernard 
Claude Chapponay 
Françoys Berrion 
Christofle de Torcy 
Anthoine de Champotieu 
Pierre Jaquelin 
Rostaing Esperendieu 
Loys Sans Layne 
La Trompeté 
Le bastart de Sernests 
Jacques du Pré 
Balthazar de Moustier 
Pierre Martin 
Françoys de Brisac 
Le cirurgien 
Le bastart du Gast 
Georges Poignant 
Pierre Salignon 
Claude Girard 
Jehan Gay 
Jehan Bernier 
Jacques de la Maladière 
Guigo de Montbourd 
Barrochin Martin 



APPENDICE. 



471 



Le bastart de Revêt 
Michel le Moyne 
Grand-Jehan Ollier 
Anthoine de la Barme 
Jacques de Barrault 
Jean de Ghissey 
Jacques de Longpois 
Jehan Doulcet 
Jacques de Marnis 
Ponl d'Amours 
Claude de Gommiers 
Claude de Chazeron 
Claude de Sainte-Agathe 
Michel de Montaigne 
Gabriel de la Roche 
Guillem d'Arse 
René le Conte 
Michel Arpoi liant 
Pierre d'Aubigny 
Charles de Plantes 
Bernard de Moreul 
Pierre Chivalet 
Loys Tournet 
Charles de Chazey 
Jehan le Vieulx 
Nicolas Planson 
Jehan de Syon 
Guillem Boys 
Gaspard de Saint-Germain 

I mois 
Vibraye pour le reste 
Jehan le Mareschal 
Pierre de Blacon 
Lancellot Blocet 
Balthezar Vaultierhault 
Raymonnet de Lericq 
Guillem de Mouzon 
Françoys Maistre 



Balthezar du Mas 
Jehan Paure 
Jehan de Muz 
Jehan Mauvigne 
François Pigron 
Esme Pigron 
Bertrand de Lagier 
Pierre de Arrensac 
Le bastart de Vaunière 
Guillem de Pujoz 
Jehan de Luppé 
Nicolas Chavaigne 
Jehan Cairle 
Barberinquin 
Françoys de la Ferrière 
Michel de Belzonce 
Jehan Garnier 
Theodor de Medolienne 
Jacques Bertholier 
Enymon Baille 
Jehan de Noyret 
Pierre de Teufïles 
Jehan de la Croix 
Françoys de Pressin 
Claude Myonnet 
Enymont Mondon 
Colin Allement 
Eymard de la Tullière 
pour Gracien de Modins 
Jehan de Tourneville 
Jehan de Bornes 
Bastien de BocheroUes 
Guillem de Lére 
Françoys Sieure 
Ozias l'Avantureux 
Pierre Sauret pour xvi jours 
Claude Bossozel pour le reste 
Girault Chenac 



472 



APPENDICE. 



Jehan de Vigne 

Jacques de Mailles 

Jehan Armant 

Mathieu Merlier 

Pierre Roux 

Arnault de Lescq 

Allevet 

Paulquet Roussieux 

Lienard Steole 

Sauvaige 

Glerevaulx 

Jehan de Fresnoy 

Françoys du Truc 

Françoys Verbon 

Jehan Roybon 

Amyot dières 

Anthoine Marcel 

Anthoine de la Thonnière 

Jehan Taulmont 

Françoys Gharbonneau 

Claude Flocte 

Claude de Stanville 

Rouvene 

Labaillye 

Mathieu Gui guenon 

Guillem de la Valle 

Claude Anthoine 

Jehannot de Saulx 

Anthoine de la Croix 

Nycolas de Beaudmont 

Jehan Menyer 

Estiene de Souran 

Josse 

Jehan Papet 

Laurens Bergue 

Guigon Nonail 

Jehan Gaultier 

Pierre Policart 



Guillaume du Pré 
Jehan Blanchart 
Jehan Faulquier 
Thomas du Font 
Le bastart du Pont 
Estienne Armant 
Pierre Bertrand 
Jehan du Faur 
Jacques Maccaire 
Pierre de Moras 
Jehan de Saint-Barthelemy 
Guillem de la Cheize 
Le bastart de la Bataille 
Martin du Fort 
Le bastart de Beauregard 
Rogier Villete 
Jehan Quart 
Jehan Racle 
Jehan de la Touche 
Colin Françoys 
Jacques de Pradines 
Jehan Tournemine 
Jehan de la Plume 
Le bastart de la Barme 
Jehan de Mortaing 
Barthélémy de Quincent 
Le bastart de Bernys 
Françoys le Blanc 
Pierre de Bordeaulx 
Le bastart de Jensac 
Guillaume de Corsant 
Bernard l'Ardent 
Françoys de Tassin 
Michel de Flory 
Jehan de Fougières 
Jehan de Saint-Germain 
Grant-Jehan d'Arc 
Le Bernuoys 



APPENDICE. 473 

Jehan de Palerme Pierre Paris 

Christofle de Parme Le bastart de Montmartre 

Michel Maistre Esmé le Blanc 

Le bastart d'Ornyn JuUien Hardif 

Le bastard de Francque Pierre Sabley 

Le bastart de Beaufort Anthoine de Tur 

Le bastart de Chavesteing Jehan de Montruc 

Melchior Poignant Hercules de Vienne * 

Humbert de Pillon 

Nous, Pierre de Berard, conte de Dizenne et seigneur de la 
Foucaudière, commissaire dessusnommé, certiffions à nossei- 
gneurs des comptes à Paris et autres qu'il appartiendra avoir 
veu et visité par forme de monstre et reveue tous les dessus- 
dicts quatre vingts dix neuf hommes d'armes et deux cens 
archiers du nombre desdicts cent lances fournies de l'ordon- 

l. Nous n'essaierons pas de faire un travail généalogique 
sur les hommes d'armes et les archers qui composaient la 
compagnie de Bayart, cela nous entraînerait trop loin; nous 
appellerons seulement l'attention sur quelques noms qui nous 
paraissent particulièrement dignes de remarque. Ce sont, en 
première ligne, Jacques de Mailles, secrétaire de Bayart, celui 
que l'on considère avec tant de vraisemblance comme l'au- 
teur de l'histoire de Bayart, ainsi que nous croyons l'avoir 
démontré dans notre préface ; puis Guigo Guiffrey, s' de Bou- 
tières, et Antoine de Glermont, vicomte de Tallard, qui furent, 
successivement après lui, lieutenants du gouverneur du Dauphiné ; 
Jacques Jeoffrey, son maître d'hôtel, qui assista à ses derniers 
moments et ramena son corps à Grenoble ; Jean de la Bergnie (de 
la Vergne) et le bâtard de Cordon, dont il est fait mention dans 
l'histoire de Bayart (voy. p. 173-339 et 345); Gaspard de Froussas 
(Frussasco), fils de la dame qui avait été le premier amour de 
Bayart, ainsi que le raconte le Loyal Serviteur (p. 64 à 70). Nous 
signalerons encore Gaspard Terrait, s"" de Bernin, cousin de Bayart, 
et Pierre de Blacons, qui vécut assez pour prendre part aux pre- 
mières guerres de religion dans les rangs des protestants dauphi- 
nois. Nous ferons enfin remarquer que près de cent des hommes 
d'armes et archers de Bayart appartiennent à des familles du 
Dauphiné et que les plus illustres maisons, telles que les AUeman, 
Montaynard, Sassenage, Glermont, Beaumont, Moustiers, Loras, 
La Vilette, Flotte, Arces, Gommiers, etc., y sont représentées. 



474 APPENDICE. 

nance du roy nostre dict seigneur estans soubz la charge et 
conduicte de mondict sieur de Bayart, chevalier de l'ordre 
dudict seigneur, leur cappitaine, sa personne y comprinse, les- 
quelz avons trouvez en bon estât et souffîsant habillement de 
guerre pour servir le Roy nostre dict seigneur au fait de ses 
guerres et partout ailleurs où il luy plaira, cappables d'avoir et 
prendre les gaiges et souldes que icelluy seigneur leur a ordon- 
nées pour le quartier de janvier, février et mars dernier passé. 
En tesmoing de ce nous avons signé ce présent roole de nostre 
main et mis le seel de noz armes le jour et an dessusdicts. 

De Bëra&d. 

XIV. 

Contrat de mariage de François de Bocsozel, seigneur 
du C hâte lard de Champier, avec Jeanne Terrait, 
fille naturelle de Bayart K 

In nomine Domini, amen : cunctis, tam presentibus quam 
futuris, pateat et liquide fiat manifestum, quod cum tractatum 
fieret de matrimonio contrahendo per verba de fuluro inter 
nobilem Franciscum de Boczosello, dominum de Chastelario- 
Ghampiaci, Viennensis diocesis, ex una ; et nobilem domicelam 
Johannam, flliam magniffici quondam domini Pétri Terralii, 
domini de Baiardo, militis ordinis regii, et locumlenentis 
Dalphinatus ac cappitanei centum régis armorum, exalia; hinc 
est, quod anno nativitatis ejusdem Domini currente millesimo 
quingentesimo vicesimo quinto, et die vicesima quarta mensis 
augusti, coram me notario publico subsignato, et testibus infe- 
rius nominatis, prefatus nobilis Pranciscus de Boczoselo, 
sponsus futurus, promisit et juravit disponsare in facie sancte 
matris ecclesie et in uxorem suam accipere prefatam nobilem 
Johannam Terralie, toties quoties fuerit requisitus; el reve- 
rendi domini episcopus Glandatensis et abbas de Josaphat, 
avunculi dicte sponse, promiserunt nomine eorum neptis, dis- 
ponsari facere per eam diclum nobilem Franciscum de Boczo- 

1. Cabinet de M. Morin-Pons à Lyon. Copie. Publié par 
M. Morin-Pons dans les Mémoires de l'Académie de Lyon, 1876. 



APPENDICE. 475 

sello loties quoties fuerint requisiti. Et favore et contempla- 
cione hujusmodi futuri matrimonii, et ut facilius onera illius 
melius supportari possint et valeant, personaliter constituti 
prefati reverendi in Christo patres et domini dominus Phi- 
lippus Terralii, episcopus Glandatensis, et Jacobus Terralii, 
abbas de Josaphat, avunculi dicte nobilis Johanne Ter- 
rallie, tam nomine proprio, quam uti procuratores ad infra- 
scripta peragenda nobilis et potentis Georgii Terralii,, domini 
de Baiardo, eorum fratris, heredis dicti quondam domini de 
Baiardo, prout de hujusmodi procuratorio constat instrument© 
super hoc confecto, recepto per me jam dictum notarium sub- 
signatum, hic inserto, cujus ténor est talis : 

Noverint universi et singuli, quod anno Domini millesirao 
quingentesimo vicesimo quinto, et die quindecima mensis 
augusti, coram me notario publico subsignato, et teslibus 
inferius nominatis, constitutus personaliter nobilis et potens 
Georgius Terralii, dominus de Baiardo, qui actendens quod 
nobilis Johanna Terrallie, fllia quondam magniffîci et illustris 
domini Pétri Terralii, militis ordinis regii, et locumtenentis 
Dalphinatus, fratris sui, est nubilis, et quod tractatur matri- 
monium inter eam et nobilem Franciscum de Boczosello, 
dominum de Ghastelario-Champiaci, Viennensis diocesis, 
gaudens de hujusmodi matrimonio contrahendo, gratis igitur 
et sponte, non vi, non cohactus, sed ex ejus mera voluntate, 
vult et consentit quod domus fortis Edochie cum juribus suis, 
censibus, redditibus, reacheptis et ahis juribus suis et perti- 
nenciis, constituatur in dotem et nomine dotis dicte nobilis 
Johanne ejus neptis erga prefatum nobilem Franciscum de 
Boczosello, pro precio duodecim centum scutorum auri ad 
solem, quos prefatus magniffîcus frater suus dederat pro dote 
ipsius nobilis Johanne, inclusis vestlbus nuptialibus, et ex 
nunc, prout ex tune, ut supra consentit constituendo per pré- 
sentes ejus certos et indubitalos procuratores ac nuncios 
expresses, reverendos patres dominos dominum Philippum 
Terrallii, episcopum Glandatensem, et Jacobum Terrallii, 
abbatem de Josaphat, fratres suos abscentes tanquam pré- 
sentes, et ipsorum quemlibet in solidum, ad presentandum et 
faciendum similem conscensum nomine suo, quando celebra- 
bitur matrimonium dicte sue neptis cum eodem nobili de 



476 APPENDICE. 

Boczosello, et ad faciendum pacfa in dicto matrimonio que 
sibi ipsis dominis procuratoribus suis videbuntur neœssaria, 
ac si presens et personaliter interesset. Promittens ideo pre- 
fatus nobilis Georgius Terrallii constituens, per ejus jura- 
mentum super sacrosanctis scripturis prestitum, bona sua 
quecumque mobilia et immobilia propter hoc obligando et 
ypothecando, premissa actendere et observare et non contra- 
venire ; supponens se et omnia sua bone quibuscumque curiis 
dalphinalibus tam spiritualibus quam temporalibus, pro 
observacione premissorum cura relevacionibus, titullis et aliis 
clausulis in talibus necessariis et opportunis. De quibus pre- 
missis, prefatus nobilis constituens precepit mihi jamdicto 
notario, fieri presens publicum instrumentum. Actum apud 
Baiardum in aula bassa domus dicti loci, presentibus venera- 
bilibus viris dominis Guichardo Orseti et Martino de Torneno, 
presbiteris, et Urbano, filio Francisci Gaberi, testibus ad pre- 
missa vocatis et rogatis. 

Ipsi, inquam, reverendi domini nominibus quibus supra, 
gratis et eorum spontaneis voluntatibus, dederunt et consti- 
tuerunt in dotera et pro dote dicte nobilis Johanne, eorum 
neptis, dicto nobili Francisco de Boczosello, sponso future, 
presenti, stipulanti et recipienti, pro se et suis heredibus et 
successoribus quibuscumque, quatuordecira centura scuta auri 
ad solem in raodura qui sequitur. Videlicet quod constituerunt 
pro suma duodecim centura scutorum auri ad solem, per sup- 
perius nominatum quondam dominum de Baiardo datorum et 
constitutorum pro dote dicte sue fîlie in ejus ultima voluntate, 
inclusis vestibus nuptialibus, domum fortem Edochie, que sit 
pro ejus dote, et que domus olim perlinebat dicto quondam 
strenuo milliti domino de Baiardo, et ex post per ejus mortem 
dicto nobili Georgio de Baiardo, una cura suis ipsius Eydochie 
juribus et pertinenciis universis, sive sint, domus, terre, 
prata, pascua, vinee, nemora, silve, molendina, stagna, aque, 
aquaruraque decursus, garene, actiones, census, redditus, 
reachepta et alia quecuraque jura ad dictara doraura fortera 
Eydochie pertinencia, cura taraen oneribus omnibus et char- 
giis que reperientur fore et esse in et super dicta domo forti 
Eydochie et pertinenciis ejusdera, sicuti legatis fondacionibus, 
sumrais dotuum, reparationibus et aliis quibuscuraque debitis 



APPENDICE. 477 

et chargiis, et maxime de satisfaciendo nobiJi Loysie de Boczo- 
sello, domine Prati Rolondi, restam summe quatercentum scu- 
lorum auri ad solem sibi debitonim ex accordio cum ipsa 
facto per dictum quondam dominum de Baiardo, tune domi- 
num dicte domus fortis Eydochie, et etiam de solvendo reslam 
centum scutorum dotis Anthonie, filie naturalis quondam 
nobilis Arthaudi de Boczosello, uxoris Ludovici Vincendon, et 
generaliter de solvendo omnia et quecumque débita que repe- 
rirentur in et super dicta domo Eydochie. Item plus, superius 
nominati reverendi domini episcopus Glandatensis et abbas 
de Josaphat, fratres, et avunculi dicte Johanne, sponse future, 
gratis et eorum propriis voluntatibus, favore et contemplacione 
hujusmodi matrimonii, et in dotem dicte eorum neptis, de 
eorum propriis bonis, dederunt et constituerunt in augmen- 
lum dotis dicte nobilis Johanne, eorum neptis, videlicet qui- 
libet ipsorum centum scuta auri ad solem, que centum scuta 
promîsit solvere pro sua parte dictus reverendus dominus 
episcopus Glandatensis ad requestam dicti nobilis Francisci de 
Boczoselo, post consummationem hujusmodi matrimonii, Quo 
vero ad centum scuta constituta per prefatum dominum abba- 
tem de Josaphat, prefatus nobilis Franciscus de Boczosello 
confessus fuit et confitetur illa habuisse et realiter récépissé 
ab eodem domino abbate -, sicque de eisdem centum scutis se 
tenuit pro bene contento et soluto, et de quibus quictavit et 
quictat dictum dominum abbatem cum pacto de non ulterius 
quicumque plus petendo seu peti faciendo. Item quod etiara 
prefati reverendi domini episcopus et abbas constituentes, 
dederunt dicte sponse future, eorum nepti, quilibet ipsorum 
centum libras turonenses pro suisvestibus nuptialibus, necnon 
reverendus in Christo pater et dominus dominus Laurencius 
Alamandi, episcopus et princeps Gratianopolis, etiam dédit 
dicte nobili sponse future pro suis vestibus nuptialibus cen- 
tum libras turonenses, per ipsum nobilem sponsum futurum 
habitas et receptas, et etiam dictas centum libras per dictum 
dominum abbatem de Josaphat ut supra donatas, sicque de 
eisdem ducentum libris, se tenuit pro bene contento et soluto 
et de quibus quictavit ipsum reverendum dominum episcopum 
Gratianopolis et abbatem de Josaphat, et reverendus dominus 
episcopus Glandatensis promisit solvere dictas centum libras 



478 APPENDICE. 

per ipsum ut supra donatas, ad requestam dicti nobilis Pran- 
cisci de Boczosello. Et premissis mediantibus, conslitutus per- 
sonaliter prefatus nobilis Pranciscus de Boczosello, sponsus 
futurus, qui gratis et sponte, pro se et suis heredibus et 
successoribus quibuscumque, dédit et donavit dicte nobili 
Johanne, ejus sponse future, presenti et pro se et suis stipu- 
lanti et recipienti, in augmentum supradicte dotis, ascendentis 
in universo ad quatuordecim centum scuta auri, videlicet sum- 
mam septem centum scutorum similium. Item, plus dédit et 
donavit prefatus nobilis sponsus futurus dicte nobili Johanne, 
ejus sponse future, stipulanti ut supra, pro suis ornamentis et 
jocalibus, tercentum scuta similia, de quibus ipsa nobilis 
sponsa futura disponere possit ad ejus voluntatem maritata 
vel non maritata, et quo ad dictum augmentum dotis fuit 
actum, quod dissoluto hujusmodi matrimonio per mortem 
ipsius nobilis sponse future, dicta septem centum scuta dicti 
augmenli remaneant dicto nobili sponso futuro et suis. Item 
ultra premissa prefatus nobilis Pranciscus de Boczosello, 
sponsus futurus, gratis ut supra, dédit de doario annuo dicte 
sponse future, in et super omnibus suis bonis, et maxime in 
et super quadam sua domo appelata de Charpenes, sita in 
mandamento Goste et parrochia de Nantuy, cum censibus, red- 
ditibus et pertinenciis dicte domus, usque ad valorem dicta- 
rum centum librarum annualium, et quam domum, una cum 
grangiis et plassagiis ejusdem reliquid idem nobilis Pranciscus 
de Boczosello dicte nobili Johanne, ejus sponse, pro ejus man- 
sione et habitacione, casu quo non posset vivere et manere in 
dicta domo Edochie cum liberis eorumdem conjugum, dum- 
tamen vitam honestam et vidualem duxerit ut supra. Item fuit 
actum et conventum inter ipsas partes quod casu quo hujus- 
modi matrimonium dissolveretur per mortem dicti nobilis 
Prancisci de Boczosello, susceptis ex eodem liberis cum dicta 
ejus sponsa futura, quod restituendo dicte nobili Johanne, 
sponse, dicta duodecim centum scuta in unica solutione supra- 
dicta, domus Eydochie, cum pertinenciis suis supradictis, et 
ipsis liberis remanebit; et casu quo non haberint ipsi futuri 
conjuges liberos ex hoc matrimonio et superviveret dicta 
nobilis Johanna, sponsa, dicto ejus sponso, quod ad eam 
revertatur et restituatur dicta domus Eydochie cum suis perti- 



APPENDICE. 479 

nenciis ; acto tamen quod si ipse nobilis de Boczosello forsam 
fecerit, sive sui fecerint, aliquas necessarias et utiles repara- 
tiones, vel aliqua bona reacheptaverint, quod ipse reparationes 
et bona reacheptata deducantur vel solvantur heredibus ejus- 
dem de Boczosello, necnon etiam débita que reperientur fuisse 
soluta per prefatum dominum de Boczosello vel suos. Item 
plus fuit actum et conventum inter ipsas partes, quod super- 
vivens eorumdem lucretur duocentum scuta super bonis pre- 
morientis, de quibus in morte pariler et in vita disponere 
possit, sive convolaverit ad secundas nuptias sive abstinuerit. 
Item plus fuit actum et conventum inter ipsas partes, quod 
supradicte dos una cum dicto augmento et aliis que restitui 
debebunt, soluto matrimonio, per mortem dicti nobilis de Boc- 
zosello, restituantur et solvantur incontinenti sicut reperientur 
fuisse soluta. Et mediantibus premissis, prefatus nobilis de 
Boczosello, sponsus futurus, celebrato hujusmodi matrimonio, 
promisit quictari facere per dictam nobilem Johannam, ejus 
sponsam, omnia et quecumque bona paterna, juraque et 
actiones que habet et habere posset in eisdem bonis nu ne vel 
in futurum ; hoc acto quod si forsan ipsa nobilis Johanna in 
preteritum fecisset aliquam donationem vel quictacionem de 
bonis suis ante presentem contractum, quod eo in casu illa 
donacio seu quictacio sint nullius momenti et valoris. Promio- 
tentes propterea superius nominale partes, ipsarum quelibet 
in quantum eam tangit, per eorum juramenta, videlicet ipsi 
reverendus dominus episcopus Glandatensis et abbas de Josa- 
phat, nominibus quibus supra, manus ad pectus eorum more 
prelatorum ponendo, et dictus nobilis de Boczosello tactis 
manualiter sacrosanctis scripturis, et sub omnium bonorum 
suorum expressa obligacione et ypothecacione bonorum mobi- 
lium, immobilium presentium et futurorum, premissa omnia 
superius et inferius scripta actendere, complereque et inviola- 
biliter observare absque contradictione quacumque, et nun- 
quam per se vel per alium contra ire, nec alicui contra ire seu 
venire voient! in aliquo quovismodo consentire ; dictique reve- 
rendi domini constituentes, nominibus quibus supra, dictam 
domum Edochie, cum dictis suis juribus et pertinenciis, dictis 
futuris conjugibus manutenere et deffendere adversus et contra 
omnes, et stare de omni evictione universali et particulari, tam 



480 APPENDICE. 

in proprietate quam in possessions; necnon premissa ratiffi- 
cari facere per dominam de Baiela ac dominas religiosas una 
de Hays et alia de Prato-MoUo, eorumdem duorum conslituen- 
tium sorores quathenus opus erit. Et etiam promisit prefatus 
dominas episcopus Glandatensis Iradire et expedire dicte 
nobili de Boczoselio instrumenta et documenta que iiabet pênes 
se, facienlia ad opus dicte domus Eydochie. Renuncianles pre- 
nominate partes, et ipsarum quelibet, omnibus et singuiis juri- 
bus, juriumque exceptionibus tam canonicis quam civilibus 
quibus mediantibus contra premissa aut premissorum aliqua 
facere, dicere, cxponere vel contravenire possent, aut in aliquo 
se tuheri quomodoiibet vel deffendere, et maxime juri dicenli 
generalem renunciationem non valere nisi speciali précédente. 
Acta fuerunt premissa Gratianopoli in domo episcopali ipsius 
loci, presentibus spectabilibus dominis Faicone de Auriliaco, 
présidente Dalphinatus, Jacobo Galiani, Georgio de Sancto 
Marcello, Aymaro Rivalli, consiliariis dalphinalibus, nobilibus 
Bartholomeo de Monteforti, milite et receptore Scalarum, Petro 
de Legaz et Jacobo de Buffevent testibus ad premissa vocatis et 
rogatis. Et me Jacobo de Mailles, diocesis Gracianopolis aucto- 
ritate dalphinali nolario publico, qui in premissis omnibus et 
singuiis, dum sic ut premictitur agerentur et fièrent, una cum 
prenominatis testibus presens interfui, eaque omnia et singula 
sic fieri vidi et audivi, ac in notam sumpsi et recitavi a qua- 
quidem nota, hoc presens publicum instrumentum, manu 
fideiis coadjutoris mei fîdeliter scriptum, extrahi et grossari 
feci, ac ibidem me suscripsi manu propria signavi in robur et 
fidem omnium et singulorum premissorum. 

De Mailles ^ 

1. Nous ferons remarquer la signature du notaire : c'est Jacques 
de Mailles, l'auteur présumé de la présente histoire. 

Jeanne Terrail fut mère de l'infortuné Pierre de Bocsozel, s' du 
Ghatelart, célèbre par son amour pour Marie Stuart et sa fin 
tragique (1562). Ghatelart était poète; Le Laboureur nous atrans- 
rûis une poésie charmante adressée par lui à sa maîtresse. 



#«u«»^af' 



GLOSSAIRE 



à, avec, 143. 

aboys, suspens, 402. 

abreuvé, triste, 78. 

abstrainct, dépourvu, 312. 

acertené, instruit, rendu cer- 
tain, 164. 

à coup, pour cette fois, à coup 
sur, 32. 

acquerre, acquérir, 40. 

acteur, auteur, 1. 

adresse, dédicace, 1. 

advitailler, ravitailler, 355. 

affiérer, convenir, 428. 

affoler, effrayer, blesser, 9. 

ainçois, avant, 18. 

ains, mais, 14. 

à l'emblée, d'emblée, 2. 

apatis, contribution, 362, 

à poux de lance, à longueur de 
lance, 46. 

appert, habile, 24. 

appertise, exploit, 283. 

appoincter, solder, 23. 

arrivée fd% dès le début, 321. 

asseuréement, avec assurance, 
232. 

assiète (d% assis, 136. 

attainctes, desseins, but, 241. 

avoir à besongner, avoir besoin, 
30. 



bagues, bagages, 80. 



baller, danser, 16. 
bastillon, fortin, 132. 
baston, arme, 21. 
benoit, béni. 
berche, brèche, 156. 
blasonner, louer, 65. 
bouge, valise, 116. 
bruyt, renommée, 3. 



canonnière, pièce de canon, 245. 
cariage, bagage, 42. 
castelan, châtelain, 374. 
cault, rusé, 136. 
ce, si, 102. 

c'est mon, vraiment, 14. 
chailloir, importer, 27. 
chapelet, petit chapeau, 49. 
chassement, expulsion, 71. 
cil, celui, 416. 

commander, recommander, 33. 
comme, ainsi, 406. 
comparer, payer, 271. 
conquester, conquérir, 55. 
contenir, comporter, 8. 
convoyer, convier, 68. 
cordelle (tirer à sa), séduire, 

entraîner, 216. 
courserot, petit cheval, 35. 
cronicqué, mentionné dans les 

chroniqueSj 204. 
cropir, croupir, 91. 
crote, grotte, 207. 
cuyder, croire, 49. 

34 



482 



GLOSSAIRE. 



D 



davantage, de plus, 31. 
daxes, taxes, 62. 
déchassé, chassé, 342. 
deffaillir, manquer, 4. 
dejfensible, défenseur, 2. 
de/fortune, infortune, 228. 
deffroy, entretien, 134. 
délayer, retarder, 312. 
délibérer, décider, 120. 
démené (le), ce qui se prépare, 

200. 
démener, mener, 298. 
demeure, délai, 116. 
départir, séparer, 52. 
depescher, débarrasser, 31. 
desduire, parler, 97. 
deslacher, lâcher, 274. 
desroter, mettre en déroute, 201. 
desservir, mériter, 199. 
devise, livrée, 321. 
devise, devis, entretien, 52. 
dilation, retard, 22. 
doint (qu'il), qu'il donne, 10. 
dommager, endommager, 398. 
donner garde (se), avoir la garde, 

314. 
double, crainte, 318. 
doubler, redouter, 123. 
droit, vrai, 143. 
durer, résister, 110. 
duyt, habile, 38. 



E 



eleu, d'élite, 92. 
embattre, abattre, 111. 
embattre (s'), s'ébattre, 309. 
embuscher, embusquer, 140. 
empescher, embarrasser, 387. 
empris, entrepris, 1. 
emprise, entreprise, 37. 
encharger, charger, 11. 
encloueure, piège, 34. 
enfondrer, eflfondrer, 335. 
enroser, arroser, 163. 
enseignes, indications, 242. 
ensépulturé, enseveli, 57. 
envahie, charge de cavalerie, 

190. 
envis, malgré, 24. 



es, au, 14. 

eschapins de chausse, chaussure 
légère, 280. 

escoute, guetteur, 116. 

esjouissement, réjouissance, 48. 

este, aile, 280. 

espérer, attendre, 223. 

esperit, esprit, 413. 

estant (en), se tenant debout, 
413. 

estoffe (gens d'), troupe de résis- 
tance, 278. 

estradiote, cimeterre, 211. 

évader, éviter, 320. 

exterminer, chasser. 



faigner, être fainéant, 305. 

failloir, falloir, 312. 

fascherie, inconvénient, 154. 

fenestre, armoire, 29. 

fès, faix. 

finer, financer, 85. 

finer, finir, 80. 

flote, flot, 282. 

foncer, financer, 27. 

frayer, passer, 335. 

fuytif, nigitif, 63. 

G 

garnir, pourvoir, 8. 

gecter, jeter, 309. 

genétaires, cavalerie légère, 115. 

genète (à la), en chevau-léger, 
253. 

gentilfemme, femme noble, 339. 

gentillesse, noblesse, 258. 

graigneur, plus grand, 415. 

grenète, marché aux grains, 35. 

grisle, grille, 270. 

gorgias, beau, 199. 

guerpir, déguerpir, 133. 

guerroyable (guerre), guerre sé- 
rieuse, 90. 

guete, alarme, 97. 



H 



habiller, panser, raccommoder, 



GLOSSAIRE. 



483 



hacquebute, arquebuse, 126. 
halecret, corselet, 274. 
haridelle, cavalier, 264. 
harnoys, armure, 25. 
hoc, haie, 325. 
hutin, choc, 322. 



intrade, revenu, 244. 

J 

joinci, en outre, 9. 

L 

lacrymable, digne de larmes, 

367. 
léans, céans, 31. 
loge, hutte, 322. 
luyte, luyter, lutte, lutter, 107. 
luz, luth, 295. 
lyément, joyeusement, 124. 
lyonicque, de lion, 105. 

M 

mais que, dès que, 172. 
mais que, pourvu que, 58. 
maldisant, médisant, 11, 
malheureté, désastre, 250. 
maltalent, colère, 84. 
manchon, manchette, 66. 
mercyer, remercier, 21. 
meschanceté, misère, 250, 
meschief, malheur, 376. 
meshuy, aujourd'hui, 124. 
mesmement, môme, 259. 
mestier, besoin, 303. 
mettre sus, survenir, 380. 

N 

navrer, tuer, 324. 
nem plus, non plus, 198. 
notice, connaissance, 300. 
nourriture, éducation, 66. 
nouvel (de), nouvellement, 306. 


oppressé, écrasé, 8. 



ou, au, 127. 
oyseux, oisif, 100. 



paillart, lâche, 326. 

paour, peur, 1. 

paravant, auparavant, 389. 

parfond, profond, 263. 

par fournir, fournir, 49. 

parquoy, pourquoi, 24. 

partir, partager, séparer, 35. 

pas, joute, 5. 

picquer un cheval , le faire sau- 
ter, caracoler, 22. 

plains, plaintes, 110. 

pluviner, pleuvoir, 265. 

piteux, ayant de la pitié, 2. 

poignant, pointant, 306. 

poindre, course, 49. 

pointe, première attaque, 155. 

portatif (évêque), évêque in par- 
tibus, 228. 

porter (se), se comporter, 293. 

prée, pré, 22. 

privaulté, honneur, estime par- 
ticulière, 261. 

procès, discussion, 272. 

puissance, force militaire, 352. 

Q 

quant et, en même temps que, 

avec, 200. 
quant et quant, ensuite, 214. 
quatrin, menue monnaie, 293. 
que, comme, 176. 
quereller, réclamer, 145. 
qui, qu'il, 154. 
quilles (trousser ses), se retirer, 

401. 



rabiller, rétablir, 102. 

rebatre, parer, 255. 

recharger, revenir à la charge, 

51. 
recompenser, dédommager, 95. 
recours, secouru, 124. 
recoux, recouvré, 187. 
recru, fourbu, 94. 



484 



GLOSSAIRE. 



recueil, accueil, 27. 
religion, couvent, 287. 
rementavoir, remémorer, 65. 
repérer, se retirer, 372. 
resolution, solution, 52. 
retirer, conserver, 244. 
révolter (se), faire volte-face, se 

retourner, 332. 
riote, querelle, IH. 
ronçon, épieu, 148. 
rooller, rouler, 318. 
rotte, déroute, 157. 
rotte, troupe, 143. 
rouer, rôder, 288. 



S 



saillie, saillir, sortie, sortir, 4. 

saisir, posséder, 118. 

saulte-buisson, fantassin, 264. 

saulveté, salut. 201. 

sçavoir mon, c est à savoir, 262. 

secrète, casque rond, 116. 

secrétain, sacristain j 31. 

semondre, engager, inviter, 25. 

sentir, entendre, 372. 

seoir, siéger, 57. 

serréement, en ordre serré, 122. 

se, ce, 51. 

soris, souris, 406. 

souldar, soldat, 50. 

soulde, solde, 50. 

soulier, souiller, 102. 



targuète, petit bouclier, 256. 

tascher, viser, 113. 

taudis, amas, 153. 

tenir bataille, être rangé en ba- 
taille, 186. 

tenu, ayant de l'obligation, 333. 

terayeul, trisaïeul, 4. 

tiensist (qu'il), qu'il tînt, 306. 

tirer à une part, aller d'un côté, 
207. 

trafique, affaire, 245. 

travaillé, malade, 206. 

trépasser, dépasser, 189. 

triumphamment , triomphale - 
ment, 10. 

troppe, troupe, 113. 

trousse, mauvais tour, 251. 

trousser son cas, préparer ses 
bagages, 272. 



vaillant (le), l'avoir, la fortune, 

288. 
valloir, mériter, 85. 
vêla, voilà, 17. 
venue, réception, 199. 
veue, entrevue, 135. 
veue, visière du casque, 49. 
vois (je), je vais, 401. 
voulsist (qu'il), qu'il voulût, 12. 



m 



INDEX ALPHABETIQUE 



Agnadel (bataille d'), 142. 

Ainay (abbaye d'). Le cousin 
de Bayart y est abbé, 5. Le 
roi y voit Bayart à cheval, 21. 

Aire. Bayart y arrive, 41 . Il y 
donne un tournoi, 46. 

Albret. Voy. Avennes. 

Aldano. Son duel avec Peralte, 
256. 

Alègre (Yves d'), au siège de 
Legnano, 204; à celui de 
Montselice, 208 ; à la reprise 
de Brescia, 277. Fait prison- 
nier André Gritti, 283 ; combat 
à Ravenne, 314. Fait avancer 
l'artillerie, 318; et la gendar- 
merie, 321. Est tué, 327-330. 

Alègre (d'). Voy. Milhau. 

Alençon (Charles de Bourbon, 
duc d'), surveille de Reims 
l'armée des impériaux, 392. 

Alençon (Marguerite d'Orléans, 
duchesse d'), est marraine du 
dauphin, 390. 

Alexandrie. Le s' de Ligny y 
vient, 82. 

Allemagne. Ludovic le More s'y 
retire, 61. Il en revient, 71. 

Alpopos fortifié par le duc de 
Ferrare, 157. 

Altamura (Aliéner de Beaux, 



duchesse d') , épouse le s' de 
Ligny. Sa mort, 87. 

Altemeze (Francisque d'), est 
témoin du combat entre Ba- 
yart et Soto Mayor, 106. 

Alleman (Guignes), s' d'Uriage, 
donne un cneval à l'évêque 
de Grenoble, 9. 

Alleman (Hélène), mère de Ba- 
yart, sœur de l'évêque de Gre- 
noble, 4. Ses adieux à son 
fils, 10. 

Alleman (Laurent I), évêque 
de Grenoble, 4. Se rend au 
château de Bayart, 7. Con- 
seille d'envoyer Bayart au 
duc de Savoie, 8. Lui fait ca- 
deau d'un cheval et d'habits, 9. 
Le conduit à la cour de Sa- 
voie où il le donne au duc, 
12-15. Retourne à Grenoble, 
15. Reçoit Bayart à son re- 
tour d'Italie, 336. 

Alvarade, tué à Ravenne, 330. 

Alviano (Barthélémy d'), gé- 
néral des Vénitiens, 141; 
est battu à Agnadel, 142; 
blessé et fait prisonnier, 143. 
Amène aux Français du ren- 
fort à Marignan, 384. 

Amboise. Charles VlIIymeurt, 
58. Le dauphin François y est 
baptisé, 390. 



486 



INDEX ALPHABETIQUE. 



Amboise (Georges d'), cardinal, 
lieutenant-général en Mila- 
nais, 86. Ambassadeur vers 
l'empereur, 146. Meurt, 205. 

Amboise, voy. Ghaumont. 

Anhalt (Rudolphe, prince d'). 
Rejoint l'armée française, 
152. Va au siège de Pacioue, 
159. Veut aller à l'assaut, 

185. Accompagne les Fran- 
çais après le siège de Padoue, 

186. Prête des lansquenets à 
Bayart, 199. Assiste au siège 
de Legnano, 204. 

Andria. Bayart y fait une 
course, 91. 

Angleterre (Marie d'), épouse 
Louis XII, 368. 

Anjou (duché d'), donné à Fré- 
déric, roi de Naples, en com- 
pensation de son royaume, 88. 

Anne de Bretagne. Aide à bâ- 
tir un couvent de Gordeliers, 
19. Séjourne à Lyon avec 
Charles VIII, 57. Épouse 
Louis Xn, 59. Sa mort, son 
éloge, 366-367. 

Annona, mise à sac, 61. 

Anton (Jean d'), cité, 80, 104, 
108, 114. 

Aragon (Pierre d'). Extinction 
de sa famille, 127. 

Arbresle (V). Bayart y est ac- 
compagné par Bellabre, 43 . 

Arces (Antoine de Morard d'), 
combat à Agnadel, 141. 

Argenta, ville d'Italie; son im- 
portance, 231. 

Ars (Louis d'). Lieutenant du 
S' de Ligny, permet aux 
jeunes gens de faire des tour- 
nois, 45. En est nommé juge, 
48. Intercède pour les sujets 
révoltés du s' de Ligny, 83, 
84. Rend ses places au 
royaume de Naples par ordre 
de Louis XII et rentre en 
France, 125, 126. Loué du 
roi d'Espagne, 135. Assiste 
au siège de Legnano, 204. 
Opine pour la bataille à Ra- 
venne, 312. Poursuit les en- 



nemis, 323. A Pavie, 334. 

Astesan (1'), traversé par l'ar- 
mée française, 60. 

Ascanio (lé cardinal). Laissé 
dans Milan par son frère Lu- 
dovic le More, 79. Est fait 
prisonnier et livré aux Fran- 
çais, 81. 

Avenues (Gabriel d'Albret, s»" 
d'), reçoit le duc de Savoie; 
son arrivée à Lyon, 18. 

Avogaro (Louis). Sa querelle 
avec Gambara, 269. Il livre 
Brescia aux Vénitiens, ibid. 
A la tête tranchée, 283. 

Aubigny (Robert Stuart, s"" d'). 
Conduit l'armée française en 
Italie, 60. Est envoyé à la 
conquête de Naples, 88-89. 
Est chassé de Naples par 
Gonsalve de Cordoue, 89. 
Fait couper la tête à Augus- 
tin Guerlo, 241. Gouverneur 
de Brescia, 336. Entre en 
Italie, 372. Poursuit Prospero 
Colonna, 375. 

Aydie (Gallet d'), surnommé le 
capitaine Odet; à Agnadel, 
139 ; à Ravenne, 313. 

Azevedo. Sa querelle et son 
duel avec Sainte-Croix , où il 
est vainqueur, 252-256. 



B 



Baglione (Jean-Paul). Va au 
secours de Brescia, 273. Met 
le siège devant Valeggio, 273. 
Est battu par les Français, 
274. 

Baobdil, voy. Ghico. 

Bardassan. Combat à Ravenne, 
313; y e.st tué, 325-330. 

Barletta. Bayart y fait une 
course, 91. 

Basque (Pierre de Tardes, dit 
le). Envoyé à la poursuite de 
Soto-Mayor, 97. Le reprend, 
98. Combat au pont de Gari- 
gliano, 120, 121. Renverse 
Salvator de Borgia de son 
cheval, 124. 



im)EX ALPHABÉTIQUE. 



487 



Bassano, L'empereur y arrive, 
152. La garnison inquiète le 
camp de l'empereur, 171. 
Rendu à Bayart, 177. 

Bastida di fossa Geniolo, atta- 
qué par le pape, 231. Le gou- 
verneur demande du secours, 
232. Bataille qui s'y livre, 
237. Déroute de l'armée du 
pape, 238. 

Baulme (La), fait trois prison- 
niers quoique ayant une 
jambe de bois, 251. 

Bayart (château de). L'évêque 
de Grenoble y vient, 7. 

Bayart (Pierre Terrail, s' de). 
Son extraction, 3. Déclare à 
son père qu'il veut suivre la 
carrière aes armes, 4. Ses 
adieux à sa famille, 9. Est 
conduit à la cour de Savoie, 
12. Est présenté au duc, 14. 
L'accompagne à Lyon, 16. Se 
prépare à être présenté à 
Charles VIII, 21. Fait sous 
ses yeux l'exercice du cheval, 
23. Entre à son service, 24. 
Se fait inscrire pour prendre 
part au pas d'armes du s»" de 
Vauldray, 26. Obtient de 
l'abbé d'Ainay les moyens 
d'y figurer, 27. Prend chez son 
fournisseur pour une grosse 
somme d'étoffes, 31. Lutte 
avec honneur au tournoi, 38. 
Va en garnison en Picardie, 
38. Ses adieux au roi et au 
s' de Ligny,40. Sa générosité 
envers leurs gens, son voyage, 
42. Arrive à Aire, 43. Donne 
un tournoi, 45. Son combat 
avec Tartarin, 48. Avec Han- 
notin de Sucker, 51. Distri- 
bue les prix, 53. Sa libéralité 
envers ses compagnons, 54. 
Il se signale à Fornoue et 
reçoit 500 écusdu roi, 56. Va 
visiter la veuve du duc de 
Savoie, 63. Retrouve à sa 
cour son ancienne amie la 
dame de Frussasco, 64. Donne 
un tournoi, 65. Combat contre 



le S' de Rovastre, 67. Fait 
décerner les prix par la dame 
de Frussasco, 68. Sa libéra- 
lité, 70. Retourne en Italie, 
72. Son expédition contre le 
capitaine Gazache , 73. 11 
entre à Milan avec les enne- 
mis et est fait prisonnier, 74. 
Son entretien avec Ludovic 
le More, 75. On lui rend la 
liberté, 77. Il reçoit en cadeau 
du s' de Ligny l'argenterie 
que lui offrent ses sujets 
rebelles et la distribue à ses 
compagnons, 85. Ses adieux 
au s' de Ligny, 88. Com- 
mande à Minervino, 91. Bat 
et fait prisonnier Soto-Mayor, 
92. Lui donne le château 
pour prison, 95. Le fait en- 
fermer après sa tentative d'é- 
vasion, 99. Lui demande rai- 
son des méchants propos qu'il 
tenait sur lui, 101. Le tue en 
combat singulier, 104. Rend 
son corps à ses compagnons, 
109. Son combat avec 12 com- 
pagnons contre 13 Espagnols, 
111. S'empare d'un trésorier 
espagnol; ses démêlés avec 
Tardieu pour le partage du 
butin; sa générosité envers 
lui et ses soldats, 115. Défend 
seul un pont contre 200 en- 
nemis, 120. Est fait prison- 
nier, puis délivré, 122. Ren- 
tre en France, 125. Part pour 
Gênes, quoique malade, 130. 
S'empare d'un fort, 132. Re- 
çoit le commandement de 
500 hommes de pied, 140. 
S'empare des avenues de Pa- 
doue, 159. Dresse une em- 
bûche à Lucio Malvezza, 165. 
Le défait, 168. Dresse une 
embûche à Rinaldo Gonta- 
rini, 171. Le défait, 174. Le 
force à lui faire rendre le 
château de Bassano, 176. Son 
avis sur l'assaut projeté de 
Padoue, 182. Son humanité 
à la levée du siège de Pa- 



488 



INDEX ALPHABETIQUE. 



doue, 186. Il tient garnison à 
Vérone, 187. Il se retire avec 
honneur de l'embûche que 
lui tend Jean-Paul Manfroni, 
189. Défait une bande de 
gens de pied, 193. Déjoue la 
trahison d'un espion, 196. 
Défait le capitaine Manfroni, 
201. Fait pendre des pillards, 
207. Conduit un renfort à la 
Mirandole, 224. Tente sans 
succès de s'emparer du pape, 
225. Apprend le siège de la 
Bastide, 232. Plan qu'il pro- 

!)Ose au duc de Ferrare pour 
a secourir, 233. Succès de 
son exécution, 238. S'oppose 
à ce que le duc fasse assassi- 
ner le pape, 245. Est fait lieu- 
tenant du duc de Lorraine, 
249. Prend Gradisca et Gori- 
zia, 249. Loué de Trivulce 
pour sa conduite à Bologne, 
251. Venge la mort du s' de 
Gonti, 258. Se fait dire la 
bonne aventure, 261. De- 
mande à marcher le premier 
à l'assaut de Brescia , 277. 
Est blessé, porté dans un 
palais et soigné, 284. 11 pro- 
tège les habitants du palais, 
285. Obtient de rejoindre 
l'armée, 292. Reçoit de son 
hôtesse 2,500 ducats et les 
distribue à ses filles et aux 
pauvres, 295. Ses adieux, 
296. Il arrive à l'armée devant 
Ravenne, 298. Opine pour la 
bataille, 302. Envoyé en es- 
carmouche contre les Espa- 
gnols, 306. Secourt le baron 
de Béarn, 309. Se promène 
avec Nemours avant la ba- 
taille, 315. Ses pourparlers 
avec les Espagnols, 316. Fait 
avancer l'artillerie, 318, et 
diviser la cavalerie en deux 
troupes, 320. Poursuit les 
fuyards, 323. S'empare des 
enseignes ennemies, 328. Est 
blessé à Pavie, 335. Rentré à 
Grenoble, y tombe malade. 



336. Guérit, 338. Son aventure 
avec une jeune fille noble et 

Kauvre qu'il dote, 339. Va en 
favarre, 341. S'empare par 
ruse d'une place forte, 343. 
Refuse de donner aux lans- 
quenets double paie, 346. Un 
lansquenet ivre veut le tuer ; 
il lui pardonne et le fait as- 
seoir à sa table, 347. Donne à 
dîner au duc de Suffolk, 349. 
Engage le s' de Piennes à char- 
ger à Tournehem le roi d'An- 
gleterre et ses troupes, 353. 
S'empare d'une pièce d'artil- 
lerie, 354. A la journée des 
Eperons arrête les ennemis 
au passage d'un pont, 357. 
Fait prisonnier un Anglais, 
puis se rend à lui, 358. Le 
roi d'Angleterre le fait déli- 
vrer sans rançon, 361. Est 
envoyé en Piémont, 371. 
Parvient à s'emparer de Pros- 
père Golonna, 372. Sa conver- 
sation avec lui après sa cap- 
ture, 377. Charge les Suisses 
à Marignan, 382. Son che- 
val s'emporte, et il se sauve 
à grand'peine des mains des 
ennemis, 383. Il arme Fran- 
çois I"' chevalier, 385. Est 
âésigné pour défendre Mé- 
zières, 393. Ses préparatifs, 
394. Sa réponse aux proposi- 
tions des ennemis, 396. Ruse 
qu'il emploie pour brouiller 
les deux chefs des ennemis, 
398. Succès de sa ruse, levée 
du siège, 401. Il est fait 
chevalier de Saint-Michel , 
402. Va à Gênes, 404. Est 
envoyé par Bonnivet pour 
garder Robecco, 406. Y tombe 
malade, 407. Est surpris par 
les ennemis, 408. Bonnivet 
lui remet le commandement 
de l'armée, 412. Il est blessé 
à mort, 413. Ses derniers 
moments , 414-420. Ses funé- 
railles, 421. Son éloge, 423- 
428. 



INDEX ALPHABETIQUE. 



489 



Bazillac (Pierre de), blessé à 
Ravenne, 308. 

Béarn (François de). Est témoin 
du combat de Bayart contre 

V Soto-Mayor, 105. Va au se- 
cours de l'empereur, 149. Son 
rôle dans un duel entre deux 
Espagnols, 252. Battu dans 
une escarmouche, 306. Est 
sauvé par Bayart, 308. 

Beaucaire, cité, 108, 114, 411. 

Beaudinar (François de Grussol, 
S"" de), au siège de Gènes, 
133. 

Beaumont (François de), té- 
moin du duef de Sainte - 
Croix, 253. 

Bellabre (Pierre de Pocquières, 
S' de). Engage Bayart à 
prendre part au tournoi du 
S' de Vauldray, 25 ; à deman- 
der de l'argent à l'abbé d'Ai- 
nay, 27, 28; à se faire re- 
mettre des étoffes pour une 
grosse somme, 30. Le mène 
acheter des chevaux, 35. Ar- 
rive à Aire, 48 ; combat contre 
David de Fougas, 49; contre 
Arnauton de Pierre-Forade , 
51. Emporte le prix du tour- 
noi, 53. Choisi pour témoin 
de Bayart dans son duel 
contre Soto-Mayor, 103. 

Bellay (Martin du) , cité 356, 
378, 386, 397,414, 416,421. 

Bentivoglio (Jean), chassé de 
Bologne par les Français, 128. 

Bergame, pris par les français, 
145. 

Bersaques (Philippe de) , à Ra- 
venne, 308. 

Bessey, voy. Dijon. 

Betonte (marquis de), fait pri- 
sonnier à Ravenne, 331. 

Biagrasso. Les Français y ont 
leur camp, 405. Bayart, sur- 
pris à Rebecco, y ramène les 
restes de sa troupe, 409. 

Binasco. Combat de Bayart avec 
la garnison de Binasco, 72. 

Bisaigne (Diego de), défie Ba- 
yart, 111. 



Bisegna, fief du s' de Ligny, 
87. 

Blanche Paléologue, duchesse 
de Savoie, reçoit la visite de 
Bayart, 63. Sa'joie de ce qu'il 
donne un tournoi, 67. Convie 
les combattants à souper, 68. 

Blois. Louis XII y tombe ma- 
lade, 126. 

Bologne. Prise par les Français 
et donnée au pape, 128. Les 
Espagnols y mettent le siège, 
257. Nemours le fait lever, 
272. Le roi de France y visite 
le pape, 387. 

Bonnet (Jacques), s*" de Mazuel. 
Va en Italie combattre pour 
l'empereur, 150. Prend part à 
l'expédition contre Lucio Mal- 
vezza, 166; à celle contre la 
garnison de Bassano, 173; à 
la reprise de Brescia, 277 ; à la 
bataille de Ravenne, 313. Y est 
tué, 325. 

Bonneval (Germain de), prend 
part au tournoi de Vauldray, 
37. 

Bonnivet (Guillaume Gouffier, 
S' de). Commande l'armée 
française en Italie, 405. En- 
voie Bayart à Rebec en lui 
promettant secours, 406. Se 
querelle avec lui, 409. Il lui 
cède le commandement, 411. 

Borgia (Salvator de), renversé 
de son cheval par le Basque, 
124. 

Bories (le chevalier des), com- 
bat à Ravenne, 324. 

Borsa Calcagnini, emprisonné 
à Ferrare, 241. 

Bourbon (Anne de), dame de 
Beauieu, séjourne à Lyon, 
57. 

Bourbon (Charles, duc de). Est 
envoyé en Navarre avec une 
armée, 341. Est fait conné- 
table de France, 370. Est 
averti à Briançon de la pré- 
sence de Prospero Colonna, 
372. Conduit l'avant-garde 
à la bataille de Marignan, 



490 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



381. Charge les Suisses, 382. 
Bourbon (François, duc de), 

tué à Marignan, 385. 
Bourbon (Renée de), épouse le 

duc de Lorraine, 371. 
Bourdillon (Philibert de la 

Platière, s' de), prend part au 

tournoi de Vauldray, 37. 
Bourgeois (Jean), persuade à 

Charles VlII de bâtir un 

couvent de Cordeliers, 19. 
Boutières (Guigo Guiffrey, s' 

de). Fait prisonnier un en- 
■ seigne ennemi, 175. Félicité 

Ear Bayart. Propose le corn- 
ât à son prisonnier, 177. 

Bouvans (Janus de), prend part 
au tournoi de Garignan, 67. 

Bozzolo (Frédéric de Gonzague, 
s' de). Témoin dans le duel 
d'Azevedo, 253. Prend part 
à l'attaque de Ravenne, 305. 

Brantôme, cité 110, 412. 

Brescia. Pris par les Français, 
145. Repris par les Yénitiens, 
267. Repris par les Français, 
279. Butin qu'ils y font, "284. 

Brezon, prend part à l'expédition 
contre Lucio Malvezza, 166. 

Brindisi, rendu au roi d'Espa- 
gne par les Français, 145. 

Bussy (Jean d'Amljoise, s"^ de). 
Va en Italie combattre pour 
l'empereur, 150. Est tué à 
Marignan , 385. 



Cadamosto (Charles) , est pris 

par les Français, 377. 
Cambrai. Ligue qui s'y conclut 

contre les vénitiens, 137. 
Camican, blessé à l'assaut de 

Montselice, 210. 
Canosa de Puglia , fief du s' de 

Ligny, 87. 
Gantiers (Guion de). Est trompe 

par un espion, 214. Fait une 

sortie,217.Estbattuettué,218. 
Caravaggio, pris, 144. 
Cardonne (Jean Folch de), fait 

prisonnier à Ravenne, 330. 



Cardonne (Menaido Folch de), 
tué à Ravenne, 330. 

Cardonne (Raymond Folch de). 
Commande l'armée espagnole, 
289. Est battu à Ravenne, 
319. S'enfuit, 328. 

Carignan, ville du douaire de 
la duchesse Blanche de Sa- 
voie. Bayart y va, 63. Tournoi 
qui s'y fait, 66. 

Carmagnole. Séjour qu'y fait 
Prospero Colonna, 374. 

Carpi. Les Français y campent, 
259. Prédictions qu'un astro- 
logue y fait à divers capitai- 
nes, 260. 

Castel-Franco. Les Français y 
campent, 152. 

Gastel-San-Pietro dell' Emilia. 
L'armée espagnole y campe, 
289. 

Cazache (Jean-Bernardin). Com- 
mandant à Binasco. Ya au- 
devant des Français. Les 
combat, 73. Obligé" de recu- 
ler, rentre dans Milan. Fait 
Bayart prisonnier, 74. Le 
mène à Ludovic le More, 75. 

Cerignole (bataille de), 89. 

Chambérv. Bayart y est con- 
duit, l3. 

Champier, cité 6, 92, 94, 103, 
108, 121, 131, 134,234,235, 
279, 282, 287, 297, 328, 361, 
362, 379, 386, 397, 403, 410, 
414, 420, 421. 

Chantemerle (Marc de) , va au 
secours de la Mirandole, 224, 

Charles I, duc de Savoie. Sé- 
journe à Chambéry, 8. Reçoit 
honorablement l'évêque de 
(îrenoble, 13. Accepte Bayart 
comme page, 14. Va voir à 
Lyon Charles VIII, 15. Sa 
rencontre avec lui, 19. Lui 
présente Bayart, 22. Le lui 
donne, 23. ÎÉletourne en Sa- 
voie, 24. 

Charles III, duc de Savoie, rend 
des honneurs au corps de 
Bayart, 421. 

Charles VIII, roi de France. 



INDEX ALPHABETIQUE. 



491 



Séjourne à Lyon, 15. Ses 
vertus, 16. Envoie à la ren- 
contre du duc de Savoie, 16. 
Fonde un couvent de Gorde- 
liers. Reçoit le duc de Savoie, 
19. Remarque Bayart, 20. 
L'accepte du duc ae Savoie 
et le donne au s' de Ligny, 

23. Quitte Lyon et y revient, 

24. Approuve Bayart de vou- 
loir prendre part au tournoi 
du s' de Vauldray, 26. Le 
loue de sa conduite au tour- 
noi, 39. Reçoit ses adieux, 
40. Entreprend le voyage de 
Naples, 54. Est vainqueur à 
Fornoue , 55. Séjourne à 
Lyon. Va à Saint-Denis, 57, 
Projette une nouvelle con- 
quête de Naples. Meurt à 
Amboise. Son éloge, 58. 

Charles-Quint. Projet de ma- 
riage entre lui et Renée de 
France, 370. Traité de ma- 
riage entre lui et Louise de 
France, 389. Est élu empe- 
reur, 390. 

Chatellart (Jean de Lay, s' de), 
sa mort, 139. 

Ghâtillon (Jacques de Goligny^ 
s' de). Prend part au tournoi 
de Vauldray, 37. Est blessé à 
Ravenne et meurt, 304. 

Ghaumont (Gharles d' Amboise, 
S' de). S'empare de Bologne, 
128. De Legnano, 204. Défend 
le Milanais contre les Suisses, 
212, Sa mort, son éloge, 
257. 

Ghiara d'Adda, usurpée par les 
Vénitiens, 139. 

Ghiozza, La flotte vénitienne y 
passe, 157. 

Ghevron, combat contre Mont- 
dragon, 68. 

Ghico (Baobdil, dit le roi), roi 
de Grenade, 127. 

Ghimay (bâtard de), combat 
contre Tardieu, 50. 

Glande, de France. Sa naissance, 
62. Épouse François !«, 367. 
Accouche d'un fils, 389. 



Glande, chirurgien du duc de 
Nemours, panse Bayart, 286. 

Glayette (Marc de Ghantemerle, 
S' de la). Va en Italie combat- 
tre pour rempereur,150. Prend 
part à l'entreprise contre Lucio 
Malvezza, 165; à celle contre 
la garnison de Bassano, 171. 

Glèves (bâtard de), prend part 
à la reprise de Brescia, 277. 

Goignes (Pedro de), prieur de 
Messine. Témoin dans le duel 
de Sainte-Groix, 253. Se rend 
pour lui, 255. Tué à Raven- 
ne, 330. 

Golonna (Fabricio), combat à 
Ravenne, 303, 319. 

Golonna (Marc- Antoine), défend 
Ravenne, 302, 305. 

Golonna (Prospero). Tient gar- 
nison au marquisat de Sa- 
luées, 371. Ses bravades à 
propos de Bayart, 372, Son 
séjour à Garmagnole, 373. 
S'en va à Villafranca, 374. 
Est averti de l'approche de 
Bayart et envoie à la décou- 
verte, 375. Les Français en- 
trent dans Villafranca en 
même temps que ceux qu'il 
envoyait à la découverte, 376, 
Golonna est pris, Villefran- 
che pillé, 377, Service que 
cette prise rend aux Fran- 
çais, 379. 

Gonche (comte), fait prisonnier 
à Ravenne, 331. 

Goncordia, Le pape y passe, 
222. 

Gonstantin Paléologue , lieu- 
tenant de l'empereur, 155. 
Est soupçonné de trahison, 
163. 

Gontarini (Rinaldo), comman- 
dant le château de Bassano, 
171. Défait et pris par Bayart, 
174. Fait rendre Bassano, 
176. 

Gonti (Frédéric de Mailly, baron 
de) . Va enitalie combattre pour 
l'empereur, 149. Prend jjartau 
combat contre Manfroni, 200. 



492 



INDEX ALPHABETIQUE. 



Tué par les Suisses , 258. 

Gordon ^bâtard de), singulière 
commission que lui donne 
Bayart, 339. 

Gordoue ( Gonzales Ferrande 
de). Envoyé par le roi 
d'Espagne à la conquête de 
Naples, 89. En chasse les 
Français, 90. Un de ses tré- 
soriers est fait prisonnier, 115. 

Gossé (René de), s' de Brissac, 
prend part à l'expédition 
contre Lucio Malvezza, 166. 

Crécy (bataille de), 4. 

Grema, pris, 145. 

Grémone, pris, 145. 

Grote ^François de Daillon, s' 
de la); combat à Agnadel, 
139. Va en Italie combattre 
pour l'empereur, 150. Prend 
part à l'expédition contre Lu- 
cio Malvezza, 165. A celle 
contre la garnison de Bassano, 
171. Gouverneur de Legnano, 
205. Autorise une sortie, 216. 
En est blâmé, 221 ; combat à 
Ravenne, 313, 330. 

Grussol ( Jacques de ) , opine 
pour livrer la bataille de Ra- 
venne, 304, 312. 



David de Fougas. Gombat contre 
Bellabre, 49. Contre Tardieu, 
52. Emporte le prix du tour- 
noi, 53. 

Dijon (Antoine deBessey, bailli 
de), son crédit sur les Suisses, 
80. 

Donzellas (Diego de Gordova, 
alcade de las), commande 
pour le roi d'Espagne en Na- 
varre, 343. 

Dronero. Passage que prend 
Bayart pour aller en Piémont, 
372. 

Dunois (François d'Orléans , 
comte de), chef d'une expé- 
dition en Roussillon, 125. 
Lieutenant général en Mila- 
nais, 257. 



Duras (Jean de Durfort, s' de). 
Gombat à Agnadel, 139, et à 
Ravenne, 313. 



E 



Ecosse (Jacques IV, roi d'), tué 
à la bataille de Flodden, 365. 

Empser (Jacob). Veut aller à 
l'assaut de Padoue, 185. Gom- 
bat à la reprise de Brescia, 
277. Reçoit une lettre de l'em- 
pereur lui ordonnant de quit- 
ter l'armée française, 299. La 
communique à Bayart et la 
cache à ses compagnons, 300. 

, Est tué à Ravenne, 324-330. 

Éperons (journée des), 356. 

Espagne (Ferdinand, roi d'). 
Epouse Germaine de Foix, 
120. Son entrevue avec Louis 
XII, 135. Reçoit Brindisi et 
Otrante des "Français, 145. 
Meurt, 387. 

Espy (Paul de Beusserade, s' 
d'). Nommé gouverneur du 
château de Milan, 62. Est 
blessé à Ravenne et meurt, 
304. 

Estançon (Jean d'), combat à 
Agnadel, 141. 

Estoges (René d'Anglure, s'd'), 
prend part à l'attaque de Ra- 
venne, 305. 

Estreille (Alonso de 1'), tué à 
Ravenne, 330. 



Faenza, remis au pape par les 
Français, 145. 

Fay (Antoine, bâtard du). Gui- 
don de Bayart. Prend part 
à l'expédition contre la gar- 
nison de Bassano, 173. A 
celle contre Jean-Paul Man- 
froni, 191, 201; à la bataille 
de la Bastide, 236 ; à celle de 
Ravenne, 307, 326. 

Ferdinand d'Aragon, roi de 
Naples. Reconquiert son 
royaume, 58. Il meurt, 87. 



INDEX ALPHABETIQUE. 



493 



Ferdinand, voy. Espagne. 

Ferrare. Occupé par les Fran- 
çais, 222. Menacé du siège 
par le pane, 230. Délivré, 240. 

Ferrare (Alphonse I", duc de). 
Bat les Vénitiens, 157. Atta- 
qué par le pape, secouru par 
le roi de France, 221. Ses 
craintes à la nouvelle du 
siège de la Bastide, 233. De- 
mande l'avis des capitaines, 
234. Ses préparatifs, 235. Sa 
victoire , 239. Reçoit du 
pape des propositions pour 
trahir les Français, 241. Les 
repousse, 242. Veut faire tuer 
le pape par son envoyé, 243, 
245. Part qu'il prend à la 
bataille de Ravenne, 313. 

Ferrare (Lucrèce Borgia, du- 
chesse de). Son accueil aux 
Français, son éloge, 239. De- 
mande qu'on sépare Azevedo 
et Sainte-Croix, 255. 

Ferrare (Hippolyte d'Esté, car- 
dinal de). Amène un secours 
à l'empereur, 154. Va au 
siège de Padoue, 158. 

Ferron (Arnaud), cité 92, 95, 
100, 103, 108, 109, 114, 411, 
414, 416. 

Fiesque (Jean-Louis), avertit la 
France de la révolte de Gê- 
nes, 130. 

Finale nell' Emilia. Les Fran- 
çais y campent, 259. 

Flêuranges (Robert de laMarck, 
S' de), cité 203, 315, 319, 321. 

Foix (Germaine de), épouse 
Ferdinand d'Aragon, 129. 

Fontrailles (Michel d'Astarac, 
S' de). Est témoin du duel de 
Bayart contre Soto-Mayor, 
105. Envoyé au secours du 
duc de Ferrare, 211. Combat 
à la Bastide, 238. Avec Ba- 
yart en Frioul, 249. 

Forli, remis au pape par les 
Français, 145. 

Fornoue (bataille de), 55. 

Fort (Jean). Ses conseils au 
pape, 230. Envoyé au siège 
de la Bastide, 231. 



Fossa. Les Français y campent, 
256. 

Fougas, voy. David. 

Francisque de Sickingen. At- 
taque Robert de la Marck, 
391. Envoie un héraut à Ba- 
yart pour le sommer de rendre 
Mézières, 395. Place ses bat- 
teries, 397. Se croit trahi par 
Nassau , 400. Lève le siège,401 . 

François !«•■. Est envoyé, lors- 
qu'il n'était que duc d'Angou- 
lême, en Navarre avec une 
armée, 341. Épouse Claude 
de France, 367. Monte sur le 
trône, 370. Se décide à con- 
quérir le Milanais, 371. Passe 
les monts, 377. Fait chevalier 
par Bayart, 385. Visite le 
pape à Bologne, 387. Son 
accueil à Bayart. Il le crée 
chevalier, 402. 

François, dauphin, sa naissan- 
ce,''389. 

Francolino. La flotte vénitienne 
y arrive, 157. 

Frédéric d'Aragon, roi de Na- 
ples. Succède à son neveu, 
87 . Est chassé de son royaume. 
Reçoit en compensation le 
duché d'Anjou. Sa mort, 88, 
127. 

Fribourg (Philippe de), est tué 
à Ravenne, 319, 330. 

Frussasco (le s' de). Juge du 
tournoi de Carignan, 68. An- 
nonce à sa femme que Bayart 
lui remet le soin de distri- 
buer les prix, 69. 

Frussasco (la dame de). Aimée 
de Bayart, 64. L'engage à 
donner un tournoi, 65. Lui 
donne une de ses manchettes 
comme prix du tournoi, 66. 
Distribue les prix du tour- 
noi, 69. 

G 

Galeazzo, ravagé par les Suis- 
ses, 212. 

Galiot (Jacques de Genouillac 
de). Prend part au tournoi de 
Vauldray, 37. 



494 



INDEX ALPHABETIQUE. 



Gambara (Jean-François). Par- 
tisan des Français dans Bres- 
cia, 269. 8a querelle avec 
Avogaro, ibid. Sa femme se 
réfugie au château, 270. Ses 
biens sont pillés, 271. 

Garigliano. Bataille et combat 
livrés sur ses bords, 90, 119. 

Gênes. Conquis par les Fran- 
çais, 62. Se révolte, 129. Est 
repris par les Français, 132, 
135. Le roi y envoie Bayart, 
404. 

Gié (Pierre de Rohan, s' de), 
reçoit le duc de Savoie à son 
arrivée à Lyon, 18. 

Gioi (bataille de), 89. 

Giustiniani (Demetrio), a la tête 
tranchée, 135. 

Godefroy (Théodore), cité 366. 

Gondelmarre (Antonio), ambas- 
sadeur de Venise près de 
Louis XII, 136. ■ 

Gonzague (Soussin de) , fait le 
cardinal Ascanio prisonnier 
et le livre aux Français, 81. 

Godefa (tour de), à Gênes, 135. 

Gorizia, pris par Bayart, 249. 

Gradisca, pris par Bayart, 249. 

Grammont (Claude de). Donne 
un cheval à Bayart , 190. 
Combat à Ravenne, 313. Y 
est tué, 325-330. 

Grammont (Pierre Barthélémy, 
s"" de), juge du tournoi ae 
Garignan, 68. 

Grand- Jean le Picard. Prend 
part au siège de Padoue , 
160. Apprend aux impériaux 
quel ennemi ils ont dans la 
personne de Bayart, 397. 

Grenoble. Séjour qu'y fait Ba- 
yart, 336. Le roi y passe, 
372. Le corps de Bayart y 
est transporté et enseveli , 
421. 

Gritti (André). S'empare de 
Padoue, 146. Blâme le capi- 
taine Manfroni^ 194. Dresse 
des embûches a la garnison 
de Legnano, 215. La détruit 
en partie, 218. Veut s'empa- 
rer, mais sans succès, de la 



ville par un stratagème, 219. 
S'empare de Brescia, 270. As- 
siège le château, 271. Attaqué 
dans Brescia, battu et fait 
prisonnier, 279. 

Gueldres (Charles d'Egmont, 
duc de) , quitte l'armée fran- 
çaise, 380. 

Guerlo (Augustin). Est exécuté, 
241. Envoyé par le pape à 
Ferrare pour brouiller le duc 
avec les Français, ibid. Son 
entrevue avec le duc auquel 
il promet d'empoisonner le 
pape, 243. Il est renvoyé à 
Rome, 246. 

Guichardin, cité 134-143, 411. 

Guiffrey (Pierre) . S'aperçoit gue 
Bayart a été fait prisonnier, 
123. Le délivre avec ses com- 
pagnons, 124. 

Guinegate (bataille de), 4. 

Gurk (Mathieu Langen, évêque 
de ) , ambassadeur près de 
Louis XII, 146. 

Guise (Claude de Lorraine , duc 
de) . Prend le commandement 
de la compagnie du duc de 
Gueldres, 381. Laissé pour 
mort à Marignan, 382. 



H 



Haldes (Pedro de), est témoin 
du combat entre Bayart et 
Soto-Mayor, 106. 

Hannotin de Sucker. Combat 
contre Bayart, 51. L'avertit 
de la perfidie d'un espion, 
196. Prend part au combat 
contre Manfroni, 199. 

Haubourdin. Ses paroles au 
duc de Nemours, 315. 

Henri VIII, roi d'Angleterre. 
Se prépare à descendre en 
France, 289. Fait une expé- 
dition dans la Picardie, 351. 
Entre en France, 353. Ar- 
rive à Thérouenne, 354. Ac- 
cueille Bayart prisonnier et 
le renvoie sans rançon, 361. 
Prend Thérouenne, "362. Met 
le siège devant Tournay et 



INDEX ALPHABETIQUE. 



495 



retourne en Angleterre, 363. 

Hérigoie, commandant du châ- 
teau de Brescia, 268. 

Hérisson (F) , fait partie de la 
garnison de Legnano, 205. 

Humbercourt (Adrien de Bri- 
meu, S' d'). Est témoin du 
combat de Bayart contre 
Soto-Mayor, 105. Va au se- 
cours de l'empereur, 149. Est 
d'avis que les Français aillent 
à l'assaut de Padoue, 181. 
Un astrologue lui prédit son 
sort, 260. A Ravenne, 313. 
A Pavie, 334. Entre en Italie, 
372. Poursuit Prospero Golon- 
na, 376. Est tué à Marignan, 
385. 



Imola, remis au pape par les 

Français, 145. 
Isabelle' la Catholique. Sa mort, 

127. 
Isola délia Scala, théâtre du 

combat entre Bayart et Man- 

froni, 195. 



Jacomo, fait partie de la garni- 
son de Legnano, 205. 

Jacquin Gaumont. Se dispute 
avec l'astrologue Garpi, qui 
lui annonce qu'il sera penau, 
262. Il veut fournir une 
lance en présence de Ne- 
mours, la nuit, 263 ; il tombe 
à l'eau avec son cheval, 265 ; 
est raillé par ses compa- 
gnons, 266. Pille Ravenne et 
est pendu, 331. 

Jametz, est garanti d'un siège 
par sa position, 392. 

Jean II, roi de France , perd la 
bataille de Poitiers, 4. 

Jeanne de France, duchesse de 
Berry, est répudiée par Louis 
Xn, 59. Sa mort, 126. 

Jove (Paul), cité 92, 100, 103, 

- 108, 325, 332, 333, 386, 409. 



Jules n. Accueille les Français 
revenant de Naples, 125. î^e- 
coit Bologne des Français, 
i28. Fait révolter les Génois, 
130. Reçoit Ravenne etForly 
des Français, 145. Attaque le 
duc de Ferrare, 21 1 . Somme 
la comtesse de la Mirandole 
de lui remettre cette ville, 
222. Y met le siège, 224. Sur 
le point d'être pris par Ba- 
yart, 227. Prend la Miran- 
dole j 229. Fait attaquer la 
Bastide, 231. Renonce au 
siège de Ferrare, 240. Veut 
brouiller les Français et le 
duc de Ferrare, '241. Est 
battu parTrivulce, 251 . Excite 
l'empereur et les Suisses 
contre la France, 333. 



Las (le S' de), commandant le 
châtelet de Gènes, 130. 

Laurencin. Reçoit la visite de 
Bayart envoyé par l'abbé 
d'Ainay pour choisir des 
étoffes, 30, 31. 

Lautrec (Odet de Foix, s' de). 
Au siège de Gênes, 133. 
Opine pour la bataille à Ra- 
venne, 303, 311. Y est laissé 
pour mort, 327. Porte aux 
Suisses les sommes conve- 
nues; est sur le point d'être 
fait prisonnier par eux, 381. 

Legnano. Occupé par les Véni- 
tiens, 187. Est assiégé, 203, 
et pris j 204. Sa garnison 
est décimée par trahison , 
213. 

Léon X. Voit François I«' à 
Bologne, 387. Projette une 
croisade, 389. Est parrain du 
dauphin, 390 (voy. cardinal 
de Médicis). 

Lesparre (André de Foix, s' de), 
au siège de Gênes, 133. 

Lezzola, fortifié par le duc de 
Ferrare, 157. 

Licite (marquis de). Est témoin 



496 



INDEX ALPHABETIQUE. 



du combat de Bayart contre 
8oto-Mayor, 106. Fait pri- 
sonnier à Ravenne, 331. 

Ligny (Louis de Luxembourg, 
comte de). Conseille au duc 
de Savoie de donner Bayart 
au roi de France, 16, 17. 
Charles VIII lui confie Ba- 
yart, 23. Il l'envoie à Aire 
en garnison, 39. Ses adieux, 
41. Accompagne Charles "VIII 
à la conquête de Naples, 54. 
Est envoyé pour reconquérir 
le duché de Milan, 72. Sa 
joie de revoir Bayart délivré, 
78. Fait Ludovic le More pri- 
sonnier, 80. Va visiter les 
terres que le roi lui avait don- 
nées en Milanais et dont les 
habitants s'étaient révoltés; 
sa colère contre eux ; finit par 
leur pardonner, 82-86. Épouse 
la princesse d'Altamura, 87. 
N'est pas envoyé à la conquête 
de Naples. Ses derniers adieux 
à Bayart, 88. 

Loches. Ludovic le More y est 
enfermé. Il y meurt, 80. 

Lombardie, occupée par les 
troupes françaises, 63. 

Longaro. Les "personnes réfu- 
giées dans les grottes de Lon- 
garo y sont enfumées, 207. 
Les assassins sont pendus, 
208. Un seul enfant échappe 
à la mort, 208. 

Longueville (Louis d'Orléans, 
duc de). Est envoyé avec 
une armée en Navarre, 341. 
Est fait prisonnier à la jour- 
née des éperons, 356. Traite 
le mariage de Louis XII 
et de Marie d'Angleterre, 
368. 

Lorges (Jacques de Montgom- 
méry, s' de), remplace son 
frère tué à "rrevise, 249. Ac- 
compagne Bayart à Rebecco, 
406. Sauve les gens de pied 
et se retire à Biagrasso , 
409. 

Lorraine (Antoine, duc de). 



Reçoit une compagnie d'hom- 
mes d'armes avec Bayart pour 
lieutenant, 249. Épouse Re- 
née de Bourbon, 371. Ren- 
contre Bayart à Marignan, 
383. 
Louis XII. Assiégé par Ludo- 
vic Sforce dans Novare, 57. 
Monte sur le trône; répudie 
Jeanne de France; épouse 
Anne de Bretagne, 59. Songe 
à recouvrer le Milanais. Ar- 
rive à Lyon. Fait passer son 
armée en Italie, 60. Ses suc- 
cès, 61. Naissance de sa fille 
Claude, 62. Allège les impôts, 
62. Retourne en France, 62. 
Accorde les ducs de Clèves et 
de Juliers, 62. Envoie une 
expédition en Roussillon, 125. 
Sa maladie et sa guérison, 
126. Assiège Gênes, 131. Son 
entrevue avec le roi d'Es- 

gagne, 135. Son entrée à 
LOuen, 137. Sa joie de la 
prise de Brescia, 288. Écrit 
a Nernours de livrer bataille, 
311. Épouse Marie d'Angle- 
terre et meurt, 368. Son 
éloge, 369. 

Louise de France. Traité de 
mariage entre elle et Charles- 
Quint, 389. 

Lude (Jacques de Daillon, s"" 
du). Envoyé au secours du 
duc de Ferrare, 211. Com- 
bat à la Bastide, 238. Com- 
mande dans Brescia qui est 
prise par les Vénitiens, 268 _. 
Se réfugie au château qui 
est assiégé, 271. Demande 
du secours, ibid. 

Ludovic le More. Assiège le 
duc d'Orléans dans Novare, 
57. Perd le duché de Milan. 
Fuit en Allemagne, 61. Re- 
vient d'Allemagne. Reprend 
Milan, 71. Demande à voir Ba- 
yart prisonnier, 74. Son en- 
tretien avec lui, 75. Ijui rend 
son cheval , ses armes, et la 
liberté, 76. Se retire a No- 



INDEX ALPHABETIQUE. 



497 



vare, 79. Est fait prisonnier, 
finit ses jours en France, 80. 

Lune (la), trompette. Porte le 
défi de Bayart à Soto-Mayor, 
102. Rapporte la réponse de 
ce dernier, 103. Est l'inter- 
médiaire entre les deux ad- 
versaires pour les conditions 
du combat, 104. 

Luppé (Jean de Gaste, bâtard 
de), au siège de Gênes, 133. 

Lyon. Charles YIII y séjourne, 
15. Charles P' de Savoie y 
arrive, 16. Tournoi qu'y fait 
Claude de Yauldray, 24. 
Charles Vin y va, 57. Louis 
XII y passe, 60. Ludovic le 
More y est mené prisonnier, 
80. La paix y est signée entre 
la France, l'Espagne et le roi 
des Romains, 89. 

Lys-Saint-Georges (le). Ludovic 
le More y est prisonnier, 80. 

M 

Magurin (Geralde), fait révolter 
les Padouans, 147. 

Malespina (Alberic), à Ravenne, 
314. 

Malherbe (Jacques de), est pris 
dans une sortie de la garni- 
son de Legnano, 218. 

Malvezza(Luccio). S'empare de 
Padoue, 146. Inquiète le 
camp de l'empereur, 165. 
Est battu par Bayart, 169. 

Manfroni (Jean-Paul). Inquiète 
l'armée française, 188. Tend 
sans succès une embuscade à 
Bayart, 189, 192. Envoie un 
espion pour tromper Bayart, 
qui reconnaît le piège, 195. 
Est battu par Bayart, 199. 
Fait pendre l'espion, 203. 

Mantoue (Jean de Gonzague, 
s' de). Sa place au siège de 
Padoue, 158. 

Mantoue (Sigismond de Gon- 
zague , cardinal de) , amène 
du secours à l'empereur, 154. 
Va au siège de Padoue, 158. 



Mantoue (Charles-François de 
Gonzague, marquis de). Vain- 
cu à Fornoue, 56. 

Marck (Robert de la). Ses en- 
fants sont blessés à Novare, 
351. Il attaque l'empereur. 
Ses villes sont prises. Il s'en- 
ferme dans Sedan, 391. 

Marignan (bataille de), 381. 

Marillac, cité 379. 

Martinengo (Jean-Marie), mis à 
mort pour trahison, 268. 

Maugiron (Perrot de). Au siège 
de Gênes, 132; à la reprise 
de Brescia, 277 ; à Ravenne, 
313. Y est tué, 325-330. 

Maulevrier (Louis de Brezé, 
comte de). Au siège de Pa- 
doue, 161 ; à la reprise de 
Brescia, 277. Opine pour 
la bataille à Ravenne, 303, 
311. 

Maximilien le', empereur. Re- 
çoit Ludovic le More fugitif, 
61. Arrive à Bassano, 152. 
Son équipage de guerre, 153. 
Complimente Bayart sur la 
défaite de Malevezza, 170. Se 
décide à faire donner l'assaut 
à Padoue, 179. Ses pourpar- 
lers avec les seigneurs alle- 
mands, 183. Il levé le siège, 
184. Demande secours au roi 
de France pour conquérir le 
Frioul, 248. Ordonne aux 
lansquenets de quitter l'armée 
française , 299. Abandonne 
l'alliance de Louis XII, 332. 
Fait avec le roi d'Angleterre 
une 'expédition en Picardie, 
351. Met le siège devant Thé- 
rouenne, 354. Accueille Ba- 
yart prisonnier, 360. Prend 
Thérouenne, 362. Met le 
siège devant Tournay et re- 
tourne en Allemagne, 363. 
Envahit le duché de Milan, et 
en est chassé , 388. Meurt , 
390. 

Médicis (cardinal de), fait pri- 
sonnier à Ravenne, 331 ; est 
délivré, 333 (voy. Léon X). 

32 



498 



INDEX ALPHABETIQUE. 



• Médicis (Julien de). Sa mort, 
ses alliances, 388. 

Médicis (Laurent de), épouse 
Madelaine de la Tour-Bou- 
logne; meurt ainsi que sa 
femme. Leur fille survit , 
390. 

Mercurio Rona. Fait tuer ses 
prisonniers, 209. En veut au 
seigneur du Ru et est soup- 
çonné de l'avoir trahi, 251. 

Meung (Jean de), cité 129, 
367. 

Mézières. Menacée, 393. Défen- 
due par Bayart, elle est déli- 
vrée, 394, 401. 

Mézières (René d'Anjou, s' de), 
donné en otage aux Suisses 
par la Trémouille, 364. ' 

Milan (duché de). Droits des 
rois de France sur ce duché, 
60. Louis XII en fait la con- 
quête, 61. Repris par Ludo- 
vic le More, 71. Ludovic le 
More l'abandonne, 79. Il re- 
vient aux Français, 81. Fran- 
çois I^"" en tente la conquête, 
â71. ^ ' 

Milan (ville de). Prise par les 
Français, 61. Reprise par Lu- 
dovic" le More, 71. Bayart y 
estmenéprisonnier, 74. Aban- 
donnée par Ludovic le More, 
79. Le cardinal Ascanio en 
sort, 81. Les Français s'y 
retirent et y sont assiégés par 
les Suisses, 258. Les Suisses 
s'y retirent, 381, 384. Est 
prise par Maximilien Sforce 
et reprise sur lui, 386. 

Milhau (Gabriel d'Alègre, s"" 
de) . Amène ses aventuriers à 
l'empereur, 154. Prend Mont- 
selice, 156. Va au siège de 
Padoue, 160. Il reçoit le tes- 
tament de Bayart, 418. Sa 
douleur à la mort de celui-ci, 
419. 

Milieu (Imbert de Vaux, s' de), 
maître d'hôtel de Bayart, 
349. 

Minervino-Murge, fief du s' de 



Ligny, 87. Commandé par 

Bayart, 90. 
Miquel, lieutenant du duc de 

Guise, 381. 
Mirandole (la). Assiégé par le 

pape, 222; pris, 229; repris 

par Trivulce, 251. 
Mirandole (Ludovic Pic de la), 

tué, 158. 
Mirandole (Albert Pic de la), 

reçoit le duc de Nemours, 

25^9. 
Molart (Soffrey Alleman, s' du). 

A Agnadel, 139. Au siège de 

Legnano , 204. Témoin du 

duel de Péralte, 256. A la 

reprise de Brescia, 276. A 

B.avenne, 413-314. Est tué 

d'un coup de canon, 319- 

330. 
Monart, guetteur de Bayart, 

167. 
Monselice, pris, 155; repris par 

les Vénitiens, puis par les 

Français, 208, 210. 
Montagnana. Un espion de cette 

ville trompe Malherbe et Gu- 

yon de Gantiers, 214. 
Montcavrel (Jean de Monchy, 

s' de), combat à Ra venue, 323. 
Montchenu (Marin de). Va au 

secours de la Mirandole, 223. 
Montdragon (Jacques de) . Prend 

part au tournoi de Garignan, 

67. Combat contre le s' de 

Chevron, 68. Reçoit le prix 

du tournoi, 69. 
Montfaucon (Gabriel de), blessé 

à l'assaut de Montselice, 210. 
Montlhéry (bataille de), 4. 
Montmor (Louis de Hangest, 

S' de), capitule à Mouzon, 

393. 
Montmorency (Anne de), con- 
tribue avec Bayart à la dé- 
fense de Mézières, 394, 
Montoison (Philibert de Cler- 
mont, s' de). Envoyé au se- 
cours du duc de Ferrare, 211. 
Rend courage au duc, 235. 
Sa mort, 239. 
Montpensier (Gilbert de Bour- 



INDEX ALPHABETIQUE. 



499 



bon, duc de). Nommé vice- 
roi de Naples, 55. Meurt à 
Pouzzoles, 58-86. 

Moretto (Charles de Solar, s' 
de). Indique aux Français la 
marche des ennemis, 373. Se 
déguise pour savoir où est 
Prospero Golonna, 374. 

Morgant (Pierre). Tente d'intro- 
duire les Français à Rome, 
331. Est pris par les Fran- 
çais, 377. 

MÔuy (Jean de), tué à Mari- 
gnan, 385. 

Mouzon, assiégé, 392; pris, 
393 ; repris par Bayart, 402. 

Mypont. Va en Italie combattre 
pour l'empereur, 150. Prend 
part à l'expédition contre 
Lucio Malvezza, 166. 



N 



Nagera ( Pierre - Manrique de 
Lara, duc de), commandant 
pour le roi d'Espagne en Na- 
varre, 343. 

Naples (royaume de). Conquis 
par Charles VIII, 55 : se ré- 
volte, 58-87. Louis XII en- 
voie des troupes pour le con- 
quérir, 88. Les Français le 
reperdent, 89. 

Nassau (Henri de). Épouse Phi- 
liberte d'Orange, 370. Atta- 
que Robert de laMarck, 391. 
S'empare de Mouzon, 393. 
(Voy. Francisque de Sickin- 
gen.) 

Navarre (Jean d'Albret, roi de), 
est envoyé avec une armée 
française en Navarre pour en 
fairela conquête, 342 : meurt, 
389. 

Navarro (Pedro), commandant 
l'infanterie espagnole, 290 ; à 
Ravenne, 320; est fait pri- 
sonnier, 326-330. 

Nemours (Gaston de Foix, duc 
de). Arrive en Italie, 203. 
Va voir la duchesse de Fer- 
rare, 252. Autorise un duel 



entre deux Espagnols, 252. 
Refuse de séparer les com- 
battants , 255. Chasse les 
Suisses du duché de Milan, 
258. Rassemble son armée à 
Final, 259. Passe par Carpi, 
ibid. Un astrologue prédit 
sa victoire et sa mort, 260, 
261. Va à Ferrare, 266. 
Va au secours de Brescia, 
272. BatBaglione, 273. Entre 
au château de Brescia, 275. 
Se décide à attaq^uer la ville, 
276. Fait à Gritti des propo- 
sitions qui sont repoussees, 
278. Reprend la ville, 279. 
Sa conduite après la victoire, 
287. Il visite Bayart, 288. 
Conduit l'armée à Bologne, 
289; à Ravenne, 299. Tient 
un conseil de guerre, 301. 
Fait cesser l'assaut de Ra- 
venne, 308. Tient un conseil 
de guerre, 311. Décide la ba- 
taille , 312. En règle l'ordre, 
313. Signes qui annoncent 
sa mort, 315. Respects que 
lui rendent les Espagnols, 
317. Il propose un combat 
singulier au chef de l'armée 
ennemie, 317. Charge les en- 
nemis, 320. Croit la bataille 
perdue, 326. Est tué en pour- 
suivant l'infanterie des enne- 
mis, 327. Son éloge, 329. l\ 
est enterré à Milan, 332. 

Norfolk (Thomas Howard, duc 
de), bat le roi d'Ecosse à la 
journée de Flodden, 365. 

Novare. Le duc d'Orléans y est 
assiégé, 57. Ludovic le More 
s'y retire, 79, et y est fait pri- 
sonnier, 80. 

Novi (Paul de) , élu doge à Gê- 
nes, 130. 

Noyon (traité de) entre François 
I" et Charles-Quint, 387.* 







Orange (Philiberte d'), épouse 
Henri de Nassau , 370. 



600 



INDEX ALPHABETIQUE. 



Orléans. Louis XU y va, 62. 
Fêtes pour la naissance du 
dauphin, 389. 

Orose (François d'Urfé, s"" d'I. 
Est témoin du combat de 
Bayart et Soto-Mayor, 105. 
Est défié par les Espagnols, 
m. Prend part au combat 
de 13 contre 13, 113. 

Orsini (Robert), tente d'intro- 
duire les Français à Rome, 
331. 

Ospitaletto di Bondeno. Le duc 
de Ferrare y dresse un pont 
de bateaux, 222. 

Otrante, rendu au roi d'Espagne 
par les Français, 145. 



Padoue, pris, 145; repris par 
les vénitiens, 146. L'empe- 
reur y met le siège, 155. Ses 
fortifications, 163. Le siège est 
levé, 185. 

Padule (marquis de), capitaine 
espagnol, 124 ; combat à Ra- 
venne, 217. 

Palisse (Jacques de Ghabannes, 
s"^ de la). Sa compagnie en 
garnison en Picardie, 47. Par- 
rain de Bayart dans son duel 
contre Soto-Mayor, 103. Va 
au secours de l'empereur, 
149. Sa querelle avec Cons- 
tantin Paléologue, 163. Com- 
plimente Boutières, 178. Est 
averti par l'empereur de con- 
duire les Français à l'assaut 
de Padoue, 179. Ses pour- 

f)arlers avec les capitaines 
rançais, 180. Sa réponse à 
l'empereur, 183. Est euvoyé 
au secours de l'empereur, 
248. Son armée est détruite 
par les maladies, 250. Un 
astrologue lui prédit sa mort, 
260. Opine pour la bataille à 
Ravenne, 303, 312. Est élu 
chef de l'armée à la mort de 
Nemours, 332. A Pavie, 334. 
Est envoyé en Navarre avec 



une armée, 342. Est fait pri- 
sonnier à la journée des épe- 
rons, 356. Entre en Italie, 
372. Poursuit Prospero Go- 
lonna, 375. 

Pandino. L'armée française y 
séjourne, 142. 

Pas (Pedro de). Vaillant capi- 
taine espagnol, quoique petit 
et contrefait, 119. Engage 
une escarmouche pour se 
saisir du pont du Garigliano, 
120. Sa conversation avec 
Bayart, 316 ; avec le duc de 
Nemours, 317. 

Pavie. Bataille qui s'y livre 
entre les Français et les 
Suisses, 334. 

Pavie (François Aledosi, car- 
dinal de), ministre du pape, 
227 : tué par le duc d'Urbin, 
247. 

Pempelune. Le siège y est mis 
par les Français , 342. Le 
siège est levé, '348. 

Pepoli (Cornelio, comte), fait 
prisonnier à Ravenne. 331. 

Peralte. Son duel avec Aldano, 
256. 

Pescaire (Ferdinand d'Avalos, 
marquis de), fait prisonnier 
à Ravenne, 331. Ses regrets 
de la mort de Bavart, 415. 

Peschiera, pris, 14. Le roi y 
séjourne, 145. 

Peschin (Louis de), gentil- 
homme de l'empereur, 169. 

Petigliano ( Nicolas Orsini , 
comte de). Commande la cava- 
lerie de Venise, 141. Battu à 
Agnadel, 142. S'échappe, 143. 
Sa défense de Padoue, 163. 

Petigliano (Chiapino Orsini de), 
est tué à Marignan, 385. 

Philippe - le - Beau , archiduc 
d'Autriche. Sa mort, 127. 

Piennes (Philippe de Hallwyn, 
S' de). Reçoit le commande- 
ment de l'armée de Picardie, 
352. Refuse de laisser char- 
ger les ennemis , 353. Ses 
préparatifs pour secourir Thé- 



INDEX ALPHABETIQUE. 



501 



rouenne, 355. Il est battu à 
la journée des Eperons, 356. 

Pierre-Forade (Arnauton de), 
combat contre Bellabre, 51. 

Pierrepont ( Pierre du Pont , 
dit). Lieutenant de Bayart, 
140. Prend part au combat 
contre Jean-Paul Manfroni, 
190, 196. A la bataille de la 
Bastide, 237. A Ravenne , 
307, 309. A Pavie, 334. Aver- 
tit Bayart qu'un lansquenet 
veut le tuer, 347. 

Pizou de Chenas, palefrenier. 
Prépare le cheval de Bayart 
pour le présenter à Charles 
Vni, 21. Reçoit un cadeau 
de Bayart, 70"! 

Plessis-lez-Tours. Frédéric, roi 
de Naples, y meurt, 127. 

Plessis (Jean de la Barre, s' du), 
gouverneur de Vérone, 256. 

Poitiers (bataille de), 4. 

Polesine (la), attaquée par les 
"Vénitiens, 157. 

Policastro (Frédéric GarafiFa, 
comte de), est pris par les 
Français, 377. 

Pontdofmy (Antoine de Créqui, 
S' de). On lui confie la dé- 
fense de la ville de Thé- 
rouenne, 352. 

Porte (André de la), à Agnadel, 
141. 

Primauguet (Hervé Portzmo- 
guer, dit), amiral, comman- 
dant la Cordelière, attaque le 
vaisseau anglais la Régente; 
les deux navires brûlent, 350. 

Q 

Querdes (Philippe de Crève- 
cœur, S' de). Sa compagnie 
est en garnison en Picardie, 47 . 

Quinones (Diego de), est témoin 
du combat de Bayart contre 
Soto-Mayor, 106. Tué à Ra- 
venne, 330. 

R 

Ramassot, commandant de l'in- 



fanterie italienne, 290. A 
Ravenne, 319. S'enfuit, 328. 

Ravenne. Remis au pape par 
les Français, 145. Assiégé 
par les Français, 304. Bataille 
qui s'y livre, 318-329. Est 
pris et pillé, 331. 

Ravestein (Philippe de Glèves, 
S' de), nommé gouverneur de 
Gênes, 62. 

Reggio neir Emilia, occupé par 
les Français, 229. 

Renée de france, sa naissance, 
221. Projet de mariage entre 
elle et Charles-Quint, 370. 

Revello, seule place qui reste 
aux Français dans le marqui- 
sat de Safuces, 371. 

Richebourg (Lojiis de). Un as- 
trologue lui prédit qu'il sera 
tué par la foudre, 260. 

Richemont (PhiUppe de), à 
Agnadel, 139. 

Rivail (Aymar du), cité 92, 
119, 125, 281,296, 379,386, 
397, 403, 413. 

Rivolta, mise à sac, 142. 

Robecco. Bonnivet y envoie 
Bayart, 406. Il y est surpris, 
408. 

Rocca d'Arrezo, mis à sac, 
61. 

Rochefort (Jean de), donné en 
otage aux Suisses par la 
Trémouille, 364. 

Rochepot (René Pot, s' de la). 
Il est tué en Roussillon, 125. 

Rockandorf (Christophe de), 
gentilhomme de l'empereur, 
184. 

Roddes (Guy Pot, s' de), au 
siège de Gênes, 132. 

Rome. Les Français y sont re- 
çus à leur retour de Naples, 
Ï25. 

Roussillon. Expédition qu'y 
font les Français, 125. 

Roussillon (Jacques de Bourbon, 
comte de), à Agnadel, 139. 

Rovastre , porte -enseigne du 
ducPhilibert-le-Beau, combat 
contre Bayart, 67. 



502 



INDEX ALPHABETIQUE. 



Rovere di Vélo. Le roi y envoie 
à la rencontre de l'empereur, 
146. 

Ru (le S' du). Va rejoindre les 
Français, 152^ Occupe Vérone, 
187. t'ait prisonnier, 251. 

Rubbiera. Un couvent d'Anto- 
nins y est respecté par la 
protection de Bayart, 338. 



Sacz (baron de), amène les 
Suisses au duché de Milan, 
258. 

Sainte-Croix. Sa querelle, son 
duel avec Azevedo, dans le- 
quel il est battu, 252, 256. 

Saint-Denis. Charles VIII le 
visite, 57, Louis XII y est 
couronné, 59. 

Saint-Paul. François" le' y passe, 
379. ° " 

Saint-Pol (François de Bour- 
bon, comte de), charge les 
Suisses à Marignan, 382. 

Saint-Quentin (le s' de) , nom- 
mé juge du tournoi de Ba- 
yart, 48; prononce sa sen- 
tence, 53. 

San-Bonifacio, occupé par les 
Vénitiens, 188 ; par la Palisse, 
250. 

Sancerre (Charles du Bueil, 
comte de), tué à Marignan, 
385. 

Sandricourt (Louis de Hedou- 
ville de). Prend part au tour- 
noi de Vauldray, 37. 

San-Felice sul Panaro. Le pape 
s'y établit, 222. 

San-Martino-Buonalbergo , oc- 
cupé par Bayart, 189. 

San-Severino (Galeas de), grand 
écuyer de France, opine pour 
la bataille de Ravenne, 312. 

San-Severino (Jules de), va au 
secours de l'empereur, 149. 

Savigliano, rendez- vous des 
armées françaises en Pié- 
mont, 373. 



Savoie (duc de), voy. Charles I 
et Charles III. 

Savoie (duchesse de), voyez 
Blanche Paléologue. 

Savone. Entrevue qui y a lieu 
entre Louis XII et Ferdinand, 
135. 

Scanderbec. Capitaine albanais, 
171. Est défait par Bayart et 
fait prisonnier , 174. Fait 
rendre Bassano, 176. 

Schlabersdorf (Fabien de), son 
exploit à Ravenne, 325. 

Scotti (Nicolas et François). 
Combattent à Ravenne, °314. 

Sedan. Robert de la Marck s'y 
enferme, 391. 

Sforce (Maximilien), s'empare de 
Milan, 386 ; en est chassé, 387. 

Sickingen, voy. Francisque. 

Soto-Mayor (Alonso de). Ren- 
contre Bayart en campagne, 
92. Combat où il est battu et 
fait prisonnier, 93. Reçoit le 
château de Minervino' pour 
prison sur parole, 95. Cor- 
rompt un Albanais qui fuit 
avec lui, 96. Est repris et 
enfermé dans une tour, 98. Il 
paie sa rançon et retourne à 
Andria, 99." Il se plaint du 
traitement que lui a fait su- 
bir Bayart, 100. Est sommé 
par lui de rétracter ses pa- 
roles, 101. S'y refuse, 102. 
Est appelé au combat, 103. 
Annonce qu'il combattra à 
pied, 104. Il est tué, 107. 
Son corps est emporté par 
ses compagnons, 109. 

Stin ((leorges de), lieutenant de 
l'empereur, 249. 

Stuart, voy. Aubigny. 

Suffolk (Charles Brandon, duc 
de), reçoit le commandement 
de l'armée anglaise en Picar- 
die, 352 ; épouse la veuve de 
Louis XU, 370. 

Suffolk (Richard Poole, duc de), 

S rend part à l'expédition de 
Tavarre, 346 ; demande à dî- 
ner à Bayart, 349. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



503 



Talbot (Georges) , commande 
l'armée anglaise en Picardie, 
353. 

Talmont (Charles de la Tré- 
mouille, prince de), tué à 
Marignan, 395. 

Tardes, voy. Basque. 

Tardieu (Jean). Reçoit Bayart 
à son arrivée à Aire, 44. 
L'engage à donner un tournoi, 
45. Combat contre le bâtard 
de Chimay , 50 ; contre David 
de Fougas, 52. Concourt avec 
Bayart à la prise d'un tréso- 
rier ennemi, 115. Réclame 
sa part du butin, 116. Son 
droit est contesté par Bayart, 
approuvé de ses chefs, 117. 
Il reçoit en don de Bayart la 
moitié du butin. Il fait un 
riche mariage, 118. 

Tartarin (Thierry d'Eurre, dit), 
combat contre Bayart dans 
un tournoi, 48. 

Termini (duc de), envoyé au 
secours de l'empereur, 206. 

Théode , Albanais , consent à 
faire évader Soto-Mavor, 97 ; 
parvient à gagner Anària, 98. 

Thérouenne. Le siège y est 
mis par les Anglais, 352. 
Elle ne peut être secourue, 
356. Elle se rend, 362. 

Terrail (Aymon), père de Ba- 
yart. Est blessé à Guinegate, 
4. Envoie chercher l'évéque 
de Grenoble, 6. Réunit ses 
amis et leur demande conseil 
pour faire instruire son fils 
au métier des armes, 7. Ses 
adieux à son fils, 10. 

Terrail (Georges), frère aîné de 
Bayart. Demande à demeu- 
rer dans la maison pater- 
nelle, 4. 

Terrail (Jacjjues), frère de Ba- 
yart, choisit l'état ecclésias- 
tique. Est envoyé à son oncle 
l'évoque de Grenoble, 5. De- 
vient évèque de Glandèves, 6. 



Terrail (Philippe), frère de Ba- 
yart, choisit l'état ecclésias- 
tique. Est envoyé à son cou- 
sin l'abbé d'Ainay; devient 
abbé de Josaphat, 5. 

Terrail (Théodore), abbé d'Ai- 
nay. Reçoit la visite de Ba- 
yart qui lui demande de l'ar- 
gent, 27. Lui en accorde, 29. 
Craint que Bayart n'abuse 
de sa permission, 32. Envoie 
son maître d'hôtel pour s'en 
assurer, 33. Reconnaît que 
Bayart s'est joué de lui, 34. 

Theligny (François de). Au 
siège de Brescia, 274. La 
défense de la ville de Thé- 
rouenne lui est confiée , 352. 

Tortona, se révolte contre les 
Français, 71; appartient au 
S"" de'Ligny, 82; est menacée 
d'être mise à sac, 82 ; obtient 
sa grâce, 85. 

Traietto (duc de), fait prison- 
nier à Ravenne, 331. 

Treillina, occupé par les Suis- 
ses, 212. 

Trémouille (Louis de la). Fait 
le siège de Novare, 79. En- 
voyé avec une armée en Ita- 
lie ; est battu par les Suisses, 
351 ; est assiégé par eux dans 
Dijon, 363. Fait avec eux un 
traité que le roi ne ratifie 
pas, 364. 

Trente (Georges de Neideck, 
évêque de) , lieutenant de 
l'empereur à Vérone, 151. 

Trevise. Sa garnison inquiète 
le camp de l'empereur, 165. 

Trivulce (Alexandre), défend la 
Mirandole, 222. 

Trivulce (Françoise), refuse de 
livrer la Mirandole au pape, 
222. 

Trivulce (Jean-Jacques). Entre 
en Italie avec l'armée fran- 
çaise, 60. Nommé gouver- 
neur de Milan, 62. Est en- 
voyé pour reconquérir Milan, 
72. Se renseigne sur l'état 
des forces de Ludovic le 



504 



INDEX ALPHABETIQUE. 



More, 78. Donne un banquet 
au roi de France. Arrête 
l'armée de l'empereur, 136. 

• Parrain de Renée de France, 
221. Reprend la Mirandole, 

■ 251. Bat l'armée pontificale, 
ibid. Loue Bayard, ibid. An- 
nonce à Nemours une des- 
cente de Suisses, 311, 332. 
Trivulce (Théode). Va au secours 
de l'empereur. 149. A Ra- 
venne, 313. 



U 



Urbin (François-Marie de la 
Rovère, duc d'). Attaque la 
Mirandole, 223. S'entremet 
pour sa capitulation, 229. 
Tue le cardinal de Pavie, 
247. 

V 

Valegeio, assiégé par Baglione, 
273. 

Valentine de Milan , apporte 
aux ducs d'Orléans ses droits 
sur le duché de Milan, 60. 

Vallès, cité 410, 412, 414, 420. 

Vaudemont (Louis de Lor- 
raine, comte de). Accom- 
gagne Bayart en Italie, 405. 
a belle conduite, 412. 

Vauldray (Claude de). Fait un 
tournoi à Lyon, 24. Combat 
contre Bayart, 38. 

Vendenesse ou Vandenesse 
(Jean de Chabannes, s»" de), 
combat à Agnadel, 139; tué 
à Biagrasso, 412. 

Venosa, fief du s' de Ligny, 
87. 

Vergi (Guillaume de) , fait une 
descente en Bourgogne, 363. 

Vergne (Petit Jean de la). Prend 
part à l'expédition contre la 
garnison de Bassano, 173. 



Bayart l'envoie entrer par 
une surprise dans une ville 
de Navarre tandis qu'il l'at- 
taque de front, 345. 

Vérone, prise, 145; occupée 
par Bayart, 187. 

Verpillère (la). Le duc de Sa- 
voie y passe, 16. 

Vertot, cité 29. 

Vicence , pris , 145 ; attaqué 
par les Vénitiens ; sauvé par 
la Palisse, 151 ; occupé par 
les Français, 186. 

Villafranca-Piemonte. Golonna 
s'y arrête, 374. Combat qui 
s'y livre, 376. Butin qu'y 
font les Français, 377. 

Villafranca di Verona. La Pa- 
lisse y campe, 151. 

Villars (Bernard de), déjoue les 
embûches d'André Gritti, 220. 

Viverols (Jacques d'Alègre, s' 
de) ; à Carpi, 262; est tué à 
Ravenne, 327, 330. 

Voghera, se révolte contre les 
Français, 71 ; est un fief du 
S' de^Ligny, 82; est menacée 
d'être mise à sac, 82; obtient 
sa grâce, 85. 

Voltége (Baptiste), refuse de se 
déclarer contre les Français, 
197. 

Y 

Ymbault de Rivoire, combat 

à Agnadel, 141. 
Ymbercourt,voy. Humbercourt. 
Ymbert, dauphin, cède le Dau- 

phiné à la France, 3. 



Zemberc (Jacob), capitaine de 
Suisses; 234, combat à la 
Bastide, 236 ; est repoussé, 
208. 

Zwingli, cité, 329. 



TABLE 



Introduction. j 

Prologue de l'acteur. 1 

CHAPITRES 

I, Comment le seigneur de Bayart, père du bon chevalier 
sans paour et sans reprouche, eut vouloir de sçavoir de 
ses enfans de quel estât ilz vouloient estre. 3 

n. Comment le père du bon chevalier sans paour et sans 
reprouche envoya quérir son beau-frère l'évesque de Gre- 
noble pour parler à luy, parce qu'il ne pouvoit plus partir 
de la maison. 6 

m. Comment l'évesque de Grenoble présenta son nepveu le 
bon chevalier sans paour et sans reprouche au duc 
Charles de Savoye, qui le reçut joyeusement. 12 

rV. Comment le duc de Savoye se partit de Chambéry pour 
aller veoir le roy de France Charles huytiesme, en sa 
ville de Lyon, et mena avec luy le bon chevalier sans 
paour et sans reprouche, lors son paige. l5 

V. Comment le duc de Savoye alla faire la révérence au roy 
de France à son logis, et du grant et honneste recueil 
qui luy fut faict. 18 

"VI. Comment ung gentilhomme de Bourgongne, nommé 
messire Claude de Vauldray, vint à Lyon par le vouloir 
du roy de France faire faictz d'armes tant à cheval 
comme à pied, et pendit ses escuz pour par ceulx qui y 
toucheroient estre par lui receuz au combat ; et comment 
le bon chevalier, trois jours après qu'il fut mis hors de 
page, toucha à tous les escus. 24 

Vn. Gomment l'abbé d'Esnay bailla cent escus au bon che- 
valier pour avoir deux chevaulx, et escrivit unes lettre à 
ung marchant de Lyon pour luy délivrer ce qui luy seroit 
nécessaire. 29 



506 TABLE. 

VIII. Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche 
et son compaignon se montèrent de chevaulx et gar- 
nirent d'acoustremens ; et comment ledit bon chevalier 
se porta gentement, selon sa puissance , contre messire 
Claude de Vaudray. 35 

IX. Comment le seigneur de Ligny envoya le bon chevalier 
en garnison en Picardie où estoit sa compaignie, et fut 
logé en une jolye petite ville appelée Ayre, et comment, 
à son arrivée, ses compaignons allèrent au devant de 
luy. 39 

X. Comment le bon chevalier fist crier dedans Ayre ung 

tournoy pour l'amour des dames, où il y avoit pour le 
mieulx faisant ung bracelet d'or et ung bel dyament pour 
donner à sa dame. 46 

XI. Comment le roy de France Charles huytiesme fist son 
appareil pour aller à la conqueste du royaulme de Naples, 
lequel il gaigna par sa prouesse et vaillance, sans grande 
effusion de sang. 55 

XII. Comment Loys, duc d'Orléans, vint à la couronne 
comme le plus prochain hoir et fut appelé Loys dou- 
ziesme. 59 

Xni. Comment, après la conqueste de la duché de Milan, le 
bon chevalier demeura en Ytalie, et comment il dressa 
ung tournoy en la ville de Carignan en Pyémont, dont il 
emporta le pris. 63 

XIV. Gomment le seigneur Ludovic Sforce retourna d'Al- 
maigne avecques bon nombre de lansquenetz, et reprint 

la ville de Milan sur les François. 71 

XV. Comment le seigneur Ludovic voulut veoir le bon che- 
valier sans paour et sans reprouche, et comment, après 
avoir devisé avecques luy, le renvoya, et luy fist rendre 
son cheval et ses armes. 75 

XVI. Comment le seigneur Ludovic se retira dedans Novarre, 
doublant que les François entrassent dedans Milan par 

le chasteau, et comment il fut prins. 79 

XVn. Comment le seigneur de Ligny alla visiter Vaugayre, 
Tortonne, et autres places en la duché de Milan, que le 
roy luy avoit données ; et d'ung gentil tour que fist le 
bon chevalier. 82 



TABLE. 507 

yVTTT. Comment le roy de France envoya grosse armée à 
Naples, où il fist son lieutenant général le seigneur 
d'Aubigny. 86 

XIX. Comment le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche sortit de sa garnison de Monervyne; comment 
il trouva Espaignolz sur les champs, et ce qu'il en 
advint. 90 

XX. Comment domp Alonce de Soto-Maiore se voulut des- 
rober par le moyen d'ung Albanoys qui le garnit d'ung 
cheval; mais il fut repris sur le chemin et reserré en 
plus forte prison. 96 

XXI. Gomment le seigneur domp Alonce de Soto-Maiore se 
plaignit à tort du traictement que luy avoit fait le bon 
chevalier, dont ilz vindrent au combat. 99 

XXII. Comment le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche combatit domp Alonce de Soto-Maiore et le 
vaincquit. 104 

XXin. D'ung combat qui fut au royaulme de Naples de 
treize Espaignolz contre treize François, où le bon che- 
valier fist tant d'armes qu'il emporta le pris sur tous. 110 

XXrV. Comment le bon chevalier print ung trésorier et son 
homme, qui portoient quinze mille ducatz au grant cap- 
pi taine Gonssalles Ferrande, et ce qu'il en fist. 114 

XXV. Comment le bon chevalier garda ung pont sur la 
rivière de Garillan, luy seul, l'espace de demye-heure, 
contre deux cens Espaignolz. 119 

XXYI. De plusieurs choses qui advindrent en deux années, 
tant en France, Ytalie que Espaigne. 126 

XXVn. Comment les Genevoys se révoltèrent et comment 
le roy de France passa les monts et les remist à la raison. 129 

XXVin. Comment l'empereur Maximilian fist la guerre aux 
Vénitiens; où le roy de France envoya le seigneur 
Jehan- Jacques avecques grosse puissance pour les secourir. 135 

XXIX. Comment le roy de France Loys XII^ fist marcher 
son armée en Ytalie contre les Véniciens, et de la vic- 
toire qu'il en obtint. 138 

XXX. Comment le roy de France Loys XII" gaigna toutes 

les villes et places des Véniciens jusques à Pesquere. 144 

XXXI. Gomment le roy de France envoya le seigneur de la 
Palisse au secours de l'empereur avecques cinq cens 



508 TABLE. 

hommes d'armes et plusieurs cappitaines, desquelz estoit 
le bon chevalier sans paour et sans reprouche. 149 

XXXII. Gomment l'empereur Maximilian alla mettre le 
siège devant Padoue, et ce qu'il advint durant icelluy. 153 

XXXIII. Gomment l'empereur Maximilian planta son siège 
devant Padoue, et des gaillardes approuches faictes par 
les gentilzhommes françois, et d'une grande hardiesse 
que monstra le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche. 156 

XXXIV. De la grosse et lourde baterie qui fut devant Pa- 
doue, et de la grande berche qui y fut faicte. 162 

XXXV. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche, durant le siège de Padoue, fist une course avec- 
ques ses compaignons, où il acquist gros honneur. 165 

XXXVI. D'une course que fist le bon chevalier sans paour 
et sans reprouche, où il fut pris soixante Albanoys et 
trente arbalestriers. 171 

XXXVn. Gomment l'empereur délibéra donner l'assault à 
Padoue, et l'occasion pourquoy il demeura. 178 

XXXVin. Gomment l'empereur se retira du camp de devant 
Padoue quant il congneut que ses Almans ne vouloient 
pas donner l'assault. 184 

XXXIX. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche, estant à Véronne, fist une course sur les Véni- 
ciens, où il fut prins et rescoux deux fois en ung jour, 
et quelle en fut la fin. 187 

XL. Gomment le bon chevalier cuyda estre trahy par un 
espie qui avoit promis au cappitaine Jehan Paule Mou- 
fron le mettre entre ses mains, et ce qu'il en advint. 194 

XLI. Gomment ceulx de la garnison de Lignago firent une 
course sur les Véniciens par l'advertissement de quel- 
ques espies qui les trahirent, parquoy ils furent desfaictz. 213 

XLn. Gomment le pape Julles vint en personne en la duché 
de Ferrare, et comment il mist le siège devant la Myran- 
dolle. 221 

XLIII. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche cuyda prendre le pape entre Sainct-Félix et la 
MyrandoUe, et à quoy il tint. 225 

XLIV. Gomment le pape envoya une bende de sept à huyt 
mille hommes devant une place du duc de Ferrare, nom- 



TABLE. 509 

mée la Bastide, et comment ilz furent deffaictz par l'advis 
du bon chevalier sans paour et sans reprôuche. 230 

XLV. De la mort du seigneur de Montoison et de plusieurs 
menées que firent le pape JuUes et le duc de Ferrare l'ung 
contre l'autre, où le bon chevalier se monstra vertueux. 239 

XL VI. De plusieurs choses qui advindrent en Ytalie en deux 
ans. 248 

XL VII. Comment deux Espaignolz combatirent à oultrance 
dans la ville de Ferrare. 252 

XLVni. Gomment messire André Grit, providadour de la 
seigneurie de Venise, par le moyen du conte Loys Advo- 
gadre, reprint la ville de Bresse. 267 

XLIX. De la grande diligence que fist le gentil duc de Ne- 
mours pour reprendre Bresse, et comment il deffist le 
cappitaine général des Véniciens en chemin et cinq ou 
six mille hommes. 272 

L. Gomment le duc de Nemours reprist la ville de Bresse sur 
les Véniciens, où le bon chevalier sans paour et sans 
reprôuche acquist grant honneur, et comment il fut blessé 
quasi à mort. 276 

LI. Gomment le bon chevalier sans paour et sans reprôuche 
partit de Bresse pour aller après le duc de Nemours et 
l'armée du roy de France ; de la grande courtoysie qu'il 
fist à son hostesse au partir, et comment il arriva devant 
la ville de Ravenne. 291 

LII. Comment le siège fut mis par le noble duc de Nemours 
devant Ravenne, et comment plusieurs assaulx y furent 
donnez le vendredy sainct, où les François furent re- 
poussez. 299 

Lin. D'une merveilleuse escarmouche qui fut entre les Fran- 
çois et les Espaignolz le jour devant la bataille de Ra- 
venne, où le bon chevalier fist merveilles d'armes. 307 

LIV. De la cruelle et furieuse bataille de Ravenne, où les 
Espaignolz et Neapolitains furent desconfitz, et de la 
mort du gentil duc de Nemours. 311 

LV. Des nobles hommes qui moururent à la cruelle bataille 
de Ravenne, tant du costé des François que des Espai- 
gnolz, et des prisonniers. La prinse de la ville de Ra- 
venne. Gomment les François furent chassez deux moys 



510 TABLE. 

après d'Ytalie, en l'an mil cinq cens et douze. De la 
griefve maladie du bon chevalier. D'une fort grande 
courtoysie qu'il fist. Du voyage qui fut fait au royaulme 
de Navarre, et de tout ce qui advint en ladicte année. 329 

LVI. Gomment le bon chevalier prist ung chasteau d'assault 
ou royaulme de Navarre, cependant qu'on assist le siège 
devant la ville de Pampelune, où il fist ung tour de sage 
et appert chevalier. 342 

LVII. Gomment le roy Henry d'Angleterre descendit en 
France et comment il mist le siège devant Thérouenne. 
D'une bataille dicte la Journée des Espérons, où le bon 
chevalier fit merveilles d'armes et gros services en France. 351 

LVIII. Du trespas de la magnanyme et vertueuse princesse 
Anne, royne de France et duchesse de Bretaigne. Du 
mariage du roy Loys Xn« avecques Marie d'Angleterre, 
et de la mort dudit roy Loys. 366 

LIX. Gomment le roy de France Françoys , premier de ce 
nom, passa les montz, et comment il envoya devant le 
bon chevalier sans paour et sans reprouche, et de la 
prinse du seigneur Prospre Goulonne par sa subtilité. 370 

LX. De la bataille que le roy de France François, premier 
de ce nom, eut contre les Suysses à la conqueste de sa 
duché de Milan, où il demoura victorieux; et comment, 
après la bataille gaignée, voulut estre fait chevalier de la 
main du bon chevalier sans paour et sans reprouche. 380 

LXI. De plusieurs incidences qui advindrent en France, Yta- 
lie et Espaigne, en l'espace de trois ou quatre ans. 387 

LXII. Gomment messire Robert de la Marche fist quelques 
courses sur les pays de l'esleu empereur, qui dressa 
grosse armée, et ce qu'il en advint. 391 

LXIII. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche garda la ville de Maizières contre la puissance 
de l'empereur, où il acquist gros honneur. 394 

LXJV. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re- 
prouche, en une retraicte qu'il fist en Ytalie, fut tué 
d'ung coup d'artillerie. 405 

LXV. Du grand dueil qui fut démené pour le trespas du bon 
chevalier sans paour et sans reprouche. 414 

LXVI et dernier. Des vertus qui estoient au bon chevalier 
sans paour et sans reprouche. 423 



TABLE. 51 1 

APPENDICE. 

N* I. Note sur la famille de Bayart. 429 

n. Ordonnance du roi de France relative à la conduite des 
gens de pied et promesse des capitaines de l'observer 
(12 janvier 1508). 430 

m. Lettre de Bayart relative à la bataille de Ravenne (14 
avril 1512). 432 

rV. Lettre de Laurent AUeman, évêque de Grenoble, à la 
reine Anne de Bretagne relative à la maladie de son 
neveu Bayart (6 septembre 1513). 435 

V. Lettre du duc d'Alençon au roi relative au siège de Mou- 

zon (31 juillet 1531)." 437 

Sommation de Frantz de Sickingen au s' de Mont- 

maur, gouverneur de Mouzon, d'avoir à lui rendre la 

ville (21 août). 438 

Réponse négative du s' de Montmaur (21 août). 439 

Lettre de l'amiral de Ghâtillon au roi sur la conduite 

du S'' de Montmaur (3 septembre). 439 

Lettre du duc d'Alençon au roi sur le même sujet 

(4 septembre). 440 

VI. Lettre du duc d'Alençon au roi sur les préparatifs du 
siège de Mézières (4 août). 441 

Lettres du s' d'Orval au roi sur le même sujet (4 et 8 
août). 443 

Lettre de Ghâtillon au roi sur le même sujet (13 août). 444 

Lettre de Bayart au roi par laquelle il accepte de dé- 
fendre Mézières (13 août). 445 

Lettre de Ghâtillon au roi sur le siège de Mézières 
(1" septembre). 447 

Lettres de Montmorency et Bayart au roi sur le même 
sujet. 447 

Lettre de Robert de la Marck au bailli de Gaen lui 
donnant des nouvelles du siège (20 septembre) . 448 

Lettre du bâtard de Savoie à Montmorency le compli- 
mentant sur sa défense (26 septembre). 449 

Lettre de François I^' à Montmorency et Bayart pour 
le même objet (26 septembre). 450 

Lettres de Ghâtillon au roi lui annonçant la levée du 
siège de Mézières (26 et 27 septembre). 450 



M% TABLE. 

Lettre de François I«' annonçant aux parlements la 
levée de ce siège (28 septembre). 451 

Lettre de Louise de Savoie à Robertet lui annonçant 
des récompenses pour Montmorency et Bayart(12octobre). 453 
VIL Lettre de Bayart au roi relative à la campagne de Pi- 
cardie (9 novembre 1521). 454 
YIIL Lettre de Bayart au roi lui annonçant qu'il part pour 
Gênes, suivant ses ordres (7 décembre 1521). 455 

Lettre de Lautrec à Francisque, comte de Pontremoly, 
demandant de lui envoyer Bayart (6 janvier 1522). 457 

Lettres de Bayart au roi sur sa mission à Gênes (22 et 
31 janvier 1522). 458 

IX. Lettres de Bayart à Montmorency écrites de Grenoble 

(3 et 23 février 1523). 460 

Lettre du même à M. de Ghastelart (3 mars). 461 

Lettre du même à M. de Vantolet (24 août). 462 

X. Lettre de François P"" à Bayart lui promettant de l'emme- 

ner en Italie (10 décembre 1523). 463 

XL Lettre d'Adrien de Croy à Charles-Quint sur la mort de 

Bayart (5 mai 1524). 463 

XII. Quittances de Bayart du 12 décembre 1522 et des 19 juil- 
let, 31 août, 28 octobre, l^r novembre 1523. 464 
Xni. Montre de la compagnie de Bayart (24 octobre 1523). 468 
XIV. Contrat de mariage de François de Bocsozel avec Jeanne 

Terrail, fille naturelle de Bayart (24 août 1525). 474 

Glossaire. ■481 

Index alphabétique. 485 



CORRECTIONS. 



Page 6, à la fin de la note 2. Il n'existe de lui aucun autographe 
authentique. Il est à remarquer toutefois que le post-scriptum 
de la lettre de Bayart à M. de Chastellart (voy. p. 461) est 
d'une autre main que le corps de cet écrit, ce qui donne à 
penser que ces quelques lignes sont de Bayart. 

Page 62, note 3. Jeanne de Ligny, lisez : Jeanne de Lierre. 



Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley à Nogent-le-Rotrou. 



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